Variant indien : majoritaire au Royaume-Uni, quels sont les risques en France ?

Variant indien : majoritaire au Royaume-Uni, quels sont les risques en France ? VARIANT INDIEN. Selon les autorités britanniques, le variant indien provoquerait des formes plus sévères que le virus anglais. Alors que le dénommé "Delta" devient majoritaire au Royaume-Uni, de nouveaux clusters ont été signalés en France. Les experts s'inquiètent d'un boom des hospitalisations, si le variant continue à se propager.

[Mis à jour le 4 juin 2021 à 16h04] Le variant indien du Covid-19 se propage et continue d'inquiéter en Europe. D'après une étude du Public Health England, le variant indien pourrait entraîner la multiplication des hospitalisations. Après l'analyse de près de 38 000 séquences du virus, les chercheurs estiment désormais que le variant "delta" aurait un risque d'hospitalisation 2,61 plus élevé, par rapport au variant britannique. "Le nombre de cas est encore faible, mais si cette tendance se poursuit et que le nombre de cas continue d'augmenter rapidement, cela indiquerait qu'un plus grand nombre de personnes sont sérieusement affectées, car ce variant continuera de remplacer la variante alpha au cours des prochaines semaines", a affirmé le professeur Adam Finn, dans le rapport.

D'après informations des autorités britanniques, publiées jeudi 3 juin, le virus mutant pourrait en effet provoquer des formes plus sévères que celui anglais. La transmission et la virulence du désormais nommé "Delta" auraient finalement dépassé les autres mutations du coronavirus. Toutefois, les autorités soulignent que 73 % des cas de patients infectés par le variant indien au Royaume-Uni sont des personnes non-vaccinées. À l'inverse, 3,7 % des Anglais complètement vaccinés ont été infectés par la suite par le virus B.1.617.2.

Au Royaume-Uni, le virus "Delta" sévit et a remplacé majoritairement le variant britannique, connu pour être déjà plus contagieux que la souche initiale du coronavirus. Depuis une semaine, le nombre de contaminations se multiplie dans le pays avec des chiffres passant de 3 500 à 6 960 cas contaminés par le Covid-19. Le variant indien serait la cause de la moitié des contaminations, voire des trois quarts.

De l'autre côté de la Manche, le variant indien inquiète donc forcément. D'autant que de nouveaux clusters ont été signalés sur le territoire français. À Mont-de-Marsan, jeudi 3 juin, le variant indien a été détecté dans plusieurs communes environnantes et toucherait à ce jour une dizaine de personnes. "Les investigations ne sont pas déterminées. Nous attendons le résultat de nouvelles analyses d'ici vendredi pour pouvoir identifier, ou non, d'autres personnes et tisser les liens entre elles. Cela nous permettra de déterminer s'il s'agit de différents foyers, diverses sources du virus ou si ces Landais ont un lien", a indiqué Didier Couteaud, directeur de l'Agence régionale de santé (ARS). Plus tôt, le variant indien avait déjà été détecté chez une famille près du Grand Dax. 

De plus, selon le dernier point épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France, une cinquantaine d'épisodes de variant Delta ont été signalés dans le pays. Qu'est-ce que cela représente ? Les derniers séquençages montrent qu'une centaine de cas du virus mutant du coronavirus ont été confirmés. "Aucun élément en faveur d'une diffusion communautaire significative n'a été rapporté en France", nuance Santé publique France et avance un "début de transmission communautaire localisée dans certaines régions".

D'après le Pr Arnaud Fontanet, cette mutation reste une "source d'inquiétude". Depuis plusieurs semaines, après les ravages provoqués en Inde, où elle est apparue, la mutation B.1.617. du Covid-19, de son nom scientifique, est étroitement surveillée dans l'Hexagone. Parmi les foyers recensés en France (46 au 25 mai), "un grand nombre de résidents et de membres du personnel" d'un Ehpad de la région Paca ont été récemment testés positifs au variant indien, comme le rapporte Santé publique France dans son point épidémiologique hebdomadaire.

Quelques formes du variant indien seraient capables "d'échappement immunitaire", à savoir susceptibles d'avoir une plus grande résistance au vaccin contre le Covid-19. Toutefois, selon Arnaud Fontanet, cette résistance ne concernerait pas la forme qui circule au Royaume-Uni et en France.

