Algérie : 10 grands acteurs de l'indépendance

Par La Rédaction

Messali Hadj, le fondateur controversé

Ahmed Messali Hadj est d'abord un soldat de la Première Guerre mondiale, installé en France à l'issue du conflit. C'est donc en métropole qu'il crée l'Étoile nord-africaine (1924), puis le Parti du peuple algérien (1937), deux partis nationalistes interdits. Après la Seconde Guerre mondiale, en marge d'émeutes dans le Constantinois et d'une répression féroce de la France (massacre de Sétif), Messali Hadj organise une grande manifestation le 1er mai 1945 à Alger, elle aussi réprimée dans le sang. Emprisonné puis libéré en 1946, il crée le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) et parvient à obtenir 5 députés à l'Assemblée. Mais à mesure que les velléités indépendantistes montent, son mouvement se fissure. Il finit par se scinder en deux branches : le Comité révolutionnaire d'unité et d'action, ancêtre du Front de libération nationale (FLN), et le Mouvement national algérien (MNA) dont il garde le contrôle. Les deux mouvements vont s'opposer violement avant que le MNA soit cantonné en France et Messali Hadj placé en résidence surveillée. De ce fait, il est parfois vu comme un allié implicite de la France et considéré par certains Algériens comme un traître.

 

Hocine Aït Ahmed, l'organisateur

En 1949, Hocine Aït Ahmed, membre du MLTD de Messali Hadj de longue date (il y adhère à 16 ans), fonde l'Organisation spéciale (OS), en son sein. Une structure militaire chargée de préparer la formation de cadres militaires et de développer la lutte armée. La même année, il accroit également le financement de l'organisation, notamment avec le hold-up de la poste d'Oran, qui ne fera aucune victime. Au début des années 1950, tandis que l'OS donne naissance (non sans mal) au FLN, c'est sur le terrain diplomatique qu'il s'illustre. Installé au Caire, il obtient le soutien de plusieurs organisations anticoloniales, notamment en Asie (Conférence de Bandung), aux Etats-Unis et jusqu'à l'ONU. En 1956, il sera arrêté avec plusieurs autres leaders (Ahmed Ben Bella) lors du détournement d'un vol civil entre le Maroc et Tunis. Libéré en 1962, il devient vite un opposant à Ben Bella et fonde le Front des Forces Socialistes (FFS). Jusqu'à aujourd'hui, il a été partagé entre prison, exil et retours infructueux en Algérie.

Ferhat Abbas, le politique modéré

Le mouvement indépendantiste algérien a aussi eu son courant plus "modéré". Dès 1943, un intellectuel engagé dans l'armée française, Ferhat Abbas, publie un "Manifeste du peuple algérien" appelant à une "nation algérienne". Les réactions sont froides (il sera assigné à résidence), mais de Gaulle fait déjà quelques concessions. Le massacre de Sétif en 1945 va pourtant relancer la contestation. Après avoir crée l'hebdomadaire "Égalité", Ferhat Abbas crée le parti de l'Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) qui ne prône pas encore la rupture. Il durcira ses positions à mesure que la France refuse les réformes. En 1956, Ferhat Abbas annonce son ralliement au FLN et dissous l'UDMA. Après le congrès de la Soummam, acte fondateur de la résistance du FLN, il va structurer la contestation sur le terrain politique. Il sera le président du premier gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), installé clandestinement au Caire en 1958. Jugé trop modéré, il sera écarté en 1961 et restera un opposant de Ben Bella pendant des années.

Krim Belkacem, le stratège

Krim Belkacem est l'un des fondateurs du FLN. Considéré comme le premier maquisard de la guerre d'Algérie, il est surnommé "le lion du djebel" : à partir de 1945, il va en effet structurer plusieurs groupuscules de résistance en Kabylie, jusqu'à recruter 500 Algériens dans son maquis en 1954. En 1956, il parvient à berner l'armée française lors de l'opération "Oiseau bleu" : en simulant une contre-insurrection (la "Force K"), il détourne des armes et exécute des dizaines de pro-français du MNA, au profit du FLN. Il prend ensuite la direction des opérations à Alger et devient le principal stratège et chef militaire des insurgés. A la création du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), il est nommé vice-président et ministre des forces armées. Fort de se statut, il conduit en 1962 la délégation du FLN à la conférence d'Évian et signera lui-même les accords. Opposé à Ben Bella après l'indépendance, il va être contraint à l'exil puis sera assassiné.

