Volodymyr Zelensky : ce qu'a dit le président ukrainien aux parlementaires français

Volodymyr Zelensky : ce qu'a dit le président ukrainien aux parlementaires français ZELENSKY. Ce mercredi 23 mars à 15h, Volodymyr Zelensky s'est adressé aux députés et aux sénateurs français via un message vidéo diffusé en direct. Ce discours s'inscrit dans la continuité de ceux que le président ukrainien donne depuis le début de la guerre en cours depuis le 24 février dernier.

[Mis à jour le 23 mars 2022 à 16h33] Après un discours devant le Parlement japonais le 23 mars au matin, Volodymyr Zelensky s'est adressé aux députés et aux sénateurs français à 15h ce même jour, via un message vidéo diffusé en direct sur Public Sénat. Le 24 mars, cela fera un mois que les troupes russes ont débuté leur invasion en Ukraine. C'est donc sans relâche que Volodymyr Zelensky poursuit ses discours et ses appels à l'aide adressés aux parlementaires de tous les pays potentiellement alliés de l'Ukraine.

Le discours de Volodymyr Zelensky devant les députés français 

Ce mercredi 23 mars à 15h, le président ukrainien s'est adressé aux députés et sénateurs français. Gérard Larcher, président du Sénat, a inauguré ce discours devant les deux chambres du Parlement français. "Le peuple ukrainien se bat alors qu'il est la proie de la folie meurtrière des autorités russes", a débuté Gérard Larcher. Solennel, il a demandé une ovation débout pour introduire le discours du président ukrainien, avant de rappeler que le temps n'était "pas qu'à l'émotion, mais aussi à l'action". C'est ainsi très frontalement qu'il s'est adressé au président ukrainien, en lui demandant : "Qu'attendez-vous de la France, M. Zelensky ?". Richard Ferrand l'a succédé, assurant pour sa part que la France continuerait à "veiller à ce que tout soit mis en œuvre pour porter assistance" à la nation ukrainienne. Le président de l'Assemblée nationale a ensuite clarifié son propos, réaffirmant que la France était prête à tout pour aider l'Ukraine, que ce soit via les "mesures restrictives contre la Russie" ou via "la fourniture d'un soutien humanitaire aux civils et aux réfugiés". Il a assuré que la France condamnait "les actes et les bombardements russes qui visent les civils", avant d'appeler la Russie à "se conformer aux normes du droit international". En conclusion de ces mots de bienvenue, Richard Ferrand a rappelé son admiration devant le "courage du peuple et des autorités ukrainiens", avant d'ajouter : "Nous demeurons à vos cotés".

"Je m'adresse à vous, gens honnêtes et rationnels : comment arrêter cette guerre, comment instaurer la paix en Ukraine ?", a débuté le président ukrainien. "La plupart des réponses sont dans vos mains, dans nos mains", a-t-il enchaîné, avant d'évoquer les bombardements sur l'hôpital de Marioupol, symbole des actes "cruels et injustifiés" de l'agresseur russe. En bon orateur, Volodymyr Zelensky n'a pas hésité à dresser des parallèles avec l'Histoire française, évoquant les champs de bataille ukrainiens qui lui "rappellent Verdun". Il a ensuite déroulé son discours habituel sur un Vladimir Poutine qui "brûle tout un pays" en faisant fi des "concepts de crime de guerre" et des "conventions internationales". "Ils ont apporté la terreur sur notre territoire", a-t-il déploré, l'air abattu. Il a ensuite évoqué, nostalgique, le format Normandie qui avait "abouti sur des négociations utiles" en 2019 et qui a, selon lui, représenté une "lueur d'espoir, une bouffée d'air frais" pour les peuples ukrainiens et russes. Mais "l'artillerie russe a écrasé les espoirs de paix et le rapprochement", a-t-il déploré, avant d'avertir : "Viendra un temps où les bouffées d'air frais ne suffiront pas".

