Coronavirus chez les enfants : contaminés ? Contagieux ? Les connaissances se pécisent

Coronavirus chez les enfants : contaminés ? Contagieux ? Les connaissances se pécisent CORONAVIRUS ENFANT. Si de nouveaux signes inquiétants émergent chez un nombre limité d'enfants, les premiers résultats d'une étude française semblent confirmer que le coronavirus touche peu et peu violemment les plus jeunes...

Le décès d'un enfant touché par une nouvelle forme d'infection proche de la maladie de Kawasaki a été rapporté par Santé publique France ce vendredi 15 mai. Cet enfant, traité à l'hôpital de la Timone à Marseille pour cette nouvelle forme d'atteinte multi-systémique, avait été exposé au coronavirus comme l'ont confirmé après coup des tests sérologiques. Si cette nouvelle infection est encore très rare, la multiplication des cas dans plusieurs pays du globe, dont la France, où 135 enfants malades ont été répertoriés depuis le 1er mars, inquiète. Plusieurs experts estiment qu'elle pourrait être liée à une réaction excessive du système immunitaire trois à quatre semaines après l'infection par le Covid-19 (lire ici).

Si le décès répertorié à Marseille n'a vraisemblablement rien à voir avec la reprise de l'école depuis le début de la semaine, le retour en classe de près d'un million d'élèves depuis le 11 mai, bientôt rejoints par les collégiens, pourrait de nouveau être mis en question. Plusieurs établissements ont déjà dû refermer leurs portes pour des cas ou des suspicions de Covid-19. Au total, quelque 70 établissements ont dû fermer ou repousser leur rentrée sur les 40 000 concernés par le déconfinement, selon des chiffres livrés par le ministère de l'Education ce lundi 18 mai. "Presque à chaque fois, ce sont des cas (de Covid-19, ndlr) qui se déclarent à l'extérieur de l'école", a précisé M. Blanquer sur RTL.

"Les enfants sont peu porteurs, peu transmetteurs"

Car les enfants semblent peu perméables au coronavirus depuis le début de l'épidémie en France et même dans le monde, où la pandémie les touche manifestement de manière très faible. Une étude menée en Ile-de-France auprès des enfants, dont les résultats sont en train d'être dévoilés, confirme que ces derniers sont à la fois peu porteurs du coronavirus et peu contagieux. C'est le pédiatre et infectiologue à l'hôpital de Créteil (Val-de-Marne) Robert Cohen qui a apporté les premières conclusion de cette étude baptisée "Coville", sur BFMTV mardi 12 mai, allant jusqu'à qualifier de Covid-19 de "maladie d'adultes".  Le spécialiste, dont nous mentionnions l'étude plus bas dans notre article, a confirmé que le risque de contracter le coronavirus est "extrêmement faible" chez l'enfant, "on peut dire mille fois inférieur à celui chez l'adulte".

"Les enfants sont peu porteurs, peu transmetteurs, et quand ils sont contaminés c'est presque toujours des adultes de la famille qui les ont contaminés", ajoute Robert Cohen, alors que la réouverture des écoles fait craindre à la fois pour la santé des enfants, mais aussi pour celle des adultes qu'ils côtoient (parents, enseignants, grands-parents...). "Ce n'est pas dans ce sens là que se produit le plus souvent la transmission. Cela ne veut pas dire qu'elle ne peut jamais se transmettre dans ce sens là, mais ce n'est pas le mode de contagion", précise Robert Cohen, qui minimise aussi le potentiel de contamination des enfants entre eux. Robert Cohen indique enfin que ces résultats "confirment complètement l'ensemble de la littérature" scientifique sur le sujet. Et il ose même : "Si l'épidémie repart ce n'est pas par les écoles mais par les adultes", confirmant des propos récent du ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer, selon lequel "les enfants à l'extérieur de l'école sont probablement plus en danger qu'à l'intérieur de l'école".

"Il faut rassurer les familles"

L'impact du SRAS-CoV-2 chez les petits, qui semblent nettement moins touchés que le reste de la population, est encore difficile à appréhender, mais de nombreux éléments scientifiques parcellaires peuvent d'ores et déjà être rassemblés ainsi que de nombreux avis d'experts. Parmi les derniers, Christèle Gras-Le Guen, Professeur des Université en pédiatrie, chef du service de pédiatrie générale et des urgences pédiatriques au CHU Nantes, assurait très récemment dans un entretien au site The Conversation elle aussi qu'"il faut rassurer les familles". "Cette maladie, dont on ne connaît certes pas tout, n'a absolument pas montré de caractère inquiétant chez les jeunes. Dans l'immense majorité des cas, il n'y a pas de contre-indications à ce que ces enfants, considérés d'habitude comme fragiles et qu'on garde à l'abri des infections virales, ne retournent à l'école", estime celle qui est également Vice-présidente de la Société française de pédiatrie.

Robert Cohen et Christèle Gras-Le Guen comptent parmi les signataires d'une tribune d'une vingtaine de pédiatres, publiée mercredi 13 mai sur le site du Quotidien du médecin, qui demande le retour des enfants à l'école, alors que "la quasi-totalité des enfants qui ont été infectés par le COVID-19 l'ont été au contact d'adultes". Des cadres de la Société Française de Pédiatrie, comme son président le Pr Christophe Delacourt et le président de son conseil scientifique, le Pr Emmanuel Gonzales, font aussi partie des rédacteurs de ce texte.

