Contagion au coronavirus : quels sont les modes de diffusion du virus ?

Contagion au coronavirus : quels sont les modes de diffusion du virus ? Actuellement, le taux de reproduction du Covid-19 est de 0,77. Comment les malades transmettent-ils le virus ?

[Mis à jour le 01 juin 2020 à 11h00] Le nouveau coronavirus se transmet au moyen de gouttelettes, de fomites et d'aérosols. Une fois contaminé, le malade est contagieux de 10 à 14 jours. L'indicateur R0 correspond au taux de reproduction du virus dans la population. Sans mesure particulière, le R0 du SARS-CoV-2 est de 3. Si l'indicateur est inférieur à 1, le virus ne circule plus largement. Selon les chiffres annoncés par Olivier Véran, le 28 mai 2020 lors de la présentation de la phase 2 du déconfinement, en France le R0 est de 0,77. Afin de surveiller cet indicateur, le laboratoire Mivegec a créé une application qui permet de connaître la valeur R0 en France et dans d'autres pays. 

Les objets peuvent-ils transmettre le coronavirus ?

Bien d'autres questions se posent sur la transmission du coronavirus, en particulier via les objets du quotidien. Dans le New England Journal of medecine, des chercheurs ont démontré que le Covid-19 perdurait quatre heures sur le cuivre et le métal, 24 heures sur du carton, trois jours sur du plastique, quatre jours sur le bois et l'acier, cinq jours sur du verre. De facto, les poignées de portes, les plans de travail et autres livres peuvent présenter des traces du virus. "Ces surfaces, ce sont les 'fomites' : tous les objets potentiellement porteurs de germes et qui peuvent poser des problèmes en matière d'hygiène dans la gestion du coronavirus", expliquait dernièrement à 20Minutes Jocelyn Raude, enseignant-chercheur en psychologie sociale de la santé et des maladies infectieuses à l'Ecole des hautes études en santé publique (EHESP).

Une précédente étude, publiée dans la revue scientifique américaine JAMA, et menée par des chercheurs du Centre national des maladies infectieuses de Singapour et du DSO National Laboratories, est elle aussi abondamment citée. Effectuée sur des patients confinés dans leurs chambres, elle a montré que ceux-ci avaient, selon les symptômes, légèrement ou fortement souillé les pièces et les meubles. Dans les chambres 13 des 15 surfaces analysées étaient contaminées, dont la chaise, le lit, la fenêtre et le sol, même avec un patient présentant une simple toux. Dans la salle de bains, lavabos et cuvettes étaient fortement touchés par des "traces du virus". 

Cependant, ces conclusions sont à nuancer. D'une part, la majorité de ces études se basent sur la projection de gouttelettes d'eau, fortement chargées de virus SARS-CoV-2, sur différentes surfaces avec l'aide d'un aérosol. De fait, la charge virale est bien inférieure hors expérience en laboratoire. Selon un article publié dans le Journal of Hospital Infection "en dessous de 10 000 particules, le virus résiste moins de 5 minutes, quelle que soit la surface." D'autre part, la survie du virus n'induit pas nécessairement une contamination. La charge virale du virus "se réduit considérablement, jusqu'à 1000 fois ", a expliqué sur Twitter Angela Rasmussen, docteure en virologie au sein de l'Université de Columbia à New York.

Une transmission du coronavirus est-elle possible par les aliments et l'eau ?

En pratique, vos denrées alimentaires achetées dans le commerce peuvent être contaminées. Pourtant, contrairement à certaines informations qui ont pu circuler sur Internet, laisser ses courses 1h30 dans le coffre de sa voiture ne servirait à rien. "Nous ne savons pas d'où vient cette durée d'1h30 car si l'on observe les dernières études sur la capacité de survie du virus sur les surfaces, les chercheurs parlent plutôt de durées allant de 1 à 3 jours. Et il n'est pas envisageable de laisser ses courses en quarantaine pendant une si longue durée", a affirmé Bruno Grandbastien, médecin hygiéniste, sur LCI, qui évoque "d'autres précautions", "comme jeter les emballages en carton ou en plastique, nettoyer les produits frais avant de les consommer et se laver les mains lorsque tout est déballé."

