StopCovid : comment télécharger l'application dans l'Apple Store (iOS) et le Play Store (Androïd) ?

StopCovid : comment télécharger l'application dans l'Apple Store (iOS) et le Play Store (Androïd) ? STOP COVID. La sortie de l'application StopCovid aura été à l'image de la genèse de ce projet : chaotique. L'outil de contact tracing est désormais disponible sur l'App Store et le Google Play Store pour les iPhone et les smartphones sous Androïd. Mais il ne faut pas se tromper !

[Mis à jour le 3 juin 2020 à 18h04] L'application StopCovid, permettant d'être alerté si on a croisé dans les 15 derniers jours un autre utilisateur positif au coronavirus, a bien été mise à disposition du grand public ce mardi, comme annoncé par le gouvernement. Elle est donc disponible en téléchargement sur le Play Store de Google pour les smarphones sous Android et sur l'App Store d'Apple pour les iPhone (iOS). Mais cette sortie n'aura pas été un long fleuve tranquille, pas plus que le développement de l'application qui aura suscité bien des débats et des retards.

Annoncée dans la matinée puis pour midi, l'application StopCovid a finalement été mise en ligne après 16 heures sur le Play Store de Google et avec encore un peu plus de retard sur l'Apple Store, soit après 20 heures. Pendant les quelques heures de retard, de nombreux mobinautes se sont trouvés dans le flou. Des milliers de téléchargements de l'application "Stop Covid19 Cat" ont été effectués, alors que cette appli ne correspond pas du tout à l'outil français, mais à un logiciel catalan au fonctionnement très différent. Une fois sur le store d'Apple ou de Google, il faudra bien opter pour "StopCovid France".

Les porteurs du projet StopCovid n'ont pour l'instant pas clairement expliqué les raisons de cet ultime retard à l'allumage. Hier, Bruno Sportisse, président de l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria), chargé du développement de l'aplli, a évoqué d'"ultimes réglages" quand le cabinet du secrétaire d'Etat au Numérique Cédric O évoquait sur RTL un "petit contretemps" sans plus de précisions.

Une fois la confusion écartée, installer StopCovid sur votre smartphone est extrêmement simple : il vous suffit de vous rendre sur Google Play si vous avez un téléphone équipé d'Androïd, ou sur App Store si vous possédez un iPhone. Retrouvez les boutons de téléchargement ci-dessous.

Télécharger StopCovid

 

Bien entendu, comme promis par le gouvernement, qui est à l'origine du déploiement de cette application, StopCovid est entièrement gratuite. Les autorités publiques ont bien fait savoir que son installation, qui accompagne la deuxième phase du déconfinement, ne se fait que sur la base du volontariat. Concrètement, l'appli StopCovid permet à une personne positive au coronavirus d'alerter automatiquement tous les utilisateurs avec lesquels elle a eu un "contact prolongé" récemment (dans les 14 derniers jours), à moins d'un mètre et durant plus de quinze minutes, afin qu'ils se fassent tester à leur tour.

StopCovid
Capture de l'application StopCovid © Economie.gouv.fr
StopCovid
Capture de l'application StopCovid © Economie.gouv.fr

Tout savoir sur StopCovid

Comment fonctionne l'application StopCovid ?

En quelques mots, StopCovid est une application volontaire et provisoire, qui doit permettre, une fois installée sur les smartphones, d'établir les connexions entre ses utilisateurs et donc d'alerter parmi eux les contacts de ceux qui seront testés positifs au coronavirus. Une alerte qui permettra à ces "cas contact" de consulter un médecin et de s'isoler en attendant les résultats d'un test de dépistage. Les données de connexion sont conservées 14 jours.

Le ministre de la Santé Olivier Véran et le secrétaire d'Etat au Numérique Cédric O avaient accordé un long entretien au Monde dès le mercredi 8 avril pour évoquer le projet de tracking, ou traçage numérique, visant à mieux contrôler l'épidémie de coronavirus et notamment empêcher les nouveaux foyers de pulluler à la fin du confinement. Ils en avaient expliqué le principe dans les grandes lignes : "développer une application qui pourrait limiter la diffusion du virus en identifiant des chaînes de transmission. L'idée serait de prévenir les personnes qui ont été en contact avec un malade testé positif, afin qu'elles se fassent tester elles-mêmes, et si besoin qu'elles soient prises en charge très tôt, ou bien qu'elles se confinent", indiquait Cédric O dans cette interview.