Pourtant, l'incertitude demeure et de nombreuses questions sont encore sans réponse au sujet du coronavirus chez l'enfant : les moins de 15 ans sont-ils vraiment protégés par leur système immunitaire ou sont-ils tout simplement moins exposés que les adultes à la maladie pour une raison inconnue ? Une recrudescence de cas peut-elle encore survenir ? Quels sont les symptomes spécifiques du coronavirus chez l'enfant ? Le coronavirus peut-il mettre les enfants en danger ? Quel est le potentiel de contagiosité et de transmission de la maladie des enfants aux adultes ? Le coronavirus va-t-il revenir en force cet été en se servant des cours d'école comme d'un tremplin ? Point par point, voici ce que l'on peut répondre à ce stade sur ces questions.

Que disent les études scientifiques sur les enfants et le coronavirus ?

A ce stade, on sait d'abord que les enfants semblent moins touchés et souffrent de formes visiblement (cliniquement) moins graves de la maladie. Très souvent, les enfants sont asymptomatiques ou "peu symptomatiques" concluent en substance les différentes études publiées sur le sujet. Dès le 24 février, la revue scientifique en ligne JAMA (du Journal of the American Medical Association) informait que sur les 72 314 premiers cas de coronavirus répertoriés alors en Chine, seuls 2% étaient des enfants et adolescents de moins de 19 ans et qu'il n'y avait aucun décès chez les enfants de moins de 9 ans. D'autres études publiées dans la même revue (ici ou ici), dans le Lancet digital health, le reconnu Pediatric infectious didease, le site Pediatrics, ou encore une étude israélienne indiquent que les enfants semblent rarement atteints par le Covid-19 et que, quand ils le sont, ils sont touchés par des formes peu sévères (de "asymptomatique" à "modérée").

Ce constat est partagé par plusieurs d'autres publications mentionnées sur le site de la Société française de pédiatrie ou même par des études portant plus spécifiquement sur la contagiosité des enfants que nous mentionnons plus bas. Dans le monde, "les formes critiques de la maladie chez les enfants semblent très rares (autour de 1% du total)" et "seule une poignée de cas de décès a été rapportée", résumait début mai le site Don't Forget The Bubbles (DTFB), spécialisé dans la pédiatrie, et qui a analysé toutes les études sur le sujet.

Des statistiques elles aussi rassurantes

Les statistiques chinoises, espagnoles, comme les données de l'institut supérieur de la santé italien (Istituto Superiore di Sanità), semblent le confirmer. Tout comme les statistiques françaises. Dans son bulletin hebdomadaire du 16 avril, Santé publique France dénombrait ainsi qu'une centaine de jeunes de 14 ans et moins étaient hospitalisés dont une trentaine en réanimation. Le nombre de cas graves recensés parmi les enfants de moins de 15 ans ne représentait alors que 0,6% du total en France entre le 16 mars et le 12 avril, au moment où l'épidémie était la plus forte, selon l'agence.

Parmi ces enfants, un tiers étaient des bébés de trois mois ou moins indique Le Monde, qui précise que ces enfants souffraient généralement d'"une fièvre isolée, sans signe respiratoire". "Une part non négligeable a une pathologie sous-jacente, selon les données des pédiatres français", assure encore le quotidien du soir.

Une série d'études menées en France

Pour avoir une vue globale de l'impact du coronavirus chez l'enfant en France le réseau national de recherche clinique pédiatrique Pedstart (un des réseaux thématiques de F-CRIN, porté par l'Inserm), a mis en place mi-avril "une Task Force qui vise à regrouper toute l'information concernant la population pédiatrique infectée". Celle-ci va recenser "en temps réel les études cliniques menées en France sur le Covid-19 chez les enfants" (dont certaines sont mentionnées ci-dessous ou sur le site de la Société française de pédiatrie) et étudier "l'impact du Covid-19 sur la recherche clinique pédiatrique française et européenne". "Pour ce qui est du Covid-19, nous avons répertorié à ce jour 18 études, dont certaines sont encore en conception. La majorité d'entre elles sont des études observationnelles, c'est-à-dire qu'on ne teste pas de médicament", indique Régis Hankard, coordonnateur du réseau de recherche clinique pédiatrique Pedstart, dans The Conversation. "Une seule étude, liée à un projet adulte plus large, celui de Didier Raoult à Marseille, teste un médicament, mais elle ne concerne que 5 enfants, et il n'y a pas de groupe contrôle", précise-t-il. "D'autres études concernent la réaction des enfants victimes de cancers ou d'autres maladies infectieuses, de cardiomyopathies congénitales, ceux qui sont porteurs de signes dermatologiques, etc."

On peut aussi citer l'étude menée par Arnaud Fontanet, épidémiologie des maladies infectieuses et tropicales et membre du Conseil scientifique sur le Covid-19 auprès d'enfants de six écoles primaires de Crépy-en-Valois, commune française très touchée au début de l'épidémie, pour "savoir s'ils ont été infectés pendant la période épidémique de février". Ce dernier, qui s'exprimait le 30 avril lors d'une audition parlementaire, estime qu'"on a un faisceau d'arguments qui nous laisse entendre que chez les moins de 10 ans la situation est probablement moins sévère que chez les adultes, à savoir qu'ils sont probablement moins susceptibles à l'infection et moins contagieux. Mais on veut pouvoir le vérifier".