Volodymyr Zelensky a ensuite discouru sur les valeurs et les principes qui lient son pays à la France. Dans une période où l'on doit "chercher la vérité sur le champ de la bataille", "il ne nous reste plus qu'à nous battre pour notre liberté commune", s'est-il ému. Le discours a pris une note plus positive lorsqu'il a évoqué "l'unité" qui caractérise son pays "depuis le 24 février dernier". "Aujourd'hui, les bords politiques ne comptent plus", a-t-il dit avec un léger sourire, prenant l'exemple de "la coalition et l'opposition" qui œuvrent ensemble à "l'instauration de la paix".  Si le président ukrainien a fustigé le manque de réactivité des Européens par le passé, il a cette fois choisi de se montrer reconnaissant, en particulier "envers les efforts d'Emmanuel Macron" qui a, selon lui, "fait preuve d'un véritable leadership" dans la gestion de cette crise. Il a poursuivi en rappelant l'importance de l'adage "liberté, égalité, fraternité", chère aux Français "autant qu'aux Ukrainiens" ; un adage qui résume "tout ce qui lie l'Ukraine à l'Europe", mais un adage "menacé par l'envahisseur".  

Puis le président ukrainien a formulé des demandes concrètes : "Restaurons l'unité territoriale de l'Ukraine", a-t-il lâché.  Si, comme l'a rappelé Volodymyr Zelensky, le peuple ukrainien résiste et se bat depuis presque un mois", il ne pourra "pas tenir seul éternellement". Il s'en est donc remis à la France pour obtenir l'appui militaire "nécessaire pour sauver la liberté", avant d'embrayer sur l'aide commerciale qu'il attend : "Les entreprises françaises doivent quitter le marché russe" a-t-il exhorté, citant même "Renault" et "Leroy Merlin" à qui il a demandé de "cesser de financer la machine de guerre russe". Cet effort immédiat aura des retombées sur le long-terme, a-t-il voulu rappeler en scandant : "Tout le monde se rappellera qu'aux yeux des Français, les valeurs morales valent plus que les bénéfices économiques". Il a même esquissé ses ambitions pour "l'après-guerre", assurant qu'il pensait à un "nouveau système de garanties" dans lequel "la France aura un rôle de premier plan". C'est à des députés et des sénateurs conquis que le président ukrainien a dit au revoir, "comme la France a dit au revoir à Jean-Paul Belmondo", a-t-il conclu.

Une série de discours de Volodymyr Zelensky

Ce type de discours en visioconférence est devenu une habitude pour Volodymyr Zelensky qui s'est exprimé devant le Congrès américain, les parlements canadien, britannique, polonais, et même le Bundestag allemand depuis le début de la guerre. Dans la continuité de son allocution du 1er mars devant les parlementaires européens, durant laquelle il avait demandé à ce que l'Ukraine adhère "sans délai" à l'Union européenne, Volodymyr Zelensky poursuit en effet ses prises de parole. Le 20 mars par exemple, il s'était adressé aux élus de la Knesset, l'assemblée de l'Etat hébreu. Dans cette allocution suivie en direct par plusieurs milliers d'israéliens devant un écran géant sur une place centrale de Tel-Aviv, il a exhorté les autorités israéliennes à se positionner plus clairement en faveur de l'Ukraine et à sanctionner la Russie pour son offensive. Craignant de voir "l'apathie" s'imposer en Occident, il compte poursuivre ces prises de parole contre une guerre "destructrice pour les civils". Il garde en outre un contact étroit avec ses homologues européens, à l'instar de ses échanges téléphoniques fréquents avec Emmanuel Macron, le dernier en date ayant porté sur l'engagement de la France à renforcer son soutien à l'Ukraine (le 17 mars dernier). A l'heure où Kiev est encore sous couvre-feu où Moscou rejette la décision de la Cour internationale de justice (CIJ) qui ordonnait à la Russie de suspendre immédiatement ses opérations militaires en Ukraine, ce soutien occidental s'avère indispensable pour l'Ukraine. 