"Lorsque deux personnes se croisent pendant une certaine durée, et à une distance rapprochée, le téléphone portable de l'un enregistre les références de l'autre dans son historique. Si un cas positif se déclare, ceux qui auront été en contact avec cette personne sont prévenus de manière automatique", ajoutait alors Cédric O. Depuis cette présentation de nombreux détails ont été dévoilés. Le ministère de l'Economie et des Finances a publié le 21 mai un dossier de presse dans lequel le fonctionnement de l'application a été schématisé :

Fonctionnement de l'appli StopCovid.
Fonctionnement de l'appli StopCovid. © Economie.gouv.fr

Cédric O a vanté d'emblée dans Le Monde ce concept de "contact tracing", qui "a permis de remonter à des patients sources, d'identifier des chaînes de contamination et de freiner la diffusion de l'épidémie" dans certains pays. L'enjeu de cette application, qu'a développé l'Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria), avec plusieurs partenaires européens, est particulièrement important. Un tracking de la population pourrait éviter que le déconfinement ne soit synonyme de deuxième vague de l'épidémie. Cédric O a néanmoins martelé pendant des semaines que StopCovid n'était qu'une "brique – par ailleurs incertaine – d'une stratégie globale de déconfinement et un outil numérique parmi d'autres dans la lutte contre l'épidémie". Depuis le 11 mai, ce sont d'ailleurs des  brigades humaines de "contact tracing" qui ont été mises en place, des personnels dédiés à la recherche des "contacts" de patients testés positifs.

Un débat sur les données personnelles et les libertés

L'idée d'un traçage numérique, mais aussi de ses potentielles dérives, trotte depuis longtemps dans l'esprit de l'exécutif et de l'opposition. Emmanuel Macron a mis en place dès la mi-mars un comité d'experts, le Comité analyse recherche et expertise (Care), chargé notamment de réfléchir à une "stratégie numérique d'identification des personnes ayant été au contact de personnes infectées". Lors de son audition devant la mission d'information sur le coronavirus de l'Assemblée le 1er avril, Edouard Philippe avait évoqué un traçage "volontaire" en France. "Il faut explorer toutes les portes ouvertes, plein de technologies peuvent se révéler utiles", avançait-on déjà à Matignon. Le même jour, Cédric O avait lui aussi confirmé que le gouvernement étudiait ce genre de dispositif.

Mais cette longue préparation de l'opinion n'a pas empêché le débat d'exploser, y compris au sein de la majorité, comme l'a rapporté le Parisien dès le mardi 7 avril. Le même Parisien a publié le lendemain une interview de Stéphane Séjourné, eurodéputé LREM et ex-conseiller d'Emmanuel Macron, qui estimait que le traçage numérique revenait à "admettre que les régimes autoritaires sont mieux armés que les démocraties pour répondre à la crise".  L'ancien conseiller politique à la présidence de la République n'hésitait pas alors à parler de "Big Brother" et exhortait le gouvernement à garder "cette philosophie, basée sur le respect des règles et la confiance dans les individus".

Plusieurs autres membres de la majorité ont depuis montré qu'ils étaient vent debout contre l'application, certains se demandant même s'ils n'allaient pas claquer la porte de LREM si l'appli venait à être adoptée. Le départ d'Aurélien Taché du groupe LREM à l'Assemblée à la mi-mai n'est d'ailleurs sans doute pas totalement étrangère au projet d'application StopCovid, le député du Val-d'Oise ayant lui aussi fait entendre son désaccord à ce sujet depuis le début de la crise du coronavirus. Un neuvième groupe politique composé de 17 députés macronistes et d'anciens "marcheurs" a été créé sous le nom "Ecologie démocratie solidarité". Présenté comme "indépendant", "ni dans la majorité, ni dans l'opposition", il compte nombre d'opposants au projet StopCovid.