En images - Le chaos du Covid en Inde 

Pour l'heure, les patients testés positifs à ce variant "vont bien" et ne souffrent d'aucune "forme grave" de la maladie. D'après l'Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine, la propagation de la mutation est d'ailleurs "maîtrisée". Rappelons qu'en France, l'écrasante majorité des cas positifs concernent le variant britannique (plus de 80%). Pour autant, des suspicions de contamination par ce variant indien ont été signalées, notamment au Havre et à Marseille, concernant des personnes ayant voyagé au pays du Taj Mahal. "On disait que la France avait été épargnée par le variant indien. Évidemment que non", a réagi l'infectiologue Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Antoine, sur BFM TV.

Selon la spécialiste, "même si nos frontières sont plus ou moins fermées, elles restent relativement poreuses". Le flou demeure autour de la dangerosité de cette mutation : entraîne-t-elle davantage de décès en raison de sa gravité accrue ou parce qu'elle est plus contagieuse, mettant en difficulté les services hospitaliers ? L'Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît ne pas le savoir. Pour l'heure, le régulateur a placé cette mutation, détectée dans au moins 17 pays, dans la classification "variant d'intérêt" et non "variant préoccupant", cette seconde catégorie indiquant un variant plus dangereux (capable, notamment, d'échapper aux immunisations vaccinales).

Variant indien en Nouvelle-Aquitaine

L'Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine a dévoilé quelques éléments sur les deux cas identifiés en Lot-et-Garonne. Il s'agit d'un couple, d'une trentaine d'années, parents d'un enfant en bas âge et domicilié dans le Villeneuvois. N'étant pas scolarisé, l'enfant n'a pas été testé positif, ajoute La Dépêche. L'une des deux personnes contaminées au variant indien avait été déclarée positive le 29 avril. Un protocole d'isolement a été mis en place et un séquençage a été effectué au CHU de Toulouse. S'il s'agit bien d'un variant indien, "ce n'est pas celui qui est prédominant en Inde", a précisé l'ARS. Ce mardi, leurs cas contacts n'ont pas indiqué de résultat positif au test PCR.

Au niveau de la région, un autre cas a été détecté à Bordeaux, concernant une personne revenue d'Inde pour des raisons professionnelles. "Il ne s'agit pas d'un cas grave", a indiqué l'ARS, tout en ajoutant que dix cas contacts à risque avaient été identifiés dans l'entourage. C'est chez ce patient que trois cas contacts ont été testés positifs au variant indien.

Variant indien dans les Bouches-du-Rhône

Le ministère de la Santé a également annoncé la présence de deux cas dans les Bouches-du-Rhône, "deux personnes arrivant d'Inde, sans lien l'une avec l'autre". Ces deux personnes ont été "mises en quarantaine immédiatement après leur arrivée" et "testés positives au tout début de leur quarantaine respectivement le 19 et le 27 avril".

Variant indien en Guadeloupe

En plus des cinq cas de variant indien identifiés dans l'hexagone, deux autres cas avaient été précédemment détectés dans les Antilles, plus précisément en Guadeloupe. D'après les autorités, deux personnes "asymptomatiques et en transit", arrivées le 10 mars sur l'île par jet privé, ont été testées positives au variant B.1.617. À l'issue de leur quatorzaine à l'hôpital, ces personnes ont été testées négatives, par PCR, et aucun cas secondaire n'a été détecté autour de ces cas confirmés, selon la préfecture et l'ARS. D'après plusieurs médias locaux, ces cas importés dans les Outremers sont deux personnes en provenance de l'Inde vers la République dominicaine, en transit en Guadeloupe. Pour l'heure, outre ces deux personnes, aucun autre cas de cette mutation n'a été recensé sur l'île.

Le variant indien est-il déjà présent en France ?

Détectable dans les tests PCR, la double mutation du coronavirus a été diagnostiquée à plusieurs reprises en France, comme le confirme la note d'analyse des risques liées aux variants, réalisée par Santé publique France et les Centres nationaux de référence (CNR), en date du 12 mai  : " 24 épisodes impliquant au moins un cas de variant du lignage B.1.617 ont été rapportés. Des épisodes ont été identifiés dans 8 régions différentes (7 en France métropolitaine et la Guadeloupe). Le premier épisode a concerné des personnes en provenance d'Inde et en transit en Guadeloupe.Depuis mi-avril, Santé publique France note d'ailleurs une "augmentation du nombre d'épisodes identifiés, avec entre 4 et 8 épisodes rapportés par semaine". 

