Confinement en France : les chiffres écartent le reconfinement, mais jusqu'à quand ?

Confinement en France : les chiffres écartent le reconfinement, mais jusqu'à quand ? RECONFINEMENT. Pour l'instant, le gouvernement estime que les chiffres actuels du Covid-19 permettent de repousser un troisième confinement. Mais jusqu'à quand ?

[Mis à jour le 19 janvier 2021 à 11h08] Le couvre-feu avancé à 18 heures suffira-t-il à éviter un troisième confinement ? C'est tout l'enjeu des prochaines semaines et on sent bien que le gouvernement marche sur des oeufs à l'heure d'évoquer le reconfinement. Prudents, les différents ministres n'écartent bien entendu pas cette option, mais pour le premier d'entre eux, Jean Castex, les chiffres actuels permettent de voir venir et de se réserver des "capacités d'action". "Le précédent confinement, en novembre, a été décidé par le président de la République alors qu'il y avait en moyenne 50 000 contaminations par jour. Ca a été efficace. On a pris des mesures avant les autres pays d'Europe", a plaidé le chef du gouvernement, ce lundi soir sur France 5, alors que les reconfinements se multiplient chez nos voisins.

Pour l'heure, difficile de lui donner tort : le nombre moyen de contaminations quotidiennes tournent des 18 000 et d'après Olivier Véran, le couvre-feu est efficace, puisqu'il aurait fait baissé de 16% le taux de nouvelles contaminations dans les départements où la mesure a été avancée dès le mois de décembre. Un équilibre suffisant pour éviter le confinement, mais "qui peut être remis en cause tous les jours", a averti Jean Castex. Statu quo donc pour l'instant, mais jusqu'à quand ? Impossible de donner de date, bien sûr, mais d'ici la fin de semaine "nous aurons à peu près les résultats de ce qui s'est passé pendant les vacances de Noël", a expliqué le Premier ministre.

L'occasion de constater si les fêtes ont engendré ou non un surplus de contaminations qui pourrait relancer la circulation du Covid-19 à un niveau tel que cela rendrait le reconfinement inévitable. En tout cas, il l'est déjà pour une partie de l'opinion médicale et notamment pour Jean-Daniel Lelièvre, chef de service des maladies infectieuses de l'Hôpital Henri-Mondor à Créteil et expert vaccins à la HAS (Haute autorité de Santé). "On ne pourra pas éviter un nouveau confinement", a-t-il prévenu sur France Inter. Pour le moment, l'expert estime qu'il ne faut pas établir ce nouveau confinement trop tôt et qu'il faut voir l'évolution "au fur et à mesure", cela permettra de savoir si ce reconfinement sera établi pour des régions ou sur l'ensemble du territoire.

Un troisième confinement en France est-il toujours envisagé ?

Au fond, si le reconfinement total est pour l'heure écarté, une question perdure : la France peut-elle vraiment échapper à un troisième confinement en début d'année 2021 ? Le Premier ministre a dit les choses tout aussi clairement devant les parlementaires lundi 11 janvier, assurant qu'il n'était pas exclu, mais considéré comme un dernier recours. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a martelé le même message à longueur d'interventions : "À ce stade, pas de reconfinement prévu." "Un troisième confinement ne peut pas être exclu par principe mais c'est une hypothèse de dernier recours", renchérissait-on du côté de Matignon, dans des propos relayés par Le Monde. "Nous restons cohérents avec notre stratégie de réponse graduée et mesurée", a indiqué Jean Castex lors de la conférence de presse du 14 janvier. "Si nous constatons dans les prochains jours une dégradation de l'épidémie forte, nous serons contraint à un confinement."

Le confinement aurait par ailleurs l'aval de l'opinion en France. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les Français semblent bien mesurer la nécessité de restreindre leurs libertés de déplacement pour contenir les effets de l'épidémie et préfèrent être reconfinés plutôt que de rester sous un régime de couvre-feu. Selon un sondage Elabe effectué pour BFMTV et paru mercredi 13 janvier, 75% des sondés sont favorables à reconfinement "dans les régions les plus touchées par l'épidémie", 65% sont favorables à un couvre-feu à partir de 18h dans les zones où le virus circulent le plus. Mais 52% des Français sont aussi favorables à un nouveau confinement national. 44% des Français sont par ailleurs favorables à un couvre-feu national à 18h accompagné d'un confinement national le week-end.