Les enfants ont-ils de meilleures défenses immunitaires contre le coronavirus ?

"Pourquoi les enfants ont des symptômes légers avec peu d'hospitalisation ? J'avoue qu'aujourd'hui je n'ai pas de réponse", a déclaré à l'AFP l'épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé global à l'Université de Genève. Le dimanche 19 avril, lors d'une conférence de presse du gouvernement, Florence Ader, infectiologue et pneumologue à l'hôpital de la Croix-Rousse des Hospices civils de Lyon (HCL), a elle aussi reconnu qu'on ne connaît à ce stade pas les causes exactes de cette relative innocuité du virus sur les plus jeunes. L'immunité est une première piste d'explication qui semble suivie par Santé publique France. L'agence officielle française a publié le 5 mai sur son site une synthèse des études internationales sur le sujet. Selon elle, les enfants semblent autant sujets à l'infection par le SARS-CoV-2 que les adultes, mais développeraient très majoritairement des formes "peu graves" de la maladie, voire sans symptôme du tout, ce qui les rend plus difficiles à détecter.

Selon Robert Cohen, pédiatre et infectiologue exerçant à Saint-Maur-des-Fossés, les enfants sont globalement moins sensibles aux virus et à leurs conséquences sur l'organisme, comme on peut l'observer pour des maladies comme la rougeole, la varicelle ou les oreillons, dont les adultes peuvent souffrir de manière autrement plus conséquente. Etienne Javouhey, chef du service d'urgences et de réanimation pédiatriques du CHU de Lyon, suggère que la réponse immunitaire des enfants serait différente parce qu'ils sont globalement plus exposés aux infections virales, ce qui les rendrait "plus prompts à se défendre face à un nouveau virus". Les enfants seraient d’ailleurs régulièrement touchés par des virus de la famille des coronavirus, ce qui pourrait leur permettre d'avoir déjà des défenses immunitaires adaptées. Ils développeraient des interférons (protéines du système immunitaire) qui leur permettraient de se défendre. Etienne Javouhey cite aussi dans Le Monde les vaccinations très régulières qui les protégeraient plus que les adultes, en stimulant leur système immunitaire.

Mais cette explication d'une réponse immunitaire plus adaptée peut être contestée. Selon Christèle Gras-Le Guen, Professeur des Université en pédiatrie, chef du service de pédiatrie générale et des urgences pédiatriques au CHU Nantes, le système immunitaire des très jeunes enfants "n'est pas encore en mesure de les défendre de façon efficace contre des bactéries qui, plus tard, ne leur feront ni chaud ni froid". "Avoir une maladie qui s'avère grave pour les plus âgés et qui n'est pas grave pour les tout petits, c'est du jamais vu", assure-t-elle, prenant exemple sur la grippe qui touche aussi violemment les jeunes enfants que les personnes âgées.

Les enfants peuvent-ils ne pas être du tout infectés ?

D'autres experts estiment en effet que les enfants, et en particulier les moins de 10 ans, sont moins susceptibles d'attraper le Covid-19 que les adultes, qu'ils ne seraient tout simplement pas infectés, et que les défenses immunitaires n'y sont pas vraiment pour grand chose. Sur le site Don't Forget The Bubbles, déjà mentionné plus haut, deux spécialistes en pédiatrie, Alasdair Munro et Damian Roland, jugent "de plus en plus probable qu'il y ait moins d'enfants touchés par le Covid-19" que d'adultes. Ils se basent sur des tests réalisés massivement en Corée du Sud, en Islande ou dans la ville italienne de Vo, où le nombre d'enfants positifs était bien inférieur à celui des adultes.

D'autres explications plus hypothétiques encore viennent d'études menées notamment aux Etats-Unis. Un chercheur américain a montré en début d'année que la raison de la protection des enfants contre Covid-19 serait liée à une hémoglobine différente chez l'enfant, l'hémoglobine foetale, dont les vertus protectrices seraient bien connues, et qui disparaît progressivement avec l'âge. La piste du récepteur cellulaire ACE2, ou "enzyme de conversion de l'angiotensine 2", est aussi explorée. Cette enzyme, présente dans nos poumons, nos artères, les reins, l'appareil digestif et même le coeur, serait une des portes d'entrée du virus. Elle constitue d'ailleurs une piste sérieuse d'avancée sur un potentiel traitement. L'ACE2 serait surtout moins présente chez l'enfant, mais les scientifiques restent partagés sur cette hypothèse. D'autres scientifiques, comme l'immunologiste Jean-Laurent Casanova dans Le Monde, jugent que les facteurs génétiques seraient prédominants.

Ces pistes laissent penser que le virus pourrait trouver tout simplement porte close chez les enfants, ce que laisse entendre également le Pr Christèle Gras-Le Guen. Celle-ci a témoigné de son étonnement au sujet de "cas des mères positives pour le virus, mais dont les nouveau-nés n'ont pas été infectés, malgré une grande proximité". "Pour l'instant on ne sait pas comment c'est possible [...]. Les informations disponibles semblent indiquer que le SARS-CoV-2 ne "s'accroche" pas beaucoup chez l'enfant", assure celle-ci dans un entretien au site The Conversation.

Les enfants ont-ils vraiment moins souvent le coronavirus ?

