Présidentielle en Algérie : manifestation, abstention monstre... A quoi s'attendre ?

Présidentielle en Algérie : manifestation, abstention monstre... A quoi s'attendre ? ALGERIE - Le premier tour de l'élection présidentielle en Algérie a lieu ce jeudi 12 décembre. Mais les 5 candidats, qui furent tous ministre, ont du mal à convaincre. Suivez en direct les dernières infos sur le scrutin, très contesté dans le pays.

L'essentiel

  • L'élection présidentielle en Algérie a lieu ce jeudi 12 décembre, après une tentative en juillet, annulée faute de candidats. Ce scrutin vise à remplacer le président Abdelaziz Bouteflika, poussé à démissionner en avril dernier. A l'étranger, les bureaux de vote sont ouverts depuis le 7 décembre pour les citoyens de la diaspora algérienne.
  • Une manifestation d'ampleur paroxystique pourrait avoir lieu en ce jour d'élection. Après neuf mois de mobilisation, le mouvement de contestation algérien, nommé "Hirak", ne montre en effet aucun signe d'essoufflement et entend créer un événement dans la rue ce jeudi, pour protester contre la tenue de élection
  • Les manifestants, dont de nombreux étudiants, protestent contre le clientélisme et la corruption au sein du système politique, ainsi que l'emprise de l'armée sur les enjeux politiques, critiquant en particulier le chef d'Etat major Ahmed Gaïd Salah. Pour les manifestants, aucun des 5 candidats n'est en mesure de changer le système politique.
  • Les médias algériens indiquent que le niveau de l'abstention pourrait être historiquement élevé, ce qui pourrait donner très peu de légitimité à l'élection.

Le direct

19:55 - En Algérie, les élections présidentielles très contestées : qu'en sera-t-il de l'"après" ?

FIN DU DIRECT - Karima Dirèche, historienne et spécialiste du Maghreb contemporain, estime que le vainqueur de cette élection, quel qu'il soit, "est d'ores et déjà discrédité". Et d'ajouter : "Il ne sera pas reconnu par l'opinion et aura un vrai problème de légitimité électorale". L'experte estime que le Hirak va se poursuivre après les élections, qui ne permettront en aucun cas d'apaiser la situation socio-politique en Algérie. Elle considère que le successeur de Bouteflika "va être obligé de gouverner avec ce qu'a produit le Hirak, c'est à dire des oppositions et des contre-pouvoirs qui se sont structurés".

19:37 - Dans les grandes villes d'Algérie, on se mobilise contre les élections

Si nombre de manifestants sont mobilisés à Alger, la capitale, dans d'autres villes également, les partisans du Hirak poursuivent leurs protestations. C'est le cas à Constantine, la deuxième plus grande ville du pays, mais aussi à Bouira, en Kabylie. 

19:23 - Les prisonniers politiques font la grève de la faim en soutien au Hirak

Le quotidien algérien El Watan a annoncé que plusieurs détenus politiques et d'opinion ont pris la décision de faire la grève de la faim durant trois jours, "en solidarité avec les revendications du hirak, en particulier le rejet de la mascarade électorale". L'avocate Aouicha Bakhti a publié sur les réseaux sociaux la déclaration des prisonniers. Ceux-ci affirment dans ce communiqué qu'ils inscrivent leur grève "dans la droite ligne des mémorables et historiques manifestations du 11 Décembre 1960, qui a vu le peuple algérien, à Alger et dans les autres régions du pays, sortir en masse en soutien à la lutte pour le recouvrement de la souveraineté de l’Algérie".

18:58 - Cinq candidats aux élections présidentielles, pourquoi les manifestants n'en veulent-ils pas ?

Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes décrivent les cinq candidats comme étant les "cinq doigts d'une même main qui a volé l'Algérie", ou estimant qu'ils sont cinq car ils s'apprêtent à réaliser "le cinquième mandat de Bouteflika". Qu'ils aient été ministres sous la présidence de Bouteflika, ou membres de son parti politique, les cinq candidats sont effectivement tous considérés comme étant proches de celui qui a dirigé l'Algérie pendant vingt ans.