Outre les doutes dans la majorité, tous les groupes de l'opposition ont aussi manifesté leur mécontentement sur StopCovid. Parti communiste, France insoumise, Parti socialiste, Europe-Ecologie-Les Verts, UDI, Les Républicains, Rassemblement national... De l'extrême gauche à l'extrême droite, tous voulaient avoir leur mot à dire sur cet outil présenté par l'exécutif comme un élément essentiel de la stratégie de déconfinement française. Et ils auront dû s'armer de patience pour le faire.

Un double vote le 27 mai

Les députés puis les sénateurs se sont finalement exprimés le mercredi 27 mai 2020 sur l'application avec deux votes au caractère consultatif.  La déclaration du gouvernement relative à StopCovid a été approuvée à l'Assemblée nationale par 338 voix pour, 215 contre et 21 abstentions. La chambre basse, dominée par la droite et le centre, a quant à elle validé l'outil de contact tracing très controversé par  186 voix pour, alors que 127 élus se sont prononcées contre. 29 abstentions ont été comptabilisées. Si elles ont abouti à une validation hautement symbolique pour le secrétaire d'Etat au Numérique Cédric O, qui en avait fait un préalable au lancement de l'appli, les discussions à l'Assemblée et au Sénat auront souvent été passionnées et StopCovid est toujours loin de faire l’unanimité.

Signe de la fébrilité de l'exécutif autour de cette question, le vote des parlementaires avait été repoussé à la fin avril. Avant le vote du 27 mai, l'appli de tracking numérique en effet être abordée le 28 avril à l'Assemblée nationale, dans le plan de déconfinement présenté par Edouard Philippe aux députés. Elle a pourtant été totalement écartée des discussions par le Premier ministre ce jour là, sans beaucoup de ménagement. Edouard Philippe avait fait savoir alors que "compte tenu des incertitudes" sur StopCovid, il était "bien en peine de dire [...] comment elle fonctionnera précisément". "Je ne doute pas que les ingénieurs travailleront d'arrache-pied et réussiront à faire fonctionner ce projet", avait encore indiqué le chef du gouvernement, promettant le cas échéant "un débat spécifique suivi d'un vote spécifique". Mais il avait aussi reconnu que les nombreuses critiques de l'appli étaient "fondées. 

Une appli validée par la Cnil

Avant le vote des parlementaires, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) avait elle aussi définitivement validé ce mardi 26 mai le principe de l'application, dans un avis qui souligne que la solution numérique respecte la protection des données. La Cnil s'est notamment réjouie que certaines de ses recommandations aient été suivies sur l'anonymisation des contacts, la durée de sauvegarde des données(14 jours), le fait que ce soit le ministère de la Santé qui en ait la charge, ou encore sur la liberté ou non d'installer StopCovid sur son smartphone et ce sans aucune conséquence juridique négative (sur l'accès aux transports en commun par exemple).

"C'est une bonne chose que l'on ait pris le temps de s'assurer qu'il y ait des garanties suffisantes en matière de protection de la vie privée pour mettre en oeuvre une application qui n'est pas banale ou anodine", affirmait Marie-Laure Denis, la présidente de la Cnil, sur Europe 1 mardi 26 mai, promettant que StopCovid préservera "l'information des personnes et leur droit à l'effacement des données enregistrées sur les téléphones portables et le serveur central". 

D'autres évolution plus techniques, comme un nouvel algorithme de chiffrement ou la fragmentation des clés de chiffrement permettent, selon la Commission, de "garantir l'impossibilité pour un seul acteur d'opérer un détournement d'usage des données". "L'utilité réelle du dispositif devra être plus précisément étudiée après son lancement", nuance néanmoins l'avis qui livre quelques recommandations supplémentaires, mais conclue que StopCovid "peut légalement être mise en oeuvre".

Dès le dimanche 26 avril, dans un premier avis consultable sur son site Internet, les membres du collège de la Cnil avaient déjà estimé que "l'application [pourrait] être déployée, conformément au règlement général de protection des données (RGPD), si son utilité pour la gestion de la crise [était] suffisamment avérée et si certaines garanties [étaient] apportées". La commission appelait néanmoins le gouvernement à "une grande prudence", estimant que l'appli StopCovid risquait de générer un "phénomène d'accoutumance" aux dispositifs de pistage. Elle rappelait que ce type d'application pose des "questions inédites en termes de protection de la vie privée".

