Ecole et Covid : "éviction" des élèves non-vaccinés, un pass sanitaire déguisé ?

Ecole et Covid : "éviction" des élèves non-vaccinés, un pass sanitaire déguisé ? ECOLE ET COVID. Le pass sanitaire ne sera pas nécessaire pour se rendre à l'école, mais le nouveau protocole sanitaire et la distinction entre les élèves vaccinés et non-vaccinés interrogent parents et professeurs.

[Mis à jour le 29 juillet 2021 à 17h48] La rentrée scolaire 2021 sera, comme la précédente, caractérisée par la crise sanitaire qui n'en finit pas. Parents, professeurs et élèves se posent encore des questions sur le déroulement de la rentrée scolaire. Le Premier ministre avait dès le 21 juillet annoncé que l'utilisation du pass sanitaire ne serait pas nécessaire pour accéder aux établissements scolaires, mais plusieurs restrictions vont être mises en place pour permettre le retour des élèves dans les classes sans risquer d'accroître le nombre de contaminations. Et qui dit restrictions, dit protocole sanitaire, un nouveau dispositif sera déployé dès la rentrée et édictera les conditions d'accueil des élèves ainsi que toutes les règles à suivre. Jean-Michel Blanquer en a dessiné les contours ce mercredi 28 juillet avant d'expliquer que pour la première fois les règles sanitaires s'adapteront au taux de circulation du Covid-19 dans chaque établissement.

Mais c'est une autre annonce de Jean-Michel Blanquer qui a retenu l'attention : si un cas de covid est détecté dans la classe ou s'ils sont cas-contact, les élèves de collège et de lycée "non vaccinés seront évincés et devront suivre l'enseignement à distance". Le ministre ne s'en cache pas, il s'agit d'une "incitation à la vaccination" pour les jeunes de 12 à 17 ans. La vaccination de cette tranche d'âge devient une priorité, particulièrement à l'approche de la rentrée scolaire. Le gouvernement prend d'ores et déjà des dispositions, comme l'installation de centres de vaccination dans les établissements scolaires à partir de septembre, mesure annoncée par Jean Castex le 21 juillet sur le JT de 13h de TF1. Jean-Michel Blanquer a apporté quelques précisions et indiqué que 6000 à 7000 centres seront déployés, à raison d'un par établissement. Il invite dès maintenant les parents d'élèves à aller faire vacciner leurs enfants.

Des inégalités entre les élèves vaccinés et non-vaccinés ?

Le gouvernement a été clair sur ce point, le pass sanitaire s'appliquera aux mineurs de 12 à 17 ans dans les mêmes conditions que pour les adultes, mais il ne sera pas nécessaire de présenter le document pour se rendre dans un établissement scolaire. La vaccination ne sera donc pas obligatoire mais ne pas être vacciné pourra amener un élève à être soumis à des mesures différentes de celles fixées pour les mineurs avec un schéma vaccinal complet. C'est ce point qui est pointé du doigt par certains syndicats et des groupes de parents d'élèves. Jean-Michel Blanquer a assumé le fait que cette mesure soit une forme d'incitation à la vaccination, mais selon l'avis de la co-présidente de la FCPE, Najeate Belahcen, plus que de l'incitation il s'agit d'établir une distinction entre les élèves vaccinés et les autres, et donc à réinstaurer un pass sanitaire déguisé. La représentante du groupe de parents d'élèves s'attarde sur un autre point lié directement à cette distinction vacciné/non-vacciné : "On va créer plus d'inégalités". Des "inégalités en matière d'éducation" selon plusieurs professeurs qui assurent qu'un écart se creuse entre l'apprentissage en présentiel et celui permis à distance, et des inégalités sociales puisque selon les données de la campagne vaccinale il y a une corrélation positive entre le niveau social et le taux de vaccination. Les professionnels et syndicats de l'éducation nationale craignent par ailleurs qu'une forme de discrimination apparaisse entre élèves alors que la vaccination d'un mineur ne dépend pas de sa volonté mais d'une décision familiale.