18:36 - Une manifestation record le jour des élections présidentielles en Algérie ?

Les appels au calme se multiplient de toutes parts en Algérie, tandis que “la tension monte”. Le quotidien généraliste national El Watan écrit : “Cette situation particulièrement tendue risque de dégénérer le 12 décembre. Apaiser les esprits pour poursuivre le combat pacifique devient ainsi une urgence.” Certains manifestants souhaitent effectivement poursuivre demain les protestations anti-élection. Depuis 42 semaines, les manifestations se déroulaient principalement le vendredi, et le mardi. D'aucuns craignent que la situation ne dégénère le 12 décembre, avec une manifestation géante.

18:08 - En Algérie, à la veille des élections présidentielles, les manifestants ne lâchent rien

Le média algérien TSA a apporté de nouvelles informations sur la manifestation qui se tient à Alger actuellement, la veille des élections présidentielles tant contestées : "Vers 16H45, les forces anti-émeutes de la police nationale ont investi la place de la Grande poste pour tenter de disperser les manifestants. Mais ces derniers continuaient de résister, refusent de quitter les lieux. Des milliers de personnes manifestaient toujours ce mercredi après 16 heures dans le centre d’Alger pour dénoncer l’élection présidentielle de demain jeudi 12 décembre, a-t-on constaté sur place."

17:41 - Les élections présidentielles en Algérie : réel renouvellement politique ou "mascarade" ?

Selon l'AFP, dans le Courrier International, "les Algériens sont appelés à voter jeudi pour une présidentielle dont ils ne veulent pas, le scrutin étant perçu comme un moyen pour le régime de se régénérer." Aux dernières élections présidentielles, le taux de participation au vote était de seulement 20%, et il pourrait être d'autant plus faible ce 12 décembre. Selon Mostefa Bouchachi, avocat et figure du Hirak, "les élections vont aggraver la crise".

17:20 - A Alger, de nouvelles tensions avec la police lors de la manifestation

Les manifestants poursuivent leurs protestations anti-élection à Alger, où les tensions avec les forces de l'ordre sont ravivées, après une grosse confrontation ce matin et une accalmie cette après-midi. Une foule dense de partisans du Hirak continue de brandir des pancartes clamant "pas de vote !". Drapés dans le drapeau blanc et vert, au centre duquel se trouvent le croissant et l'étoile rouges, les manifestants n'ont aucune intention de céder face au pouvoir en place, et fustigent un système politique corrompu.

16:40 - Les manifestations se poursuivent, à quelques heures des élections présidentielles

Ce matin, la police avait dispersé une foule compacte de manifestants en plusieurs groupes, mais se montre plus discrète cet après-midi, d'après le média algérien TSA. Les forces de l'ordre ont procédé à de nombreuses interpellations plus tôt dans la journée, mais les manifestants poursuivent leur mobilisation en Algérie, contre des élections présidentielles qu'ils qualifient de "mascarade". Portant le drapeau de l'Algérie en étendard ou se drapant dedans, ils continuent de marcher à Alger et ailleurs, scandant sans relâche leurs slogans anti-vote.

16:13 - Face aux policiers, les manifestants appellent au calme

A la veille des élections, les tensions sont loin de s'apaiser à Alger et dans toute l'Algérie. Les policiers sont présents, encadrant les cortèges de manifestants, constitués notamment de nombreux étudiants. Ils sont des milliers à protester contre la tenue d'élections présidentielles ce jeudi 12 décembre, et appellent au calme face à la police, s'enjoignant les uns les autres à ne pas répondre à la "provocation" des forces de l'ordre qui les encerclent.

16:07 - Une manifestation anti-élection violemment dispersée par la police en Algérie

Les manifestations ne faiblissent pas, à la veille des élections présidentielles d'Algérie. Les partisans du Hirak sont des milliers ce 11 décembre, à Alger. Ce mercredi, un important dispositif policier était en place et a dispersé les militants, qui scandent "had el 3am makach el vote (cette année il n’y a pas de vote)", ou encore "je ne voterai pas contre ma patrie".