Si Volodymyr Zelensky s'attache à rappeler au plus de pays possible ce que vit son peuple, c'est parce que la guerre en cours ne présente pour le moment pas de signes d'accalmie ni de désescalade des tensions. Au contraire, le bilan s'alourdit : l'ONU fait état le lundi 21 mars de 925 civils tués depuis le début du conflit, dont 117 enfants ; un bilan qui serait toutefois incomplet, comme le concède l'organisation. Au niveau des réfugiés, l'ONU  estime le 21 mars que 3,5 millions d'Ukrainiens auraient quitté le pays et que 6,7 millions d'autres ont été contraints de se déplacer à l'intérieur du territoire national. Les enfants sont largement concernés par cet exode puisque "pratiquement chaque seconde" un enfant ukrainien devient réfugié, comme l'indiquait UNICEF le 15 mars. L'ONU est très claire : c'est le plus gros mouvement de population en Europe depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Les pertes humaines sont également lourdes : l'Agence France-Presse affirme pour sa part que 2100 civils ont été tués à Marioupol depuis le début de la guerre, cette ville du sud du pays étant assiégée depuis plusieurs jours et en proie à des bombardements depuis le 16 mars. Pour ne rien arranger, les pourparlers du 14, 15 et 16 mars n'ont abouti sur aucun accord entre les deux pays, ni même sur une brève trêve. Moscou parle même d' "échec" de ses négociations avec l'Ukraine pour justifier son refus d'appliquer la décision de la CIJ. La Russie ne compte donc pas retirer ses troupes militaires ni suspendre son offensive de sitôt.

Le refus du compromis 

Quels sont donc ces compromis qui ont été proposés à Volodymyr Zelensky ? Moscou réclame que l'Ukraine soit dans la neutralité diplomatique, la même que celle des régimes suédois ou autrichien. Il s'agit de l'engagement d'un Etat à ne pas prendre part aux conflits entre deux pays et à n'adhérer à aucune alliance militaire. Ce 21 mars, l'Ukraine s'oppose toujours à cette éventualité, refusant de subir une "finlandisation" avec ce passage à la neutralité puisque, comme l'a déclaré le négociateur ukrainien Mykhaïlo Podoliak : "L'Ukraine est maintenant en état de guerre directe avec la Russie. Par conséquent, le modèle ne peut être qu'"ukrainien". A l'inverse, l'Ukraine demande des "garanties de sécurité absolues" face à la Russie. Toutefois, en concédant que l'Ukraine n'entrerait pas dans l'OTAN le 15 mars, Volodymyr Zelensky a fait un pas dans le sens de cette neutralité.

Téméraire comme à son habitude, Volodymyr Zelensky est même allé jusqu'à dresser un parallèle entre la guerre menée par Moscou en Ukraine et les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, mais aussi l'attaque de Pearl Harbor de 1941 lors de son allocution durant le Congrès américain ce 16 mars. Ce passage a été l'occasion pour lui d'exhorter les Etats-Unis de créer une zone d'exclusion aérienne au-dessus de l'Ukraine, demande qu'il a déjà formulée à plusieurs reprises, dans l'espoir de pouvoir limiter les pertes civiles. Face aux bombardements incessants, il en appelle à la bravoure de l'Occident, rappelant même à Joe Biden qu'" être leader du monde libre, c'est être leadeur de la paix ". Acclamé par les membres du Congrès qui lui ont offert une ovation en se levant pour l'applaudir, Volodymyr Zelensky poursuit en parallèle sa résistance contre l'invasion russe depuis ses bureaux dans un Kiev sous couvre-feu.

Zelensky interpelle l'UE

Le 16 mars, la Russie a été officiellement exclue du Conseil de l'Europe en raison de sa guerre lancée contre l'Ukraine. Les 27 se sont mis d'accord au cours d'une "réunion extraordinaire" du comité des ministres. Plus tôt dans la même journée, Vladimir Poutine avait anticipé ce scrutin en annonçant qu'il quittait le Conseil de l'Europe après 26 ans d'adhésion (membre depuis 1996). Si son pays en était de toute manière suspendu depuis le 25 février -lendemain de l'invasion russe-, cette expulsion définitive est un tournant. Elle signifie que la Russie va sortir de la Convention européenne des droits de l'homme et que ses citoyens n'auront plus accès à la Cour européenne des droits de l'homme. Elle signifie aussi que l'Europe ne pourra plus faire marche-arrière dans sa décision de mettre la Russie au ban des nations pour protéger l'Ukraine. Pour Volodymyr Zelensky qui se rapproche de l'Europe en en négociant une adhésion accélérée, c'est une première victoire. 