Réponse immunitaire efficace ou absence pure et simple d'infection au SRAS-CoV-2 : ce sont donc ces deux hypothèses qu'il faut pour l'instant départager pour déterminer pourquoi les enfants semblent moins touchés. Et les résultats des dépistages semblent pencher plutôt pour la seconde option. Une vaste étude menée en Islande, et mentionnée dans le New England Journal of Medicine, indiquait mi-avril que les tests positifs chez les enfants étaient deux fois moins nombreux que chez les adultes. Ce que semble confirmer le pédiatre infectiologue Robert Cohen qui dirige le Groupe de pathologies infectieuses pédiatriques (GPIP). Selon lui, les enfants testés par tests PCR, sont "3 à 5 fois moins positifs" que les adultes. "D'après les données collectées dans le réseau des pédiatres, environ 12 000 enfants ont été testés sur une suspicion de Covid-19, et 6,3 % de ces tests se sont avérés positifs. Ce qui fait un peu plus de 700 cas", indique pour sa part Christèle Gras-Le Guen qui "constate que la répartition est très différente selon les régions".

Les enfants seraient donc moins nombreux à contracter le coronavirus. Pourtant, des études semblent soutenir l'hypothèse inverse. Le site spécialisé MedRxvid a publié en mars une étude qui n'avait pas encore été validée par un comité de lecture scientifique sur le sujet. Basée sur un échantillon de 1 286 personnes en contact avec des malades de Shenzhen en Chine, entre janvier et février, elle estime que les jeunes ne sont pas particulièrement protégés contre l'infection, les taux de contamination étant similaires chez les moins de 19 ans à celui du reste de la population. L'étude a depuis été contestée par plusieurs scientifiques.

Le nombre de tests renforce encore les incertitudes

Et c'est là que la question du nombre de tests réalisés sur les enfants se pose crûment. Il est possible en effet que les enfants n'aient pas encore été massivement reliés au virus tout simplement parce que les tests réalisés sur cette population sont nettement moins fréquents. Le président de la Fédération des médecins de France, Jean-Paul Hamon, prévient dans Le Point : "Nous n'avons pas de certitude". La vision globale de l'épidémie chez les enfants peut en effet être biaisée par le fait qu'ils sont très peu testés contrairement à d'autres classes d'âges. "Les enfants vont bien et ne vont pas à l'hôpital, donc ils ne sont pas testés", a elle aussi indiqué Sharon Nachman, professeur à l'école de médecine Renaissance de l'hôpital pour enfants Stony Brooks, près de New York cité par France Info. 

"Nous avons seulement deux données objectives : il y a moins de formes graves, et moins de tests positifs chez les enfants qui arrivent à l'hôpital par rapport aux adultes", résume Isabelle Sermet-Gaudelus, pneumopédiatre à l'hôpital parisien Necker-Enfants malades, dans le Figaro. Mais la question du pourquoi reste entière : "Est-ce que les enfants développent un portage sain qui va les immuniser, ou des formes très peu symptomatiques - type mini-pharyngite - qui vont passer inaperçues ? Ou bien est-ce qu'ils ne sont pas infectés du tout ? Il n'y a, à ce stade, pas de conclusion claire", selon elle.

Y a-t-il des symptômes spécifiques du coronavirus chez les enfants ?

Malgré des statistiques et des analyses rassurantes, le coronavirus parvient pourtant dans de rares cas à passer entre les mailles du filet. Quelques décès de patients très jeunes depuis le début de l'épidémie ont déjà suscité l'émotion en France et à l'étranger. Le 9 avril, Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé, rapportait le décès d'un enfant d'une dizaine d'année en Ile-de-France, atteint par le coronavirus, mais qui présentait des "comorbidités importantes". Quelques jours plus tôt, le 24 mars, une adolescente de 16 ans, originaire de l'Essonne, succombait à l'hôpital Necker, après une brutale aggravation de son état de santé. Elle ne souffrait d'aucune "maladie particulière auparavant", selon sa famille. On dénombre aussi le décès d'une jeune fille de 12 ans en Belgique, d'un enfant de 5 ans au Royaume-Uni et d'un bébé de 9 mois aux Etats-Unis.

Une mystérieuse infection, en recrudescence en Europe, a également commencé à installer le doute chez les médecins et les scientifiques depuis le 27 avril. Entre maladie de Kawasaki et choc toxique, elle va de troubles digestifs à une myocardite et donc à de sérieuses défaillances cardiaques et a déjà tué un enfant de 9 ans à Marseille. On dénombre aussi trois décès dans l'Etat de New-York, aux Etats-Unis. Même si le lien entre ces nouveaux cas suspects et le coronavirus n'est pas encore établi, cette nouvelle infection, qui concerne un groupe encore très limité d'enfants, pourrait démontrer que le coronavirus est bel et bien dangereux aussi pour les plus petits.

Moins graves que ces cas particuliers ou que les chocs toxiques évoqués plus haut, des  bizarreries ont aussi été constatées récemment chez les enfants avec des symptômes spécifiques. Des dermatologues et podologues espagnols rapportent depuis le début du mois d'avril que de jeunes patients, présentant parfois des symptômes du Covid-19, ont également des lésions sur le bout des orteils, ou en ont eu juste avant. Des lésions qui sont décrites comme "violacées" ou "de couleurs vives",  parfois accompagnées d'"une peau bosselée et une sensation de brûlure" et suivies de "croûtes" et d'une "légère décoloration" persistantes, selon le document posté le 9 avril sur le site du Conseil général des podologues espagnols.

