Pseudo-maladie de Kawasaki : traitement, lien avec le coronavirus... Une nouvelle étude en dit plus

Pseudo-maladie de Kawasaki : traitement, lien avec le coronavirus... Une nouvelle étude en dit plus KAWASAKI - Dans une étude publiée par un groupe de médecins de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), le nouveau syndrome qui frappe les enfants, proche de la maladie de Kawasaki, se révèle très grave, mais aussi très rare et non-mortel s'il est bien traité...

[Mis à jour le 20 mai 2020 à 15h53] La "pseudo-maladie de Kawasaki", aussi appelée "MIS-C" (pour Multisystem inflammatory syndrome in children), en recrudescence chez les enfants dans le sillage de l'épidémie de coronavirus, continue de dévoiler ses secrets au monde médical. Une étude sur le sujet vient d'être publiée par des médecins de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Cette étude a été menée sur 35 enfants atteints de ce syndrome multi-systémique, autrement dit se traduisant par une infection aux multiples symptômes, allant de problèmes digestifs et de diarrhées jusqu'à des problèmes respiratoires et cardiaques, en passant par une forte fièvre et des éruptions cutanées. Un court texte a été publié mardi 19 mai sur le site de l'AP-HP et des conclusions plus détaillées dans la revue spécialisée Circulation. En résumé, cette nouvelle étude montre l'efficacité des traitements aux immunoglobulines pour ces cas particulièrement graves, mais non-mortels s'ils sont pris à temps.

"La plupart de ces enfants ont eu besoin de recevoir des traitements soutenant la fonction du cœur qui était altérée et d'être ventilés mécaniquement", écrivent notamment les médecins qui indiquent que dix patients sur 35 "ont été placés temporairement en assistance circulatoire". "Cette publication montre clairement que cette complication rare de la COVID-19 chez l'enfant et exceptionnelle chez l'adulte jeune peut être d'une très grande gravité. L'ensemble de la communauté de cardiologie pédiatrique s'accorde pour identifier une maladie émergente qu'il conviendrait d'appeler inflammation multisystémique de l'enfant associée au SARS-CoV-2 dans laquelle l'atteinte du muscle cardiaque est au premier plan", poursuivent les auteurs. "Le traitement, superposable à celui de la maladie de Kawasaki, est semble-t-il efficace chez la plupart des enfants", concluent-ils, affirmant que tous les enfant ont été traités "par des immunoglobulines associées parfois à des corticoïdes".

Le docteur Jimmy Mohamed de l'AP-HP a précisé sur Europe 1 que ces enfants "avaient en moyenne dix ans" et "dans un tiers des cas, ils présentaient des comorbidités, comme un surpoids ou de l'asthme". Il appelle les parents constatant des symptômes digestifs à consulter leur médecin, d'autant que l'épidémie de gastro-entérite est terminée. "Il pourra vous rassurer ou vous adresser vers une spécialiste", ajoute-t-il. Alors que le coronavirus est réputé comme peu développé et peu dangereux pour les enfants depuis le début de l'épidémie, cette nouvelle infection inquiète en tout cas un peu partout dans le monde. Voici cinq questions clés au sujet cette mystérieuse maladie :

1- Quels sont les symptômes du MIS-C, nouvelle infection chez les enfants ?

Cette inflammation multi-systémique chez les enfants (MIS-C) serait atypique et totalement inédite. Elle provoquerait des symptômes correspondant à certaines infections connues mais pas toutes, ce qui pousse les médecins à décrire un "chevauchement" entre un choc toxique "normal" et un syndrome de Kawasaki typique. 