Aucun danger ne semble en mesure de faire reculer celui qui se déplace volontiers dans un Kiev pour rendre visite à des soldats blessés dans un hôpital militaire. A Poutine qui a accusé les laboratoires ukrainiens d'effectuer des recherches militaires sur des armes chimiques avec l'aide des Américains, Volodymyr Zelensky a répondu en renvoyant la faute sur le Kremlin : "Vous allez utiliser quoi, de l'ammonium, du phosphore ? Vous allez frapper une maternité, une église ou un hôpital pour enfants ?". Aux Occidentaux qui tardent parfois à venir en aide aux Ukrainiens, il n'hésite pas à lancer des piques, les confrontant à leur manque de réactivité, et in fine à leur responsabilité dans les pertes humaines. S'il multiplie les mises en gardes et les publications alarmistes sur les réseaux sociaux, c'est avant tout parce que la situation en Ukraine empire chaque jour. Sa souveraineté nationale et territoriale est menacée, la Russie avançant ses troupes à plusieurs niveaux. De fait, ce 21 mars, tandis que la ville d'Odessa a essuyé l'une de ses premières frappes aériennes, Marioupol a rejeté l'ultimatum de Moscou en refusant de capituler et de "déposer les armes". L'Ukraine résiste donc en dépit des frappes russes, à l'instar des civils ukrainiens qui marchent pour demander la fin de l'invasion. Désarmés, ils sont à la merci des soldats ennemis qui, à plusieurs reprises, n'ont pas hésité à ouvrir le feu sur eux.

Face à un Vladimir Poutine plus offensif que jamais, la sécurité du président lui-même est menacée : le 4 mars, le Times a d'ailleurs révélé qu'il aurait "survécu à trois tentatives d'assassinat" en une semaine. Ces tentatives ont été déjouées par des agents doubles au sein du FSB, les services russes de renseignement. Ces éléments infiltrés ont fourni les informations pour déjouer les plans d'assassinat. Les coupables présumés ? Les fameux mercenaires du groupe Wagner, connus pour leur proximité avec le Kremlin, mais aussi les forces spéciales tchétchènes envoyées par leur président, Ramzan Kadyrov. Les forces de Kadyrov ont depuis été interceptées, mais le doute plane sur la présence des mercenaires russes. 

La mort de Volodymyr Zelensky, objectif du groupe Wagner ?

Avec une liste de 24 noms à tuer, les hommes de la milice privée Wagner sont présents en Ukraine depuis plusieurs semaines. Leur objectif ? Le président ukrainien Volodymyr Zelensky. 400 mercenaires russes de la force Wagner venus d'Afrique auraient ainsi été dépêchés avec l'ambition de pénétrer dans la capitale ukrainienne. Selon le quotidien britannique, le gouvernement ukrainien aurait eu vent de cette présence par le biais d'une note de ses services secrets, une information qui aurait eu pour conséquence la proclamation d'un couvre-feu de 36 heures dans la capitale ukrainienne.

Créée en 2014, Wagner est la première société militaire privée russe (SMP) au Moyen-Orient. De 250 combattants à ses débuts, elle en comptait 2500 en 2020 pour 5000 aujourd'hui, le chiffre variant selon les sources les plus informées. Wagner, en sa qualité de SMP russe, est avantageux pour Moscou parce qu'elle lui permet de recourir au "déni plausible" afin de contester son implication dans des conflits qui dépassent les frontières russes, et ainsi de se défaire de toute responsabilité pour les éventuelles exactions sur le terrain. Ce déni est possible grâce à l'absence d'existence légale du groupe, qui, à défaut d'être enregistré comme une société commerciale, ne peut être défini que comme une nébuleuse ou une entité informelle, comme le rappelait le chercheur Emmanuel Dreyfus dans une interview pour l'Institut Montaigne. Faisant fi des rappels à l'ordre occidentaux, les prérogatives à moitié officielles du groupe se sont étendues au fil des ans : en plus de missions de formation, de renseignement et de sécurité, il participe désormais, d'après Ouest France, à des actions offensives, toujours alignées sur les volontés du pouvoir russe.

La résistance de Volodymyr Zelensky

Jusqu'à quand l'ex-"clown" de la télévision ukrainienne défiera Vladimir Poutine et fera encore face à la deuxième armée du monde ?  L'ex-comédien, devenu président ukrainien en 2020 au terme d'une campagne surprise, surprend depuis le début de la crise par le calme affiché dans ses différentes interventions, un sang-froid qui aurait notamment frappé Emmanuel Macron lors de ses discussions. A 43 ans, celui qui était jusque-là surtout connu pour des rôles dans des émissions humoristiques à succès en Ukraine éclate à la face du monde, multipliant messages vidéo et appels à la résistance.

