Armistice 1918 : définition, signature... Tout savoir sur cet événement clé de l'histoire

Armistice 1918 : définition, signature... Tout savoir sur cet événement clé de l'histoire ARMISTICE - Comme chaque année, le 11 novembre donne lieu à des cérémonies de commémoration de l'Armistice de 1918 partout en France. Que célèbre-t-on en ce jour férié ? Définition, moment-clés, détails du traité, on fait le point.

[Mis à jour le 11 novembre 2019 à 16h54] Comme chaque année, le 11 novembre, la France commémore l'Armistice de 1918. Pour comprendre pourquoi cette date importante de l'histoire française fait l'objet d'une commémoration, il faut remonter 101 ans plus tôt.  Le 11 novembre 1918, après quatre ans d'une guerre qui a laissé l'Europe exsangue, la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne, est le témoin d'un moment historique. Installés dans un wagon-restaurant, aménagé à l'intérieur du train d'État-Major du Maréchal Foch, l'Allemagne signe un traité en faveur de la Triple Entente, composée de la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis, pour mettre fin aux combats sur le front occidental. Ce traité vise aussi à définir les conditions de la défaite de l'Allemagne, dont les alliés ont cessé de se battre quelques temps plus tôt. La Bulgarie a signé l'arrêt des combats le 29 septembre, l'empire Ottoman le 30 octobre et l'Autriche Hongrie le 3 novembre. L'armistice du 11 novembre est donc le dernier traité, signé après quatre jours de négociations.

Dans ce wagon, la Triple Entente est représentée par le maréchal Ferdinand Foch et l'Allemagne par l'homme politique Matthias Erzberger, tous deux accompagnés de leurs généraux. Ce qu'ils signent le 11 novembre 1918, ce n'est pas la capitulation de l'Allemagne à proprement parlé, mais une suspension des hostilités d'une durée de 33 jours renouvelables. Si un cessez-le-feu est donc officiellement proclamé à 11 heures ce jour-là, la fin de la guerre ne sera entérinée qu'avec une série de traités de Paix, dont le plus célèbre reste le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919. La Première Guerre mondiale est officiellement terminée, après avoir fait 15 à 20 millions de morts, invalides et mutilés, dont 8 millions de civils, et rebattu les cartes territoriales du Vieux Continent. Après l'Armistice 1918, le nombre de monuments au morts édifiés se compte par milliers, et l'expression "la Der des Ders" est employée pour exprimer la nécessité que ce conflit ne se reproduise jamais.

Définition de l'armistice

Pour commencer, "armistice" est un mot masculin : on dit bien "un" armistice. Ce mot est issu du latin arma (arme) et statio (état d'immobilité) selon le Larousse. Il s'agit d'une convention via laquelle des belligérants d'une guerre suspendent les hostilités. La définition de l'armistice sous-entend une nuance importante : ce contrat est conclu par les chefs militaires suprêmes et non par des représentants de la société civile ; il ne met pas fin à l'état de guerre en lui-même, seulement aux hostilités, d'où le terme qui remplace de plus en plus "armistice" de nos jours, celui de "cessez-le-feu", pour désigner ce même type d'accord.

Et si vous deviez l'expliquer en une phrase ? "Convention établie entre les belligérants afin de suspendre les hostilités, sans pour autant mettre fin à la guerre", propose le dictionnaire de Linternaute.com.

Signature de l'armistice 1918

Signé le 11 novembre 1918, à 5h15 du matin, dans un wagon réquisitionné par l’armée française, transformé en bureau de commandement du chef des armées alliées Ferdinand Foch et stationné dans la clairière de Rethondes en forêt de Compiègne, l’armistice prend effet sur le front à 11 heures du matin… pour une durée de 36 jours renouvelée trois fois. Il est signé de la main des plénipotentiaires allemands. Ces derniers sont des agents diplomatiques de l’Allemagne auquel leur pays a confié les pleins pouvoirs. A ce moment de la guerre, l’empereur Guillaume II vient d'abdiquer et de s'exiler aux Pays-Bas. Le chancelier, Max de Bade, a démissionné et a transmis ses pouvoirs au socialiste Friedrich Ebert. À partir de là, il n’y a plus d’échappatoire pour l’Allemagne, dont le ministre d’Etat est expressément chargé de signer au plus vite l’armistice. L’armistice de 1918 n’est, cela dit, pas une capitulation en tant que telle. Il a en effet été signé dans l’attente d’un traité de paix définitif. 

