Tueur de masse, un nouveau type de criminel Deux messages de tueurs de masse

Avant de passer à l'acte, les tueurs de masse peuvent laisser des écrits qu'ils adressent à la société. Ou raconter leurs ambitions à la police, après leur arrestation. Voici deux exemples de ces récits, dont un français, reproduits dans le livre "Tueurs de masse". Richard Durn a abattu les membres du conseil municipal de Nanterre en 2002. Quant à Dylan Klebold, il est l'un des auteurs du célèbre massacre de Columbine, aux Etats-Unis.


"J'ai voulu connaître la griserie et le sentiment d'être libre par la mort."

"Extrait de la déclaration de Richard Durn à la police après son arrestation – 28 mars 2002 (1) : "Puisque j'étais devenu un mort vivant par ma seule volonté, je décidais d'en finir en tuant une mini élite locale qui était le symbole et qui étaient les leaders et décideurs dans une ville que j'ai toujours exécrée. Je n'ai pas trouvé les antidotes pour me respecter moi-même et les autres. Je n'ai pas atteint un idéal d'humanisme et m'étant laissé aller au désoeuvrement et à l'échec, j'ai voulu tuer pour prendre une futile et infantile revanche sur moi-même et sur ces symboles de puissance qu'ils constituent. J'ai voulu connaître la griserie et le sentiment d'être libre par la mort."


Le tueur de masse donne l'impression d'avoir tout à fait intégré le fait que son acte peut l'amener à sa propre disparition. Celle-ci n'est ni crainte ni souhaitée. Elle fait simplement partie d'un processus et s'inscrit dans le champ de ce qui est envisageable. Cette désinvolture peut glacer d'effroi. Cependant, ce rapport à la mort n'est peut-être pas vraiment surprenant pour des personnes qui se définissent elles-mêmes comme "des morts-vivants".


Cette distance prise par rapport à la mort est probablement renforcée par la manière dont les sociétés occidentales appréhendent cette question. Tout est fait pour tenter de la repousser, de la chasser, de la cacher. Les épidémies et les guerres sont rares et les morts moins nombreux (2). Les morts ne sont que peu exposés et, lorsqu'ils le sont, ils sont grimés et mis en scène. En outre, les vecteurs de culture populaire tendent à désacraliser la mort. Celle-ci est parfois esthétisée dans des films où les morts se comptent au kilomètre, ou encore virtualisés dans des jeux vidéo dans lesquels lorsque le joueur "meurt", cela n'affecte que son "compteur de vies (3)"."

"Dans vingt-six heures et demie, le Jugement va commencer. Difficile, mais pas impossible, nécessaire, excitant et drôle."

"Extrait du journal de Dylan Klebold – Veille du massacre de Columbine (4) : "Plus qu'un jour. Et le début ? La fin. Ha ha ha. Inversé, mais vrai. Dans vingt-six heures et demie, le Jugement va commencer. Difficile, mais pas impossible, nécessaire, excitant et drôle.
La vie serait-elle amusante sans une pincée de mort ?

C'est intéressant, je suis dans ma condition d'humain, et je sais que je vais mourir. Tout est un peu trivial. Comme toutes ces conneries de calculs qui ne fonctionnent jamais comme ils devraient [...] Les petits enculés de
zombies vont réaliser leurs erreurs, et souffrir pour toujours, hurlant de douleur Ha ha ha
, bien sûr, je vais louper des trucs. Mais pas vraiment.""

(1). La Logique du massacre. Derniers écrits des tueurs de masse, op. cit.
(2). Jean Delumeau, La Peur en occident, Fayard, 1978.
(3). Yves Michaud note bien que " s'il est vrai que l'expérience contemporaine passe en grande partie par les images, cette expérience ne peut être qu'adoucie et banalisée, c'est en ce sens que les images de la violence sont dangereuses " (La Violence, Presses universitaires de France, 1986).
(4). La Logique du massacre. Derniers écrits des tueurs de masse, op. cit.