L'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) a étudié la transmission potentielle du virus via des aliments. "La contamination d'un animal étant peu probable, la possibilité de transmission directe du virus par un aliment issu d'un animal contaminé a été exclue par les experts ", a conclu l'étude. En revanche, "une personne infectée peut contaminer les aliments en les préparant ou en les manipulant. Aussi, l'agence conseille de cuire la nourriture, a minima, pendant quatre minutes à 63°C.

Quelques inquiétudes de contaminations au Covid-19 par l'eau ont pu naître notamment à la suite d'un communiqué de la Ville de Paris indiquant qu'une "quantité infime de traces du virus" a été détectée dans son réseau d'eau non potable (arrosage, nettoyage des rues…). Mais si la mairie de la capitale s'est montrée rassurante, une étude espagnole a également rassuré les plus inquiets à ce sujet. Le CISC (Consejo Superior de Investigaciones Científicas), principal conseil de recherches du pays, a écarté la possibilité que le virus se développe dans l'eau de mer, mais également dans celle des piscine grâce à la présence de produits désinfectants comme le chlore. L'étude attire malgré tout l'attention sur le fait que la baignade dans des eaux douces naturelles comme des lacs ou rivières s'avère plus à risque.

Le coronavirus peut-il se transmettre par voie sexuelle ?

Dernièrement, des doutes ont été émis sur une possible transmission par voie sexuelle et plus précisément par le sperme. Une étude chinoise, parue début mai dans le Journal of American Medical Association, évoque cette possibilité. L'expérimentation a été réalisée sur 38 sujets Covid+. Chez 16% des patients le sperme s'est révélé positif au virus. L'équipe de recherche a admis que  "s'il pouvait être prouvé que le SRAS-CoV-2 peut être sexuellement transmissible, ça pourrait être un élément essentiel dans la prévention du virus." Les chercheurs ont estimé que "l'abstinence ou l'utilisation du préservatif peuvent être des moyens préventifs" pour les patients positifs. Les auteurs ont recommandé la tenue d'autres études cliniques.

Quelle contagion entre les enfants ?

Une étude sur la question, qui a fait l'objet de beaucoup d'interrogations, a été rendu public mardi 13 mai sur l'antenne de BFM TV par Robert Cohen, pédiatre et infectiologue à l'hôpital de Créteil (Val-de-Marne). Selon ce dernier, qui a fait partie de l'équipe de pédiatres qui a mené l'étude, le risque de la maladie chez l'enfant est "extrêmement faible, on peut dire mille fois inférieur à celui chez l'adulte". "Les enfants sont peu porteurs, peu transmetteurs, et quand ils sont contaminés c'est presque toujours des adultes de la famille qui les ont contaminés", a-t-il également expliqué. Des propos rassurants donc, surtout si l'on ajoute que même entre eux, les enfants sont très peu contagieux, selon Robert Cohen, qui écarte la relance du virus causée par la réouverture des écoles. "Les enfants à l'extérieur de l'école sont probablement plus en danger qu'à l'intérieur de l'école", a-t-il tranché.

La distanciation sociale est-elle une mesure efficace ? 

Depuis le début de l'épidémie, le Gouvernement prône le maintien d'une distance sociale d'un mètre. Or selon une étude réalisée dans la province chinoise du Wuhan, berceau de la pandémie, et publiée vendredi 11 avril 2020 par les Centres américains de prévention et de contrôle des malades (CDC), le virus pourrait voyager jusqu'à quatre mètres d'un malade. Les chercheurs chinois qui ont mené l'étude ont travaillé sur 15 patients touchés par le Covid-19 d'un service de réanimation de l'hôpital de campagne Huoshenshan de Wuhan et 24 autres moins gravement atteints dans un service de soins généraux de l'hôpital préfabriqué qui a fait le tour des médias dans le monde. Entre le 19 février et le 2 mars, ils ont effectué des prélèvements sur les masques des patients, les lits, les sols, les équipements de protection des soignants, y compris les équipements informatiques, les poubelles, les bouches d'aération. ils ont aussi effectué plusieurs captation de l'air ambiant dans les chambres.

