Choc pétrolier : de quoi s'agit-il ? Pourquoi ça peut bouleverser l'économie française

Choc pétrolier : de quoi s'agit-il ? Pourquoi ça peut bouleverser l'économie française Le ministre de l'Economie Roland Lescure évoque "un nouveau choc pétrolier" provoqué par la guerre au Moyen-Orient. Qu'est-ce que cela signifie ? Quelles conséquences ? On fait le point.

Ce mardi 24 mars, le ministre de l'Economie, Roland Lescure, a évoqué "un nouveau choc pétrolier" en raison du conflit au Moyen-Orient, qui risque de peser sur la croissance française. "Cette situation (les perturbations dans l'acheminement de pétrole des pays du Golfe vers le reste du monde) constitue un nouveau choc pétrolier. Et si ce choc énergétique persiste au-delà de quelques semaines, la crise pourrait se diffuser plus largement à l'économie, et être au fond d'une nature plus systémique", a dit Roland Lescure, entendu par la commission des Finances.

En effet, la situation pourrait devenir critique pour l'acheminement du pétrole dans le monde et donc en France, le blocage du détroit d'Ormuz étant désormais au centre de la guerre en Iran. Alors que Téhéran bloque ce passage maritime par lequel circule 20% des hydrocarbures mondiaux, les Etats-Unis exigent la réouverture du détroit sans quoi ils promettent d'attaquer les centrales électriques iraniennes. Un ultimatum que Donald Trump a repoussé à samedi, à la surprise générale. Mais l'Iran a renchéri en menaçant de fermer complètement le détroit déjà cadenassé. Voilà notamment pourquoi, le gouvernement français emploie déjà le mot de "choc pétrolier" et n'hésite plus à assumer ses interrogations et inquiétudes face à la situation mondiale instable.

Le choc pétrolier - à savoir un choc d'offre avec une hausse des prix et une augmentation ou une baisse de la production d'or noir - est donc déjà là pour le gouvernement. Les prix du pétrole ont augmenté ce mardi au vu de l'incertitude sur les marchés, plombés par la poursuite des conflits au Moyen-Orient. Le baril de Brent de la mer du Nord dépasse à nouveau les 100 dollars, le blocage du détroit d'Ormuz étant prolongé. De plus, l'Insee a déjà revu à la baisse ses prévisions de croissance pour les deux premiers trimestres 2026, à 0,2% contre 0,3% avant, en raison de la "flambée des hydrocarbures" liée à la guerre au Moyen-Orient, explique sa note de conjoncture publiée ce mardi. La France devrait connaître "un net regain d'inflation", qui "franchirait les 2% au cours du printemps", ajoute l'institut. Les cours du pétrole, eux, devraient se maintenir "autour de 100 dollars jusqu'en juin", apprend-on.

Quid de l'impact sur le quotidien des Français ? "Les désordres du monde" pourraient venir "percuter l'économie française via les prix", a indiqué lors d'une conférence de presse le chef du département de conjoncture de l'Insee, Dorian Roucher, des propos relayés par ICI. Le transport aérien devrait être le seul secteur impacté au premier semestre 2026. Toutefois, le pouvoir d'achat des ménages en prendrait un sacré coup, et "flancherait" même, poursuit le spécialiste. Leur consommation "serait freinée" dit l'Insee même si l'effet "ne serait toutefois pas immédiat". Avant de subir de plein fouet l'inflation, les ménages français puiseront dans leur épargne de précaution, voire de secours. Par la suite, les effets de la guerre pourraient être dévastateurs.

Pour le ministre de l'Economie, Roland Lescure, "les effets de ce choc pétrolier sont moins violents qu'il y a cinquante ans. L'économie mondiale dépend moins du pétrole", tient-il à tempérer. "Pour produire un euro de PIB mondial, nous consommons aujourd'hui 2,4 fois moins de pétrole qu'en 1973, grâce aux progrès de l'efficacité énergétique et à la montée en puissance des énergies décarbonées", précise-t-il tout en assurant que le continent asiatique est "le plus exposé" à la situation actuelle. 