Auditionnée par le Sénat le mercredi 15 avril, la présidente de la Cnil, Marie-Laure Denis, avait déjà exhorté le gouvernement à rendre l'application "temporaire". "Il faut vraiment que sa durée n'excède pas la durée nécessaire au traitement de la crise sanitaire", avait déclaré la présidente de la Cnil, évoquant aussi une "protection des données personnelles", "une suppression des données", la possibilité essentielle de pouvoir désinstaller l'appli et que le consentement soit "éclairé". "Le refus de télécharger l'application ne devra pas non plus réduire vos facultés de déplacement", avait-elle ajouté.

Une nouvelle audition de Marie-Laure Denis a eu lieu mardi 5 mai à l'Assemblée nationale. Elle a indiqué aux députés que la Cnil qu'elle dirige avait déjà commencé à décortiquer le projet StopCovid, et que la commission serait "particulièrement attentive à la durée de conservation des données" ainsi qu'à leur "pertinence". La présidente de la Cnil demandait à ce que les données soient "supprimées dans un délai assez bref, bien avant la fin de l'épidémie". Il semble qu'elle ait été entendue...

Volontariat et anonymat selon le gouvernement

"Il faut se garder du fantasme d'une application liberticide. Notre hypothèse est celle d'un outil installé volontairement, et qui pourrait être désinstallé à tout moment. Les données seraient anonymes et effacées au bout d'une période donnée", a répondu au Monde Cédric O aux détracteurs de StopCovid dès le 8 avril. Principale garantie affichée par les défenseurs de l'outil de contact tracing : l'application mobile est basée sur une installation volontaire par les utilisateurs de smartphones et sur la communication Bluetooth qui permet de conserver l'anonymat. Le Bluetooth est cité depuis le début du projet comme un compromis entre efficacité de l'appli et protection des données personnelles. Cette norme de communication serait en effet plus douce qu'un traçage GPS, qui apporterait moins de garanties en terme d'anonymat, ou qu'un bornage téléphonique, faisant appel aux antennes relais des opérateurs.

Le secrétaire d'Etat au Numérique a de nouveau insisté le 11 avril dans Grand journal du soir d'Europe 1 : "L'application que nous développons en lien avec les Allemands et les Suisses est totalement respectueuse de nos valeurs, nos lois, de la vie privée, et elle ne donne aucune donnée", a-t-il affirmé. "L'installation sera volontaire, les données stockées temporairement, et l'anonymat total. Pas même l'Etat ne pourra retracer les personnes contaminées". Dans le JDD le dimanche 26 avril, il a de nouveau martelé que cette application sera "volontaire, anonyme, transparente et temporaire". "L'État n'a accès à aucune donnée identifiante et il n'y aura pas de géolocalisation". "L'installation de l'application doit relever totalement du libre consentement", insistait encore le secrétaire d'Etat. "Dans l'arbitrage entre contrainte sanitaire et libertés individuelles, nous avons poussé à fond vers les libertés individuelles", faisait-il valoir.

Pour rappel, dans son allocution lundi 13 avril, Emmanuel Macron avait aussi assorti son discours sur l'application de tracking de mises en garde. "Il ne faut négliger aucune piste, aucune innovation", avait déclaré le président de la République ajoutant immédiatement que "cette épidémie ne saurait affaiblir notre démocratie ni mordre sur quelque liberté" demandant une "application numérique dédiée [...] sur la base du volontariat et de l'anonymat". Edouard Philippe a déjà dit lui aussi qu'il était opposé à un tracking "obligatoire" et qu'il serait plus ouvert à une application installée sur la base "d'un engagement volontaire", l'idée étant de ne pas créer un "Big Brother".

