Marjane Satrapi : "morte de tristesse" et malade... Quelles sont les vraies causes de son décès ?
Marjane Satrapi, l'artiste franco-iranienne auteure de Persepolis, est décédée à l'âge de 56 ans apprend-on ce jeudi 4 juin 2026. Ses proches indiquent qu'elle est "morte de tristesse" après le décès de son mari.
Marjane Satrapi n'est plus. L'artiste franco-iranienne mondialement connue pour être, entre autres, l'auteur de la bande dessinée Persepolis est décédée a fait savoir son entourage à l'AFP ce jeudi 4 juin 2026. Elle n'avait que 56 ans. Marjane Satrapi est "morte de tristesse un peu plus d'un an après le décès de Mattias Ripa, son mari et l'amour de sa vie", indique un communiqué de ses proches transmis à l'AFP. Le producteur, acteur et scénariste Mattias Ripa mort le 8 avril 2025 à l'âge de 53 ans. Le couple s'aimait depuis 31 ans lorsque le scénariste s'en est allé.
Marjane Satrapi "était très malade" a confié Azadeh Kian, une "amie chère" de l'artiste, au micro de Franceinfo. L'artiste n'était "plus la même" depuis la mort de Mattias Ripa qui est décédé l'an dernier "des suites d'une longue maladie" précise cette proche. "Elle s'est laissée mourir depuis la mort de son mari qu'elle adorait. [...] Elle me disait 'j'arrête de me battre, je veux partir'", a ajoute très émue Azadeh Kian.
Marjane Satrapi a-t-il pu mourir de chagrin ?
Les scientifiques ont démontré que oui à cause e ce qu'ils appellent le "syndrome du coeur brisé" ou "syndrome de takotsubo" du nom retenu par les médecins japonais qui ont été les premiers à décrire le phénomène dans les année 90. Concrètement, ce syndrome consiste en une cardiomyopathie, soit un étirement et un amincissement des parois du cœur à cause de l'augmentation du volume d'une ou de plusieurs cavités de l'organe. Ce phénomène affaiblit le coeur qui ne parvient plus à pomper le sang. Ce syndrome peut effectivement être déclenché après un stress physique ou psychologique intense dû à un grand chagrin.
De l'Iran à l'Europe, l'histoire de Marjane Satrapi
Née le 22 novembre 1969 à Racht, au bord de la mer Caspienne, Marjane Satrapi a grandi à Téhéran au sein d'une famille intellectuelle et progressiste, d'ascendance aristocratique par sa mère. Enfant éveillée, elle fut le témoin direct des bouleversements majeurs qui frappèrent son pays. Elle vécut sous le régime autoritaire du Chah, assista à la révolution islamique de 1979 instaurant une théocratie répressive, puis subit les drames de la guerre entre l'Iran et l'Irak. Face aux restrictions grandissantes des libertés et craignant pour la sécurité de leur fille au tempérament frondeur, ses parents l'envoyèrent en Autriche en 1984. Elle y poursuivit sa scolarité au lycée français de Vienne, y découvrant à la fois l'indépendance adolescente, la solitude et le douloureux déracinement de l'exil.
Tiraillée par le mal du pays, elle retourna vivre en Iran en 1988 pour y étudier la communication visuelle. Étouffant toutefois sous le poids d'une société patriarcale et d'un régime liberticide, elle choisit définitivement l'exil en 1994 et s'installa en France. Après des études à la Haute école des arts du Rhin à Strasbourg, elle rejoignit Paris. Au sein de l'Atelier des Vosges, elle rencontra des figures de la bande dessinée indépendante dont David B., fondateur de
L'Association, qui l'encouragèrent à raconter sa propre histoire par le biais du dessin.
Persepolis, l'autobiographie à succès de Marjane Satrapi
Entre 2000 et 2003, elle publia les quatre tomes de Persepolis chez L'Association. Avec un trait en noir et blanc, profondément expressif et faussement naïf, elle relata son enfance, les drames politiques iraniens et les tragédies familiales avec une distance et un humour d'une redoutable intelligence. Le succès fut fulgurant et international. Persepolis devint un classique immédiat, traduit dans le monde entier et étudié dans les programmes scolaires, prouvant que la bande dessinée était un médium majeur de la mémoire historique. Elle poursuivit cette démarche intimiste avec Broderies en 2003, une conversation libre de femmes iraniennes sur la sexualité, puis Poulet aux prunes en 2004, lauréat du prix du meilleur album au Festival
d'Angoulême.
Les succès de Marjane Satrapi au cinéma
Refusant l'enfermement dans une seule discipline, elle se tourna ensuite avec succès vers le cinéma. En 2007, l'adaptation en film d'animation de Persepolis, coréalisée avec Vincent Paronnaud, fut un triomphe mondial qui remporta le Prix du Jury au Festival de Cannes et deux César. Marjane Satrapi explora par la suite la prise de vues réelles en naviguant entre les genres cinématographiques. Elle réalisa notamment l'adaptation de Poulet aux prunes en 2011, la comédie noire et décalée The Voices en 2014, le film biographique Radioactive consacré à la physicienne Marie Curie en 2019, et la comédie dramatique Paradis Paris en 2024. Artiste complète n'ayant jamais cessé de peindre, son apport culturel au pays avait été consacré en 2024 par son élection à l'Académie des beaux-arts.