Un confinement le week-end est-il envisageable ? 

Si un nouveau confinement était décidé, sa forme pourrait en effet évoluer. Entre le confinement de mars-avril 2020 et celui de novembre-décembre, des évolutions avaient déjà été décidées, notamment le maintien des écoles ouvertes. Cette fois, à la mi-janvier, plusieurs échos faisaient état d'un possible reconfinement le samedi et dimanche seulement. "L'objectif serait ainsi d'assortir un couvre-feu national à 18h d'un reconfinement total le samedi et le dimanche", indiquait Le Figaro avant la conférence de presse du 14 janvier, estimant que cette piste était bien "sur la table". Elle demeure d'ailleurs une éventualité pour un futur plus ou moins proche même si elle n'a finalement pas été annoncée mi-janvier par le gouvernement.

Le confinement le week-end réduirait de manière considérable les déplacements et interactions sociales selon ses défenseurs et devrait ainsi permettre de limiter la transmission du virus sur le territoire. Et l'idée ne sort pas de nulle part. Cette mesure "hybride" avait déjà été évoquée avant le deuxième confinement en novembre dernier. Elle a même déjà été mise en place en France, en Guyane. Le couvre-feu avait été imposé l'été dernier de 17h à 5h du matin, assorti d'un confinement le week-end entre 13h et 5h.

Le confinement peut-il être décidé avant fin janvier 2021 ?

L'exécutif le sait très bien, tout comme les autorités sanitaires, l'épidémie de coronavirus ne va sans doute pas se résorber d'elle-même et la vaccination ne produira des effets sur la circulation du Covid-19 en France que dans quelques mois, comme l'ont indiqué de concert Jean Castex et Olivier Véran le 14 janvier. Sans restrictions supplémentaires, le virus se renforcera. Les épidémiologistes sont majoritairement d'accord pour signifier que le variant anglais du virus, plus contagieux, va s'étendre et imposer un durcissement des interdictions de déplacement. "Nous tenons, plusieurs fois par semaine, des réunions. Nous prenons des décisions. Elles sont importantes", a rappelé Emmanuel Macron en marge d'un déplacement dans l'Eure, jugeant impératifs "des changements" de stratégie "d'une semaine à l'autre", face à un "virus qui évolue comme évolue le vivant".

Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique qui formule régulièrement des recommandations à Emmanuel Macron, a jugé sur France Info mercredi 13 janvier que s'il nous n'étions pas encore "dans l'urgence", il fallait déjà se préparer à durcir les restrictions. "Plus vite on prend les décisions, plus elles seront efficaces et éviteront des décisions plus difficiles, plus tardivement", a-t-il prévenu. Certains professionnels de santé, des médecins et membres de l'association PandémIA , estiment qu'un reconfinement rapide est inévitable, dans une tribune publiée dans Le Monde le lundi 11 janvier, intitulée "Covid-19 : 'Il est à craindre que l'aggravation de l'actuelle vague impose mi-janvier un nouveau confinement'". Dans une volonté de soulager le système de santé, ces médecins jugent que "le confinement strict et précoce est la meilleure arme contre la propagation virale, même s'il est de plus en plus mal vécu par la population". Sur BFMTV le même jour, le professeur Gilles Pialoux a estimé qu'un nouveau confinement était "inévitable sur le plan sanitaire". Et d'ajouter : "Ce qu'il faudra discuter, c'est son intensité en matière territoriale et la date de décision".

A quelle date interviendrait le reconfinement ?

Tout laisse donc penser que l'annonce d'un nouveau reconfinement n'est qu'une question de temps. Dans ce contexte, la prochaine conférence de presse hebdomadaire, dans la semaine du 18 janvier, sera déterminante. Elle pourrait avoir lieu le mercredi 20 janvier. Cette date correspond à l'échéance initialement prévue par l'exécutif pour boucler la phase de déconfinement entamée fin novembre. Elle pourrait être finalement être la date d'un retour en arrière...