Ces derniers jours, alors que les forces armées russes se rapprochaient du centre-ville de Kiev et du quartier gouvernemental, commençant à encercler la capitale, le président ukrainien continuait à publier de nombreux messages, alimentant aussi certaines rumeurs complotistes sur son possible départ d'Ukraine. Mais alors que des rumeurs faisaient état d'une présence en Pologne, le président ukrainien a multiplié dans la foulée les vidéos tournées en extérieur, se filmant avec en fond plusieurs bâtiments bien reconnaissables du centre-ville de Kiev, à quelques mètres des bâtiments gouvernementaux comme le Palais Maryinski, résidence officielle de la présidence ukrainienne ou le Parlement adjacent, la Rada.

Volodymyr Zelensky, qui se sait la cible principale de la Russie, fait ainsi preuve d'une bravoure inattendue qui lui vaut les éloges du monde occidental. Aux Américains proposant de l'exfiltrer de Kiev, il aurait même répondu par : "c'est ici qu'est le combat, j'ai besoin de munitions, pas d'un taxi", d'après un haut responsable du renseignement américain (info relayée par La Nouvelle Tribune). C'est avec la même opiniâtreté qu'il a demandé à rejoindre l'Union Européenne lors d'une visioconférence avec le Parlement Européen ce mardi midi, lançant même, dans un dernier espoir : "Ne nous lâchez pas ! Prouvez-nous que vous êtes européen !". La demande officielle d'adhésion de l'Ukraine à l'Union Européenne avait d'ailleurs été signée la veille, lundi 28 février. A l'heure où Vladimir Poutine appelle les militaires ukrainiens à se rebeller contre un gouvernement qu'il qualifie de "bande de nazis et de toxicomanes" dans une vidéo publiée le 24 février 2022 sur le site de la présidence russe, l'assassinat du président ukrainien devient une sérieuse probabilité.

Quels sont les rapports entre Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky ?

Si Volodymyr Zelensky, ancien acteur comique, se disait "capable de faire rire Poutine" lorsqu'on l'interrogeait sur ses prétentions en tant que candidat à l'élection présidentielle de 2019, les rapports très tendus qu'il entretient désormais avec Vladimir Poutine ne correspondent plus au registre humoristique. Déjà à l'époque, le futur président avait fait une confidence à Bernard Henri Lévy, rapportée par BFMTV suite à sa rencontre avec le maitre du Kremlin : "Quand vous regardez quelqu'un, vous devez voir quelque chose : de l'esprit, de l'intelligence, des pensées. Je pense que lui n'a pas de regard". Au-delà des phrases choc, comment qualifier cette relation entre deux présidents que tout oppose ? S'ils ont été amenés à se côtoyer régulièrement ces dernières semaines, principalement dans le cadre de négociations ou de pourparlers, ces deux gouvernants n'avaient jusque-là pas pour habitude de se donner rendez-vous. D'autant plus que les seuls qui ont eu lieu n'ont pas été très fructueux : on se souvient notamment de cette 1ère rencontre à Paris en novembre 2019, où, à 4 avec Emmanuel Macron et Angela Merkel, les deux présidents avaient découvert leurs nombreux désaccords sur le volet politique, comme le relatait La Croix. Volodymyr Zelensky, n'ayant à l'époque pas pu arracher les concessions qu'il demandait (en particulier sur la situation au Donbass) et martelant les "divergences complètes à la frontière" entre son pays et la Russie, s'était dit déçu d'une rencontre qui n'avait donné que "très peu de résultats".