L'équipe de recherche a conclu que "le SARS-CoV-2 (covid-19) était largement distribué dans l'air et sur la surface d'objets dans les services de réanimation et de soins généraux, ce qui implique un risque potentiellement élevé de contamination pour les personnels soignants et les autres contacts proches". Les chercheurs ont identifié que "la distance maximale de transmission d'un aérosol de SARS-CoV-2 pourrait être de quatre mètres".  

Combien de temps un malade est-il contagieux ? 

Une étude de modélisation réalisée en Chine — publiée mercredi 15 avril 2020 dans la revue Nature Medicine  — a conclu que l'infectiosité commence 2-3 jours avant les premiers symptômes du Covid-19. Le pic de contagiosité est 0,7 jour avant les premières manifestations du virus. De plus, 44% des cas secondaires sont infectés pendant la période pré-symptomatique.

Le Pr Antoine Flahault, Université de Genève, a assuré que plus les prodromes sont sévères plus le malade est contagieux. Dans les faits, les individus qui présentent peu ou pas de manifestations sont contagieux pendant 14 jours, ceux avec des symptômes modérés trois semaines et pour les plus gravement atteints 25 jours. 

Récemment, des chercheurs français ont admis — dans les Presses universitaires d'Oxford — que la "dynamique de transmission [du coronavirus est] potentiellement différente chez les enfants ". Or, selon une étude allemande, portée par le Pr Christian Drosten, "les enfants peuvent être aussi contagieux que les adultes." L'équipe de recherche a examiné les prélèvement de 3 712 patients. Les chercheurs ont ensuite analysé "la relation entre l'âge du patient et la charge virale SARS-CoV-2." Ils ont constaté que ces "données indiquent que les charges virales chez les très jeunes ne diffèrent pas significativement de celles des adultes." Toutefois, le compte-rendu a souligné : "il est évident que les enfants sont sous-représentés dans les études cliniques et moins fréquemment diagnostiqués en raison de symptômes légers ou absents."

Faut-il désinfecter la maison et les objets ?

Afin de pallier de possibles contagions, il faut respecter les gestes barrières et les règles d'hygiène traditionnelles. Du côté du Gouvernement français, on conseille également de désinfecter les surfaces. "En plus du nettoyage régulier, les surfaces qui sont fréquemment touchées avec les mains doivent être nettoyées et désinfectées deux fois par jour, notamment lorsqu'elles sont visiblement souillées. Il s'agit par exemple des poignées de porte, des boutons d'ascenseur, des interrupteurs d'éclairage, des poignées de toilettes, des comptoirs, des mains courantes, des surfaces d'écran tactile et des claviers", est-il précisé sur le site dédié au coronavirus. Les objets digitaux et en particulier les smartphones sont particulièrement visés. Apple a d'ores et déjà conseillé de les nettoyer avec des désinfectants ou des lingettes à 70% d'alcool isopropylique. 

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) indique également que "si vous pensez qu'une surface peut être infectée, nettoyez-la avec un désinfectant ordinaire pour tuer le virus". Le dosage de solvant recommandé est de quatre cuillères à café pour un litre d'eau. Il est conseillé de laver les draps et vêtements souillés à 60°C. Dans une page consacrée à la lutte contre les idées reçues sur le Covid-19, l'OMS indique par ailleurs que les "désinfectants à base d'eau de Javel ou de chlore, de solvants, d'éthanol à 75%, d'acide peracétique et de chloroforme" sont efficaces contre le virus. 

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