Variant indien : plusieurs cas détectés en France, faut-il s'inquiéter ?

Variant indien : plusieurs cas détectés en France, faut-il s'inquiéter ? VARIANT INDIEN. Après des premiers cas signalés en France, le variant indien commence à s'installer sur le territoire. Trois nouveaux cas ont été signalés chez des personnes proches des premiers contaminés. Mais en quoi consiste cette mutation ? On fait le point.

[Mis à jour le 4 mai 2021 à 23h39] Le variant indien pose ses bagages en France. Alors que des premiers cas avaient été recensés la semaine dernière, trois nouvelles personnes ont été contaminées par le variant indien cette semaine. Il s'agit en réalité de trois cas contacts du patient bordelais, qui s'était rendu en Inde à la mi-avril pour un voyage d'affaires. Selon un séquençage du Centre national de référence à Lyon, ces trois personnes de l'entourage montrent des signes "du même variant que le cas initial". Un quatrième pourrait, lui, avoir été contaminé par le variant anglais, mais des vérifications restent en cours. Ce mardi, la France compte désormais dix personnes touchées par le variant indien, dont six en Nouvelle-Aquitaine.

Alors que le déconfinement progressif a débuté ce lundi 3 mai, la propagation de ce variant inquiète. S'il reste encore beaucoup de choses à apprendre sur cette mutation, jugée (en partie) responsable de l'hécatombe épidémique dans son pays d'origine, il est possible qu'elle soit plus contagieuse. Pour l'heure, les patients testés positifs à ce variant "vont bien" et ne souffrent d'aucune "forme grave" de la maladie. D'après l'Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine, la propagation de la mutation est d'ailleurs "maîtrisée". Rappelons qu'en France, l'écrasante majorité des cas positifs concernent le variant britannique (plus de 80%).

En images - Le chaos du Covid en Inde 

Pour autant, des suspicions de contamination par ce variant indien ont été signalées, notamment au Havre et à Marseille, concernant des personnes ayant voyagé au pays du Taj Mahal. "On disait que la France avait été épargnée par le variant indien. Évidemment que non", a réagi l'infectiologue Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Antoine, sur BFM TV. Selon la spécialiste, "même si nos frontières sont plus ou moins fermées, elles restent relativement poreuses". Le flou demeure autour de la dangerosité de cette mutation : entraîne-t-elle davantage de décès en raison de sa gravité accrue ou parce qu'elle est plus contagieuse, mettant en difficulté les services hospitaliers ? L'Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît ne pas le savoir. Pour l'heure, le régulateur a placé cette mutation, détectée dans au moins 17 pays, dans la classification "variant d'intérêt" et non "variant préoccupant", cette seconde catégorie indiquant un variant plus dangereux (capable, notamment, d'échapper aux immunisations vaccinales).

Variant indien en Nouvelle-Aquitaine

Vendredi 30 avril, l'Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine a dévoilé quelques éléments sur les deux cas identifiés en Lot-et-Garonne. Il s'agit d'un couple, d'une trentaine d'années, parents d'un enfant en bas âge et domicilié dans le Villeneuvois. N'étant pas scolarisé, l'enfant n'a pas été testé positif, ajoute La Dépêche. L'une des deux personnes contaminées au variant indien avait été déclarée positive le 29 avril. Un protocole d'isolement a été mis en place et un séquençage a été effectué au CHU de Toulouse. S'il s'agit bien d'un variant indien, "ce n'est pas celui qui est prédominant en Inde", a précisé l'ARS. Ce mardi, leurs cas contacts n'ont pas indiqué de résultat positif au test PCR.

Au niveau de la région, un autre cas a été détecté à Bordeaux, concernant une personne revenue d'Inde pour des raisons professionnelles. "Il ne s'agit pas d'un cas grave", a indiqué l'ARS, tout en ajoutant que dix cas contacts à risque avaient été identifiés dans l'entourage. C'est chez ce patient que trois cas contacts ont été testés positifs au variant indien.

Variant indien dans les Bouches-du-Rhône

Le ministère de la Santé a également annoncé jeudi 29 avril dans la soirée la présence de deux cas dans les Bouches-du-Rhône, "deux personnes arrivant d'Inde, sans lien l'une avec l'autre". Ces deux personnes ont été "mises en quarantaine immédiatement après leur arrivée" et "testés positives au tout début de leur quarantaine respectivement le 19 et le 27 avril".

