Meurtre d'Agnès Lassalle : le verdict est tombé pour l'adolescent qui a tué l'enseignante

Meurtre d'Agnès Lassalle : le verdict est tombé pour l'adolescent qui a tué l'enseignante Trois ans après l'assassinat d'Agnès Lassalle, le verdict du procès de l'élève ayant porté le coup fatal a été rendu ce vendredi 24 avril 2026 par la cour d'assises des mineurs de Pau. L'élève a été condamné à 15 ans de prison.

Après quatre jours de procès, l'élève qui avait mortellement poignardé sa professeure d'espagnol, Agnès Lassalle, en plein cours dans l'enceinte d'un lycée privé de Saint-Jean-de-Luz le 22 février 2023, a été condamné à 15 ans de prison. Le verdict est tombé peu après 20 heures. Cette peine est légèrement inférieure aux réquisitions puisque 16 ans de réclusion criminelle avaient été requis plus tôt dans la journée à l'encontre de l'ex-élève, aujourd'hui âgé de 19 ans et qui était jugé à huis clos.

L'avocate générale avait demandé que sa peine soit assortie d'un suivi socio-judiciaire pendant 10 ans. Selon les avocats des parties civiles, la magistrate a laissé la cour apprécier une éventuelle altération du discernement au moment des faits, alors que plusieurs expertises psychiatriques ont rendu des conclusions contradictoires à ce sujet.

Des excuses aux proches d'Agnès Lassalle, mais "un manque criant d'empathie"

Cette semaine, le jeune homme, âgé de 16 ans au moment des faits et qui avait déclaré avoir agi sur les ordres d'une "petite voix" dans sa tête, a renouvelé des "explications floues" lors du procès, selon Me France Deiss-Rabb, avocate des parties civiles, au micro de France 3. Il "semble chercher des explications sans parvenir à nommer précisément ce qui l’habitait", affirmait le conseil. S'il a présenté des excuses aux proches d'Agnès Lassalle pour la première fois depuis le meurtre, il a fait preuve d'un manque "criant d'empathie", selon Me Stéphane Binet, avocat du compagnon de l'enseignante décédée. "Il n’a pas versé une larme, s’est montré apathique, incapable de formuler le moindre mot sur Agnès Lassalle", a-t-il rapporté à La Dépêche.

Poursuivi pour assassinat, l'accusé encourait jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle. Une peine maximale qui aurait pu être "réduite du tiers" si l'altération du discernement avait été reconnue. L'accusé aurait également pu échapper à une condamnation si l'abolition de son discernement au moment des faits avait été reconnue. Il aurait alors été considéré comme irresponsable et n'aurait pu être condamné à aucune peine, mais n'aurait pas été relaxé et reconnu non coupable pour autant.

Des expertises aux conclusions contradictoires

Au cours de l'enquête sur le meurtre d'Agnès Lassalle, Tom P. a été soumis à quatre expertises psychiatriques qui ont rendu des conclusions "diamétralement opposées" selon l'avocat de Tom P., Me Thierry Sagardoytho, interrogé par franceinfo. La première expertise de février 2023 affirme que le jeune homme souffre d'une "anxiété réactionnelle", mais ne présente aucune maladie mentale altérant son discernement et le considère comme responsable de ses actes. Même conclusion pour le deuxième examen datant de mai 2023, qui exclut "trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli ou altéré son discernement ou le contrôle de ses actes".

Un avis nuancé par la troisième expertise réalisée en avril 2024 qui a conclu à une "légère altération de son discernement", mais "aucune justification d'une abolition du discernement et du contrôle de ses actes". C'est le quatrième et dernier examen qui a livré une analyse très différente de l'état psychologique de l'accusé. Lequel "était, au moment des faits, atteint d'un trouble psychique sévère ayant aboli son discernement et le contrôle de ses actes", selon les conclusions de l'examen datant de novembre 2024.

La défense de l'accusé a d'ailleurs insisté sur le suivi médical de Tom P., qui était suivi par un psychiatre depuis quatre ans au moment des faits et placé sous traitement médical pour des troubles psychologiques. Il prenait un médicament neuroleptique "visiblement déconseillé aux mineurs" selon Me Thierry Sagardoytho. Un traitement qui a pu "participer à une levée des inhibitions" et favoriser le passage à l’acte, selon la théorie de l'avocat.

La question du discernement de Tom P. résolue ?

Le procès est longuement revenu sur les différentes expertises psychiatriques ainsi que la personnalité et les antécédents médicaux de l'accusé, mais le sujet du discernement était difficile à trancher. Dans ce contexte, l'avocat de Tom P. plaidait pour une reconnaissance de l'altération du discernement du jeune homme. Une voie qui aurait permis de condamner l'accusé pour le meurtre d'Agnès Lassalle tout en allégeant la peine à laquelle il s'exposait. Me Thierry Sagardoytho y voyait "une porte de sortie honorable" et "parfaitement argumentée", comme il l'expliquait à France 3. L'avocat insistait sur le fait que son client était "dans la recherche de comprendre ce qui a pu le pousser à commettre cet acte" et en faisait une autre preuve de l'altération du discernement.

Une "petite voix", un être "égoïste, manipulateur, égocentrique, qui incite à faire le mal"

Ce 22 février 2023, l'enseignante de 53 ans était en classe, dans le lycée privé Saint-Thomas-d'Aquin de Saint-Jean-de-Luz, quand l'un de ses élèves, Tom P., 16 ans à l'époque, s'est soudainement levé sur les coups de 9h45, a fermé la porte de la salle de cours à clé avant de frapper en plein cœur, d'un "coup sec", sa professeure. Son arme ? Un couteau de cuisine de 18 centimètres qu'il avait soigneusement pris soin d'emballer et de ramener depuis chez lui, laissant penser à une préméditation.

Dans la foulée de ce geste fou, l'adolescent s'était rendu dans une autre salle de classe. Deux professeurs étaient alors intervenus. Face à eux, Tom P. avait lâché : "J'ai poignardé la prof, j'ai ruiné ma vie, c'est fini." Plus tard, en garde à vue, l'élève avait expliqué avoir obéi à une "petite voix", "un être qu'il décrit comme égoïste, manipulateur, égocentrique, qui incite à faire le mal", avait révélé en 2023 le procureur lors d'une conférence de presse, dont Ouest-France se faisait l'écho.

À l'époque, le procureur avait d'ailleurs révélé qu'un examen psychiatrique avait été réalisé en garde à vue et que si "une forme d'anxiété pouvant perturber son discernement" avait été révélée, ce n'était le cas d'"aucune maladie mentale de type schizophrénie, état maniaque, mélancolie ou retard mental" à l'exception d'"éléments de dépression".

Mal-être, Hitler, chat tué... Qui est Tom P. ?

Avant de passer à l'acte, Tom P. n'avait jamais évoqué un tel projet. Son mal-être, en revanche, était bien connu de ses proches. Très introverti, cet aîné d'une fratrie de trois enfants dont les parents se sont séparés il y a six ans s'estimait victime de harcèlement. Un point que le corps enseignant n'aurait toutefois pas relevé.

Amateur de jeux vidéo et d'avions, l'enquête a également révélé que l'adolescent aurait "fréquenté des sites glorifiant Hitler sur le darknet, [se serait] vanté auprès d'une amie d'avoir tué un chat ou encore [d'avoir] empoisonné des camarades en colonie de vacances", expliquait au Figaro Me Sébastien Binet, l'avocat de Stéphane Voirin, le compagnon d'Agnès Lassalle.