Ivermectine : un médicament efficace contre le Covid ?

Ivermectine : un médicament efficace contre le Covid ? IVERMECTIME. Le recours à l'ivermectine contre le Covid-19 fait débat, alors que l'épidémie continue de frapper la France. Cet antiparasitaire est-il vraiment efficace contre le coronavirus ?

Après la polémique autour de l'hydroxychloroquine, c'est l'ivermectine qui suscite l'intérêt des curieux et des scientifiques, dans la perspective de lutter encore plus efficacement contre le coronavirus. Peu onéreux et utilisé en médecine depuis plusieurs années, cet antiparasitaire ne fait cependant pas l'unanimité. S'il est réclamé par plusieurs personnalités politiques et certains professionnels de santé pour lutter contre le Covid-19, ce traitement est rejeté par les autorités sanitaires. Alors, ce médicament est-il efficace pour traiter le coronavirus ? Tour d'horizon des arguments pour et contre.

Qu'est-ce que l'ivermectine ?

Dans un premier temps, l'ivermectine était utilisé dans le domaine vétérinaire. Depuis plusieurs années, ce traitement est également destiné aux humains pour lutter contre différentes maladies comme la gale, le paludisme ou encore les poux. Ce médicament a été commercialisé à la fin des années 1970 par le laboratoire américain Merck, avant d'être fabriqué par différentes sociétés à partir des années 1990, rapporte Le Monde. D'après le professeur Patrice Bourée, spécialiste des parasites à l'hôpital Bicêtre, dans la région parisienne, l'ivermectine "tue à la fois les vers intestinaux, les vers filaires et les parasites externes", a-t-il indiqué à l'AFP relayée par franceinfo.

Quelle est l'efficacité de l'ivermectine sur le Covid ?

Plusieurs études ont été réalisées sur l'ivermectine, mais jamais avec un protocole suffisamment solide sur l'homme pour en valider les résultats avancés. D'après les conclusions d'une étude australienne menée in vitro, publiés le 3 avril 2020, l'ivermectine pourrait réduire la charge virale du Sars-CoV-2 en l'espace de 48 heures. "L'étude in vitro est un premier pas, mais il y a un océan entre quelque chose qui marche dans un laboratoire et quelque chose d'efficace chez l'homme", a toutefois souligné Frédéric Altare, immunologiste et directeur de recherche à l'Inserm, interrogé par franceinfo.

Une autre étude réalisée dans un Ehpad situé en Seine-et-Marne a également été relayée dans la presse. Au printemps 2020, ces patients ont pris de l'ivermectine dans un contexte d'épidémie de gale. Il s'est avéré par la suite que ces résidents avaient été moins touchés par le coronavirus, en comparaison avec ceux d'autres établissements. "Nous avions un taux d'incidence de 1,4 % contre 22,6 % dans les autres établissements. Et un taux de mortalité nul contre 4,9% en moyenne dans les maisons de retraite", a rapporté le Docteur Charlotte Bernigaud au Figaro.

Par ailleurs, une étude publiée par le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux en novembre 2020 avec l'Institut Pasteur, évoque "l'efficacité anti-Covid-19 de l'ivermectine chez le hamster doré ". Enfin, une étude menée aux Etats-Unis sur des patients de quatre hôpitaux situés en Floride, montre une diminution de la mortalité chez les personnes qui se sont vu administrer de l'ivermectine. Seulement voilà, 40% d'entre elles étaient également traitées par des corticoïdes, contre seulement 20% chez les autres patients.

Qui défend l'usage de l'ivermectine contre le Covid-19 ?

Parmi les défenseurs de l'ivermectine, figurent plusieurs personnalités politiques telles que Florian Philippot, François Asselineau ou encore Nicolas Dupont-Aignan, qui ont récemment partagé le hashtag #BebraveWHO ("soyez courageux à l'OMS") sur Twitter, pour appeler l'Organisation mondiale de la santé à autoriser ce traitement dans la lutte contre le Covid-19. Certains scientifiques et médecins, tels que l'ancien urologue Gérard Maudrux, sont également favorables à l'utilisation de ce traitement.

Quel est l'avis des autorités sanitaires ?

Le jeudi 1er avril 2021, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a rendu son verdict, refusant d'accorder une autorisation temporaire d'utilisation. L'ANSM, qui s'appuie ainsi sur un avis formulé le 27 janvier par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), écrit : " L'analyse des données publiées disponibles à ce jour, du fait de leurs limites méthodologiques, ne permet pas d'étayer un bénéfice clinique de l'ivermectine quel que soit son contexte d'utilisation, en traitement curatif ou en prévention de la maladie COVID-19". Et d'ajouter : "Des auteurs concluent également à la nécessité de mettre en place des essais cliniques de méthodologie robuste."

De son côté, l'OMS a déclaré à travers un communiqué, le 31 mars : "Les preuves actuelles sur l'utilisation de l'ivermectine pour traiter les patients atteints du Covid-19 ne sont pas concluantes". Et de recommander que "le médicament ne soit utilisé que dans le cadre d'essais cliniques", " jusqu'à ce que davantage de données soient disponibles". Quant à l'Agence européenne des médicaments (AEM), elle déconseille le recours à ce médicament "pour la prévention ou le traitement du Covid-19 en dehors des essais cliniques randomisés".

Quels pays utilisent l'ivermectine ?

Une vingtaine de pays autorisent l'utilisation de l'ivermectine contre le Covid-19. C'est le cas de l'Inde, de la Bolivie, du Guatemala ou encore de l'Honduras. Certains états du Mexique y recourent également, malgré l'avis du ministère de la Santé fédéral qui s'y oppose. Dans l'Union européenne, la Bulgarie, la Slovaquie et la République tchèque ont autorisé son utilisation, contre l'avis de l'EMA.

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