Variant indien en Guadeloupe

En plus des cinq cas de variant indien identifiés dans l'hexagone, deux autres cas avaient été précédemment détectés dans les Antilles, plus précisément en Guadeloupe. D'après les autorités, deux personnes "asymptomatiques et en transit", arrivées le 10 mars sur l'île par jet privé, ont été testées positives au variant B.1.617. À l'issue de leur quatorzaine à l'hôpital, ces personnes ont été testées négatives, par PCR, et aucun cas secondaire n'a été détecté autour de ces cas confirmés, selon la préfecture et l'ARS. D'après plusieurs médias locaux, ces cas importés dans les Outremers sont deux personnes en provenance de l'Inde vers la République dominicaine, en transit en Guadeloupe. Pour l'heure, outre ces deux personnes, aucun autre cas de cette mutation n'a été recensé sur l'île.

Le variant indien est-il déjà présent en France ?

Détectable dans les tests PCR, la double mutation du coronavirus a donc été détecté pour la première fois sur le territoire français cette semaine. D'autres tests sont d'ailleurs en cours, confirme le ministère de la Santé. "À ce jour, plusieurs autres suspicions d'infection par le variant B.1.617 ont été signalées en France chez des personnes ayant séjourné en Inde. Des investigations renforcées par les ARS et le séquençage des prélèvements (...) sont en cours", explique le communiqué publié jeudi 29 avril. Un cas suspect est notamment suivi à Bordeaux selon le responsable régional de l'ARS. Les résultats pourraient arriver ce vendredi.

Dans les aéroports français, la peur de ce variant indien commence à se faire sentir. Vendredi 23 avril, le personnel de la Croix-Rouge a fait valoir son droit de retrait dans la Zone d'attente pour personnes en instance (Zapi) de Roissy, où de nombreux voyageurs en provenance d'Inde se rencontrent. Annoncé ce dimanche dans les colonnes du Parisien, ce droit de retrait marque une grande inquiétude chez les travailleurs des aéroports. Mais qu'est-ce qu'une zone d'attente ? Il s'agit d'un lieu où sont aidées les personnes ne pouvant justifier leur régularité de voyage. Or, selon le Parisien, ce vendredi, à l'aéroport de Roissy, ce nombre de présents dans la zone s'évaluait à 120 voyageurs, dont une dizaine venant d'Inde. "Une grande promiscuité", selon la Croix-Rouge, qui craint un futur cluster, avec une présence du variant indien. Mardi 27 avril, cette décision a été suivie par une autre organisation, l'Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers (l'Anafé). Au micro de Franceinfo, ce mardi, la présidente Laura Palun déclare : "Dans la zone d'attente, il n'y a aucune aération naturelle des lieux. Les couloirs sont exigus, la distanciation physique n'est pas possible". Et d'ajouter : "Depuis le 1er avril, on a eu une quinzaine de cas de personnes qui avaient été détectées, atteintes du coronavirus ou cas contact. Et la crainte actuellement, c'est que ce nombre augmente vu les conditions à l'intérieur de la zone d'attente."

Depuis quelques jours, plus question pour les voyageurs venant d'Inde d'arriver librement en France. Depuis mercredi 21 avril, ils sont contraints à un isolement de dix jours, annonce faite par le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, en réaction à la forte propagation du variant indien en Europe. Pourtant, aucun cas n'a pour le moment été déclaré à ce jour dans l'Hexagone. Mais l'exécutif préfère anticiper et ne pas laisser ce nouveau virus "double mutant" ralentir la campagne de vaccination en France. 

Qu'en est-il de la situation en Inde ? L'épidémie qui touche l'Inde est actuellement très préoccupante et la situation sanitaire se dégrade dans le pays. En seulement 24 heures, ce jeudi, le pays a compté 3 645 morts supplémentaires du Covid-19 et l'Inde n'arrive désormais plus à contrôler l'épidémie par manque de matériel.  Sur le mois d'avril, le pays compte près de six millions de contaminations, et 380 000 seulement sur les dernières 24 heures, selon les bilans du ministère de la santé indien. Ce week-end, l'Union européenne, les États-Unis et le Royaume-Uni ont promis une aide conséquente au pays. 

