Verdict du procès Sarkozy : une nouvelle peine de prison pour l'ancien président ?
Comme un air de déjà vu au procès sur les soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Le ministère public a rendu ses réquisitions contre l'ancien chef de l'Etat au procès en appel ce mercredi 13 mai 2026. Sept ans de prison ferme, 300 000€ d'amende et cinq d'inéligibilité avec exécution provisoire ont été demandés à l'encontre de Nicolas Sarkozy à la cour d'appel de Paris. Il s'agit des mêmes réquisitions que celles prononcées en première instance.
Nicolas Sarkozy doit être "sanctionn[é] à la hauteur des faits", a déclaré Rodolphe Juy-Birmann, l'un des trois avocats généraux qui dit vouloir traiter l'homme politique "comme n’importe quel prévenu". Une peine lourde comme l'avaient laissé entendre les représentants du ministère public qui ont appelé les juges à reconnaître Nicolas Sarkozy coupable de l'ensemble des faits reprochés : association de malfaiteurs, corruption, financement illégal de campagne et recel de détournement de fonds publics. "Il a bien existé un accord entre Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi [ancien dictateur libyen, ndlr] aux termes duquel, en récompense des fonds versés par le régime libyen, Nicolas Sarkozy et Claude Guéant devaient entamer des démarches qui visaient la levée du mandat d'arrêt visant Abdallah Senoussi [beau-frère du dictateur et instigateur de l'attentat de l'avion DC-10, ndlr]", ont estimé les avocats généraux le mardi 12 mai. Après les réquisitions et les plaidoiries des avocats des dix prévenus, dont ceux de Nicolas Sarkozy, la cour d'appel se retirera pour délibérer et rendre son verdict le 30 novembre.
Une peine plus clémente pour Nicolas Sarkozy ?
Nicolas Sarkozy a déjà fait face à ces lourdes réquisitions et a été condamné à une peine inférieure en première instance. En septembre 2025, l'ancien chef de l'Etat a été reconnu coupable d'un seul des quatre chefs d'accusation, celui pour association de malfaiteurs qui est aussi le plus lourd de sens, et relaxé pour les trois autres. Il a été condamné a cinq ans de prison ferme avec un mandat de dépôt assorti d'une exécution provisoire. Nicolas Sarkozy a donc déjà fait de la prison dans l'affaire du financement libyen, mais un séjour de seulement trois semaine du 21 octobre et le 10 novembre 2025.
Face à des réquisitions similaire, Nicolas Sarkozy peut s'attendre à un verdict en appel identique à celui prononcé en première instance. Il peut aussi bénéficier d'une décision des juges plus clémentes avec une peine plus courte et incluant du sursis, voir d'une relaxe complète. Il peut également, a contrario, écoper d'une condamnation plus sévère. Une option à envisager, d'autant que le procès en appel s'est révélé plus compliqué pour Nicolas Sarkozy qui a été confronté au revirement de son plus fidèle coprévenu dans cette affaire : Claude Guéant.
L'ancien ministre de l'Intérieur nommé sous le mandat sarkozyste, absent du procès pour raisons médicales, a mis en cause l'ex-chef d'Etat dans deux missives envoyées à la cour durant les audiences. Il a assuré n'avoir "jamais fait que servir de [son] mieux le ministre, puis le président, suivre ses instructions" dans la première, et a affirmé dans la seconde que Nicolas Sarkozy l'avait chargé de s'occuper du sort judiciaire d'Abdallah Senoussi lors d'un dîner officiel organisé en Libye, le 25 juillet 2007, en présence de Mouammar Kadhafi.
Nicolas Sarkozy peut-il retourner en prison ?
La première incarcération de Nicolas Sarkozy rend une nouvelle condamnation à la prison ferme possible. Le scénario se précise après les réquisitions du ministère public. Mais comme fin d'année 2025, l'ancien chef d'Etat pourrait user de certaines stratégies pour écourter un éventuel séjour en prison. Il s'était appuyé sur l'article 144 du code de procédure pénale pour argumenter sa demande de remise en liberté et écourter sa première incarcération au profit d'un placement sous contrôle judiciaire. L'article en question pose que le maintien en détention d'une personne n'est alors possible que s'il est l'"unique moyen" de protéger des preuves, d'empêcher pressions ou concertations, de prévenir une fuite ou une récidive, ou de la protéger. Malgré sa condamnation, Nicolas Sarkozy répondait bien à ces critères normalement prévus pour les détentions provisoires puisqu'il avait, avant cela, interjeté appel du verdict en première instance. Le scénario pourrait se reproduire en cas de pourvoi en cassation.
Nicolas Sarkozy pourrait aussi recourir à une autre disposition du droit français qui prévoit d'accorder la liberté conditionnelle à toute personne condamnée à de la prison, mais âgée de plus de 70 ans. Si un tel détenu peut assurer sa réinsertion et justifier d'un logement ou d'une prise en charge, il est éligible à ce droit quelle que soit la durée de sa peine. L'homme politique étant âgé de 71 ans et pouvant justifier des moyens nécessaires peut théoriquement profiter d'un tel aménagement.