Ce phénomène en recrudescence lui aussi, et concomitant à la pandémie de coronavirus, est confirmé par la Fédération internationale des pédiatres et par la Northwestern University Feinberg School of Medicine aux Etats-Unis, dont un médecin assure que "cela ne semble pas être une coïncidence", même si le lien n'est pas formellement établi. Ces éruptions cutanées ont en tout cas déjà un surnom, les "orteils Covid-19". Elles se résorbent généralement après une semaine et seraient sans conséquences. Plusieurs spécialistes considèrent néanmoins qu'il pourrait être judicieux de réaliser des tests sur ces jeunes patients.

Les enfants sont-ils vraiment contagieux ?

Concernant la propagation du virus via les enfants, on ne peut évoquer pour le moment qu'une hypothèse étayée par quelques conclusions plus que par une documentation scientifique bien établie. Les études portant sur les virus respiratoires et sur la grippe notamment, pour laquelle le recul médical est suffisant, montrent que la propagation par le biais des enfants est accrue. L'école a même été présentée comme une "zone d'amplification" de la maladie dans un rapport du Haut conseil de la santé publique en 2012. Plus loin encore dans le temps, une modélisation publiée en 2008 par une équipe de chercheurs français estimait qu'une fermeture des écoles pourrait réduire de 15% environ le nombre total de cas de grippe en cas de pandémie et de 40% la hauteur du pic.

Plusieurs spécialistes nuancent néanmoins ce postulat. "Contrairement à ce qu'on connaît avec la grippe où les enfants sont les principaux transmetteurs, il semble qu'avec le coronavirus ils excrètent moins de virus", selon le Pr Odile Launay, spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital Cochin à Paris. Pascal Crépey, épidémiologiste à l'Ecole des hautes études en santé publique (EHESP), a lui aussi assuré sur France info que cet "argument initial" selon lequel "ce coronavirus se comportait un peu comme une grippe" chez les enfants, présentés comme "de forts transmetteurs" était sans doute en train d'être remis en question. "On s'aperçoit maintenant que ce coronavirus ne se comporte pas exactement de la même façon", dit-il.

Un virus en plus petite quantité ?

"Le virus existe chez les enfants mais probablement en plus petite quantité que chez les adultes", a assuré pour sa part sur BFMTV le 19 avril Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, en première ligne pour conseiller le gouvernement dans cette crise sanitaire. "Il n' a pas eu de grands foyers à partir des écoles, mis à part dans l'Oise où le virus venait de l'extérieur", a-t-il ajouté. Le risque de transmission par les enfants est jugé "possible, mais non certain" par le spécialiste qui a reconnu le 15 avril lors d'une audition parlementaire qu'"on manque de données" sur la capacité de transmission du virus entre enfants et des enfants à leur famille.

La logique de la faible capacité de transmission a pourtant été reprise par le ministre de la Santé Olivier Véran sur France 2 le 21 avril. "Les études sont en cours de stabilisation", a indiqué ce dernier. "On tend à penser que plus les enfants sont petits, notamment ceux de moins de dix ans, plus le risque de transmission serait faible", a-t-il ajouté, affirmant donner cette information "au conditionnel car l'évolution des connaissances scientifiques sur ce virus est constante".

Quelles études ont été menées sur la contamination par les enfants ?

Aucune étude d'ampleur n'a encore été produite en France sur le Covid-19 chez les petits et leur potentiel de contamination. Ce sera bientôt le cas. Le groupe de pathologie infectieuse (GPIP) dirigé par Robert Cohen, a débuté le 14 avril une étude qui va durer un mois. Baptisée "Coville", elle porte sur 600 enfants examinés en pédiatrie de ville en région parisienne, divisés en deux groupes : la moitié présentant des symptômes du coronavirus, l'autre ne présentant aucun des symptômes. Outre l'impact médical sur l'enfant, la "répercussion que cela peut avoir sur les adultes" sera examinée. Et les premiers résultats qui seront bientôt rendus publics, semblent indiquer que les enfants sont bel et bien moins impactés et moins contagieux.

Une autre étude, baptisée "Pandor", est notamment soutenue par l'Association clinique et thérapeutique infantile du Val-de-Marne (Activ) et la Société française de pédiatrie. Une troisième, de plus long terme, est en cours via une coopération entre l'hôpital Necker à Paris et le Commissariat à l'énergie atomique (CEA). 1000 enfants venus consulter pour tous types de motifs seront testés ainsi qu'un de leurs parents. "En analysant les anticorps, on saura qui a contaminé qui. On pourrait avoir des retours assez rapides", indique-t-on à Necker, en précisant que les cas positifs seront suivis pendant un an.

