Damien Abad : évincé du gouvernement, il dénonce des "calomnies ignobles"

"Damien Abad : évincé du gouvernement, il dénonce des "calomnies ignobles""

Damien Abad : évincé du gouvernement, il dénonce des "calomnies ignobles" DAMIEN ABAD. Visé par des plaintes pour viol et une enquête préliminaire, Damien Abad n'est plus ministre des Solidarités. Ecarté du gouvernement le 4 juillet, le politique dénonce de nouveau les accusations qui pèsent sur lui.

[Mis à jour le 5 juillet 2022 à 14h11] Il est le seul à avoir été remercié par le gouvernement. Un peu plus d'un mois après sa nomination, Damien Abad n'a pas été reconduit au ministère des Solidarités. Les raisons de l'éviction du député sont connues, des plaintes et accusations de viol et tentative de viol, et son départ pourrait servir d'exemple à en croire les propos d'Elisabeth Borne ce 5 juillet 2022. Dans un extrait d'un entretien accordé à Elle, la Première ministre invoque le "devoir d'exemplarité des responsables politiques". Un critère qui a fait défaut au ministre. Les accusations visant Damien Abad ont agité et fragilisé le gouvernement au point où l'ancien membre du gouvernement était qualifié d'"inconvénient politique". La majorité semble être en accord avec la décision de se passer du député de l'Ain qui, selon Olivier Véran sur France Inter ce 5 juillet, était empêché par le poids des plaintes : "Il ne pouvait plus travailler dans des conditions sereines. Il aurait mis un pied dans l'hémicycle et n'aurait pas pu s'exprimer".

Ce départ forcé, Damien Abad le vit avec "grand regret". "On ne m'aura pas laissé le temps mais jusqu'au bout j'ai assumé pleinement ma fonction de ministre avec pas moins de six déplacements en quinze jours", a-t-il déclaré lors de la passation de pouvoir avec son successeur, Jean-Christophe Combe, le 4 juillet. Ne manquant pas au passage de dénoncer une nouvelle fois les accusations à son encontre comme des "calomnies ignobles" qui s'inscrivent dans un "mouvement funeste qui relègue la présomption d'innocence au rang de vieillerie". Et d'insister : "Chacun devrait mesurer la violence inouïe pour un être humain, pour une famille, pour des proches de telles pratiques savamment orchestrées et trop souvent relayées sans discernement médiatique."

Damien Abad démis de ses fonctions de ministre des Solidarités

Ministre des Solidarités, Damien Abad ne l'est plus depuis le 4 juillet 2022. L'homme politique a passé un peu plus d'un mois au gouvernement et tout son mandat a été secoué par une série d'accusations de viol, des plaintes et plus récemment l'ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet de Paris. La mise en cause du député interrogeait son maintien au sein de l'équipe ministérielle avant même le remaniement mais c'est la nomination du nouveau gouvernement qui a officialisé la sortie de Damien Abad de l'exécutif. L'ancien ministre est le seul dont le gouvernement s'est séparé lors du remaniement, le départ des trois autres ministres étant annoncé depuis le mi-juin et leur défaite aux élections législatives.

S'il a publiquement indiqué son regret de quitter le gouvernement, Damien Abad a remercié Emmanuel Macron pour la confiance qu'il a placée en lui en mai dernier : "Je tiens à remercier chaleureusement le président de la République pour la confiance dont il me témoigne depuis le début. J'ai encore échangé longuement avec lui hier. Il paraissait préférable, face aux calomnies ignobles dont je suis la cible, orchestrées dans un calendrier bien choisi […] que je puisse me défendre sans entraver l'action du gouvernement." 

La victoire de Damien Abad aux législatives

Damien Abad avait gagné son maintien au ministère des Solidarités les 19 juin lorsqu'il a remporté les élections législatives dans la 5ème circonscription de l'Ain. La victoire était le gage de la légitimité du ministre pour rester au gouvernement mais c'était sans compter sur les lourdes accusations qui pèsent sur lui. Alors qu'il avait présenté le vote des électeurs comme "seul juge de paix" avec le second tour des législatives, Damien Abad n'a pas réussi malgré sa réélection à conserver sa place au gouvernement. Pourtant le député sortant a remporté le droit de s'installer de nouveau à l'Assemblée nationale avec un score confortable de 57,86% des voix.

Damien Abad, de député LR à député Renaissance

Damien Abad a été nommé par Emmanuel Macron ministre des Solidarités, de l'Autonomie et des Personnes handicapées le 20 mai 2022. Cette nomination a été le fruit d'un processus de plusieurs semaines, les discussions entre le député et Thierry Solère, conseiller politique du chef de l'Etat, connu pour recruter des nouveaux soutiens à droite, ayant débuté seulement quelques jours après la réélection du chef de l'Etat selon Le Figaro. Des messes basses qui n'ont pas plus aux Républicains. C'est sous la pression de nombre d'entre eux que Damien Abad a finalement annoncé qu'il quittait la présidence du groupe LR à l'Assemblée nationale et qu'il se mettait "en congé" de son parti le 19 mai, à moins de 24 heures de sa nomination au gouvernement.

