Eric Zemmour : le conflit avec Hapsatou Sy se durcit, les phrases choc s'accumulent

ZEMMOUR - L'essayiste assume complètement les propos qu'il a tenus face à Hapsatou Sy, il y a quelques jours. En faisant le tour des médias, il se justifie et se laisse aller à d'autres commentaires tout aussi polémiques.

[Mis à jour le 21 septembre 2018 à 15h11] Eric Zemmour n'est peut-être pas fait (sûrement même) pour la promotion. Le polémiste est, force est de constater, excellent pour écrire des livres qui se vendent très bien, excellent pour exposer sur papier sa pensée, qu'il argumente avec un certain talent, dans des ouvrages qu'il faut prendre comme un empilement de réflexions personnelles. L'ennui, c'est la propension d'Eric Zemmour à asséner ses considérations sur l'histoire, parfois à l'emporte-pièce, de manière péremptoire, sur les plateaux de télévision ou à la radio. Et comme le journaliste est en pleine promotion de son dernier ouvrage, "Destin français", il s'en donne à coeur joie : courte ou longue interview par là, passage dans un talk-show par ici... Eric Zemmour s'adonne à son jeu préféré : montrer qu'il sait plus que les autres, avancer des analyses qu'il sait contre la doxa. On voit souvent l'homme exulter des réactions qu'il suscite. Sauf qu'il raccourcit souvent, se trompe parfois. Et choque presque toujours.

S'il est autant dans l'actualité, c'est parce qu'un échange bien discourtois a eu lieu entre lui et Hapsatou Sy, chroniqueuse de l'émission "Les Terriens du dimanche", la semaine dernière. Durant le talk show, Eric Zemmour s'est lancé dans une diatribe ubuesque (coupée au montage) sur le prénom de la jeune femme. "Votre mère a eu tort de vous appeler ainsi, elle aurait dû prendre un prénom du calendrier et vous appeler Corinne par exemple, ça vous irait très bien", a-t-il dit. Réplique de l'intéressée : "Je trouve que ce que vous venez de dire n'est pas une insulte à mon égard, c'est une insulte à la France". Ce à quoi Eric Zemmour a répondu : "C'est votre prénom qui est une insulte à la France. La France n'est pas une terre vierge. C'est une terre avec une Histoire, avec un passé. Et les prénoms incarnent l'Histoire de la France". Ambiance.

Le conflit Zemmour - Hapsatou Sy s'envenime

Invité dans l'émission les Grandes gueules, sur RMC vendredi 21 septembre, l'essayiste en a rajouté une couche : "Je persiste et signe", a-t-il dit. Assurant ne pas regretter ses propos, il s'est lancé dans son habituel argumentaire sur l'assimilation et le changement de prénoms des immigrés. "Depuis des siècles, tous les gens qui venaient de l'étranger - on peut citer Lully, le musicien de Louis XIV - ont franciser leur prénom, voire leur nom. J'estime que le comportement capricieux de la génération actuelle qui refuse de faire le même travail d'ouverture vers la France est une insulte pour tous les étrangers qui ont fait ce travail-là", a-t-il pesté.

Ceux qui suivent avec attention Eric Zemmour savent que le polémiste tient à ce que sa position sur le sujet soit bien claire pour tout le monde. Il a régulièrement pris à partie, sur des plateaux de télévision, des personnes dont les prénoms ne lui plaisaient pas. En janvier dernier, il faisait le même reproche à Fatima Benomar, de l'association "Les effondrées". "L'assimilation, ça veut dire que vous ne vous prénommez pas Fatima. Vous vous prénommez Françoise ou Martine. Vous prenez un prénom du calendrier", insistait-il. Sur LCI, en septembre 2016, alors qu'on lui demandait si Zinedine Zidane, Omar Sy ou Jamel Debbouze étaient "moins français" que lui, il répondait : "Sur le plan juridico-politique, évidemment qu'ils sont aussi Français que moi. Ils ont une carte d'identité, ils sont français, comme vous, comme moi, il n'y a pas de différence, heureusement. En revanche, pour le corps social, c'est-à-dire sur comment ils sont reçus par la population, par le peuple qui est là depuis 1000 ans, oui, ils sont moins français que moi, mes parents ont fait l'effort de me donner un prénom dans le calendrier, c'est à dire français".

