Procès Tapie : une victoire, un flot de réactions médiatiques

Procès Tapie : une victoire, un flot de réactions médiatiques AFFAIRE TAPIE - Plus de dix ans après l'arbitrage controversé, le tribunal correctionnel a prononcé la relaxe de Bernard Tapie. Si celle-ci suscite de vives réactions, l'homme d'affaires n'en a probablement pas fini avec la justice.

[Mis à jour le 9 juillet 2019 à 15h32] Le tribunal a tranché dans l'affaire "Tapie-Crédit lyonnais". Sa décision fait office de bonne surprise pour Bernard Tapie : le tribunal correctionnel a prononcé la relaxe pour lui ainsi que pour cinq autres prévenus ce mardi 9 juillet. Bernard Tapie est donc relaxé des charges d'escroquerie qui pesaient sur lui, plus de dix ans après l'arbitrage controversé qui lui avait accordé 403 millions d'euros, somme qu'il a été condamné à restituer en 2015. Quatre mois après l'ouverture du procès, le tribunal correctionnel a estimé qu'"aucun élément dans le dossier ne permet d'affirmer" que cet arbitrage ait été entaché de "fraude".

L'homme d'affaires n'a pas pu prendre connaissance de ce verdict en direct. Alors qu'il avait assisté à quasiment toutes les audiences concernant cette affaire, il ne s'est pas rendu au tribunal ce pour cette dernière journée d'audience, manifestement trop affaibli par son double cancer de l'œsophage et de l'estomac. Il semblait pourtant combatif lors des autres séances de ce procès. Bien que plus récemment, il avait interpellé par sa voix sur le plateau de CNews. Alors qu'il était invité pour commenter les résultats des élections européennes mardi 28 mai, il était apparu fatigué, et sa voix sérieusement diminuée. Il avait alors confié quelques informations peu rassurantes sur l'état de sa maladie : "Ça ne va pas bien", avait-il concédé, en rendant public son nouveau cancer. L'ancien ministre de la Ville a aussi fait savoir qu'il avait dû "recommencer la chimio, la radiothérapie".

Bernard Tapie relaxé : premières réactions

Cette victoire judiciaire va-t-elle motiver Bernard Tapie dans son combat personnel ? Selon BFMTV, qui cite un proche de Bernard Tapie, l'homme d'affaires aurait réagi au verdict avec un trait d'humour sur sa maladie. "C'est ma plus belle chimio !", aurait-il lancé à ses proches. Son avocat, Me Hervé Témime, cité par l'AFP, a déclaré que cette décision était "une immense satisfaction et une grande libération". "Aujourd'hui, le tribunal a rendu avec une indépendance rare un jugement d'une netteté exceptionnelle et c'est pour nous [...] une immense satisfaction et une grande libération", a-t-il ajouté, indiquant que Bernard Tapie était "très très ému". Interrogée par la chaîne d'informations en continu, son épouse Dominique a eu ces mots : "C'est le plus beau jour de sa vie ! Nous sommes tous très émus et bouleversés".

Bernard Tapie se moque de son cancer

Auprès du journal La Provence, dont il est propriétaire, Bernard Tapie a fait un autre commentaire, dans la même veine. "Je n'ai qu'une seule réflexion : mon cancer vient d'en prendre un sale coup dans la gueule ! C'est bien la preuve qu'il faut toujours, toujours, se battre jusqu'au bout. Dans un pays qui ne se résout décidément pas à être la Corée du Nord, on finit toujours par tomber sur des magistrats qui pensent à faire le droit plutôt qu'à faire leur carrière". Franz-Olivier Giesbert a également rapidement pris contact avec son ami Bernard Tapie. Selon lui, ses premiers mots au téléphone aurait été "T'as vu, t'as vu, t'as vu, c'est historique !". "Il n'était pas surpris, c'est ça qui m'a frappé. On avait le sentiment qu'au fond de lui, il y croyait, car il croyait encore à la justice" a raconté le journaliste à franceinfo. Avant de livrer son propre sentiment sur cette relaxe : "C'est historique. Il y a quelque chose d'extraordinaire, de courageux de sa part d'aller dans le sens inverse du conformisme, de la doxa, de ce qu'il fallait dire, de ce que disait une grande partie des journaux depuis déjà des années".