Un long plaidoyer en faveur de StopCovid

Ce plan de com' s'est encore renforcé le 3 mai dernier avec la publication, par le même Cédric O, d'un long billet sur la plateforme Medium. Sur le fond, le secrétaire d'Etat estime que StopCovid sera très précieuse, avec d'autres outils, pour éviter un rebond de l'épidémie lors du déconfinement. Il faut selon lui "tout faire pour couper les 'départs de feu' le plus rapidement possible, y compris en utilisant des outils numériques comme 'StopCovid', dans des conditions très encadrées et proportionnées". La solution numérique serait même fortement utile selon lui "dans les centres urbains [...], les transports en communs, les lieux publics ou les commerces", où les moyens humains ne permettront pas de reconstituer les chaines de transmission aussi efficacement que le traitement de données. 

Chacun pourra évidemment "refuser ces outils pour des raisons philosophiques" , mais cela reviendrait "dans ce cas" à "accepter un risque significatif de malades et de morts supplémentaires", prévenait aussi Cédric O dans ce billet, qui martelait que StopCovid "n'est pas une application de surveillance", "n'est pas une application de tracking" au sens de géolocalisation, "n'est pas une application de délation", "n'a rien d'obligatoire", "n'a rien d'une boite noire" et présenterait même de nombreuses garanties.

Dans Le Figaro le 26 mai, Cédric O a encore voulu enfoncer un peu plus le clou, assurant que StopCovid "sera automatiquement désactivée et que les données seront toutes effacées dans les six mois suivant la fin de l'État d'urgence sanitaire". "On ne peut pas être mieux-disant en termes de protection de la vie privée que cette application !", jurait le secrétaire d'Etat. "Personne, pas même l'État, n'aura accès à une liste de personnes diagnostiquées positives ou à une liste des interactions sociales entre les utilisateurs."

Le protocole "ROBERT" en question

Par souci de transparence, le code source de StopCovid a été dévoilé en partie le mardi 12 mai afin que "tous les codeurs intéressés" puissent "aller vérifier comment fonctionne l'application" et notamment si un risque de détournement à des fins de surveillance de la population est avéré a aussi indiqué Cédric O. Après des tests "sur banc" sur une "centaine de modèles de smartphones", des tests en conditions réelles ont aussi été réalisés avec l'aide d'une soixantaine de militaires. La conclusion : StopCovid fonctionnerait "très bien sur les smartphones qu'ils soient sous Android et sous iOS". Les tests se sont poursuivis sur le terrain de la sécurité, l'Inria, créateur du logiciel, ayant fait appel dans les derniers jours avant la sortie de l'appli à la start-up française YesWeHack, championne européenne du "bug bounty", en d'autres termes à la recherche de bugs. Celle-ci a fait travailler sa communauté de hackers éthiques (ou "white hats") pour tester l'application et tenter d'en repérer les failles. Ces derniers pouvaient recevoir une prime pouvant aller jusqu'à 2000 euros pour la découverte d'une faille très critique.

Le code source de StopCovid est disponible sur le Gitlab de l'Inria un site qui permet aux codeurs et développeurs de partager leurs travaux. Il y est question en particulier du protocole utilisé, baptisé "ROBERT" (pour "ROBust and privacy-presERving proximity Tracing"), qui est au coeur de l'application.

Des chercheurs franco-allemands, qui avaient aussi publié dès la mi-avril quelques détails techniques sur l'appli StopCovid, ont indiqué que le protocole ROBERT permettra, via Bluetyooth, "le partage, par les personnes détectées positives au Covid-19, d'une liste d'identifiants anonymes correspondant aux personnes qu'elles ont croisées pendant la durée d'incubation du virus". Concrètement, un serveur générera les codes anonymes qui seront diffusés lors des interactions entre les utilisateurs pour permettre ensuite d'alerter les bonnes personnes si l'un d'eux est testé positif au coronavirus. 