15:55 - Manifestations, appels au boycott : un taux d'abstention record aux élections présidentielles ?

Le 10 décembre, un collectif d'intellectuels, d'artistes, de journalistes, d'associations et de syndicats, ont lancé un appel à un "rejet pacifique" des élections présidentielles en Algérie. Ils dénoncent une "mascarade électorale" et considèrent que “face à ce brutal déni de souveraineté, la résistance pacifique du peuple est un droit légitime et un devoir”. "Nous revendiquons, légitimement, un changement de système politique que seuls permettront une transition démocratique et un processus constituant souverain hors du contrôle des figures et institutions policières du système autoritaire”, déclarent-ils.

15:39 - Des manifestations et un fort taux d'abstention pour ces élections présidentielles ?

La diaspora algérienne a boudé le scrutin de ces élections présidentielles qui s'est ouvert le 7 décembre à l'étranger, selon le quotidien algérien El Watan. “Les manifestants hirakistes donnent de la voix et tentent par tous les moyens pacifiques d’empêcher la tenue de ce "vote de la honte", selon les slogans. Les quelques votants (El Watan en a compté une dizaine au maximum toutes les heures) sont obligés de raser les murs du consulat”, a relaté le média.

15:17 - Un nouveau président âgé pour diriger une Algérie jeune ?

Selon l'AFP, plus de la moitié de la population algérienne a moins de 30 ans. Les cinq candidats aux élections présidentielles du 12 décembre sont toutefois relativement âgés, de 56 ans pour Abdelaziz Beläid, le benjamin de cette élection, à Ali Benflis, 75 ans, le plus âgé. Abdelkader Bengrina a 57 ans, Azzedine Mihoubi 60 ans, et Abdelmadjid Tebboune 74 ans. Une étudiante âgée de 22 ans, Lyes, qui manifeste contre la tenue des élections, estime que "ce n'est pas un fossé qui s'est creusé entre les fossiles du pouvoir et les jeunes, c'est un cratère".

14:55 - Une augmentation de la répression des manifestations après les élections ?

Selon Anna Sylvestre-Treiner, journaliste au Courrier International, de nombreux manifestants "craignent désormais un durcissement de la répression", suite aux élections présidentielles. Actuellement, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'Etat major des armées, dirige officieusement l'Algérie, mais "face au Hirak, nul ne sait quelle sera l’attitude de l’armée après le scrutin".

LIRE PLUS

Des manifestations étudiantes en Algérie

Ce mardi 10 décembre, de nombreux étudiants ont manifesté contre l'élections à venir, scandant "pas de vote avec les bandes mafieuses !". Ils demandent une restructuration et un renouvellement en profondeur du système politique algérien, et estiment que l'élection du 12 décembre ne permettra en aucun cas ce changement, au contraire. Les cinq candidats à cette élection présidentielle sont décriés par les partisans du Hirak, qui considèrent que tous sont trop proches de l'ancien régime pour permettre le renouvellement attendu de la classe politique algérienne. Europe 1 a rapporté les propos d'un manifestant : "Il n'y a aucun candidat valable au vu déjà de leurs itinéraires parce qu'ils sont tous issus du système Bouteflika. C'étaient tous des anciens premiers ministres ou des ministres qui sont encore aussi des oligarques."

Abdelaziz Belaïd, Ali Benflis, Abdelkader Bengrina, Azzedine Mihoubi et Abdelmajid Tebboune, ont en effet presque tous été ministres par le passé. Leur campagne s'est déroulée dans un climat agité et de répression, selon l'AFP. En outre, pour la première fois de l'histoire du pays, un "débat" télévisé a eu lieu. L'occasion, en théorie, d'observer la confrontation des différents candidats, leurs propositions respectives. En réalité, a rapporté le Monde, l'ensemble avait été orchestré au préalable, avec les mêmes questions posées successivement à chaque candidat, sans discussion entre eux, le tout étant précédé de la diffusion de leurs clips promotionnels.