Sur les 24 cas confirmés de variant indien, 22 présentent un lien direct avec l'Inde. Plus précisément, 20 cas sont liés à un retour d'un séjour en Inde, les deux autres impliquant des transmissions sur des bateaux avec des membres de l'équipage de nationalité indienne, précise la note d'analyse. Enfin, deux cas ne présentent aucun lien avec l'Inde. Il s'agit . Le premier a été détecté dans un cluster familial en Auvergne-Rhône-Alpes, le deuxième dans un cluster familial en Île-de-France. 

Le variant indien résistant aux vaccins et traitements ?

Après le variant brésilien qui semble être plus résistant aux vaccins, la double mutation de la souche du coronavirus pourrait être problématique face aux vaccins. Sur franceinfo, la membre du Conseil scientifique, Karine Lacombe, a indiqué que ce variant indien pourrait s'avérer résistant à tous les vaccins et traitements. "Il a en particulier deux mutations, apparues sur la protéine Spike. Il peut être résistant à la vaccination ou aux traitements". Une prise d position pas encore partagée par la communauté scientifique comme Catherine Hill qui se veut optimiste. "Bien sûr, il faut surveiller, étudier les variants et vérifier que les vaccins marchent bien sur eux mais, pour l'instant, on constate que les vaccins protègent contre eux, poursuit l'épidémiologiste. Il y a juste l'Astrazeneca qui s'est montré un peu moins efficace sur le variant sud-africain."

Sur cette question, Bruno Lina, membre du Conseil scientifique, se veut rassurant. "Pour l'instant, les premières données qu'on a de la part des Indiens, c'est que les vaccins protègent contre ce virus (…) et il ne semble pas que ce virus remplace le variant britannique, il circule avec lui", a-t-il expliqué au micro de RTL.

Une double mutation du Covid ?

Pourquoi l'appelle-t-on "double mutant" ? Ce variant résulte en fait d'une rencontre entre la souche californienne, L452R, et de la mutation sud-africaine, E484K. Mais ce virus indien pourrait comporter d'autres mutations qui pourraient même le transformer en "triple mutant". E484Q et L452R permettent au coronavirus de mieux s'accrocher aux cellules pour se répandre plus facilement. En outre, de récentes études montrent que L452R est plus résistante aux anticorps", explique dans Le Figaro le Pr Gautam Menon, professeur de physique et de biologie à l'université Ashoka, près de New Delhi. 

Le variant indien plus transmissible ?

À l'image des autres variants, les niveaux de transmission sont souvent plus rapides pour ces virus mutants. Qu'en est-il du variant indien ? "Il a fallu du temps pour comprendre que l'on était en présence d'un véritable variant. On en a eu la confirmation en décembre et, aujourd'hui, il se répand très très vite et on le retrouve dans de plus en plus d'échantillons", répond le généticien Rakesh Mishra, directeur du Centre de biologie moléculaire et cellulaire (CCMB), dans les colonnes du Monde. En effet, selon le quotidien, pour les mois de février et mars, le virus B.1.617 a été prélevé dans 24 % des échantillons sur des patients indiens contaminés et ayant participé à un séquençage génétique, contre 13% pour le variant britannique.

Mais attention aux rumeurs qui montreraient ce variant indien comme indétectable aux tests PCR. "Ces tests ont un taux de sensibilité de 70 à 80 %, cela signifie qu'un certain nombre d'entre eux donnent lieu à de faux résultats négatifs. Pour l'instant, on n'a aucun élément pour dire que le variant indien passe à travers les mailles du filet", assure M. Mishra auprès du journal Le Monde.

Mais le variant indien inquiète également par sa circulation assez rapide à l'extérieur du sous-continent. Cette nouvelle forme du Covid-19 a déjà été perçue en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Belgique ou encore au Canada. Mais le professeur Bruno Lina rappelle : "Il est présent dans de nombreux pays, mais en très petite quantité". Et de confirmer : "Pour l'instant, nous ne l'avons pas détecté en France". Mais pour combien de temps ? Sur franceinfo, l'infectiologue Karine Lacombe pense, elle, que sa présence sur notre territoire est une simple question de jours. "C'est évident que ce variant va arriver, c'est une question de jours et il est probablement déjà en France." 

Quels sont les symptômes ?

Anurag Agarwal, directeur de l'Institut de génomique et de biologie intégrative de Delhi, a expliqué auprès du Figaro que les malades souffrent "de maux de tête, de congestion nasale, de maux de gorge, de douleurs musculaire. On en voit atteints de diarrhée, comme ce fut le cas à New York l'an dernier." "Et le climat étant chaud et sec cette saison, certains saignent du nez ou de la gorge parce qu'ils toussent ou éternuent davantage".

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