Si aucune date de reconfinement ne peut sérieusement être avancée, la vitesse de sa mise en place est en tout cas réclamée. De nombreuses voix s'élèvent en effet pour une solution radicale, à savoir un confinement court, mais très strict, le plus rapidement possible. Alexandre Mignon, anesthésiste-réanimateur à l'hôpital Bichat à Paris, a plaidé sur BFMTV pour un "confinement vite, fort et dur". "Le confinement est la stratégie qui a été choisie par tous les pays, (...) on reconfine en Chine, on a confiné en Allemagne, on a confiné en Angleterre. C'est la meilleure solution pour arrêter la transmission du virus", a-t-il jugé, estimant que le deuxième confinement, celui de novembre lors duquel les restrictions étaient moindres, ne s'est pas avéré efficace.

Côté politique, certains encouragent également le gouvernement à taper du poing sur la table en prenant des mesures vite et fort. "Je souhaite qu'en fonction des données qui viendront dans les prochains jours, on puisse (...) avoir les mesures les plus fermes possibles, (...) un confinement partiel ou total", a par exemple déclaré Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste, toujours sur BFMTV, quand de l'autre côté de l'échiquier politique, le député LR Eric Ciotti insiste pour "des décisions plus lourdes". Au centre, on se veut pragmatique et surtout, on se résout à l'inévitable. "Il faut se préparer au confinement et à cette troisième vague qui va venir du variant", prédit le président de l'Union des démocrates et indépendants (UDI), Jean-Christophe Lagarde, cité par Le Monde, jugeant que "la responsabilité du gouvernement, c'est d'anticiper la fermeture des écoles en préparant des cours en distanciel".

Quels sont les critères déterminant un reconfinement en France ?

Pour mettre en place son plan d'action, l'exécutif poursuit les consultations et les recommandations du Conseil scientifique sont toujours écoutées. Son président Jean-François Delfraissy a fait savoir dans les colonnes de L'Express en toute fin d'année 2020 que les autorités sanitaires scrutaient avec une vigilance accrue les indicateurs donnant la tendance pour les jours à venir. "Si ces marqueurs augmentent, il faudra alors mettre sur la table les options possibles : extension du couvre-feu, mesures nationales... À l'inverse, si les indicateurs restent stables, on pourra envisager certaines réouvertures", a-t-il estimé. Et les chiffres sur l'épidémie de Covid-19 révèlent des situations diverses mais préoccupantes au niveau national et selon les régions.

Si les critères exacts pour reconfinés ne sont pas établis clairement, on se souvient que lors du premier confinement en mars 2020, le taux d'incidence, l'un des principaux critères d'évaluation de la dynamique épidémique, avait culminé à plus de 50 cas pour 100 000 habitants. Aujourd'hui, cet indicateur a franchi les 180 cas pour 100 000 en moyenne nationale, avec des taux dépassant localement les 400 cas voire les 500 cas pour 100 000 à Nice par exemple. Comme l'a indiqué Jean Castex lui-même le 14 janvier, plus aucun département en métropole ne se trouve aujourd'hui sous cette barre d'alerte des 50 cas pour 100 000 habitants. Pour rappel, quand Emmanuel Macron a annoncé le 2e confinement le 28 octobre dernier, le taux d'incidence dépassait les 480 cas pour 100 000 habitants. Mais ce critère est difficile à saisir du fait de plusieurs évolutions : en mars 2020, la politique de tests minimale sous-estimait très probablement le nombre de cas, depuis octobre la méthode de calcul a évolué... 

Le nombre de reproduction du coronavirus peut aussi être considéré. Il doit quant à  lui être sous la barre de 1 nouveau patient contaminé en moyenne par malade pour que l'épidémie régresse. Et il est aujourd'hui quasiment à ce niveau. A la mi-mars 2020, date du premier confinement, il était cependant estimé à près de 2. Fin octobre, avant le deuxième confinement, il était à 1,3. 

Le gouvernement regarde aussi de près le niveau de remplissage des services de réanimation pour éviter la saturation. Au 14 janvier, les patients Covid occupaient 53% des lits de réanimation. Ce taux était de 60% à la veille du deuxième confinement en octobre dernier.