Récemment, la relation entre les deux n'a été que tacles et agressivité. Déjà agacé par le 1er épisode de la série Serviteur du peuple dont Volodymyr Zelensky était le personnage principal et le coréalisateur, Vladimir Poutine était allé jusqu'à en interrompre la programmation en Russie lorsqu'il était tombé sur une séquence où l'Ukrainien adoptait une moue moqueuse à l'évocation de son nom. En interdisant cette série qui est devenue la plus regardée de l'histoire de la télévision ukrainienne, Vladimir Poutine a prévenu le président ukrainien : la censure s'abattra sur quiconque critique la Russie et son gouvernement. Mais Volodymyr Zelensky ne s'est pas laissé abattre puisqu'il a multiplié les accusations sur les réseaux sociaux, blâmant notamment Moscou pour de vouloir "effacer l'Ukraine et son histoire". Il a même été à l'origine de la vague de comparaison de Vladimir Poutine à Hitler, principalement à travers ses tweets en réaction au bombardement russe qui a visé la tour de télévision de Kiev mitoyenne du site du massacre nazi de Babi Yar, où 34 000 juifs avaient été massacrés en deux jours par les nazis en 1941. Il avait scandé : "Il est important que les millions de Juifs à travers le monde ne restent pas silencieux (…) Le nazisme est né dans le silence. Criez que des civils sont tués.". Le compte Twitter officiel de l'Ukraine avait même partagé fin février une caricature d'Adolf Hitler en train de caresser la joue d'un petit Vladimir Poutine. C'était de fait une occasion de répliquer à un Vladimir Poutine qui a souvent comparé les dirigeants ukrainiens à des nazis, promettant même la "dénazification" et la "démilitarisation" de l'Ukraine par la Russie.

Volodymyr Zelensky, Twitter et les réseaux sociaux 

Assistons-nous à l'apogée d'un nouveau roi de la communication ? C'est en tout cas ce que s'accordent à dire les spécialistes du marketing. Le président ukrainien aurait remporté la bataille de l'image et de la communication face à Vladimir Poutine, du moins à l'ouest de la frontière russe. Loin des prises de parole et des publications froides et institutionnelles de ce dernier, Volodymyr Zelensky se présente comme un personnage populaire, authentique et humain, grandement aidé par son passé de comédien et d'humoriste TV. Avec 5,2 millions d'abonnés sur Twitter, il a atteint un niveau d'influence exceptionnel (en quatre semaines, il a réalisé quatre fois d'audience qu'Emmanuel Macron sur le réseau social). Il tient à être transparent sur ses moindres prises de décision ou discussions avec d'autres dirigeants : son compte Twitter est ainsi constamment actif, à l'instar de cette nuit du 14 au 15 mars où il informait les internautes de ses discussions avec Ursula Von Der Leyen, la présidente de la Commission européenne, précisant que son pays allait continuer d'avancer vers l'adhésion à l'Union européenne.

Aux yeux de l'opinion publique internationale, il y a désormais "le grand méchant Poutine" et 'le gentil Zelensky", comme l'analysait Jérémy Boissinot, spécialiste en marketing d'influence (propos recueillis par France info). En se filmant depuis ses bureaux à Kiev ou dans les rues ciblées par les bombardements russes, il prend de grands risques, divulguant sa localisation au monde entier alors même qu'il est encore menacé de mort. Mais cette bravoure ne passe pas inaperçue : elle lui a permis de se forger une image de héros, de père de la nation et de sauveur dans un contexte de panique générale. Largement relayées par les médias internationaux –surtout occidentaux-, ses prises de parole vindicatives et pleines d'espoir plaisent au plus grand nombre et le rendent important, utile, presque précieux. Ce qui signifie que sa mort aurait un grand impact dans la guerre, en abaissant probablement d'autant plus la popularité d'un Vladimir Poutine déjà perçu comme un personnage froid, distant, isolé.

Qui est Volodymyr Zelensky ? Biographie courte

Né le 25 janvier 1978 près de Dniepropetrovsk dans le sud-est de l'Ukraine, Volodymyr Zelensky a fait carrière à la télévision, d'abord dans des jeux télévisés puis en remportant la saison 2006 de la version ukrainienne de Danse avec les Stars. En 2015, il fait sensation dans la série Serviteur du peuple où il incarne un professeur d'histoire au lycée qui devient par erreur président de l'Ukraine. Président luttant contre la corruption, intègre, le personnage joué par Volodymyr Zelensky fera grandement progresser sa popularité. En décembre 2017, il obtient la transformation du parti Parti du changement décisif, fondé l'année précédente et la renomme Serviteur du peuple, jouant l'analogie avec la série qui l'a rendu célèbre. En fin d'année 2018, il se déclare candidat à la présidence de la république pour l'élection prévue en 2019.