Résumé des chocs pétroliers de 1973 et 1979 

De la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'au début des années 1970, les pays industrialisés connaissent une période de croissance économique, les Trente Glorieuses. Cette croissance est facilitée par une source d'énergie peu onéreuse à l'époque : le pétrole. Le pétrole utilisé en Europe est principalement extrait au Moyen-Orient. Cependant, fin 1973, les pays du Moyen-Orient membres de l'OPEP (organisation des pays exportateurs de pétrole) décident, en rétorsion au soutien de certains pays occidentaux à Israël pendant la guerre du Kippour, d'augmenter les prix du baril de pétrole.

En 1979, après une période de stabilisation du prix du pétrole, qui a été multiplié par quatre en comparaison à son cours d'avant 1973, une nouvelle période de tension débute dans les pays du golfe Persique. Les prémices de la révolution iranienne, qui aboutit à la destitution du Shah, encouragent les compagnies pétrolières à augmenter la demande de pétrole auprès des pays du Moyen-Orient, ce qui fait augmenter le prix du baril. Le prix atteint des sommets par la suite, avec la chute du Shah et l'arrivée au pouvoir des islamistes en Iran qui mène à la guerre Iran-Irak, deux importants pays exportateurs de pétrole. 

Qu'est-ce qu'un choc pétrolier ?

Il s'agit d'une hausse importante et rapide du prix du pétrole, ayant des conséquences négatives sur l'économie mondiale. Les historiens et les économistes estiment que les trois chocs pétroliers de 1973, 1979 et 2008 ont eu un effet sur la croissance économique globale. L'impact important du prix du baril de pétrole sur l'économie mondiale s'explique par le fait que la production industrielle et les transports sont fortement dépendants de cette matière première depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Premier choc pétrolier de 1973

Quelles sont les causes du premier choc pétrolier de 1973 ?

Dans le contexte de la guerre froide, la guerre du Kippour (guerre israélo-arabe du 6 au 24 octobre 1973) a été un élément fondamental dans le premier choc pétrolier. Toutefois, selon de nombreux économistes, le premier choc pétrolier a avant tout été causé par la réponse de l'OPEP à la chute du cours du dollar après les accords de Bretton Woods. Les Etats-Unis ont alors mis fin à la convertibilité du dollar en or, ce qui permit au dollar de "flotter" et donc de perdre de sa valeur. Les prix du pétrole étant fixés en dollar, les producteurs de pétrole perçoivent des recettes inférieures. Une autre cause du premier choc pétrolier est un discours de Nixon indiquant que la production intérieure des Etats-Unis de pétrole ne suffit plus pour couvrir la demande locale. Les USA voyaient d'ailleurs d'un bon œil la montée des prix du pétrole qui allait leur permettre d'ouvrir de nouvelles exploitations pétrolières qui n'étaient pas rentables auparavant.

Quelles sont les conséquences du premier choc pétrolier dans le monde ?

Compte tenu de la forte dépendance de l'économie mondiale vis-à-vis du pétrole, l'augmentation brutale du prix du baril de pétrole a un impact immédiat sur l'économie, à tous les niveaux. Entre fin 1973 et début 1974, le prix du baril de pétrole est multiplié par quatre. Cela a pour effet un coup de frein brutal de la croissance économique mondiale et une montée de l'inflation. Les pays occidentaux, et notamment les Etats-Unis, très dépendants du pétrole pour la production industrielle, les transports et l'énergie, voient leurs déficits commerciaux extérieurs augmenter fortement, ce qui fait augmenter en parallèle les déficits budgétaires et donc l'endettement. Les pays du Moyen-Orient sont moins touchés, car ils bénéficient toujours de la production intérieure de l'"or noir". À plus long terme, des politiques d'amélioration pour le rendement énergétique se mettent en place. On cherche aussi à diversifier les sources d'énergie. 

Quelles sont les conséquences du premier choc pétrolier en France ?

En France, le premier choc pétrolier marque la fin de la période faste, d'un point de vue économique, des Trente Glorieuses. Le premier choc pétrolier se traduit par un effondrement de la croissance et une augmentation du chômage. Mais rapidement, les gouvernements successifs mettent en œuvre les investissements nécessaires pour diversifier les sources d'énergie (notamment en créant des centrales nucléaires) et pour remplacer les centrales qui utilisaient du pétrole dans le but de fournir de l'électricité aux habitants et aux entreprises.