Marjane Satrapi, mariée à Mattias Rapi, mais sans enfants
Marjane Satrapi a partagé sa vie avec son grand amour, Mattias Rapi. L'homme né en Suède en 1972 a rencontré l'artiste franco-iranienne à Paris alors qu'ils faisaient tous les deux leurs études. Ils se sont mariés un an plus tard à Stockholm. Economiste de formation, Mattias Rapi a participé à plusieurs travaux artistiques de Marjane Satrapi en tant que financier, producteur, scénariste ou acteur.
Le couple qui a vécu ensemble pendant plus de 31 ans, jusqu'à la mort de Mattias Rapi en 2025, n'a jamais eu d'enfant. Un choix assumé de Marjane Satrapi qui revendiquait le fait de ne pas vouloir être mère en s'affranchissant des injonctions sociales. Lorsqu'elle était interrogée sur une possible maternité, elle répondait : "Surtout pas !". "Je ne suis pas du tout anti-gosses. (...) Mais moi, toute ma vie, j’ai tout planifié pour pouvoir me réveiller à 11 heures du matin. Pour aucune raison au monde, je me réveillerais le dimanche matin pour aller au parc André Citroën parce qu’un enfant a besoin de prendre l’air. Je ne peux pas !", déclarait-elle en 2011 se souvient Gala.
Marjane Satrapi affirmait "adorer" les enfants, mais préférer les voir "rentrer chez eux le soir avec leurs parents", dans les colonnes de 20 Minutes en 2015. "Quand vous avez des enfants, vous faites une expérience que les autres ne font pas. Mais quand vous n’en avez pas, vous vivez aussi des expériences que les parents ne connaîtront jamais", estimait-elle.
09:02 - L'art était un "besoin vital" pour Marjane Satrapi
"Le travail artistique a toujours été pour moi une question de vie ou de mort. Au sens premier du terme. Lorsque je ne crée pas, je suis malade, angoissée, je ne peux plus respirer. Au point que j’ai dû être hospitalisée une fois. C’est vraiment un besoin vital", racontait Marjane Satrapi dans une interview donnée à Beau magazine en janvier 2025. La dernière oeuvre publique réalisée par l'artiste franco-iranienne était le film Paradis Paris sorti en 2024.
08:51 - Le dessins de Coco en hommage à Marjane Satrapi et Persepolis
"Punk is not dead : Marjane restera. Eternelle et rebelle", écrit le journal Libération en commentaire d'un dessin de l'illustratrice Coco rendant rendant hommage à une place de la BD Persepolis - celle où deux femmes habillées d'un voile intégrale regardent outrées le tee-shirt d'une enfant portant un tee-shirt avec écrit "Punk is not dead". "Marjane Satrapi est morte de chagrin. Elle a dit merde à cette vie qui lui a arraché son grand amour. Elle a tiré un trait. Ce même trait puissant qui a fait sa renommée, son talent, Persepolis, son engagement et son combat contre le régime des mollahs. Toute sa vie elle n’aura eu de cesse de défendre la liberté du peuple iranien, la liberté des femmes face à l’oppression religieuse, la liberté de créer", écrit Coco.
08:47 - Marjane Satrapi se fichait de ce qu'elle laisserait après sa mort
Marjane Satrapi confiait à Franceinfo en 2024 vouloir écrire un roman "pour dire tout" ce qu'elle pensait et le publier "juste avant sa mort". "J'ai pris des notes, mais je ne peux pas vous dire ce que ça raconte. Cette idée de ce que je vais laisser derrière moi, je m'en fous : je veux être éternelle en ne mourant pas, et pas en laissant des livres derrière moi. Quand je vais mourir, je vais mourir... Dans ce livre, il y a quelque chose que j'ai besoin de dire, mais je vais me faire trop d'ennemis. Alors, je l'envoie et je me casse comme une lâche", s'amusait-elle. Un livre qui n'est finalement pas paru...
08:44 - "Mourir de chagrin" existe vraiment, c'est le "syndrome du cœur brisé"
Les scientifiques confirment que l'on peut mourir de chagrin comme Marjane Satrapi d'après les déclarations de ses proches à l'AFP. Les médecins parlent de "syndrome du coeur brisé" ou encore de "syndrome de takotsubo" du nom retenu par les médecins japonais qui ont été les premiers à décrire le phénomène dans les année 90. En 2018, plusieurs experts internationaux ont publié su nom de l'European Society of Cardiology un document faisant consensus sur ce syndrome. Concrètement, ce syndrome consiste en une cardiomyopathie, soit un étirement et un amincissement des parois du cœur à cause de l'augmentation du volume d'une ou de plusieurs cavités de l'organe. Ce phénomène affaiblit le coeur qui ne parvient plus à pomper le sang. Ce syndrome peut effectivement être déclenché après un stress physique ou psychologique intense dû à un grand chagrin.
04/06/26 - 23:21 - Le poignant hommage de la fondation Narges Mohammadi à Marjane Satrapi
Prix Nobel de la paix en 2023, la militante iranienne Narges Mohammadi a réagi par la voix de sa fondation à la mort de Marjane Satrapi ce jeudi. "Marjane Satrapi était une voix intrépide pour le féminisme, les droits humains et la liberté", est-il écrit dans le communiqué. "Marjane Satrapi laisse derrière elle un puissant héritage culturel, artistique et moral. Son courage continuera de résonner bien au-delà de sa vie", est-il ajouté.
We are deeply saddened by the passing of Marjane Satrapi, the acclaimed Franco-Iranian artist, filmmaker, and author of the internationally celebrated graphic novel Persepolis who died at the age of 56.
— Narges Mohammadi | (@nargesfnd) June 4, 2026
Marjane Satrapi was a fearless voice for feminism, human rights, and pic.twitter.com/qKPcQv3uIM