  • Le syndrome de Kawasaki est connu depuis 1967 et sa découverte au Japon. Il s'agit d'une maladie des vaisseaux sanguins mystérieuse frappant les plus jeunes, généralement de 1 à 8 ans, et caractérisé par une "vascularite fébrile", touchant les veines et petites artères. La cause de ce syndrome vasculaire affectant les jeunes enfants reste indéterminée. 
  • Les chocs toxiques constatés chez les enfants présentent quant à eux plusieurs caractéristiques communes avec l'orage cytokinique, un emballement du système immunitaire observé dans les cas les plus graves du coronavirus et qui débouche sur une réaction hyper-inflammatoire pouvant devenir mortelle

Les symptômes du MIS-C empruntent donc à l'un et à l'autre et sont d'ailleurs nombreux : éruptions cutanées, fièvre élevée autour de 39-40°, ganglions, douleurs abdominales, vomissements ou diarrhées, faisant parfois penser à une appendicite, mais aussi problèmes respiratoires et cardiaques. Les symptômes débutent avec des troubles digestifs et évoluent sur un état de choc respiratoire. Une myocardite, c'est-à-dire une inflammation du tissu musculaire du coeur, peut s'en suivre et aboutir à des défaillances cardiaques. En résumé, "le système immunitaire réagit trop fort et crée des dégâts", indique Véronique Hentgen, infectiologue et pédiatre dans Le Parisien.

Le Dr Liz Whittaker, de la faculté de médecine de l'Imperial College de Londres, spécialiste des maladies infectieuses, valide cette thèse d'une sur-réaction immunitaire. Elle a livré mercredi 13 mai plus de précisions sur les symptômes du MIS-C. Sur Channel 4, elle indique qu'une part importante des enfants malades ont souffert de "douleurs abdominales aiguës et de diarrhée". Parmi eux, "un très petit groupe a développé un choc au niveau cardiaque". "Ces enfants deviennent très malades, ils ont froid aux mains, aux pieds et respirent très vite", ajoute-t-elle évoquant aussi des éruptions cutanées, "des yeux et une bouche rouges", ainsi que de la fièvre. Elle assure que ces enfants nécessitent un traitement en soins intensifs urgent. "La plupart des enfants sont très malades pendant quatre à cinq jours, mais leur état s'améliore ensuite."

2- Combien de cas ont été constatés chez les enfants en France ?

L'infection multiple dite "MIS-C" a fait l'objet d'une alerte en France dès le 27 avril. Plusieurs médecins ont depuis remonté leurs observations à Santé publique France. Lors de son point presse du mardi 19 mai 2020, le directeur général de la Santé Jérôme Salomon, a indiqué que 152 cas avaient été répertoriés depuis le 1er mars, dont 98 cas présentant des "liens possibles avec le coronavirus". Le vendredi 15 mai, un communiqué de Santé publique France chiffrait à 144 le nombre de "signalements de maladies systémiques atypiques pédiatriques" dans le pays. Dans un autre communiqué, l'agence de santé indiquait que 67 cas (54%) concernaient des filles. 72 jeunes patients souffraient de myocardite, la complication la plus grave, 47 patients en étaient épargnés (6 étaient en attente de classement). Un séjour en réanimation a été nécessaire pour 65 enfants et en unité de soins critiques pour 25. Les autres enfants ont été hospitalisés en service de pédiatrie.

Après un pic observé en semaine 17 (du 20 au 26 avril), le nombre de nouveaux cas signalés diminue depuis de manière importante indiquait encore Santé publique France. Selon d'autres chiffres remontés par Le Figaro vendredi 15 mai, 50% des enfants touchés se seraient retrouvés en réanimation avec une inflammation sévère. La plupart des cas sont concentrés en Île-de-France (72 cas, dont 42 à l'hôpital Necker), mais 12 ont également été recensés dans le Grand-Est et 11 dans la région PACA", écrit le quotidien.

Une progression rapide

Le nombre de cas de cette nouvelle infection s'est très vite démultiplié en France. Un document transmis le 29 avril par le Centre maladies rares des malformations cardiaques congénitales a d'abord recensé au moins 25 cas en trois semaines dans les réanimations parisiennes, indiquait BFMTV. Chez ces patients âgés majoritairement entre 8 et 15 ans, on comptait alors une quinzaine de cas de myocardites. Le professeur Pierre-Louis Léger, chef de service de la réanimation pédiatrique de l'hôpital Trousseau (AP-HP) confiait à la chaîne d'info fin avril avoir dénombré trois cas de cette forme de choc toxique en dix jours à l'hôpital Trousseau, trois ou quatre à l'hôpital Robert Debré et il estimait que les dix cas avaient été franchis à Necker, un bilan déjà "totalement anormal en cette période".