Le cas de Contamines-Montjoie, dans les Alpes

En attendant, quelques études, souvent partielles, ont déjà donné des éléments de réponse sur la question de la contamination par les enfants. Le dépistage le plus important réalisé à ce jour à l'échelle d'un pays, en Islande (et déjà cité plus haut), tend à confirmer que les enfants jouent un faible rôle dans la transmission. La Société française de pédiatrie cite par ailleurs une dizaine d'études sur son site Internet, basées généralement sur des échantillons très réduits. L'une de ces études, basée sur le cluster de Contamines-Montjoie dans les Alpes, un des premiers de l'épidémie en France, a été publié sur le site du Clinical Infection Diseases le 11 avril. Elle conclut qu'un enfant de 9 ans, présentant les symptômes du coronavirus et testé positif, n'a pas transmis la maladie malgré "des interactions étroites au sein des écoles", ce dernier ayant fréquenté "trois écoles et une classe de ski" avant d'être placé en isolement avec les autres contaminés de ce chalet où un Britannique avait propagé le virus. Dans le même groupe, un "adulte asymptomatique" avait quant à lui une "charge virale similaire à celle d'un patient symptomatique". L'étude suggère en conclusion une dynamique de transmission potentiellement différente chez les enfants".

Une publication, sortie en mars dans la revue The Pediatric Infectious Disease Journal se base sur les travaux des universités de Fribourg en Suisse et de Melbourne en Australie, qui s'appuient elles-même sur trois études menées en Chine. Elles tendent à démontrer que les enfants contractant le coronavirus ont d'abord été en contact avec des adultes contaminés dans leur famille. La conclusion : "l'importance des enfants dans la transmission du virus reste incertaine". Une autre étude menée par l'Institut de santé publique des Pays-Bas à partir des statistiques de la maladie dans le pays semble montrer que "les moins de 20 ans jouent un rôle bien moins important dans la propagation du virus que les adultes et personnes âgées". L'institution hollandaise recommande néanmoins d'appliquer autant que possible une distance de sécurité d'1,5 mètre entre les élèves et leur enseignant.

Des études moins optimistes sur la contagiosité des enfants

Car d'autres études sont moins optimistes sur le potentiel de contamination des enfants. Une étude menée par plusieurs médecins des hôpitaux universitaires de Genève, et pré-publiée sur le site MedRxiv le 27 avril, a montré quant à elle que bien qu'ils soient sous-représentés dans le nombre de cas, "le SRAS-CoV-2 infectait les enfants de tous les groupes d'âge". Surtout, elle avance que "malgré la forte proportion d'infections légères ou asymptomatiques, il serait naïf de ne pas les considérer comme des transmetteurs". Sur 23 nouveau-nés, enfants et adolescents symptomatiques et positifs au coronavirus, la charge virale s’avérait une fois encore comparable à celles des adultes.

"Les enfants symptomatiques de tous âges excrètent le virus infectieux au début de la maladie aiguë", précisait même l'étude. "Par conséquent, la transmission du CoV-2 du SRAS chez les enfants est plausible. Compte tenu de la fréquence relativement faible des enfants infectés à l'heure actuelle, des facteurs biologiques ou d'autres facteurs inconnus pourraient réduire la transmission dans cette population", rassuraient néanmoins les chercheurs. préconisant "de vastes enquêtes sérologiques et une surveillance systématique des maladies respiratoires aiguës pour comprendre le rôle des enfants dans cette nouvelle pandémie".

Une étude alarmante venue de Berlin

L'hôpital universitaire de la Charité de Berlin a aussi publié à la toute fin du mois d'avril une vaste étude sur la charge virale du coronavirus chez 3712 de ses patients positifs au Covid-19, en les répartissant en différentes classes d'âge. Les résultats, pré-publiés sur le site de l'établissement, montrent qu'il n'y aurait "aucune différence significative entre les catégories d'âge, y compris les enfants", ce qui tend à démontrer que le coronavirus pourrait être tout aussi puissant chez les enfants que chez les adultes. "Les données indiquent que les charges virales chez les très jeunes enfants ne diffèrent pas de manière significative de celles des enfants de moins de cinq ans", précise par ailleurs l'étude, qui met en garde noir sur blanc contre une réouverture illimitée des écoles et des jardins d'enfants en Allemagne dans la situation actuelle.

"Les enfants peuvent être aussi contagieux que les adultes", assurent aussi les médecins allemands signataires, qui ont travaillé sous la houlette du Dr Christian Drosten, virologue reconnu en Allemagne, conseiller d'Angela Merkel sur le virus et initiateur de la très large politique de tests menée dans le pays. De quoi jeter de nouveau le trouble sur la réouverture progressive des écoles en Allemagne comme dans plusieurs autres pays européens, même si plusieurs scientifiques, dont Alasdair Munro, chercheur en maladies infectieuses pédiatriques à l'hôpital universitaire de Southampton, au Royaume-Uni,  et l'épidémiologiste suisse Leonhard Held, ont contesté la méthodologie et la conclusion de l'étude. En réanalysant ses résultats, ils penchent même plutôt pour l'interprétation inverse et une charge virale moins élevée que les adultes.

Dans le détail, l'hôpital de la Charité de Berlin, avec l'aide de plusieurs laboratoires de virologie de la capitale allemande, a testé 59 831 patients pour suspicion du Covid-19 entre le 26 janvier à la fin avril 2020. 3712 (soit 6,2 %) des tests ont reçu un résultat positif. Deux catégories ont été créées. La première catégorisation était basée sur les tranches d'âge : de 1 à 10 ans, de 11 à 20 ans, de 21 à 30 ans, de 31 à 40 ans, de 41 à 50 ans, de 51 à 60 ans, de 61 à 70 ans, de 71 à 80 ans, de 81 à 90 ans et de 91 à 100 ans. La seconde catégorisation a été faite sur des fourchettes "sociales" plus larges : maternelle (0-6 ans), école primaire (7-11 ans), lycée (12-19 ans), université (20-25 ans), jeune adulte (26-45 ans) et adulte (plus de 45 ans). Si le taux de détection s'avère plus faible chez les enfants, cela ne change rien au constat établi par l'équipe de chercheurs, assure l'étude, qui rappelle que les tests ont été réalisés principalement en fonction des symptômes.