Surprise, il y écrase ses rivaux traditionnels, obtenant plus de 30% des suffrages dès le premier tour avant de battre nettement le président sortant Petro Porochenko avec plus de 73% des voix. Il devient alors le sixième et plus jeune président de l'Ukraine indépendante. Sans programme précis, il entend alors relancer les pourparlers avec la Russie sur la situation dans le Donbass tout en poursuivant la politique de rapprochement avec l'UE. La dissolution de l'Assemblée et les élections législatives qui suivent lui offrent une large majorité. Mais les dossiers complexes et les nuages s'accumulent sur sa présidence. Guerre du Donbass, polémiques suite à une discussion avec Donald Trump lui demandant d'enquêter sur le fils de Joe Biden, Hunter membre d'un conseil d'administration d'une société ukrainienne, critiques sur son entourage pro-Russe, gestion de la pandémie de Covid-19... Autant de points sur lequel Volodymyr Zelensky est attaqué alors qu'il tente d'accélérer sur le plan extérieur en relançant le projet d'adhésion à l'Otan tout en proposant une rencontre à Vladimir Poutine, proposition restée lettre morte. En 2022, confronté à une administration Biden moins conciliante, il avertit les Occidentaux, notamment lors de la conférence sur la sécurité de Munich : "Depuis huit ans, l'Ukraine a été un bouclier. Depuis huit ans, l'Ukraine retient l'une des plus grandes armées au monde qui est massée à nos frontière et pas à celles de l'UE",  lance-t-il alors, quelques semaines avant de voir son pays envahi par les forces armées russes.

Volodymyr Zelensky acteur : dans quelle série a-t-il joué ?

Volodymyr Zelensky était déjà une personnalité bien connue du grand public ukrainien avant de jouer le rôle de sa vie. Son animation a fait de l'émission de divertissement Quartier du soir (Vetcherny Kvartal) l'une des plus regardées d'Ukraine au début du 21e siècle. Il participe ensuite à l'émission Danse avec les Stars en tant que candidat et remporte la saison 2006. Mais c'est en 2013 que sa vie bascule avec un rôle phare : celui d'un professeur d'histoire propulsé président de l'Ukraine. La série s'appelait Serviteur du peuple et a ensuite servi de nom à son parti, le propulsant à la tête de l'Etat en 2019.

Volodymyr Zelensky juif ou nazi ? Sa réponse à Vladimir Poutine

Volodymyr Zelensky a été accusé formellement par Vladimir Poutine dans l'une des interventions du président russe légitimant son action en Ukraine  par la présence au pouvoir d'une "clique de toxicomanes et de néonazis, qui s'est installée à Kiev et a pris en otage tout le peuple ukrainien". Le président ukrainien élu en 2019 a réagi lors d'une vidéo tournée quelques heures plus tard : "Comment pourrais-je être un nazi ? Allez l'expliquer à mon grand-père, qui a combattu pendant la Seconde Guerre mondiale pour l'armée soviétique, et qui est mort en colonel de l'Ukraine indépendante". Fils d'Oleksandr Zelensky et Rimma Zelenska, scientifiques d'origine juive et russophone, Volodymyr Zelenski est juif non pratiquant. Russophone, il a conservé la langue russe comme sa première langue.

Qui est Olena Zelenska, la première dame d'Ukraine ?

C'est une figure bien connue des Ukrainiens depuis l'élection de son mari Volodymyr Zelensky à la tête de la présidence ukrainienne en 2019. Olena Zelenska est aussi apparue en première ligne depuis le début de la crise entre l'Ukraine et la Russie, prenant même la parole à la télévision ukrainienne au soir du 24 février 2022 dans un message de soutien qui pouvait aussi être vu comme un au-revoir alors que les forces russes investissaient déjà la banlieue de la capitale, Kiev.

Volodymyr Zelensky a-t-il des enfants ?

Volodymyr Zelenski est père de deux enfants, Oleksandra née en 2005 et Kirilo né en 2013. Le président ukrainien avait assuré le 25 février dernier que sa famille était en Ukraine malgré le début de l'offensive russe. Peu d'informations ont circulé depuis sur une possible évacuation de la famille du président ukrainien.