Sandrine Rousseau : battue d'un rien au 2e tour de la primaire EELV

Sandrine Rousseau : battue d'un rien au 2e tour de la primaire EELV La surprise de la primaire écologiste échoue d'un rien : elle a recueilli 48,97% des voix au second tour, face à Yannick Jadot.

[Mis à jour le 28 septembre à 18h02] Sandrine Rousseau ne sera pas la candidate EELV pour la présidentielle 2022. C'est bien Yannick Jadot qui remporte la primaire écologiste, avec 51,03% des voix au second tour, selon les données officielles transmises par Europe Ecologie-Les Verts. La candidate "écoféministe", qui souhaitait porter un projet "radical" dans cette campagne présidentielle, échoue d'un rien, son rival du jour l'emportant avec seulement quelques milliers de voix d'avance. Les participants à la primaire ont donc opté pour un candidat considéré comme plus pragmatique, qui assume une ligne social-démocrate, et qui se dit depuis des mois en capacité de rassembler plus largement avec l'ambition de franchir le cap du 2e tour de l'élection présidentielle. Les derniers sondages créditent Yannick Jadot d'entre 6 et 9% des intentions de vote, là où Sandrine Rousseau a été donnée à 2%. Une donnée qui a pu faire pencher la balance dans le camp Jadot.

Avec 25,14% des voix au premier tour, la candidate avait recueilli un score inattendu, avec seulement 3000 voix de moins que le favori à la primaire écologiste, Yannick Jadot. Sandrine Rousseau prône une certaine radicalité environnementale qui, pour certains, tranche avec son adversaire.  Dans une interview publiée dans Madame Figaro ce 28 septembre, la candidate EELV justifiait sa radicalité par une leçon de sémantique. "Radical" vient du mot "racine", et le projet que je porte entend précisément aller à la racine des choses, de ce qui dysfonctionne dans le monde et en France. Mon projet politique est de réveiller les consciences quant à l'urgence d'agir. Ce mot choque car aucun homme ni aucune femme politique ne s'est revendiqué de la radicalité jusqu'à présent", disait-elle.

Qui est Sandrine Rousseau ? 

Sandrine Rousseau, 49 ans, a commencé sa carrière politique en adhérant à Europe Écologie, dès la création du parti, en 2009, comme le rappelle Libération. Elle était alors maîtresse de conférences en économie à l'université de Lille. Candidate aux élections européennes, puis régionales, elle devient ensuite vice-présidente du Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, chargée de l'enseignement supérieur et de la recherche. En mars 2016, alors qu'elle est secrétaire nationale adjointe d'EELV, c'est l'une des quatre élues à accuser à visage découvert le député Denis Baupin de harcèlement et d'agressions sexuelles, dans une enquête publiée par France Inter et Mediapart. L'affaire est classée sans suite en 2017, date à laquelle Sandrine Rousseau décide de faire une pause politique de trois ans. 

Quel était le programme de Sandrine Rousseau pour la présidentielle 2022 ?

"Il y a vraiment cinq ans pour agir de manière extrêmement importante sur l'environnement, pour faire en sorte qu'on relocalise massivement les productions, qu'on revoie nos modes de consommation, qu'on mette en place un système qui limite drastiquement le carbone", avait expliqué la candidate à Franceinfo avant la primaire. Concrètement, quelles étaient les propositions de Sandrine Rousseau ?

  • Pas de compromis sur la lutte contre le réchauffement climatique. L'environnement est son combat et Sandrine Rousseau le mène de façon "radicale". L'écologie, "c'est pas des hommes blancs à vélo" avait-elle lancé cet été, pour insister sur le fait que les demi-mesures ne sont pas suffisantes.
  • La sortie du nucléaire
  • La production d'une énergie d'origine 100% renouvelable d'ici à 2050 
  • Une fiscalité carbone "juste" ainsi qu'une augmentation "régulée" des prix du pétrole et du gaz.
  • Renforcer le statut juridique des animaux et créer un "crime d'écocide".
  • Un "nouveau contrat social" qui doit garantir à chacun "l'accès aux biens de première nécessité" et un "droit à la nature"
  • Instaurer "la semaine de 4 jours" de travail
  • "Faciliter les démarches liées à la transition de genre"
  • "Garantir l'État de droit grâce à une nouvelle République" par le biais d'une "convention citoyenne pour la démocratie"
  • Réformer l'inspection générale de la police nationale (IGPN) et de la gendarmerie nationale (IGGN)
  • Créer un pacte de dignité écologique et social" et faire entrer la nature "dans notre système juridique"