Le professeur Damien Bonnet, spécialiste des maladies rares à l'hôpital parisien Necker-Enfants Malades, a indiqué à l'hebdomadaire Marianne le 5 mai que Necker comptait alors une quarantaine d'enfants concernés même si tous n'ont pas été conduits  en réanimation. "A Necker-Enfants Malades, il y a environ trois enfants hospitalisés par jour pour cette nouvelle forme de la maladie de Kawasaki, admis dans des secteurs de soins intensifs, mais pas tous en réanimation", avait précisé le médecin. Dans une note sur le coronavirus chez l'enfant publiée le même jour et portant sur la réouverture des écoles, Santé publique France précisait qu'une quarantaine de cas étaient connus dans l'Hexagone, ce qui laisse penser que le nombre de cas a ensuite plus que triplé en dix jours.

3- Les enfants sont-ils en danger ?

L'inquiétude est d'abord mondiale. La société britannique de soins intensifs pédiatriques (PICS) et le National Health Service (NHS), l'autorité sanitaire britannique, ont publié dès le lundi 27 avril une première alerte qui a tout de suite préoccupé les autorités sanitaires européennes. Leur communication était à l'origine publiée dans le Health Service Journal, destiné aux professionnels de la santé, à qui ils demandaient de faire remonter les cas de "Kawasaki-like", faisant part de leur crainte d'un rapprochement avec le Covid-19. Ce type d'alerte interne au réseau médical est courant. Mais depuis, le Royaume-Uni a rapporté une centaine de cas au total, frappant des enfants pour la plupart âgés entre 5 et 16 ans et n'ayant aucun souci de santé, ainsi que le décès suspect d'un bébé de 8 mois. "C'est quelque chose qui nous préoccupe", a assuré dès la fin avril le ministre de la Santé britannique, Matt Hancock, à la radio LBC. Et il n'est pas le seul. "Nous suivons cette question avec attention", a indiqué de son côté à l'AFP un porte-parole de l'Office fédéral suisse de la Santé. Des  dizaines de cas de MIS-C ont aussi été rapportés en Espagne, en Belgique, ou dans le nord de l'Italie, où l'épidémie de Covid-19 a fait des ravages.

La nouvelle infection à symptômes multiples a aussi fait l'objet d'une alerte des autorités américaine jeudi 14 mai, à destination des professionnels de santé. Appelée syndrome multi-inflammatoire chez les enfants (MIS-C) par les Centres américains de prévention et de lutte contre les maladies, elle touche déjà une centaine de cas outre-Atlantique et a déjà tué au moins trois enfants dans l'Etat de New York. Les autorités américaines appellent donc à la vigilance et demandent aux médecins de signaler "toute mort infantile avec preuve d'une infection au SARS-CoV-2". "Les prestataires de soins qui ont traité ou traitent des patients de moins de 21 ans correspondant aux critères de (la maladie) MIS-C doivent signaler les suspicions de cas à leur département de santé local", ont aussi fait savoir les Centres de prévention américains.

De la France à l'OMS, les autorités en alerte

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a pour sa part évoqué début mai "quelques cas d'enfants atteints de ce syndrome inflammatoire", mais observés de manière "vraiment rare". Rassurante, l'OMS a rappelé que "la vaste majorité des enfants atteints du Covid-19 n'ont qu'une légère infection et s'en remettent complètement".  Dans une note publiée mi-mai (et disponible ici), l'organisation a néanmoins appelé les autorités sanitaires à lui faire remonter d'éventuels cas qui seraient constatés dans d'autres pays. Elle a annoncé avoir débuté une étude pour déterminer le lien entre cette nouvelle infection et le Covid-19.