 

Larbi Ben M'Hidi, le martyr

Larbi Ben M'Hidi est le principal martyr de la guerre d'Algérie. Dès 1945, sensible aux revendications indépendantistes, il adhère aux Amis du Manifeste et de la liberté (AML), fondé par Ferhat Abbas. Face à la répression, il radicalise son engagement comme beaucoup d'autres Algériens, jusqu'à devenir l'un des neuf fondateurs du FLN en 1954. Quand l'insurrection est lancée en novembre, il se voit confier la région d'Oran. En 1956, il se joint à la bataille d'Alger en supervisant plusieurs attentats et combat notamment aux côtés de Krim Belkacem, dont il est proche. Il est finalement arrêté le 23 février 1957 par les paras français. Torturé, il refuse de livrer ses camarades. Il sera pendu sans jugement au début du mois de mars 1957, sous la responsabilité du général Aussaresses. Ce dernier parlera d'abord d'un suicide et ne donnera les détails de l'exécution qu'en 2001. Plusieurs monuments sont dédiés à Larbi Ben M'Hidi à travers l'Algérie.

 

Abane Ramdane, l'homme des réseaux

Militant précoce de la cause algérienne, Abane Ramdane a déjà connu la torture et les prisons en France et en Algérie quand la guerre commence. Il fut incarcéré de 1950 à 1955 à cause du "complot de l'OS" (1950). Libre, il rejoint rapidement le FLN en Kabylie, sa région d'origine, avec un statut de leader et lance le 1er avril 1955 un appel à l'union de tout le peuple algérien. Il sera ensuite l'un des principaux artisans du Congrès de la Soummam, le 20 août 1956, véritable acte fondateur de l'insurrection et de son organisation politique et militaire. Dès lors, il jouera un rôle clé (avec Ben M'hidi) à Alger dans la propagande et coordination des réseaux en interne (les wilaya), mais aussi à l'extérieur (le Gouvernement provisoire du Caire). Partisan d'une organisation où le politique l'emporte sur le militaire, il se fait cependant rapidement des ennemis et des rivaux au sein du FLN. Attiré au Maroc pour une "réunion", il a été étranglé en secret par des hommes de Boussouf (le colonel "Si Mabrouk") en décembre 1957. Un événement qui fait l'objet d'une polémique toujours vive en Algérie.

Ahmed Ben Bella, le chef d'Etat

Héros de la Seconde Guerre mondiale chez les tirailleurs, Ahmed Ben Bella entre dans le mouvement indépendantiste par la politique : élu du PPA puis du MTLD, il revendique un pouvoir plus fort pour les Algériens. En 1947, il rejoint l'Organisation spéciale (OS) à Alger. Arrêté lors d'un hold-up pour financer le mouvement, il s'évade en 1951 et reconstitue l'OS au Caire avec le soutien de Nasser. Fatigué par les divisions des révolutionnaires, il fonde le Comité révolutionnaire d'union et d'action (CRUA) et une petite Armée libération nationale (ALN). C'est elle qui lance le soulèvement de la "Toussaint rouge", le 1er novembre 1954. Il est dès lors considéré comme le chef du FLN, négociant avec la France et avec les autres leaders indépendantistes. Après avoir échappé à plusieurs attentats, il est finalement arrêté le 22 octobre 1956 à Alger. Une captivité qui va renforcer son prestige. Libéré après les accords d'Evian, il parvient à s'imposer à la tête du FLN et à écarter, parfois violemment, un certain nombre d'opposants. Il deviendra le premier président de la "République algérienne démocratique et populaire" le 15 septembre 1963. Renversé en 1965, il va passer 14 ans en prison avant de s'exiler.
 

Houari Boumédiène, le militaire

Mohamed Ben Brahim Boukharouba prend le nom d'Houari Boumédiène pendant la guerre d'Algérie, en mémoire d'un saint et savant musulman. Un choix qui va contribuer à construire sa légende. Doté d'une solide formation intellectuelle, politique et militaire, connaisseur du monde arabe grâce à des voyages au Caire, à Tunis et au Maroc, il est très tôt associé à la préparation de l'insurrection dans les centres de formation du FLN au Maghreb. A partir de 1954, il organise l'approvisionnement en armes des insurgés, grâce à plusieurs convois maritimes. Ses talents stratégiques et militaires et sa discrétion lui permettent de gravir les échelons. En 1957, il devient le chef des troupes insurrectionnelles de la région d'Oran, qu'il dirige le plus souvent depuis le Maroc. Quelques mois plus tard, il devient le chef d'état major de l'ALN, bras armé du FLN. D'abord allié à Ben Bella à l'indépendance (ministre de la Défense, Premier ministre), il va le renverser lors d'un coup d'Etat en 1965 et dirigera le pays d'une main de fer jusqu'à sa mort par maladie en 1978.