Second choc pétrolier de 1979

Quelles sont les causes du deuxième choc pétrolier de 1979 ?

Fin 1978, la révolution iranienne débute, elle s'achève en 1979 à la destitution du souverain en place en Iran, le Shah. La chute du dirigeant iranien aura pour conséquence la détérioration des relations entre l'Iran et son voisin le plus proche, l'Irak. Cette situation conduira à une guerre entre ces deux grands pays producteurs et exportateurs de pétrole de 1980 à 1988. Cette guerre amplifie la hausse des prix du pétrole, déjà amorcée quelques mois plus tôt du fait de l'agitation en Iran. 

Quelles sont les conséquences du second choc pétrolier ?

Ce deuxième choc pétrolier provoque une nouvelle augmentation du coût de l'énergie dans les pays industrialisés, ce qui les incite de nouveau à trouver d'autres sources d'énergie et à améliorer le rendement énergétique des installations. Dans les pays producteurs, et en particulier en Arabie saoudite, l'augmentation du prix du baril se traduit par des recettes importantes, qui permettent de moderniser les infrastructures, mais aussi d'investir dans le tourisme et le secteur financier partout dans le monde. Toutefois, la baisse de la consommation de pétrole dans les pays occidentaux provoque un contre-choc pétrolier dans les mois qui suivent.

Y a-t-il eu d'autres chocs pétroliers depuis les années 1970 ?

Au milieu des années 1980, une nouvelle expression voit le jour : le contre-choc pétrolier. Il s'agit d'une période où le prix du baril de pétrole est revenu à son niveau d'avant 1973. En 1990 et en 2003, les deux guerres menées en Irak par les Etats-Unis entraînent une baisse de la production dans ce pays, ce qui provoque une légère hausse du prix du baril. Cependant, le troisième choc pétrolier a véritablement lieu en 2008, conséquence de l'explosion de la demande mondiale de pétrole depuis plusieurs années. Il ne s'agit pas d'une hausse brutale, mais d'une hausse continue, jusqu'à atteindre un record de 147 dollars pour un baril de brut en 2008. Pour finir, la crise énergétique mondiale de 2021 - 2022 a entraîné un nouveau choc pétrolier que certains considèrent comme le quatrième.

Chocs pétroliers : dates clés

6 octobre 1973 - La guerre du Kippour
Pendant la fête juive du Yom Kippour (en hébreu "jour du pardon"), l'Egypte et la Syrie attaquent par surprise Israël. L'armée israélienne lancera une contre-offensive victorieuse du 11 au 15 octobre et une résolution américano-soviétique de cessez-le-feu sera adoptée dans l'urgence par l'ONU le 22 octobre. En 1979, Israël et l'Egypte signeront un traité de paix qui mettra fin à plus de trente années de guerre.
3 mars 1974 - La France choisit le nucléaire
Pour diversifier ses sources d'énergie, la France se tourne vers le nucléaire civil. Le 3 mars 1974, le Premier ministre de l'époque, Pierre Messmer, annonce le lancement d'un programme de construction de centrales nucléaires pour remplacer le fioul par l'atome dans la production d'électricité nationale. Ainsi, treize centrales fournissant 900 mégawatts sont prévues dans ce plan ambitieux. Quelques mois plus tard, Valéry Giscard d'Estaing, devenu président de la République, lance la construction de treize autres centrales nucléaires.
4 novembre 1979 - Prise d'otage de Téhéran
Quatre cent étudiants iraniens prennent d'assaut l'ambassade américaine de Téhéran pour réclamer l'extradition du Shah, exilé au Mexique après sa destitution, pour qu'il soit jugé en Iran. Ils parviennent à retenir 63 personnes en otage. Jimmy Carter, qui refuse de céder à leurs revendications, met en place des sanctions économiques, et notamment la fin de l'importation de pétrole iranien aux Etats-Unis. Seuls quelques otages sont libérés dans les semaines qui suivent : les 52 autres n'obtiendront la liberté qu'après l'élection de Ronald Reagan, 444 jours plus tard.