Quels sont les avis des médecins sur la transmission du coronavirus par les enfants ?

Chez les médecins et les scientifiques, la question précise de la diffusion du Covid-19 par les enfants est abondement commentée, souvent sur la base d'observations cliniques. Et les certitudes semblent évoluer sur cette question. "Concernant la contagiosité, nous manquons cruellement de données", admet Etienne Javouhey dans Le Monde. "Mais contrairement à ce qui était dit au début de l'épidémie, les enfants ne sont pas plus contagieux que les adultes. Je pense même personnellement le contraire". Robert Cohen semble pour sa part pencher pour des contaminations plus courante de l'adulte à l'enfant que l'inverse : "Presque tous les cas rapportés sont des cas de contamination familiale de parents à enfants [...]. Huit fois sur 10, il y a un contaminateur dans la famille malade avant eux [...]. Il y a trois semaines, je vous aurais dit l'inverse"...

"Tout le monde est parti sur l'idée que les enfants sont fréquemment porteurs du virus, qu'ils ne tombent pas malades, mais qu'ils le transmettent. Les premières données ne vont pas dans ce sens", explique encore le Pr Robert Cohen au micro d'Europe 1. Le professeur Didier Raoult fait partie de ceux qui appellent au calme. L'infectiologue marseillais, déjà sur le devant de la scène pour ses tests contestés sur la chloroquine, a publié une étude avec son équipe qui démontrerait que les enfants et les adolescents n'ont pas une concentration en virus particulièrement élevée et seraient peu contagieux.

D'autres s'interrogent comme Isabelle Sermet-Gaudelus, de Necker, dans le Figaro : "On ne sait pas si le fait d'être asymptomatique est relié à une moindre charge virale et quels sont le type et la durée de l'immunité déclenchée par la rencontre du virus", estime la pédiatre. Le Pr Pierre-Yves Boëlle, chercheur à l'Institut Pierre Louis d'épidémiologie et de santé publique, confirme lui aussi dans le Figaro : "Est-ce que cela peut se traduire par une moindre capacité à la transmettre , en l'absence de toux ? On peut l'espérer, mais on n'a pas la réponse". Il a depuis précisé sa pensée, toujours dans le Figaro : "Il est possible que le fait de ne pas tousser ou couler du nez réduise la probabilité de transmettre le virus".  Une piste reprise par Arnaud Fontanet devant les députés le 30 avril, ce dernier estimant lui aussi que la contagiosité des enfants était limitée "du fait qu'ils n'ont pas de symptômes et ne toussent pas".

Jusqu'à Genève, le sujet fait débat. Le professeur de santé publique à l'université Antoine Flahault assure qu'il y a peu de rapports montrant que la circulation du virus est intense chez les enfants. "Les données semblent même suggérer que les élèves joueraient un faible rôle dans la propagation du virus", lâche-t-il dans le Figaro. Il juge néanmoins "prématurée" la réouverture des écoles. "Dans le cas de la grippe, la fermeture des établissements scolaires est la mesure ayant montré le mieux son efficacité sur la mortalité des seniors, un groupe à protéger en premier lieu".

Des avis scientifiques non suivis sur l'école et des débats vifs

La réouverture des écoles, même progressive, à partir du 11 mai provoque en tout cas de vifs débats. Le Conseil scientifique a jeté un pavé dans la mare le samedi 25 avril, en confirmant dans un avis consacré au déconfinement des écoles qu'il avait préconisé une réouverture des classes en septembre, "par précaution", et non le 11 mai, comme l'a décidé le gouvernement. Le Conseil scientifique dit néanmoins avoir pris "acte de la décision politique" de les rouvrir progressivement dès le printemps, en "prenant en compte les enjeux sanitaires mais aussi sociétaux et économiques". Il préconise donc en conséquence une batterie de mesures, dont le port obligatoire d'un masque antiprojection dans les collèges et les lycées, la prise de température à la maison par les parents, des stratégies dans les établissements pour éviter les brassages d'élèves... Des préconisations reprises en grande partie dans le protocole sanitaire accompagnant depuis le retour en classe des élèves.

Un avis de chercheurs de l'Inserm publié mi-avril préconisait lui aussi une reprise de la classe à la rentrée de septembre, il n'a pas non plus été pris en compte. Résultat : la crainte est palpable. "Sur le plan sanitaire, ce n'est pas une très bonne idée. Il existe un principe général qui est de déconfiner dans l'ordre inverse du confinement. Les écoles auraient donc dû être les dernières à rouvrir leurs portes", avance dans Le Point le Pr Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Le président de la Fédération des médecins de France, Jean-Paul Hamon, estime que la reprise des cours est un "risque inutile" qu'on va faire courir "à l'ensemble de la population".