Hapsatou Sy, elle, n'entend pas laisser sous-entendre qu'elle est moins française qu'Eric Zemmour et que son prénom est "une insulte à la France". La chroniqueuse a lancé une pétition en ligne pour "interdire de médias" le journaliste (voir ici). "Je ne peux absolument pas tolérer que la libre expression d'une opinion soit une excuse pour se permettre de formuler impunément des messages de haine. Or c'est exactement ce que Monsieur Zemmour a fait le 12 septembre dernier", explique-t-elle dans la présentation de ladite pétition. "Je suis évidemment très éprouvée par l'ampleur que prend cette polémique d'autant plus qu'elle s'est avérée être le théâtre d'un déferlement de messages racistes à mon égard", ajoute-t-elle.

Pétain, guerre d'Algérie : le show Zemmour pas très maîtrisé

Eric Zemmour semble lancer une nouvelle polémique dès qu'il passe dans un média : sur le plateau de CNews, il a comparé Charles de Gaulle à Philippe Pétain, manifestement agacé que le maréchal soit devenu une figure ostracisée, bannie de toute respectabilité nationale, là où le général est devenu une icône historique glorifiée pour les siècles à venir. "Ils ont la même formation, ils ont la même culture, ils ont les mêmes idées". Forcément, ça a fait réagir.

Mardi, le polémiste était l'invité de L'Opinion et a été interrogé sur Maurice Audin, ce jeune homme enlevé et tué par l'Etat français en pleine guerre d'Algérie pour avoir été un militant du Parti communiste algérien et avoir caché des militants indépendantistes. Eric Zemmour a été "scandalisé par le comportement d'Emmanuel Macron", qui a reconnu le rôle de la France dans la mort de ce mathématicien de 25 ans. "Je pense que ce M. Audin, mort dans des conditions tragiques évidemment […] je pense qu'il méritait 12 balles dans la peau, a-t-il dit. C'était un traître. C'était un type qui était contre la France, qui aidait le FLN, qui aidait le FLN à tuer des Français et accessoirement des Harkis et des musulmans. Ce type a pris les armes contre la France". Et d'ajouter un peu plus loin, anticipant les reproches : "La torture, vous savez, ça a permis quand même d'arrêter les attentats". Lorsque le journaliste qui l'interrogeait a soulevé le fait qu'il aurait pu "même en période de guerre", être "jugé et ne pas être torturé", Eric Zemmour a tout de même tempéré : "Vous avez raison. Mais il faut voir dans l'époque".

Eric Zemmour se trompe sur Maurice Audin. A l'AFP, l'historien François-René Juliard s'en est ému : "Audin était membre du PCA. Quand ce parti a été dissous, le PCA s'est rapproché dans la clandestinité du FLN. Mais ce qu'a fait concrètement M. Audin, c'est héberger des membres de la direction du PCA, pas du tout des poseurs de bombe, pas du tout non plus des membres du FLN. C'étaient des gens qui étaient favorables à l'indépendance, lui n'a jamais pris d'arme, il était mathématicien à l'université".

Il y a quelques jours, au micro de RTL, il disait au sujet de la guerre d'Algérie, des attaques sanglantes commises par le FLN et au sujet de l'acte d'Emmanuel Macron sur Maurice Audin : "Il n'a pas reconnu un fait historique, il reconnaît la responsabilité de la France, c'est pas la même chose. Il n'y avait aucune responsabilité de la France. On n'a rien fait de mal, c'était légal, il fallait arrêter ce terrorisme inouï".