Qui sont les cinq candidats décriés ?

  • Ali Benflis est le candidat le plus connu de cette élection présidentielle. Après avoir été ministre de la Justice, puis Premier ministre pendant trois ans, il est devenu ensuite la figure de l'opposition à Bouteflika. Néanmoins, il conserve encore aujourd'hui l'image de l'éternel second de l'ex-président algérien, qui pourrait le pénaliser dans cette élection. Aux élections de 2004 et 2014, auxquelles il s'était présenté, Ali Benflis était arrivé deuxième derrière Bouteflika, avant de créer son propre parti en 2014, l'Avant-garde des libertés. L'homme de 75 ans, qui a aussi été avocat et juge, avait critiqué vivement les résultats du scrutin de 2014, dénonçant une fraude et affirmant avoir remporté la majorité des voix.
  • Abdelmadjid Tebboune a lui aussi été Premier ministre, pendant seulement pendant trois mois, en 2017. Très critiqué lui aussi pour sa proximité avec Bouteflika, il a notamment été ministre de l'Habitat et l'Urbanisme, et ministre de la Communication. Le slogan du candidat "Engagé pour le changement, capable de le réaliser" ne semble pas convaincre, ni la posture d'"indépendant" qu'il tente d'arborer.
  • Azzedine Mihoubi a quant à lui été ministre de la Culture sous la présidence d'Abdelaziz Bouteflika, jusqu'en mars dernier. Il est désormais secrétaire général du Rassemblement National Démocratique, un parti associé au Front de Libération National, présidé par Bouteflika, et qui l'a soutenu durant sa présidence. Agé de 60 ans, il a exercé comme journaliste, mais a aussi été poète et romancier. Avant d'être ministre de la Culture, il avait également été député, secrétaire d'Etat chargé de la Communication, et ministre des Relations avec le Parlement.
  • Abdelkader Bengrina est quant à lui associé à la mouvance islamiste et nationaliste. Il dirige le parti El-Bina (Construction), membre d'une coalition islamiste. Il a toutefois lui aussi été ministre, chargé du Tourisme, au sein du gouvernement de Bouteflika de 1997 à 1999. Il s'était déjà présenté en avril, avant la démission de Bouteflika et le report des élections. Inquiet au sujet du célibat des femmes algériennes, en augmentation, le candidat nationaliste a souhaité s'adresser particulièrement à un électorat féminin. Il souhaite, selon le site Algérie Eco, assurer "la prise en charge de leur préoccupations, sur tous les plans, social, professionnel et même psychologique, pour leur permettre de jouer les rôles importants et vitaux au sein de la société algérienne".
  • Abdelaziz Belaïd, un autre candidat, est quant à lui rattrapé par son engagement auprès d'associations de jeunes rattachée au FLN, et soutenant Abdelaziz Bouteflika. Député pendant dix ans, le candidat a fait scission avec le FLN en 2012, lorsqu'il a fondé son parti, le Front de l'avenir (Front El Moustakba). Il a toutefois fait la quasi-totalité de son parcours comme cadre au sein du FLN. En outre, Abdelaziz Belaïd est diplômé en médecin et en droit. C'est probablement le candidat le moins connu des cinq, bien qu'il se soit déjà présenté à l'élection présidentielle de 2014.

Résultats de l'élection, qui sera le nouveau président ?

Une première estimation des résultats du premier tour de ces élections présidentielles devrait être publiée le 12 décembre dans la soirée, avant une confirmation le lendemain. Pour les Algériens vivant à l'étranger, le vote a été ouvert le 7 décembre. Bien que les médias mentionnant la rare présence de votants dans les consulats à l'étranger, l'Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) mentionne pour le moment des taux de participation "acceptables". En Algérie, les citoyens pourront voter le 12 décembre.