Tests au coronavirus : comment et qui dépiste-t-on ?

Tests au coronavirus : comment et qui dépiste-t-on ? En pleine épidémie de coronavirus, la question des tests se pose. Faut-il tester toute la population comme le préconise l'OMS ? Qui a accès à un diagnostic en France ?

[Mis à jour le 27 mars 2020 à 18h18] Une adolescente de 16 ans est décédée des suites du coronavirus dans la nuit du 24 au 25 mars 2020 à l'hôpital Necker à Paris. Pourtant, la mère de la victime a expliqué à l'AFP que les tests biologiques avaient d'abord été négatifs. De facto, se pose la question de la fiabilité des tests diagnostics. Anne Goffard, virologue, a déploré sur FranceInter : "On sait depuis un mois que lorsqu'on fait le test à partir d'un prélèvement nasal, dans 40% des cas c'est positif et dans 60% c'est négatif. Alors que si on fait un prélèvement profond, dans la trachée, dans les bronches chez les patients qui font des formes graves, chez ces patients-là, dans 80% des cas, c'est positif." Par conséquent, il serait préférable d'effectuer un prélèvement dans les bronches plutôt qu'un prélèvement nasal. Un spécialiste a argumenté que l'examen le plus efficace reste le scanner. 

Vers la multiplication des tests ? 

Sur le modèle allemand, la France entend multiplier les dépistages. Mardi 24 mars 2020, Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, a développé : "Nous réalisons aujourd'hui 9 000 tests par jour." L'objectif est d'attendre les 10 000 tests journaliers d'ici la fin de la semaine et le double la semaine prochaine. 

Outre-Rhin, 500 000 tests sont effectués chaque semaine. L'Allemagne a entamé, dès le début de l'épidémie, une campagne de dépistage massive. Jeudi 26 mars 2020, Christian Drosten, virologue à l'hôpital de la Charité à Berlin, a estimé que "la raison pour laquelle l'Allemagne compte si peu de décès par rapport au nombre des personnes infectées peut s'expliquer par le fait que nous faisons beaucoup de diagnostics en laboratoire." Effectivement, les chiffres sont criants, l'Allemagne présente un taux de mortalité de 0,5% alors que la France atteindrait les 5,2% sur les chiffres communiqués. 

Christian Drosten a expliqué que l'important maillage de laboratoires sur tout le territoire allemand avait aussi facilité la prise de conscience rapide face au virus et la nécessité d'effectuer des tests de manière massive et le plus rapidement possible. En France, les laboratoires sont à la peine. Une quinzaine d'organisations de médecins et biologistes médicaux (Fédération des médecins de France, Internes de médecine, Médecins libéraux…) ont dénoncé une pénurie de matériel dédié au test. Selon ces organisations cela limite "considérablement" leurs capacités de dépistage.

Y a-t-il des tests en libre service ?

Selon un sondage BVA pour RTL et Orange, paru ce vendredi 27 mars 2020, 88% des Français souhaiterait être testés pour savoir s'ils sont porteurs du nouveau coronavirus. Dans le détail, les plus de 65 ans sont 92% à vouloir se faire dépister, les 35-49 ans sont 86%. 

Pourtant, en raison des problèmes logistiques, notamment le manque de matériel et l'engorgement des laboratoires,  les tests se sont pas systématiques. Le Conseil scientifique a martelé lundi 23 mars 2020 : "Le confinement est actuellement la seule stratégie réellement opérationnelle, l'alternative d'une politique de dépistage à grande échelle et d'isolement des personnes détectées n'étant pas pour l'instant réalisable à l'échelle nationale." Ainsi, pour l'heure seules les personnes "à risques" sont dépistées (les professionnels de santé symptomatiques, les personnes âgées symptomatiques, les personnes présentant des difficultés respiratoires sévères ou des comorbidités, les personnes hospitalisés et les nouveaux foyers de l'épidémie). 

Qui peut effectuer les tests biologiques ? 

Les centres hospitaliers universitaires et les laboratoires de ville sont habilités à réaliser des tests biologiques de détection du Covid-19 (PCR). Selon l'arrêté du 7 mars 2020, "le prélèvement à privilégier est un prélèvement nasopharyngé des voies respiratoires hautes par écouvillonnage ou des voies respiratoires basses (crachats ou liquide bronchoalvéolaire )." Une fois les échantillons prélevés, ils doivent être analysé dans des laboratoires LSB2, certifié PSM2. Ces tests biologiques sont facturés 135 euros dans les CHU et 54 euros (part mutuelle de 60 euros) dans les laboratoires de villes. 

Vers un test des anticorps ? 

Olivier Véran a affirmé qu'afin de multiplier les tests, "lorsqu'il faudra sortir du confinement, nous nous préparons à dépister les cas grâce à la sérologie (NDLR : un examen du sérum sanguin)." Un procédé est en cours d'élaboration à l'Institut Pasteur. Selon Marc Eloit, chercheur à l'Institut, le test sérologique détecte "a posteriori, des anticorps produits par une personne infectée par un pathogène. Il faut une dizaine de jours après l'infection pour l'organisme les produises." Cette méthode, poursuit l'expert, est "très intéressante pour déterminer si des personnes ont été en contact avec la maladie même si elles n'ont pas développé de signes cliniques, car elles étaient asymptotiques." Dans Le Figaro, le chercheur développe : "Nous avons déjà un test prototype qu'il faut encore valider à l'Institut Pasteur. Nous devrions avoir une solution pour effectuer des centaines, voire des milliers de tests dans quelques semaines." Ce test sérologique présente de multiples avantages. Il est rapide et peu coûteux. Il permet d'identifier les personnes qui ont des anticorps et sont, de facto protégés, contre la maladie. Et enfin, il aidera à déterminer le pic épidémique.

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