Contagion par le coronavirus : aliments, objets du quotidien... Ce que l'on sait

Contagion par le coronavirus : aliments, objets du quotidien... Ce que l'on sait Les objets et aliments peuvent-ils être vecteurs du Covid-19 ? Dans quelles mesures peut-on être infecté par des surfaces contaminées ? Voici quelques pistes et éléments de réponses.

Si des études sur les objets et surfaces sont régulièrement avancée, le premier vecteur de transmission du coronavirus reste le contact humain. La transmission interhumaine du nouveau coronavirus est en effet établie et l'Institut Pasteur affirme qu'en "l'absence de mesures de contrôle et de prévention, chaque patient infecte entre 2 et 3 personnes." Dans 80% des cas, le patient Covid+ est contaminé par contact manuel ou par l'intermédiaire d'un objet. Dans un entretien à La Provence, l'infectiologue à l'AP-HM Matthieu Bardou, a néanmoins rassuré :  "Ce n'est pas parce qu'on touche un objet contaminé qu'on va forcément développer une maladie." Un confrère, le Dr Claude Mailaender, vice-président de l'URPS médecins libéraux de Paca, a confirmé : "Sur les objets, le risque de contagion est bien moindre que lorsqu'il y a contact direct comme un serrage de main ou une bise." Le vice-président de l'URPS a illustré les mécanismes de contamination des objets : "Le virus est porté par des gouttelettes extraites de la bouche, à chaque fois que vous parlez elles vont tomber sur votre bureau, si vous mettez les mains à l'endroit où les gouttelettes s'échouent, vous les salissez, puis après vous allez toucher une poignée de porte, la salir etc."

Très récemment, une étude chinoise a également rapporté que notre groupe sanguin pouvait être déterminant dans la transmission du virus. L'étude, publiée sur le site MedRxiv, porte sur 2100 personnes touchées par le virus et hospitalisées dans 3 hôpitaux de Wuhan et Shenzhen. Elle indique que les personnes faisant partie du groupe sanguin O ont 33 % de risques en moins d'être infectés par le coronavirus. Les groupes A sont à l'inverse plus vulnérables, avec 20 % de risques en plus d'être contaminés. Le groupe B serait lui aussi plus touché que la moyenne, mais les auteurs estiment que l'échantillon est trop faible pour l'établir statistiquement. L'étude fait le lien entre les groupes sanguins et les anticorps, assurant que les personnes du groupe O seraient mieux dotées face au coronavirus.

Cette différence entre les groupes sanguins confirme que nous ne serions donc pas tous égaux face au coronavirus qui se transmet principalement par des interactions avec des personnes contaminées. Déjà car les hommes sont majoritaires dès lors qu'il s'agit d'évoquer les morts liés au Covid-19, même si ce chiffre varie d'un département à l'autre. En revanche, la question de la transmission du coronavirus par les aérosols et les surfaces contaminées est en question. Plusieurs études, publiées tour à tour dans des revues scientifiques prestigieuses comme la revue britannique The Journal of Hospital Infection, le site Medrxiv d'une équipe américaine du National Institute of Allergy and Infectious diseases, ou plus récemment dans le prestigieux New England Journal of medecine, laissent entendre que le Covid-19 peut survivre sur toute sorte d'objets. Certains allant même jusqu'à indiquer que le coronavirus se transmet à 80% par contact manuel "ou" par l'intermédiaire d'un objet contaminé par les gouttelettes chargées de virus.

Les objets peuvent-ils transmettre le coronavirus ?

Dans le New England Journal of medecine, les chercheurs démontrent que le Covid-19 perdure 4  heures sur le cuivre et le métal utilisé pour nos pièces de monnaie, 24 heures sur du carton, trois jours sur du plastique, quatre jours sur le bois et l'acier, cinq jours sur du verre et même près de trois heures dans l'air ambiant. De facto, les poignées de portes, les plans de travail et autres livres peuvent présenter des traces du virus. "Ces surfaces, ce sont les 'fomites' : tous les objets potentiellement porteurs de germes et qui peuvent poser des problèmes en matière d'hygiène dans la gestion du coronavirus", expliquait dernièrement à 20Minutes Jocelyn Raude, enseignant-chercheur en psychologie sociale de la santé et des maladies infectieuses à l'Ecole des hautes études en santé publique (EHESP).

Une autre étude plus ancienne, publiée cette fois dans la revue scientifique américaine JAMA, et menée par menée par des chercheurs du Centre national des maladies infectieuses de Singapour et du DSO National Laboratories, est elle aussi abondamment citée. Effectuée sur des patients confinés dans leurs chambre, elle a montré que ceux-ci avaient, selon les symptômes, légèrement ou fortement souillé les pièces et les meubles. Dans les chambres 13 des 15 surfaces analysées étaient contaminées, dont la chaise, le lit, la fenêtre et le sol, même avec un patient présentant une simple toux. Dans la salle de bains, lavabos et cuvettes étaient fortement touchées par des "traces du virus". Toutes ces traces disparaissaient en revanche après le nettoyage avec un désinfectant conventionnel.

Une contamination peu probable

Cependant, ces conclusions sont à tempérer comme l'a très bien expliqué un article de France Culture récemment. D'abord, la majorité de ces études se basent sur la projection de gouttelettes d'eau chargées de virus SARS-CoV-2 sur différentes surfaces avec l'aide d'un aérosol. Des expériences lors desquelles "la charge virale projetée est très élevée". France Culture évoque "jusqu'à un demi-millilitre de particules virales pures à 100 millions de copies [...] utilisées pour étudier la stabilité du virus" sur dans l'un de ces tests. Et de citer Samira Fafi-Kremer, responsable du laboratoire de virologie du CHU de Strasbourg, qui juge que ce niveau "ne reflète pas du tout la réalité". L'étude reprise dans le Journal of Hospital Infection assure elle-même qu'"en dessous de 10 000 particules, le virus résiste moins de 5 minutes, quelle que soit la surface".