Si l'on fait abstraction des biais sociaux que la distinction peut engendrer, la mise en pratique de la mesure rencontre également plusieurs difficultés. Elle suppose un suivi sanitaire et pédagogique "très individualisé", précise la secrétaire générale du SGEN-CFDT, Catherine Nave-Bekhti. Un suivi pédagogique car il faut assurer le bon apprentissage des élèves à distance en tenant compte du manque de matériel informatique de certains, et sanitaire puisqu'il faut se tenir informé de l'état vaccinal de chaque enfant. Ce deuxième point soulève des problèmes d'éthique, fait remarquer la représentante syndicale : "Seuls les personnels de santé sont censés avoir accès à des informations comme le statut vaccinal". Aucune solution n'a été trouvé puisque Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU a indiqué sur BFMTV : "On se demande qui va contrôler l'état vaccinal des élèves".

Vaccination, autotests... Le récap' des infos clés dans cette page.

Autotests : comment ça marche ?

Depuis le 10 mai, l'organisation du dépistage par autotests dans les lycées est décidé à l'échelle de chaque établissement. Un lieu dédié est choisi à l'intérieur du lycée puis, classe par classe, les élèves viennent pratiquer leur autotest, sur le temps scolaire, sous la supervision d'un personnel médical, de médiateurs ou de volontaires. Plus d'un millier de médiateurs a par ailleurs été recruté pour aider au dépistage. 

  • Quel impact peuvent avoir les autotests sur l'épidémie ?

D'après des données citées par le Conseil scientifique Covid-19 dans un avis du 19 avril intitulé "Les autotests : une opportunité de santé publique", un dépistage hebdomadaire chez 75 % des élèves est susceptible d'entraîner une réduction de 50 % des contaminations. Sur ce point, le ministre de l'Education a confié au Journal du Dimanche le 2 mai : "C'est l'objectif fixé. Bien sûr, il faut l'accord de la famille. Mais je pense qu'elles vont jouer le jeu. Elles l'ont fait pour les tests salivaires : on a aujourd'hui 75 % d'approbation.". 

  • Des autotests sont-ils pratiqués au collège ?

La Haute autorité de santé (HAS) autorise désormais les autotests pour les moins de 15 ans. Les collèges sont également concernés, et les élèves ont pu y pratiquer des autotests dès le 10 mai. A la question "Allez-vous les proposer aux écoliers ?", le ministre de l'Education a répondu dans le JDD, toujours le 2 mai : "Pour l'école primaire, notre stratégie repose sur les tests salivaires. (...) Le fait de tester dès maintenant tous les professeurs deux fois par semaine dans les écoles, collèges et lycées doit déjà permettre d'identifier les cas positifs et ainsi couper la chaîne de contamination au plus tôt".   

  • Qu'en pense le Conseil scientifique ?

Pour rappel, dans un avis rendu public le 22 avril, le Conseil scientifique explique que l'école doit être le lieu prioritaire des autotests de dépistage du Covid-19. "Pour les enfants des collèges et lycées, l'ATAG [autotest antigénique] est adapté" et devra faire l'objet d'un apprentissage en établissement, puis se faire "à domicile sous le contrôle des parents". "Il apparaît qu'un rythme de un à deux tests par semaine avec une participation d'au moins 75 % des élèves permet d'avoir un impact très significatif sur le risque de diffusion scolaire du virus" insistent également les membres de l'instance. 

Vaccins pour les adolescents : que sait-on ?

La vaccination est ouverte à l'ensemble des adolescents de plus de 12 ans depuis le 15 juin. Pour la Haute autorité de santé (HAS), cela relève d'un intérêt aussi bien collectif qu'individuel. Le professeur Robert Cohen, pédiatre infectiologue à l'hôpital intercommunal de Créteil et président du Conseil national professionnel de pédiatrie, a réagi à la question de la vaccination des adolescents auprès de franceinfo, le 2 juin.  

  • Quel est l'intérêt de vacciner aussi les adolescents ? 

Pour le Professeur Robert Cohen, "Pour eux, ce serait probablement une clef pour un retour à une vie normale. Ça veut dire, par exemple, une école avec une fréquentation normale, après les demi-jauges qu'on a connues, mais aussi une meilleure vie sociale". Le spécialiste relativise pour autant : "Toutefois, on ne va pas vacciner les adolescents à la place des adultes. Vacciner les adultes est plus efficace car ils ont plus de risques de faire des formes graves (...)". 

  • Si un ado veut se faire vacciner et que ses parents ne sont pas d'accord, peut-il quand même recevoir l'injection ? 

Selon le Pr Robert Cohen, "La vaccination des adolescents suppose leur accord et celui de leurs parents. C'est le cas pour tous les vaccins". L'expert précise espérer que les familles se mettent d'accord en faveur du vaccin. 