Les 152 cas recensés interpellent aussi en France. Mais tous ces cas sont encore présentés comme des exceptions par les autorités sanitaires ainsi que par de nombreux médecins. Depuis sa première intervention sur le sujet, le 29 avril sur France info, le ministre de la Santé Olivier Véran veut rassurer, évoquant des "maladies assez rares" et insistant surtout sur l'état d'alerte des services de santé sur la question. "Toutes les réanimations pédiatriques de France sont en alerte pour faire remonter les signalements que je suis au jour le jour", disait-il encore aux députés le 2 mai dernier. Le décès d'un enfant à Marseille n'a pas vraiment changé le discours : on parle bien d'une recrudescence de "cas exceptionnels" qu'il faut surveiller de près, mais pas d'une nouvelle "épidémie", comme l'a notamment indiqué Damien Bonnet, chef de service au Centre des maladies rares de l'hôpital Necker.

Le risque de décès chez les enfants touchés est-il élevé ?

En France, sur les 152 cas recensés, on compte à ce stade un seul décès des suites de cette infection multi-systémique. Un garçon âgé de 9 ans mort à Marseille le samedi 9 mai 2020. Ce dernier faisait partie d'un groupe de cinq enfants admis à l'hôpital de la Timone pour suspicion de syndrome de Kawasaki, au lieu des trois cas annuels généralement recensés, indique La Provence. Le professeur Fabrice Michel, chef du service de réanimation pédiatrique de la Timone, a précisé que l'enfant était décédé après sept jours de soins dans leurs services. Il avait été transporté à l'hôpital après "un malaise grave avec un arrêt cardiaque" à son domicile, situé à Marseille. Les médecins de la Timone, ainsi que l'AP-HM dans un communiqué, ont donné d'autres détails sur ce cas dramatique. L'attaque cardiaque serait bel et bien "liée à ce syndrome" qualifié de "post-infection au Covid". L'analyse sérologique a démontré que l'enfant avait été "en contact" avec le coronavirus, mais n'en avait pas développé les symptômes.

Reste à déterminer si la jeune victime présentait des "co-morbidités". "Il conviendra d'exploiter son dossier médical, afin de comprendre s'il n'avait pas de pathologie préexistante", précise Fabrice Michel, alors que Santé publique France a écrit pour sa part qu'il présentait "une comorbidité neuro-développementale". Le père de l'enfant quant à lui a assuré sur BFMTV lundi 18 mai que son fils était "en excellente santé". Il considère que le drame "aurait pu être évité" et envisage de porter plainte contre l'hôpital de la Timone de Marseille. Présenté aux urgences une première fois, l'enfant aurait été selon lui renvoyé à la maison, avec une ordonnance et des antibiotiques pour une suspicion de scarlatine, avant une sérieuse aggravation de son état et son admission au sein du service de réanimation pédiatrique de la Timone le 2 mai.

Un autre décès suspect au Royaume-Uni intrigue les autorités sanitaires européennes. Un bébé de 8 mois est mort en avril dernier à l'hôpital Derriford de Plymouth, probablement de cette mystérieuse infection. La mère du nourrisson vient de lancer un appel aux autorités britanniques jugeant "insensé" le fait que les enfants retournent à l'école le 1er juin outre-Manche. "D'autres enfants vont mourir. D'autres parents seront dans la même situation inimaginable, à moins que le gouvernement ne commence à écouter les conseils des scientifiques", a-t-elle déclaré au Mirror

Pour le professeur Fabrice Michel de la Timone à Marseille, qui s'est chargé du premier cas mortel en France, il faut au contraire continuer de "rassurer les parents". "Tous les autres cas dont nous avons eu connaissance se sont remis, en quelques jours, après traitement à l'immuglobuline", souligne-t-il auprès de La Provence. "Nous parlons beaucoup entre nous de ce syndrome, car il prend des formes très diverses, nous sommes donc très attentifs", mais les cas recensés "ne doivent pas inquiéter outre mesure", a-t-il assuré, prévenant tout de même les parents qu'il faut "consulter quand les enfants ont de la fièvre pendant plus de deux jours et des signes associés". "Ce qui est certain c'est que cette maladie reste heureusement très rare. Elle peut être grave mais évolue dans la majorité des cas", abonde l'AP-HM. "En cas de fièvre élevée et durable, de manifestations inflammatoires (ganglions, éruptions) chez l'enfant, il convient de demander rapidement un avis médical", préconisait aussi Santé publique France le 15 mai.