Ensuite, il faut préciser que la présence du virus ne signifie pas contamination par les objets. Si des traces de Covid-19 peuvent être retrouvées sur des poignées de portes ou des lavabos, cela ne signifie aucunement que ces objets sont "contaminés", encore moins qu'ils sont infectieux ou contagieux. La survie du virus sur certaines surfaces ne signifie pas nécessairement que les risques d'être infecté en les touchant soient avérés. Immédiatement après le contact avec les objets, la charge virale chute en effet drastiquement et peut s'avérer insuffisante pour se transmettre à un corps humain. Angela Rasmussen, docteure en virologie au sein de l'Université de Columbia à New York, assure sur Twitter que "si les virus peuvent rester présents sur certaines surfaces plusieurs jours, le nombre de particules virales infectieuses se réduit considérablement, jusqu'à 1000 fois". En France, Anne Goffard, médecin virologue au CHU de Lille et enseignante à la faculté de pharmacie de Lille, ne dit pas autre chose : les traces de virus détectés sur une surface ne sont pas synonymes de particules de virus actif.

Faut-il désinfecter la maison et les objets ?

Afin de pallier de possibles contagions, il faut respecter les gestes barrières et les règles d'hygiène traditionnelles. Du côté du gouvernement français, on conseille également de désinfecter les surfaces. "En plus du nettoyage régulier, les surfaces qui sont fréquemment touchées avec les mains doivent être nettoyées et désinfectées deux fois par jour, notamment lorsqu'elles sont visiblement souillées. Il s'agit par exemple des poignées de porte, des boutons d'ascenseur, des interrupteurs d'éclairage, des poignées de toilettes, des comptoirs, des mains courantes, des surfaces d'écran tactile et des claviers", est-il précisé sur le site dédié au coronavirus. Les objets digitaux et en particulier les smartphones sont particulièrement visés. Apple a d'ores et déjà conseillé de les nettoyer avec des désinfectants ou des lingettes à 70% d'alcool isopropylique.

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) indique également que "si vous pensez qu'une surface peut être infectée, nettoyez-la avec un désinfectant ordinaire pour tuer le virus". Le dosage de solvant recommandé est de quatre cuillères à café pour un litre d'eau. Il est conseillé de laver les draps et vêtements souillés à 60°C. Dans une page consacrée à la lutte contre les idées reçues sur le Covid-19, l'OMS indique par ailleurs que les "désinfectants à base d'eau de Javel ou de chlore, de solvants, d'éthanol à 75%, d'acide peracétique et de chloroforme" sont efficaces contre le virus. La Direction générale de la Santé en France promeut elle aussi l'utilisation de la Javel qui est "un virucide". "Les produits de nettoyage et désinfectants couramment utilisés (eau de Javel, éthanol 70%...) sont efficaces contre le COVID-19", est-il ajouté sir le site du gouvernement. Avant de désinfecter, il est conseillé par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) de nettoyer la zone ou l'objet avec du savon et de l'eau. Il faut en revanche vérifier la date de péremption des désinfectants avant usage. Le vinaigre blanc serait en revanche inefficace.

Concernant les courses qui posent particulièrement question en cette période de confinement, Eric Tricot, cadre de santé hygiéniste à l'hôpital du Mans, conseillait il y a peu dans Le Parisien "d'entreposer vos paquets par terre sans les toucher pendant trois ou quatre heures au sol en rentrant chez vous avant de procéder au rangement dans les placards". Le journal conseille également de ne pas se toucher le visage en faisant ses courses et en manipulant les emballages qu'il faut jeter au tri sélectif avant de se laver les mains. Aussi, il est préconisé par l'Institut Pasteur de "se laver les mains régulièrement avec de l'eau, du savon ou une solution hydroalcoolique.

Peut-on être contaminé par le coronavirus dans l'air ?

La transmission aérienne est tout aussi peu probable selon les scientifiques interrogés par France Culture, les particules d'air étant beaucoup plus petites que les particules contenues dans les gouttelettes émises en toussant ou en éternuant. "La charge virale disséminée dans l'air ambiant serait tellement infinitésimale qu'elle ne pourrait être, en aucun cas, contaminante", peut-on lire. Seuls seraient exposés les soignants qui restent pour leur part en contact prolongé avec les malades.

Une transmission du coronavirus est-elle possible par les aliments ?

L'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) a quant à elle étudié la transmission potentielle du virus via des aliments. "La contamination d'un animal étant peu probable, la possibilité de transmission directe du virus par un aliment issu d'un animal contaminé a été exclue par les experts ", conclut l'étude. En revanche, "une personne infectée peut contaminer les aliments en les préparant ou en les manipulant. Aussi, l'agence conseille de cuire la nourriture, a minima, pendant quatre minutes à 63°C. Ce procédé permet de diviser par 10 000 la contamination d'un produit alimentaire. Pour répondre à la question initiale de manière plus concrète, Alexandre Bleibtreu, infectiologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, a apporté ses lumières auprès du guide de restaurants Le Fooding. Selon ce spécialiste, il n'est pas nécessaire de porter des gants pour cuisiner, tout comme il n'est pas risqué d'acheter des aliments à la coupe (jambons, fromages...), pas plus que manger le pain touché par le boulanger... Enfin, il n'est pas nécessaire de cuire les légumes pour les manger. "Vous pouvez les laver et les éplucher comme d'habitude, tant que vous vous êtes lavé les mains", tranche Alexandre Bleibtreu.