Bernard Tapie n'en a pas fini avec les tribunaux

Malgré l'enthousiasme de Bernard Tapie après sa relaxe, tout n'est peut-être pas fini. Selon Franz-Olivier Giesbert, journaliste et proche de l'homme d'affaires, le procureur va très probablement faire appel de la décision du tribunal correctionnel. "Évidemment, que le parquet va faire appel, ce n'est pas une éventualité, il le fera" assure-t-il à franceinfo. Mais il semble confiant "Ce sera très difficile de revenir en arrière parce qu'il y a une vérité qui est apparue pendant le procès : c'est une guerre à mort contre Bernard Tapie depuis des années, comme si l’État voulait lui faire rendre gorge." Selon un avocat cité par l'Express, "une bonne dizaine de procédures" sont aussi toujours en cours contre Bernard Tapie.

Parmi elles, une procédure collective en liquidation. La justice demande la liquidation des sociétés de Bernard Tapie, qui s'y oppose. Le dossier a été récemment délocalisé du tribunal de commerce de Paris à celui de Bobigny, à la demande de Bernard Tapie. Il avait proposé un premier plan de remboursement des 404 millions qui a été rejeté. Depuis, une enquête préliminaire sur les conditions dans lesquelles certains actifs auraient été sous-valorisés avec l'aide de juges du tribunal de commerce a été ouverte. Quand bien même l'affaire du Crédit Lyonnais se refermerait, Bernard Tapie n'en a pour l'instant pas fini avec la justice.

Retour sur l'affaire "Tapie - Crédit Lyonnais"

Le 11 mars s'est ouvert le procès de Bernard Tapie pour "escroquerie" et "détournement de fonds publics". Ce procès doit clôturer peut-être près de 17 ans de procédures judiciaires : l'affaire s'ouvre en effet en 1992, même si dans ce procès il est plutôt question de l'arbitrage prononcé en 2008 sur la première partie de cette affaire. Tout commence lorsque Bernard Tapie, devenu ministre de la Ville de François Mitterrand en 1992, décide de vendre Adidas pour prévenir tout conflits d'intérêt. C'est une filiale du Crédit lyonnais qui vend Adidas pour le compte de Bernard Tapie. Or, celui ci est mis en faillite par la banque en mars 1994, un peu plus d'un an après la vente. Bernard Tapie considère que le Crédit lyonnais a en fait réalisé un montage opaque lui permettant d'engranger une plus-value de 2,6 milliards de francs (396 millions d'euros). S'estimant berné et considérant que la banque à violé ses obligations de loyauté et de neutralité lors de la vente, il entame des procédures judiciaires par l'intermédiaire de Bernard Tapie Finance et de ses petits porteurs.

Il obtient de pouvoir se joindre à la plainte et, le 11 juillet 2008, touche la somme de 403 millions d'euros grâce à la décision d'un tribunal arbitral. Mais cette décision a elle même fait l'objet de plusieurs controverses et de recours en annulation. Les polémiques portaient notamment sur la constitution du tribunal arbitral, les montants records des indemnités et la décision de Christine Lagarde alors ministre de de ne pas contester cette décision, qui est perçue par des détracteurs comme une faveur de Nicolas Sarkozy à l'un de ses anciens soutiens lors de la campagne présidentielle. En mai 2013, Christine Lagarde sera finalement auditionnée dans le cadre de cette ; tandis que Pierre Estoup, l'un des trois juges, est mis en examen pour "escroquerie en bande organisée". Le 28 juin 2013, Bernard Tapie et son avocat, Maître Lantourne, seront mis en examen pour le même chef d'accusation.

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