La maladie frappe-t-elle les enfants en fonction de facteurs génétiques ?

Parmi les questions  qui se posent sur la multiplication de ces cas, celle de la catégorie d'enfants touchés émerge elle aussi. Selon la revue médicale The Lancet, la génétique pourrait être déterminante, les premiers cas observés en Angleterre étant majoritairement "d'origine afro-caribéenne". Les populations africaines et antillaises semblent particulièrement exposées en France également et c'est dans ces populations qu'on constaterait les cas les plus sévères. L'enfant mort à Marseille était "d'origine africaine" s'est contenté d'indiquer le Pr Michel de La Timone, sans extrapoler. Alors qu'en France, les statistiques ethniques sont interdites, une exception pourrait être faite pour raison sanitaire. Une demande à la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) est envisagée pour mieux comprendre cette infection. 

4- Y a-t-il vraiment un lien avec le coronavirus ?

Le lien entre le MIS-C et l'épidémie de coronavirus semble désormais établi. Dans la récente étude de l'AP-HP, mentionnée en haut de cet article,  près de 90% des 35 enfants traités avaient eu une PCR ou une sérologie positive au Covid-19. "Le lien avec l'infection par le coronavirus SARS-CoV-2 est avéré chez 88% d'entre eux qui ont développés des anticorps contre celui-ci", écrit l'AP-HP sur son site. Le coronavirus est d'ailleurs soupçonné depuis le départ, a minima comme un déclencheur de cette infection qui frappe certains enfants.

Le professeur Alexandre Belot, pédiatre à l'hôpital Femme-mère-enfant de Lyon, qui a animé une étude épidémiologique pour recenser tous les cas avec Santé publique France, indiquait sans détour au Parisien le 15 mai que "le lien entre le virus et le syndrome de Kawasaki" était désormais "confirmé". "Nous avons noté une augmentation notable du nombre de cas quatre semaines après la vague épidémique qui a traversé le pays, puis une importante diminution. Ils étaient concentrés dans les régions où le virus était fortement présent : le Grand-Est (9,6 % des cas), l'Ile-de-France (58,4 %) et, dans une moindre mesure, l'Auvergne-Rhône-Alpes", détaille le scientifique. 

Selon le communiqué de Santé publique France daté du 14 mai et portant sur 125 cas observés, 52% affichaient en effet une PCR et/ou sérologie positive pour SARS-CoV-2. Le lien au virus était "probable" chez 15 autres enfants analysés (12%). Pour 29 patients (23%), les résultats étaient encore en attente et le statut était inconnu pour les 16 autres. "Ces résultats sont très en faveur d'un lien entre l'infection par le SARS-CoV-2 et cette pathologie", concluait le communiqué, qui rappelait également que la jeune victime décédée à Marseille affichait elle aussi aussi une sérologie "positive" vis-à-vis du Covid-19.

La Société francophone pour la rhumatologie et les maladies inflammatoires en pédiatrie (SOFREMIP) a publié dès le 29 avril une lettre, toujours disponible sur le site de la Société française de pédiatrie. Ses experts se disaient "interpellés depuis plusieurs semaines par la description de cas pédiatriques en réanimation de myocardite avec défaillance circulatoire". "Dans le contexte actuel de la pandémie de COVID-19 l'association de ces cas au SARS-CoV2 est possible, même si elle n'a pas pu être prouvée pour tous les patients", écrivaient déjà les sociétaires qui jugeaient "essentiel par ailleurs de ne pas oublier de rechercher les autres virus qui sont classiquement associé à la maladie de Kawasaki atypique et qui pourraient circuler à cette saison : adénovirus, entérovirus, coxsackie".