  • Pour la partie alliée, les signataires sont : le maréchal Foch, commandant suprême des forces alliées ; l’Amiral Wemyss, représentant britannique ; le Général Weygand, chef d’Etat-major du Maréchal Foch. 
  • Et du côté allemand : le représentant plénipotentiaire est civil. Il s’agit de Mathias Erzberger, représentant du gouvernement allemand.
Les signataires de l'Armistice de 1918. © ABECASIS/SIPA

De nombreuses péripéties ont précédé le fameux armistice du 11 novembre 1918. Lors de l'été 1918, le traité de Brest-Litovsk a permis à l'Allemagne, en provoquant la reddition de la Russie, de concentrer son armée sur le front de l'Ouest. Mais les offensives allemandes de juin et juillet 1918 ont été un échec et le renfort des alliés (Américains et Britanniques) lui sera fatal. Dès le mois d'août 1918 débute une offensive franco-britannique qui ne s'arrêtera plus. Dans ses mémoires, Erich Ludendorff, alors général en chef des armées allemandes, parle de la date du 8 août comme d'un "jour de deuil de l'armée allemande" : il sait à ce moment-là que la guerre est perdue pour de bon. Le recul des forces allemandes commence alors, avec de lourdes pertes sur tout le front franco-belge. Dès septembre, l'Etat-Major allemand fait savoir à l'empereur Guillaume II qu'il n'y a plus d'espoir de gagner la guerre. Mais ce dernier, ainsi que les chefs militaires, ne sont pas prêts à assumer la défaite : il faudra encore deux mois pour que l'armistice soit "négociée" et signée.

Dès le début de l'automne, les armistices des fronts orientaux (le 29 septembre 1918 pour la Bulgarie ; le 30 octobre 1918 pour l'empire ottoman et le 3 novembre pour l'Autriche-Hongrie), bien que moins connus que celui du 11 novembre à Rethondes, auront de lourdes conséquences. Ils contribuent à la défaite de l'Allemagne et provoquent la chute de trois empires. Sans parler de la zizanie qu'ils créent entre nations vaincues, victorieuses (comme les Tchèques, Serbes, Roumains, Polonais) et celles qui, s'étant ralliées trop tard aux vainqueurs, ne bénéficient pas de l'indépendance (Ukrainiens, Slovaques…). Les armistices orientaux créent de toute façon une "brèche" que l'Allemagne ne sera pas en mesure de colmater. En octobre, Ludendorff démissionne et des mutineries éclatent outre-Rhin. En parallèle, le président américain Wilson est chargé de prendre en main le retour de la paix, dans la même veine que les 14 points qu'il avait proposés en janvier dans un discours choc. Des notes sont échangées avec les Allemands sur les modalités.

Le 5 novembre, une demande officielle d'armistice de l'état-major allemand parvient à la France sous forme de message morse. La date historique est finalement fixée six jours plus tard. La fin de la guerre sera actée dans un wagon stationné non loin du front et du quartier général allié.

Wagon de l'Armistice 1918

​Photographie prise à la sortie du "wagon de l'Armistice" où a eu lieu la signature.  Le maréchal Foch est 2e en partant de la droite. © Photo d'archive anonyme

Le 11 novembre 1918, le texte est signé dans le "Wagon de l’Armistice", ou plus exactement la "voiture 2419D" de la Compagnie des wagons lits. Cette voiture de chemin de fer, réquisitionnée par l’armée en septembre 1918 et transformée en bureau, stationnait dans un lieu isolé mais néanmoins pas trop loin de la gare de Rethondes : une clairière de la forêt de Compiègne (Oise). Les journalistes en sont alors soigneusement tenus à l’écart. Le maréchal Foch, généralissime des armées alliées et le général Weygand y reçoivent une délégation allemande envoyée par la toute récente république de Weimar. En face, un autre train sert à accueillir les "hôtes" germaniques. Autrement dit les parlementaires allemands qui viennent implorer l’armistice. D’après le Général Weygand, chef d’Etat Major du maréchal Foch qui avait choisi le lieu : "Maintes fois pendant la guerre, il avait établi dans son train son poste de commandement. C’est à son poste de commandement que les parlementaires viendraient donc se présenter à lui. La solitude du lieu assurera le calme, le silence, l’isolement, le respect de l’adversaire…". 