Jean-François Delfraissy a aussi indiqué que les autorités sanitaires considéraient avec une attention permanente "la courbe des hospitalisations" qui stagne soit dit en passant autour des 25 000 patients depuis la mi-décembre et le nombre de contaminations des personnes de plus de 65 ans.

Quels pays européens sont actuellement sous confinement ?

Au sortir des fêtes de fin d'année, partout en Europe, les restrictions se sont durcies. En Angleterre, si la vaccination bat son plein, le Premier ministre Boris Johnson a annoncé un reconfinement total jusqu'au mois de mars. Il faut dire que sur place, le variant britannique du coronavirus fait des ravages. L'Écosse, l'Irlande du Nord et le Pays de Galles ont également mis en place un nouveau confinement.

En Allemagne, la situation n'est guère plus idyllique. Angela Merkel a annoncé un durcissement du confinement, accompagné d'un prolongement jusqu'au 31 janvier, avec la possibilité d'une extension jusqu'en avril. En Autriche, le troisième confinement a débuté dès le 26 décembre et doit se poursuivre jusqu'au 24 janvier, avec un allègement possible à partir du 18 janvier.  Au Danemark et en Grèce, les confinements mis en place ont été prolongés, et même pour le Danemark étendu à l'ensemble du pays, respectivement jusqu'au 17 et au 10 janvier. Des confinements partiels sont en vigueur au Portugal et au Pays-Bas. Enfin, en Slovaquie et en Espagne, un couvre-feu est en place, de même que des confinements locaux, dans certaines régions. Outre les restaurants, bars et lieux de culture, les commerces non-essentiels sont souvent fermés et les déplacements très restreints.

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Quel était le calendrier initial du gouvernement lors du déconfinement ?

Pour rappel, le confinement, décidé par le gouvernement pour endiguer la propagation exponentielle du Covid-19, a été instauré pour la première fois entre le 17 mars et le 11 mai 2020 puis une deuxième fois entre le 29 octobre et le 15 décembre 2020. Un déconfinement très progressif avait été décidé dès lors, en trois étapes. Celui-ci devrait arriver à son terme, dans le meilleur des cas, le 20 janvier. Voici le plan du gouvernement, qui a été plusieurs fois réajusté :

  • Etape 1 - Un allègement du confinement a débuté samedi 28 novembre. Les commerces non-essentiels ont pu rouvrir, les services à domicile ont pu reprendre. Cependant, tous devaient dès lors répondre à un protocole sanitaire très strict et respecter un horaire limite, fixé à 21 heures. Les rassemblement dans les lieux de culte ont été limités avec une jauge maximale de 30 personnes. Enfin, les activités extra-scolaires en extérieur ont repris. Il faut depuis continuer à télétravailler le plus possible et éviter au mieux les déplacements. Les Français ont par ailleurs pu bénéficier provisoirement non plus d'une, mais bien de trois heures de promenade quotidienne. La limite de un kilomètre autour du domicile a alors été levée et remplacée par un rayon de 20 kilomètres jusqu'au déconfinement complet, le 15 décembre.
  • Etape 2 - La fin du confinement a eu lieu avant Noël, le 15 décembre, rendant possible les déplacements entre les régions lors des fêtes de fin d'année. Un couvre-feu a en revanche remplacé ce confinement à compter du 15 décembre, de 20h à 6h, il a été décidé de l'avancer à 18 heures dans quelques départements puis dans toute la France le 18 janvier 2021. Cinémas, théâtres et musées n'ont pas ouvert leurs portes lors de cette phase de déconfinement perturbée. Pas de réouverture non pour les stations de ski, pour les bars et les restaurants.
  • Etape 3 - Emmanuel Macron avait fixé comme objectif de passer sous les 5000 nouveaux cas par jour pour arriver à une nouvelle étape de ce déconfinement, à partir du 20 janvier, avec la fin espérée du couvre-feu. Mais loin de cet objectif (entre 15 000 et 20 000 cas par jour en moyenne), le couvre-feu a été prolongé. Le 14 janvier, le gouvernement a annoncé en conférence de presse le maintien du couvre-feu pour deux nouvelles semaines. Soit au moins jusqu'à la fin janvier.