L'Ordre des médecins s'est lui aussi opposé à la date du 11 mai, par la voix de son président, Patrick Bouet, dans le Figaro. "Il n'y a pas d'explication médicale à déconfiner dans le milieu scolaire en premier", indique le Dr Bouet qui avance : "On sait que les enfants sont des vecteurs potentiels sans développer eux-mêmes l'infection, sauf à de rares exceptions". D'autre part, il estime lui aussi "très difficile en milieu scolaire de faire respecter les gestes barrières". Il craint que la mesure "ne nous amène à connaître un rebond du virus". Pour Karine Lacombe, responsable du service infectiologie à l'hôpital parisien Saint-Antoine, les enseignants devraient passer des tests sérologiques pour déterminer s'ils sont immunisés à défaut de quoi ils devraient porter des masques. Les enfants devraient aussi rester à distance des personnes âgées.

Consternation chez les enseignants

Chez les parents et chez les élus aussi, la réouverture des classes inquiète, comme l'a récemment rapporté Ouest-France. Mais c'est surtout dans la communauté éducative que la consternation est la plus visible. "C'est tout sauf sérieux (...). On sait que c'est un lieu de haute transmission, de haute contamination. Cela paraît être en contradiction totale avec le reste", a réagi Francette Popineau, secrétaire générale du Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire dès le 14 avril. On doit "nous donner les conditions sanitaires de cette reprise", a-t-elle depuis ajouté sur RTL. "On n'a pas encore compris si on aurait des masques, si les enfants en auraient, comment on mettra en place la distanciation, 15 dans une classe ça peut être beaucoup"...

"Le ministre donne bien les gages d'une reprise progressive", a déclaré de son côté Stéphane Crochet, du SE-Unsa, interrogé par l'AFP le 22 avril. Mais de "nombreuses questions demeurent sur le plan sanitaire". "On parlait plutôt du mois de juin, simplement pour revoir les élèves et retisser des liens", s'étonnait quant à lui Philippe Vincent, responsable du syndicat des proviseurs (Snpden-Unsa) dans Le Parisien. "Pas de reprise sans garanties sanitaires", prévient aussi le Snes-FSU, premier syndicat du secondaire quand de son côté, un autre syndicat du secondaire, le Snalc, juge "inacceptable" l'hypothèse de 15 élèves par classe.

Une réouverture "jouable" selon certains médecins

Certains médecins estiment néanmoins qu'une réouverture des classes le 11 mai est "jouable" voir souhaitable. "Les enfants ne sont pas des super-transmetteurs du Covid-19, il est temps de retourner à l'école", ont plaidé Alasdair Munro et un autre spécialiste britannique des maladies infectieuses, Saul Faust, dans une tribune publiée le 6 mai par la revue médicale Archives of Disease in Childhood.

"On verra au bout de quinze jours de réouverture si l'impact est négatif", indiquait, en France cette fois, Pascal Crépey dans Le Monde mardi 14 avril. Il estime que compte tenu du mois et demi de classe qui se profile avant les grandes vacances, "les deux options – rouvrir ou maintenir la fermeture jusqu'à la rentrée – tenaient la route". "Je comprends très bien les craintes que suscitent les réouvertures d'écoles. On en apprend tous les jours et les choses qu'on croit savoir à l'intant T peuvent encore changer à l'instant T+1. Il faut être précautionneux et continuer la recherche", ajoute-t-il sur France Info. "Maintenir les écoles fermées aurait pu aussi pousser des parents à confier leurs enfants aux grands-parents, un groupe beaucoup plus à risque". "C'est assez cohérent. C'est la population la moins à risque, il va falloir qu'ils s'immunisent pour protéger les plus fragiles", confirme Pierre Parneix, responsable du Centre d'appui pour la prévention des infections associées aux soins de Nouvelle-Aquitaine.

"En fonction de l'évolution, tout est révisable à tout moment si jamais il y avait des surprises, notamment dans le mauvaise sens", abonde le Professeur Bouchaud du CHU Avicenne. Son collègue le Pr Frédéric Adnet, chef du service des urgences de cet établissement situé à Bobigny, estime même que "c'est une très bonne chose que les enfants retournent à l'école". "Les enfants ne risquent rien, ils sont affectés par le coronavirus, mais pas sous des formes graves. Les décès sont infimes", assure celui qui est aussi directeur du Samu 93. Il estime que la contamination des adultes est même un risque qui peut s'assumer, puisque "les parents d'enfants à la crèche ou à l'école primaire sont plutôt jeunes ainsi que les enseignants" qui "présentent majoritairement moins de facteurs de risque qui pourraient rendre le virus fatal".

Le Pr Robert Cohen, déjà cité à plusieurs reprises dans cet article, affirme pour sa part que le risque d'une réouverture des classes est "modeste" pour les enfants qui présenteraient "6 à 15% de diagnostics positifs" contre "30 à 35% pour les adultes". Il serait aussi maîtrisé pour les enseignants et les parents selon lui : "Même si on pense que les enfants ne sont pas de grands contaminateurs, les arrivées et les sorties d'écoles sont des moments de rencontres entre adultes. C'est peut-être ça qui joue un rôle dans l'épidémie, bien plus que les enfants eux-mêmes", analyse-t-il sur Radio France. Et de conclure qu'une reprise progressive avant l'été permettra de préparer la rentrée en limitant les risques, avec la mise en place des gestes barrières dans de petits groupes. "Cela n'aurait pas été moins dangereux en septembre avec une rentrée massive. Il va falloir changer nos habitudes d'ici là."

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