Canada : le résultat des élections, Justin Trudeau rempile mais sans majorité

Canada : le résultat des élections, Justin Trudeau rempile mais sans majorité CANADA - Le Premier ministre libéral canadien Justin Trudeau a obtenu une courte victoire la nuit dernière lors des élections au Canada. Il va pouvoir diriger le pays lors d'un second mandat, mais sans majorité. Les résultats...

[Mis à jour le 22 octobre 2019 à 9h00] Justin Trudeau a obtenu un second mandat au Canada, dans la nuit de lundi à mardi (heure française). Les résultats des législatives canadiennes donnent son parti libéral démocrate en tête avec 156 siège, contre 122 au parti conservateur de son rival Andrew Scheer. Et ce malgré un nombre de voix sensiblement inférieur (33% contre 35%). Le Bloc québécois obtient 32 sièges (8% des suffrages), le Nouveau parti libéral 24 (16% des voix), les écologistes trois sièges (6%). Justin Trudeau a réussi à se maintenir à flot dans le Yucon, les Territoires du Nord-Ouest et les zones les plus peuplées de la côte Atlantique, d'Ottawa et de la frontière avec les Etats-Unis. Les conservateurs sont majoritaires dans les états du centre, de l'Alberta au Manitoba, mais aussi dans une partie de l'Ontario.

Résultat des élections par circonscription

Discours de Justin Trudeau - "Les Canadiens nous ont confié la responsabilité de continuer à gouverner", a déclaré Justin Trudeau dans son premier discours suivant les résultats des élections, à Montréal. En français, il a remercié son épouse, ses enfants et ses proches dans une séquence très personnelle, avant de prendre acte des résultats et de cette majorité qu'il lui faudra désormais gagner, comme il l'a reconnu notamment dans son message aux Québécois : "J'ai entendu votre message. Vous voulez continuer d'avancer avec nous, mais vous voulez aussi vous assurer que la voix du Québec se porte encore plus à Ottawa et je vous donne ma parole, mon équipe et moi serons là pour vous", a souligné le premier ministre sortant.

Justin Trudeau devrait dès aujourd'hui prendre langue avec le Bloc québécois et le Nouveau parti démocrate, les deux formations surprise de cette campagne des législatives et des résultats de l'élection. Le Premier ministre sortant peut rester en poste mais doit en effet trouver une majorité pour passer le vote de confiance qui aura lieu à la reprise des travaux de la Chambre des communes. Avec 21 élus de moins que lors des précédentes législatives, le parti de Justin Trudeau manque la majorité de 170 sièges nécessaire pour gouverner et doit donc former une coalition.

"Après 2015, Trudeau semblait impossible à arrêter. Mais ce soir, les conservateurs ont servi un avertissement à Trudeau. Quand le temps viendra, les conservateurs seront prêts et on va gagner", a de son côté déclaré le leader du Parti conservateur Andrew Scheer, reconnaissant sa défaite.

Dans les sondages, un résultat incertain

Les 27,4 millions d'électeurs canadiens étaient appelés aux urnes ce lundi 21 octobre, afin d'élire leurs députés et désigner, par voie de conséquence, leur Premier ministre. Si l'issue du scrutin était plus qu'incertaine, deux candidats se livraient une bataille féroce depuis le début de la campagne : le libéral Justin Trudeau, chef du gouvernement sortant, à la tête du pays depuis 2015, et Andrew Scheer, leader du parti conservateur, la principale force d'opposition. Entre les deux hommes, les tensions sont restées palpables tout au long de la campagne, marquée par une proximité inédite dans les sondages, qui annonçaient une égalité quasi parfaite. Les dernières consultations en date donnaient entre 31 et 34% d'intentions de vote pour les libéraux et entre 32 et 33% pour les conservateurs.

Une chose semblait certaines depuis plusieurs jours : dans un sens ou dans l'autre, le candidat gagnant n'obtiendrait pas de majorité absolue au Parlement, qui exige au moins 170 sièges. La faute, notamment à l'émergence récente de deux partis sur la scène politique nationale. D'un côté, le Nouveau parti démocrate (NPD), dont le candidat Jagmeet Singh n'a jamais été aussi populaire au Canada. Célèbre pour son turban et sa barbe dense, mais aussi, et surtout, pour son combat pour l'écologie, auquel les Canadiens semblent sensibles puisque le candidat issu des minorités ethniques était destiné à jouer le rôle important du troisième homme dans cette élection.

"Monsieur Trudeau, vous êtes un imposteur"

Le NPD termine néanmoins derrière le "Bloc québécois", aux ambitions locale à l'origine - comme son nom l'indique -, mais qui désormais, fait figure d'alternative nationale aux conservateurs. Ces deux montées en puissance n'ont fait que renforcer cette tension entre Trudeau et Scheer, qui ont jeté leurs dernières forces dans la batailles ces derniers jours... parfois sans filtre, comme lorsque le chef de l'opposition est venu rappeler la casserole du Premier ministre sortant, la fameuse polémique de la "blackface", cette image du jeune Justin Trudeau le visage noirci. "Il est très bon quand il s'agit de faire semblant. Il ne peut pas se rappeler combien de fois il a noirci son visage. En fait, il porte toujours un masque. Il a mis le masque de la réconciliation mais il a licencié la ministre de la Justice, la première femme autochtone à occuper ce poste. Il a mis le masque du défenseur des classes moyennes mais en parallèle il a augmenté leurs taxes. Monsieur Trudeau, vous êtes un imposteur, un escroc et vous ne méritez pas de diriger ce pays", a lancé Andrew Scheer lors d'un débat télévisé opposant les deux hommes et dont les propos ont été relayés par RFI.

Et Trudeau de jouer sur la peur d'un retour au pouvoir des conservateurs, évoquant le double mandat de Stephen Harper, pas vraiment exempt de scandales : "On a vu ce qui s'est passé pendant les dix ans du gouvernement Harper. Il a coupé dans la culture et a reculé sur le protocole de Kyoto et la protection de l'environnement". L'enjeu pour le chef du gouvernement sortant résidait ces dernières semaines à infléchir des courbes de popularité déclinantes, dont la polémique évoquée plus haut n'est pas étrangère, mais qui ont également pour origine un bilan critiqué. Justin Trudeau est notamment pointé du doigt pour être accusé de conflits d'intérêts et d'avoir fait pression sur sa ministre de la Justice afin que cette dernière intervienne pour mettre fin à une procédure judiciaire menée à l'encontre d'une société québécoise. Malgré un bilan économique flatteur, une partie de ses promesses, sur le climat notamment, n'ont pas été tenues.

L'image d'Andrew Scheer n'est pas immaculée non plus, puisque sa position sur l'avortement, les rivalités internes au sein du parti conservateur ou encore la révélation jugée tardive de sa double nationalité - le candidat aux élections est américano-canadien - ont été remis sur le tapis depuis le début de la campagne. Les deux principaux candidats abordaient donc fébrilement ce scrutin.

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