70 à 75% des enfants touchés ont été "en contact" avec le coronavirus

Parmi les différents médecins, chercheurs et pédiatres interrogés, beaucoup soulignent depuis des semaines la concomitance assez troublante entre ces nouvelles infections et l'épidémie de SRAS-CoV-2. A Necker, Damien Bonnet estime ainsi qu'habituellement, on observe une forme sévère de la maladie de Kawasaki par mois, alors qu'en trois semaines, une vingtaine a été recensée. Une partie ou une "majorité" des enfants frappés par cette nouvelle forme sur syndrome de Kawasaki ont été testés positifs au Covid-19 selon les données européennes. "C'est le cas de plus de la moitié d'entre eux (70%). Les autres enfants ont eux été en contact avec une personne infectée par le coronavirus", indiquait encore dans Marianne le professeur Bonnet récemment, qui précisait que "la probabilité d'un lien entre les deux est élevée".

Interrogé pour sa part sur BFMTV, le Pr Ricardo Carbajal, chef des urgences pédiatriques de l'hôpital Trousseau à Paris, assurait que "75% des cas" observés chez ces enfants ont eu un "contact familial avéré" avec le coronavirus. "Nous avons mené une enquête très approfondie auprès des familles que nous avons contacté, pour savoir si ces enfants avaient été en contact avec des malades avérés pendant le confinement et on a trouvé pour 75% d'entre eux, au moins un contact survenu entre 3 et 5 semaines avant le début des symptômes". Le professeur Fabrice Michel de la Timone à Marseille, qui a rapporté le premier décès d'un enfant pour infection au MIS-C, le lien avec le coronavirus est aussi "difficile à nier". De nombreux patients marseillais possèdent des anticorps dans leur organisme, signe d'une contamination au Covid-19.

Une réaction postérieure au coronavirus ?

Reste que cet afflux de patients en pédiatrie est en retard par rapport à l'épidémie de coronavirus. Selon les premières hypothèses, la maladie multi-systémique pourrait en réalité en être un dommage collatéral à retardement. "Nous n'affirmons pas qu'il y a une causalité entre l'infection par le Covid-19 et ces tableaux cliniques. Mais une hypothèse en ferait une maladie secondaire au Covid-19, comme une conséquence d'une infection souvent passée inaperçue. Un phénomène inflammatoire à retardement", estimait Pierre-Louis Léger sur BFMTV début mai. 

La thèse de la maladie post-infectieuse, "avec une réaction secondaire à l'infection" est reprise par Damien Bonnet de Necker. Selon lui, l'emballement du système immunitaire constaté chez les enfants touchés pourrait être une suite de leur contamination au coronavirus. Les jeunes patients pourraient avoir, dans un premier temps, développé "de bons anticorps" pour se débarrasser du coronavirus, avant qu'"un certain nombres de cellules commencent à se mettre en marche de manière excessive". Les infections pourraient être liées en effet à la production de toxines en réponse à une infection bactérienne.

Dans le Parisien vendredi 15 mai, le professeur Alexandre Belot avançait quant à lui deux hypothèses : "soit le développement de la maladie est favorisé par un excès de la réponse immunitaire de certains enfants, sur fond de facteurs génétiques. Soit elle est liée à des mutations du virus lui-même qui entraîneraient chez les jeunes patients ce type de réponse".

"Nous n'avons absolument pas d'explication médicale à ce stade. Est-ce qu'il s'agit d'une réaction inflammatoire qui vient déclencher une maladie préexistante chez des enfants atteints par ce virus ou une autre maladie infectieuse ? Il y a beaucoup de questions", a pour sa part affirmé le ministre de la Santé Olivier Véran fin avril reprenant peu ou prou les mêmes hypothèses. Le ministre disait alors ne pas avoir de réponse à ce stade et précisait que "certains enfants touchés, mais pas tous, se sont avérés porteurs du coronavirus". "Je mobilise la communauté soignante, la communauté scientifique en France et à l'international pour avoir le maximum de données possible, pour voir s'il y a lieu de faire un lien entre le coronavirus et cette forme qui, jusqu'ici, n'avait pas été observée nulle part", a-t-il résumé. 