Le hic, c'est que ce serveur prévu par le protocole ROBERT référencera chaque utilisateur dans une base de données centrale sous la forme d'un identifiant unique. Un système jugé très (trop ?) "centralisé" par plusieurs spécialistes, qui estiment qu'il rend possible un contrôle de l'outil par son propriétaire, en l'occurrence l'Etat. Parmi les principaux opposants à ce système centralisé figure un protagoniste de taille : Apple, partisan pour sa part d'une application "décentralisée". Le géant américain est aussi rebuté par la diffusion en tâche de fond (autrement dit quand l'utilisateur n'est pas en train de consulter l'appli) des fameux codes anonymes générés via Bluetooth. Un détail qui contrevient directement au modèle de sécurité de son système iOS, visant à protéger les données de ses utilisateurs. Pourtant, ce travail en tâche de fond semble essentiel pour faire la connexion entre les utilisateurs, même quand l'appli n'est pas ouverte ou quand le téléphone est verrouillé au fond d'une poche.

Le bras de fer de la France face à Apple

Pour régler en partie ce problème, Apple et Google ont annoncé vendredi 10 avril un partenariat "dans le but d'aider les gouvernements et les agences de santé à réduire la propagation du virus", mais "en intégrant la confidentialité et la sécurité des utilisateurs au coeur de la conception". Leur solution, baptisée "Exposure notifications", est basée sur une API "décentralisée". Elle s'est donc vite avérée incompatible avec StopCovidInterrogé au Sénat sur cette question dès la mi-avril, Aymeril Hoang, ancien directeur de cabinet de Mounir Mahjoubi au Numérique et conseiller du gouvernement, a plaidé la souveraineté numérique et mis en garde contre la "solution clé en main" des deux géants. Des arguments repris mot pour mot ou presque par Cédric O qui a confirmé le 20 avril devant la commission des lois du Sénat que le modèle proposé par la France ne changerait pas d'un iota sur ce point. 

Le secrétaire d'Etat au Numérique n'a ensuite eu de cesse de confirmer cette position, comme dans le Journal du Dimanche du 26 avril ou sur BFMTV le mardi 5 mai. Même si elle est toujours restée "en discussion avec Apple" la France n'a pas voulu céder aux injonctions de la firme américaine, estimant que "la maîtrise du système de santé, la lutte contre le coronavirus, c'est l'affaire des Etats" et que l'option "centralisée" apportait autant de garantie de sécurité que la "décentralisée" prônée par les deux géants du numérique. "Dans une tribune commune à l'Allemagne, la France, l'Italie, l'Espagne et le Portugal [...] nous rappelons que les choix sanitaires d'un pays ne doivent pas être contraints par les choix d'une entreprise, aussi innovante soit-elle", a encore indiqué Cédric O le 26 mai dans Le Figaro.

"Il y a effectivement la solution proposée par Apple et Google qui pose selon nous un certain nombre de problèmes en terme de protection de la vie privée et en terme d'interconnexion avec le système de santé", avait précisé le ministre début mai sur Medium ou encore sur BFMTV. "C'est pour ces problèmes, pas parce que Apple et Google sont des grands méchants loups, que nous avons refusé de passer par leurs solutions", a ajouté le secrétaire d'Etat.

Au-delà des discours politiques, la maîtrise des datas est au coeur du problème. L'accès aux métadonnées, c'est-à-dire des aux enregistrements anonymes effectués par StopCovid peut aussi permettre au gouvernement et à ses autorités de santé de mesurer l'évolution de l'épidémie à une échelle géographique très fine. "Cela permet de générer des données statistiques de suivi de l'épidémie, toujours en préservant l'anonymat des utilisateurs", a récemment confirmé un spécialiste du dossier dans Le Figaro. Si les clés étaient données à Apple et Google, le gouvernement pourrait dire au revoir à ces datas et donc à cette analyse. 

StopCovid sur iPhone : les règles d'iOS contournées

Si Google comme Apple ont interdit toute nouvelle application profitant de la crise du coronavirus depuis le début de la pandémie, on pouvait espérer qu'une exception serait accordée à une application gouvernementale par les deux géants américains. Mais jamais Apple n'a plié devant un gouvernement, fusse-t-il celui des Etats-Unis. La France qui est restée arc-boutée sur sa solution, a donc dû contourner le problème pour que StopCovid soit accepté dans l'App Store. "A l'instar de ce qu'a présenté le NHS britannique, les Français espèrent pouvoir contourner en partie les restrictions des logiciels américains", a écrit le journal Les Echos dès le 5 mai, qui évoquait une appli abandonnant les tâches de fond en Bluetooth, mais susceptible de se "réveiller" lorsqu'un smartphone passe à proximité d'un autre. Une solution très consommatrice en batterie et imparfaite, qui a néanmoins été choisie.