L’Armistice de 1918 sera donc signé à l’intérieur du wagon-restaurant du train français, fameux wagon de commandement du Maréchal Foch. Le véhicule sera par la suite transformé en musée. Détruit au cours des bombardements de 1944-1945 (Adolf Hitler l’avait fait transporter à Berlin entre temps et y avait même fait signer la capitulation de la France !), une réplique en a été créée, aujourd’hui installée au musée de l’Armistice de Compiègne : il s’agit de la voiture 2439D, qui faisait partie de la même série que l’originale, réaménagée à l’identique et garnie du mobilier d’origine. Quant à la clairière de l’Armistice, elle a été aménagée en tant que lieu symbole de la paix, accessible au public… et ce dès 1922. L'architecte Mages y conçoit un vaste rond-point de 100 mètres de diamètre auquel mène une allée de 250 m de long. On y érige également une statue du Maréchal Foch, le "monument aux Alsaciens-Lorrains"  (d’Edgar Brandt) – qui commémore la récupération par la France de l’Alsace et de la Lorraine en 1919 –, des dalles de granit symbolisant le wagon des Français et celui des Allemands lui faisant face et un Musée de l’Armistice construit en 1922. Totalement détruit par les allemands pendant la Seconde guerre mondiale, ledit musée sera reconstitué en 1950.

Armistice 1918 et Allemagne

Les conditions de l'armistice 1918 imposées à l’Allemagne sont sans concession :

  • la remise d’une grande partie de son armement ainsi que de son matériel de transport,
  • l’évacuation de tous les territoires occupés (Alsace-Lorraine comprise) et de la rive gauche du Rhin,
  • la démilitarisation, sur la rive droite du Rhin, d’une zone de 10 kilomètres qui va de la frontière hollandaise à la frontière suisse. Ce qui permet aux Alliés de conserver trois "têtes de pont", Mayence, Coblence et Cologne (les principaux points de passage du Rhin) pour empêcher une reprise de la lutte par l’Allemagne.

Armistice et traité de Versailles

L'armistice de 1918 mettant fin aux hostilités, il fallait encore mettre fin à la guerre. La signature du Traité de Versailles a lieu le 28 juin 1919… à Versailles. Il condamne lourdement l’Allemagne. "Diktat" sera le terme employé pour désigner ce Traité imposé aux Allemands sans négociations par les vainqueurs de la Première guerre mondiale. Ce traité mettant fin à la Première Guerre mondiale est signé dans la galerie des Glaces du château de Versailles, entre l'Allemagne et les Alliés. Il a été préparé par les vainqueurs, le Français Clémenceau, le Britannique Lloyd George, l'Italien Orlando et l'Américain Wilson. Il impose notamment à l'Allemagne la restitution de l'Alsace-Lorraine, la création du "couloir de Dantzig" donnant à la Pologne un accès à la mer, la limitation du potentiel militaire et le versement de 20 milliards de marks-or. En Allemagne, ce "diktat" sera  donc vécu comme une humiliation et fera naître un sentiment de revanche.

Centenaire de l'armistice 1918

Le centenaire de l'armistice 1918, célébré le 11 novembre 1918 dans toute la France, a donné lieu à de nombreuses manifestations. A Paris, la commémoration, imposante, a notamment consisté en un hommage à plusieurs Maréchaux de la Grande Guerre, par l'état-major des armées et en présence d'Emmanuel Macron. A noter également, le déplacement à Paris d'une soixantaine de chef d'Etat dont Donald Trump, Angela Merkel et Vladimir Poutine, pour cette célébration XXL du centenaire de l'armistice 1918.

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