Damien Abad s'en est expliqué de nouveau dans les colonnes du Figaro : "Je décide aujourd'hui de quitter ma fonction de président du groupe LR à l'Assemblée dans un souci de clarté, de cohérence et de responsabilité", a-t-il assuré. "Je reste un homme de droite, mais je ne me reconnais plus dans la démarche de LR", a notamment expliqué Damien Abad, affirmant que "face au danger populiste, [il] ne cro[yait] pas aux clivages anciens, mais au rassemblement de tous ceux qui souhaitent faire avancer notre pays". Désormais, après son éviction du gouvernement le lundi 4 juillet, Damien Abad revient à l'Assemblée antionale après son éviction du gouvernement Borne 2. Il siégera au sein du groupe Renaissance (ex-LREM). 

Quel est le handicap de Damien Abad ?

Damien Abad souffre d'une maladie congénitale rare appelée "arthrogrypose". Cette maladie, dite "syndrome d'immobilité fœtale", provoque avant même la naissance, des anomalies neurologiques et se manifeste par une série de problèmes musculaires aux quatre membres. Les conséquences peuvent aussi être d'ordre squelettique ou viscéral. Si la mortalité à la naissance est importante, la durée de vie d'un malade peut être ensuite normale, mais souvent avec de lourds handicaps.

Damien Abad est le premier élu de la Ve République à porter un handicap aussi visible et est, en ce sens, l'une des rares personnalités à incarner l'inclusion des personnes souffrant d'un handicap physique dans le monde politique en France. Le ministre ne s'exprime que très rarement à ce sujet. Il faut remonter à une interview de janvier 2020 au Parisien pour voir Damien Abad évoquer sa maladie : "J'ai toujours fait en sorte que ce ne soit ni un frein ni un moteur en politique", affirmait-il alors. "La toute première fois que vous arrivez sur un marché, pour distribuer des tracts, c'est là que c'est le plus difficile."

En mai, Damien Abad est revenu sur son handicap pour se défendre contre les accusations de viols le visant. "Dans ma position, l'acte sexuel ne peut survenir qu'avec l'assistance et la bienveillance de ma partenaire. […] En outre, je suis dans l'incapacité de porter une personne, de la transporter et de la déshabiller", a-t-il expliqué. 

Qui est Damien Abad ? Biographie express

Damien Abad était donc jusqu'à présent député LR de l'Ain et président du groupe Les Républicains à l'Assemblée nationale. Né le 5 avril 1980 à Nîmes, il est issu d'une famille qui a fui l'Espagne de Franco pendant les années 1930-1940. Le nom d'Abad est d'ailleurs d'origine languedocienne et catalane. Damien Abad suit une scolarité brillante, malgré son handicap lié à une maladie neurologique, l'arthrogrypose (lire plus bas). Il sortira major de Sciences Po Bordeaux et est diplômé de Sciences Po Paris dans les années 2000, où il deviendra maître de conférences. Il ne parviendra pas cependant à intégrer l'ENA, échouant à deux reprises au Grand oral de l'école d'administration.

Jeune, Damien Abad se rapproche très tôt de la politique, en travaillant pour les groupes centristes à l'Assemblée nationale sur les questions budgétaires et fiscales. Il sera candidat dès 2007 aux législatives dans les Yvelines, mais obtiendra moins de 5% des voix au premier tour. Fondateur des "Jeunes Centristes" en 2008, il devient Secrétaire général adjoint du Nouveau Centre deux ans plus tard. Damien Abad se cherche alors un territoire comme point de chute et est successivement élu conseiller municipal de Vauvert (Gard), député européen dans la circonscription Sud-Est à la faveur d'une alliance UMP-NC en 2009, puis conseiller régional de Rhône-Alpes et enfin conseiller départemental de l'Ain, trouvant enfin un département d'adoption et un nouveau parti : l'UMP. Lors des législatives 2012, il est élu député dans la 5e circonscription de l'Ain, nouvellement créée. Il a été réélu en 2017 avec 35% des voix au premier tour et 67% au second, face à une candidate de la République en Marche.

Damien Abad est connu pour avoir été l'un des plus jeunes élus du Parlement européen, benjamin des eurodéputés français. Il sera aussi un des six plus jeunes députés de France à l'Assemblée nationale. Soutient de Bruno Le Maire pour la primaire de la droite en 2016 et néanmoins fidèle à François Fillon pendant la campagne de 2017, il sera un temps vice-président des Républicains après avoir soutenu Laurent Wauquiez pour la direction du parti. Il avait soutenu Xavier Bertrand en amont de l'élection présidentielle de 2022 et s'affichait depuis comme favorable à un rapprochement avec LREM.

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