Dans Le Figaro ce mardi 26 mai, Cédric O a bel et bien évoqué une appli qui pourra "réveiller" les autres applications à proximité. Plus précisément, une fois lancée, StopCovid pourra fonctionner, même si elle n'est pas utilisée, tant que l'iPhone est en marche. Elle pourra ainsi continuer à émettre et envoyer des signaux aux autres smartphones équipés. Quand l'iPhone sera en veille en revanche, l'appli devra être "réveillée" par un autre smartphone émettant lesdits signaux, mais seulement s'il s'agit de téléphones sous Android. S'il s'agit d'autres iPhone, qui ne sont pas en capacité d'émettre en permanence, alors elle restera "endormie". Faute d'utiliser l'API Exposure notification d'Apple et Google, StopCovid sera donc inopérante dans certains cas précis. Dans des groupes exclusivement équipes d'iPhone et dont les appareils sont simultanément en veille, elle ne pourra pas fonctionner...

Vincent Bellet, un des ingénieurs ayant travaillé sur la solution, assure sur le site iGeneration, que l'appli "jouera son rôle dans les endroits où il y a du monde, comme les transports en commun, parce qu'il y aura à peu près à coup sûr un smartphone Android dans les parages ou bien un utilisateur d'iPhone qui utilisera son téléphone". Cédric O a pour sa part promis à plusieurs reprises "une solution qui fonctionnera de manière très satisfaisante sur l'ensemble des téléphones" et que Stop Covid "marchera très bien sur iPhone". Pourtant, des couacs ont encore été rapportés lors des ultimes tests effectués sur l'appli : "J'ai eu des difficultés à faire communiquer des applications entre elles, y compris entre appareils Android, sans que je sache si ça venait de l'application elle-même ou du système d'exploitation", a par exemple expliqué sur France Culture Adrien Jeanneau, l'un des "hackers éthiques" embauchés pour détecter les failles et les bugs de StopCovid.

Une date de lancement de StopCovid tardive

Face à toutes ces difficultés, la date de sortie de l'application StopCovid ne pouvait qu'être retardée. C'est ce qu'a finalement confirmé en creux Cédric O sur la plateforme Medium dimanche 3 mai comme sur BFMTV mardi 5 mai en annonçant une date de sortie le 2 juin, soit pour la deuxième phase du déconfinement. "On suit notre feuille de route. On espère avoir quelque chose pour le 2 juin", a ainsi indiqué le secrétaire d'Etat sur la chaîne d'info. Une date qu'il a maintenue dans Le Figaro ce mardi 26 mai et s'est confirmée lors de son adoption au Parlement.

Le secrétaire d'Etat affirmait pourtant début avril que son appli pourrait sortir "rapidement". "La task force est au travail depuis plusieurs jours pour développer un prototype, mais je ne peux pas vous dire s'il nous faudra trois ou six semaines pour le développer", avait indiqué le secrétaire d'Etat au Monde le 8 avril. Dans Les Echos le 1er avril, il estimait possible un développement "en une quinzaine de jours". Le temps de développement par une agence de l'Etat ou par un prestataire était évalué à une dizaine de jours. Ces délais très optimistes ont donc été revus à la hausse, Cédric O indiquant dès le vendredi 17 avril que StopCovid ne serait pas prête pour son examen devant le Parlement le 28. Un examen qui s'est finalement déroulé sans elle...

L'échéance du 11 mai, date de début du déconfinement, n'a pas non plus été tenue. Sur France info le lundi 20 avril, la Porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye avait pourtant indiqué que "l'idéal c'est que ce soit une application qui soit prête pour le 11 mai. "Je n'en ai pas la certitude, on travaille d'arrache-pied", ajoutait-elle. "L'objectif, c'est d'être prêts le 11 mai, mais c'est un défi", car "il y a encore plusieurs problèmes techniques à résoudre" et "nous ne ferons aucun compromis sur la sécurité", avait pour sa part ajouté Cédric O dans son entretien au Journal du Dimanche le 26 avril. Le délai aura donc été assez largement dépassé comme l'a depuis reconnu dans le Figaro : "Nous aurions aimé être prêts le 11 mai mais cela n'a pas été possible pour des raisons techniques".