Une piste suivie aussi à l'étranger

A l'étranger aussi la piste d'une réaction post-coronavirus est suivie, comme l'a indiqué le pédiatre américain Sunil Sood, du centre médical pour enfants Cohen à New York, interrogé par l'AFP. "Ils avaient le virus, leur corps l'a combattu. Mais maintenant il y a cette réponse immunitaire différée et excessive", selon ce spécialiste. Mais comme pour épaissir encore un peu le brouillard qui règne à la fois sur le coronavirus et sur ces nouvelles infections, l'AFP précise qu'aucun cas semblable n'a été rapporté chez des enfants en Asie, y compris en Chine où le virus est apparu en décembre. C'est à ce niveau que les facteurs génétiques et qu'une éventuelle mutation du virus sont évoqués.

La très réputée revue médicale The Lancet a pour sa part publié jeudi 14 mai 2020 un article faisant assez nettement le lien entre le SRAS-CoV-2 et le MIS-C qui frappe les enfants. L'étude se base sur les cas observés à Bergame, l'un des épicentres de Covid-19 en Italie. Alors que l'hôpital de la ville lombarde traite en moyenne un cas de syndrome de Kawazaki par trimestre, elle en a répertorié dix entre le 18 février et le 20 avril 2020, soit trente fois plus qu'habituellement. Les chercheurs cités par The Lancet précisent également que huit des dix enfants hospitalisés avaient été testés positifs au coronavirus.

5- Doit-on craindre une recrudescence des cas de MIS-C lors du déconfinement ?

Si ces mystérieuses infections sont vraiment une réaction postérieure à une infection au coronavirus, doit-on craindre une recrudescence de cas avec le déconfinement ? C'est un scénario probable selon plusieurs chercheurs un peu partout dans le monde. "La comparaison des courbes d'hospitalisation pour COVID-19 et pour cette pathologie est en faveur d'un délai moyen de survenue de ces maladies inflammatoires systémiques de 4 semaines après l'infection par le SARS-CoV-2", indiquait Santé publique France le 14 mai. Un délai confirmé peu ou prou par les autorités de santé américaines, qui estiment que l'apparition de ces symptômes inflammatoires semble intervenir "quatre à six semaines après que l'enfant a été infecté par le virus, alors qu'il a déjà développé des anticorps", écrit l'AFP.

Au Royaume-Uni, le Dr Liz Whittaker confirme elle aussi : "le syndrome se déclare au minimum trois semaines après une infection au coronavirus, bien que les enfants touchés en aient tous été des porteurs asymptomatiques". Elle estime effectivement possible une augmentation des cas pendant ou après le déconfinement. "C'est une possibilité", indique-t-elle à Channel 4. Le professeur Russell Viner, président du Royal College of Paediatrics and Child Health (RCPCH), estime lui aussi que "s'il s'agit d'un phénomène post-infectieux, nous pourrions en voir d'autres, mais l'important est qu'il puisse être évité." Il appelle donc à informer les parents pour "s'assurer qu'ils peuvent reconnaître le syndrome et demander de l'aide très tôt".

En France, avant le décès du premier enfant touché par cette infection multiple, le scénario d'une explosion des cas avec le déconfinement et notamment la reprise de l'école n'était pas à l'ordre du jour. Il est fort probable que cette ligne soit maintenue dans les prochains jours. Alexandre Belot, de l'hôpital Femme-mère-enfant de Lyon, rappelle dans Le Parisien que "toutes les sociétés savantes de pédiatrie ont appelé à la reprise scolaire" et que "les recommandations en faveur d'un retour à l'école ne changent pas" malgré cette nouvelle infection. "La situation est extrêmement rare. Il y a quelques dizaines de cas de Kawasaki, contre des millions de sujets qui ont été exposés au virus", indique le pédiatre qui rappelle que les enfants sont significativement épargnés par le Covid-19. "Pour des centaines de milliers d'enfants, il n'y a eu aucune manifestation de la maladie. La majorité d'entre eux sont asymptomatiques et – on le sait désormais – très peu vecteurs du Covid-19", estime-t-il. Et de conclure : "Il y a un effet loupe sur le coronavirus mais il faut savoir qu'entre janvier et mars, dix enfants sont morts de la grippe".

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