Le variant indien résistant aux vaccins et traitements ?

Après le variant brésilien qui semble être plus résistant aux vaccins, la double mutation de la souche du coronavirus pourrait être problématique face aux vaccins. Selon la membre du Conseil scientifique Karine Lacombe invitée de franceinfo le 21 avril, ce variant indien pourrait s'avérer résistant à tous les vaccins et traitements. "Il a en particulier deux mutations, apparues sur la protéine Spike. Il peut être résistant à la vaccination ou aux traitements". Une prise d position pas encore partagée par la communauté scientifique comme Catherine Hill qui se veut optimiste. "Bien sûr, il faut surveiller, étudier les variants et vérifier que les vaccins marchent bien sur eux mais, pour l'instant, on constate que les vaccins protègent contre eux, poursuit l'épidémiologiste. Il y a juste l'Astrazeneca qui s'est montré un peu moins efficace sur le variant sud-africain."

Sur cette question, Bruno Lina, membre du Conseil scientifique, se veut rassurant. "Pour l'instant, les premières données qu'on a de la part des Indiens, c'est que les vaccins protègent contre ce virus (…) et il ne semble pas que ce virus remplace le variant britannique, il circule avec lui", a-t-il expliqué au micro de RTL, ce jeudi. 

Une double mutation du Covid ?

Pourquoi l'appelle-t-on "double mutant" ? Ce variant résulte en fait d'une rencontre entre la souche californienne, L452R, et de la mutation sud-africaine, E484K. Mais ce virus indien pourrait comporter d'autres mutations qui pourraient même le transformer en "triple mutant". E484Q et L452R permettent au coronavirus de mieux s'accrocher aux cellules pour se répandre plus facilement. En outre, de récentes études montrent que L452R est plus résistante aux anticorps", explique dans Le Figaro le Pr Gautam Menon, professeur de physique et de biologie à l'université Ashoka, près de New Delhi. 

Le variant indien plus transmissible ?

À l'image des autres variants, les niveaux de transmission sont souvent plus rapides pour ces virus mutants. Qu'en est-il du variant indien ? "Il a fallu du temps pour comprendre que l'on était en présence d'un véritable variant. On en a eu la confirmation en décembre et, aujourd'hui, il se répand très très vite et on le retrouve dans de plus en plus d'échantillons", répond le généticien Rakesh Mishra, directeur du Centre de biologie moléculaire et cellulaire (CCMB), dans les colonnes du Monde. En effet, selon le quotidien, pour les mois de février et mars, le virus B.1.617 a été prélevé dans 24 % des échantillons sur des patients indiens contaminés et ayant participé à un séquençage génétique, contre 13% pour le variant britannique.

Mais attention aux rumeurs qui montreraient ce variant indien comme indétectable aux tests PCR. "Ces tests ont un taux de sensibilité de 70 à 80 %, cela signifie qu'un certain nombre d'entre eux donnent lieu à de faux résultats négatifs. Pour l'instant, on n'a aucun élément pour dire que le variant indien passe à travers les mailles du filet", assure M. Mishra auprès du journal Le Monde.

Mais le variant indien inquiète également par sa circulation assez rapide à l'extérieur du sous-continent. Cette nouvelle forme du Covid-19 a déjà été perçue en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Belgique ou encore au Canada. Mais le professeur Bruno Lina rappelle : "Il est présent dans de nombreux pays, mais en très petite quantité". Et de confirmer : "Pour l'instant, nous ne l'avons pas détecté en France". Mais pour combien de temps ? Sur franceinfo, l'infectiologue Karine Lacombe pense, elle, que sa présence sur notre territoire est une simple question de jours. "C'est évident que ce variant va arriver, c'est une question de jours et il est probablement déjà en France." 

Quels sont les symptômes ?

Anurag Agarwal, directeur de l'Institut de génomique et de biologie intégrative de Delhi, a expliqué auprès du Figaro que les malades souffrent "de maux de tête, de congestion nasale, de maux de gorge, de douleurs musculaire. On en voit atteints de diarrhée, comme ce fut le cas à New York l'an dernier." "Et le climat étant chaud et sec cette saison, certains saignent du nez ou de la gorge parce qu'ils toussent ou éternuent davantage".

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