Le nucléaire, le grand combat de Sandrine Rousseau

S'il y a un combat que la candidate voulait mener en cas de victoire à la primaire EELV, c'est bien celui du nucléaire. Yannick Jadot a expliqué sur France Inter "qu'il faudra une bonne quinzaine d'années pour en sortir, tellement nous sommes dépendants". Pour Sandrine Rousseau, "on a l'obligation de sortir du nucléaire le plus rapidement possible." Au micro de Sud Radio, elle s'est même interrogée : "Comment vous faites pour maintenir des centrales nucléaires alors que l'on risque des inondations, des sècheresses et que l'on a besoin absolument d'un approvisionnement en eau constant ?"

Sandrine Rousseau, une candidate féministe

L'ancienne numéro 2 d'EELV s'est fait connaître du grand public lors de l'affaire Denis Baupin, en 2016. Sandrine Rousseau quitte EELV en septembre 2017. Elle écrit un livre, puis fonde une association, En parler, qui a pour objectif de libérer la parole et de venir en aide aux femmes victimes de violences sexuelles. Le déclic pour son retour en politique a eu lieu lors de la nomination de Gérald Darmanin à l'Intérieur, en juillet 2020, alors qu'il est accusé de viol et de harcèlement sexuel. Cependant, Sandrine Rousseau ne souhaite pas que l'on résume sa candidature à ses engagements féministes. "De l'urgence climatique à une réforme profonde de notre Ve République, je porte un projet de renversement de la domination au sens large", affirme-t-elle au Monde

L'affaire Denis Baupin

Sandrine Rousseau est l'une des figures de l'affaire Denis Baupin. L'homme, ancienne figure d'EELV, a été mis en cause par plusieurs femmes pour des faits d'agressions et de harcèlement sexuel de la fin des années 90 à fin 2013 dont Sandrine Rousseau. Député de 2012 à 2017, Denis Baupin avait contesté les faits qui "lui sont totalement étrangers" mais avait tout de même démissionné de la vice-présidence de l'Assemblée et s'était mis "en retrait" du groupe écologiste. Lors du procès, l'ancienne secrétaire adjointe d'EELV avait livré son témoignage. "À l'occasion d'une pause, je suis allée aux toilettes. Il [Denis Baupin] m'attendait, il m'a plaquée contre le mur, a cherché à m'embrasser, m'a mis les mains sur les seins, raconte-t-elle. C'était extrêmement furtif, je me suis dégagée, je suis partie aux toilettes flageolante. Je me suis passée de l'eau sur le visage puis je suis revenue à la réunion". L'affaire classée sans suite, Denis Baupin attaquait ses accusatrices pour diffamation et se fera condamner. Le tribunal correctionnel a en effet accordé la relaxe aux femmes et médias accusant l'ancien député. Ce dernier sera contraint de "verser au moins 500 euros de dommages et intérêts, pour "abus de constitution de partie civile", à chacun des prévenus."

Famille de Sandrine Rousseau

Sandrine Rousseau grandit entre Paris et La Rochelle, dans une famille engagée à gauche. Ses parents sont inspecteurs des finances publiques. Sa mère est "très impliquée à la Confédération française démocratique du travail (CFDT)", puis dans le réseau Artisans du Monde. En 2013, la mère de Sandrine Rousseau, atteinte d'un cancer en phase terminale, décide de mettre fin à ses jours en absorbant des médicaments. Sa fille, impuissante, avait publié sur son blog de l'époque une tribune dans laquelle elle demandait la "légalisation du suicide assisté". "Rien de tout cela n'a été digne en réalité. Ni pour elle, contrainte à l'indignité de devoir mourir devant sa fille et son mari, de se vider, d'étouffer, d'agoniser en mille et une souffrances. Ni pour nous, ses proches, contraints de subir une des plus dures épreuves qu'il nous ait été donné de traverser", écrit-elle en demandant "que l'agonie de (sa) mère serve à faire avancer le débat".

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