  • La vaccination des adolescents français est-elle réellement prioritaire, par rapport à celle des adultes des pays défavorisés en pénurie de vaccins ? 

"C'est une vraie question (...)" répond le Pr Cohen. "Je ne suis pas sûr que les adolescents soient le problème essentiel aujourd'hui. On peut imaginer que des variants vont survenir dans d'autres pays. Nous l'avons bien vu avec les variants brésilien, sud-africain ou encore indien, par exemple. On ne peut pas fermer nos frontières tout le temps. Je pense que ce problème se posera encore plus quand la question sera (...) de vacciner les enfants. Là, le poids de ce qui se passe dans les autres pays sera assez considérable".

Taux d'incidence du Covid : où en est-on ?

Géodes, l'observatoire cartographique de Santé publique France, publie des données hebdomadaires sur le taux d'incidence (pour 100 000 hab.) du Covid-19 chez les différentes classes d'âge. Pour rappel, le taux d'incidence est le nombre de nouveaux malades sur une période donnée (appelé l'incidence), que l'on rapporte à une population donnée (c'est ce qui en fait un taux). Les taux d'incidence estimés pour le Covid-19 s'expriment non pas en pourcentage mais en "100 000". Mais pour quoi faire ? Le taux d'incidence permet de mesurer la dynamique de l'épidémie : si le taux augmente, c'est qu'elle progresse. Le seuil d'alerte fixé par département en France l'a été à 50 / 100 000 par le gouvernement (pour la population générale), avec un seuil d'alerte maximal à 250 / 100 000. 

Quel taux d'incidence chez les 6-10 ans ? (école primaire)

Quel taux d'incidence chez les 11-14 ans ? (collège)

Quel taux d'incidence chez les 15-17 ans ? (lycée)

Protocole sanitaire

Le protocole sanitaire scolaire contre le Covid-19 a subi de nombreuses modifications depuis sa mise en application au printemps 2020. Et il change une nouvelle fois de forme en vue de la rentrée 2021. Jean-Michel Blanquer a annoncé les contours du dispositif mercredi 28 juillet, et précisé que les règles sanitaires s'adapterait selon quatre niveau de circulation du virus. Retrouvez les dernières mesures, ainsi que les plus emblématiques, sur notre page dédiée au protocole covid à l'école.

"30% de risques en plus" de contracter le Covid-19 au contact d'enfants scolarisés

D'après un récent rapport cité par franceinfo, l'école est un lieu où le virus se propage fortement. Ledit rapport émane du groupe de réflexion Terranova, proche du centre-gauche. Il estime qu'il y aurait "30 % de risques de plus de contracter le virus" lorsqu'on est au contact d'enfants scolarisés. Un risque qui monterait même à "40 %" si les enfants sont en crèche. Pour Terranova, les protocoles mis en place dans les établissements scolaires ne sont donc pas suffisants.  

Dans son dernier avis, le conseil scientifique Covid-19 assurait toutefois que "les écoles ne semblent pas constituer des amplificateurs de transmission : la circulation du virus en milieu scolaire reflète plutôt celle qui est observée au sein de la collectivité", comme montré par une étude publiée fin février dans le British Medical Journal. Cela ne veut pas pour autant dire que les établissements scolaires ne jouent pas de rôle dans la propagation du virus. A la mi-mars, le conseil scientifique rappellait ainsi que le risque majeur est celui de la transmission du Covid-19 par les élèves à leurs parents ou grands-parents. Cette transmission est, selon l'étude ComCor menée par l'Institut Pasteur, plutôt "le fait des collégiens ou lycéens" que des écoliers de primaire. Le protocole sanitaire conserve donc toute son importance jusqu'à la fermeture des écoles, en particulier au moment des repas.

►Pour en savoir plus, consultez notre page dédiée au Covid chez l'enfant

Universités et covid

A la rentrée de septembre : il est prévu que les établissements d'enseignement supérieur rouvrent dans des conditions normales. Le 10 mars dernier, la ministre de l'enseignement supérieure Frédérique Vidal a par ailleurs informé d'un gel des droits d'inscription à l'université à la rentrée 2021, pour la deuxième année consécutive, ainsi qu'un gel des loyers des résidences Crous (les résidences universitaires) "parce qu'on n'est pas encore sûrs que cet été va être tout à fait normal pour les emplois étudiants".

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