L'efficacité de StopCovid très incertaine

Reste une dernière question fondamentale : StopCovid sera-t-elle vraiment efficace dans la lutte contre une nouvelle vague épidémique de coronavirus ? Dans Le Monde le 8 avril, Cédric O appelait les Français à "se garder d'un fantasme opposé, celui de l'application magique qui permettrait de tout résoudre. Il y a une incertitude technologique, et ce n'est qu'une brique optionnelle dans une stratégie globale de déconfinement". Le président du Conseil scientifique en charge de conseiller le gouvernement sur le Covid-19 a lui aussi émis des réserves devant le Sénat dès le 15 avril. Jean-François Delfraissy estimait qu'il faudrait compléter l'app par des moyens humains de traçage et de surveillance de l'épidémie sur le terrain. "Les Coréens ont une brigade de 20 000 personnes pour traquer les contacts. Il y a de l'humain derrière le numérique. Mais ça, on ne l'a pas en France. Si on ne l'a pas, une app numérique ne marchera pas", indiquait le professeur, qui a depuis formulé une préconisation en ce sens.

Le Conseil scientifique a indiqué dans un avis rendu public samedi 25 avril qu'il était nécessaire que "des équipes mobiles de contact tracing et d'isolement" soient mises en place, "notamment pour cibler des populations isolées ou précaires ou en cas d'éclosion de foyers de transmission (clusters)". Ces équipes seraient "complémentaires des plateformes" comme StopCovid et "seraient coordonnées en lien direct avec celles-ci", écrivaient les spécialistes. "En appui de l'app, il faut une très large utilisation des tests pour les personnes ayant croisé un malade", ajoutait Jean-François Delfraissy. Cédric O a quand à lui indiqué dans le JJD le 26 avril que StopCovid serait bien un élément "du dispositif d'enquêtes sanitaires qui est au coeur du déconfinement, afin d'éviter que l'épidémie ne reparte". Ces brigades ont été confirmées par Edouard Philippe dans la présentation du plan de déconfinement le 28 avril et ont commencé à travailler le 11 mai.

Combien d'utilisateurs de StopCovid

La question du taux de pénétration de l'appli StopCovid est également posée. Mercredi 3 juin, Cédric O s'est félicité qu'elle ait déjà été téléchargée 600 000 fois, sur le plateau des "4 Vérités" de France 2. Reste que, basée sur le consentement ou le volontariat, l'application pourrait in fine être installée et activée sur une portion réduite de téléphones, ce qui réduirait de fait son efficacité.

La question des seniors est elle aussi patente. Alors qu'ils sont les plus susceptibles de développer des formes graves du coronavirus, ils sont aussi ceux qui sont les moins bien équipés en smartphones. La présidente de la Cnil Marie-Laure Denis chiffrait lors de son audition au Sénat mi-avril le taux d'équipement des plus de 70 ans à seulement 44%, contre 98% chez les 18-25 ans. Mais Cédric O minimise. Selon lui, dans les grandes zones urbaines où StopCovid sera la plus utile, le taux de pénétration est de 90%. "Notre première cible, ce sont les personnes qui sont très mobiles, particulièrement en zone dense. C'est pourquoi nous allons fortement encourager son utilisation auprès des populations d'actifs urbains, qui prennent les transports en commun. Ceux-ci détiennent des smartphones à plus de 97%", assure-t-il au Figaro ce mardi 26 mai. 

Une étude de l'université d'Oxford publiée dans le magazine Science, critiquée, mais abondamment citée dans les articles traitant de l'application, indique "qu'il faudrait qu'une application de ce type couvre 60% de la population pour être efficace". On en est encore très loin. "A partir d'un peu moins de 10% de personnes qui l'utilisent dans un bassin de vie, elle a une efficacité systémique pour diminuer la diffusion de l'épidémie", juge pour sa part le secrétaire d'Etat français.