Benjamin Griveaux : un lancement de campagne parasité par des insultes

Benjamin Griveaux : un lancement de campagne parasité par des insultes MUNICIPALES - "Comme dans toutes les familles, parfois on s'engueule et surtout on se réconcilie" a lancé Benjamin Griveaux à ses anciens rivaux de LREM, en lançant sa campagne à Paris. Mais la polémique des insultes va laisser des traces.

[Mis à jour le 19 juillet 2019 à 11h40] Benjamin Griveaux donnait jeudi 18 juillet son premier meeting de campagne pour les élections municipales. Un moment qui aurait dû lui permettre de faire apparaître dans les colonnes de journaux avec des slogans bien sentis, ses premières propositions et d'amorcer une première dynamique. Raté. L'ancien porte-parole du gouvernement a été rattrapé cette semaine par des confidences sans filtre dévoilées par Le Point. Et c'est peu dire que les propos insultants qu'il a tenu à l'endroit d'autres candidats ont parasité son lancement de campagne.

"Il y a un abruti chaque jour qui dit qu'il veut être maire de Paris", confié en privé. Alors que les consignes du parti appelaient plutôt au rassemblement derrière le candidat LREM, ces révélations semblent avoir jeté un froid. L'entourage de Benjamin Griveaux regrette qu'une "conversation privée" ait été sortie de son contexte et que Le Point ne donne aucune précision sur les interlocuteurs de l'ancien porte-parole du gouvernement. Ce dernier se serait depuis excusé personnellement auprès des personnes ciblées, et a renouvelé son appel à l'unité.

Benjamin Griveaux raille les anciens candidats LREM selon le Point

Les propos cités dans le Point dressent toutefois un tableau peu flatteur de Benjamin Griveaux et en disent long sur l'ambiance pour les municipales. Parmi les phrases sorties dans Le Point, certaines paraissent en effet ubuesques et laissent imaginer un candidat très sûr de lui, et soutenu sans ambages par le gouvernement. "Emmanuel [Macron] m'envoie des SMS en disant : Cédric n'a pas compris ce que je lui ai dit", aurait par exemple assuré Benjamin Griveaux, alors même que certains pensaient que le président était plus favorable à une investiture de Cédric Villani. "Cédric, il n'a pas les épaules pour encaisser une campagne de cette nature. Il ne verra pas venir les balles, il va se faire désosser !" balaye Benjamin Griveaux. Il concède malgré tout que l'ancien mathématicien est "quand même plus intelligent que les autres".

Et son autre rival, Hugues Renson ? "C'est un fils de p…", affirme-t-il. Interrogé sur Mounir Mahjoubi, il répond simplement "bon... no comment...". L'ancien secrétaire d'Etat chargé du Numérique s'était lui aussi déclaré candidat avant de rallier Cédric Villani. Ce dernier annoncera en septembre s'il soutient ou non Benjamin Griveaux. Si le ralliement derrière le candidat LREM était un pré-requis pour la commission d'investiture, Cédric Villani ne semble pas décidé. Le député de l'Essonne a dénoncé des "habitudes d'appareil" et des "menaces", y compris d'exclusion du parti. Il n'est pas sûr que ces nouvelles indiscrétions l'encouragent à se rallier à son ancien rival. Il pourrait d'ailleurs s'appuyer sur elles pour justifier une aventure politique personnelle.

Benjamin Griveaux : des excuses, et après ?

Interrogé par l'AFP, Mounir Mahjoubi ne semble pas rancunier. "Pendant une campagne, les mots dépassent parfois la pensée. Moi, je suis dans l'écoute inconditionnelle, je sais pardonner. Tout cela n'a aucune importance, il faut maintenant se tourner vers l'avenir", explique-t-il. "Le sujet est clos", conclue son entourage, alors que Benjamin Griveaux se serait excusé auprès des personnes mises en cause. Il serait à présent "pleinement concentré sur la préparation de son meeting jeudi soir".

Benjamin Griveaux doit en effet tenir son premier meeting des élections municipales de Paris ce 18 juillet en soirée. Il aura ensuite huit mois pour faire campagne et tenter de prendre les rênes de la capitale. Il devra pour cela se distinguer dans cette campagne dont les principaux protagonistes sont déjà connus : la maire sortante Anne Hidalgo, l'ancienne tête de liste du PCF aux européennes Ian Brossat, la maire du septième arrondissement de la capitale Rachida Dati ou encore l'ancien conseiller de François Hollande Gaspard Gantzer. Le match s'annonce serré à en croire Benjamin Griveaux, toujours selon les indiscrétions du Point : "C'est pas la cantonale de Vesoul ! Vous croyez quoi, qu'on tricote ?".

La stratégie de Benjamin Griveaux pour les élections municipales

Outre ses saillies, Benjamin Griveaux serait revenu en "off" sur sa stratégie de campagne. "Je sais exactement ce que l'on va faire et sur quel calendrier, mais ça, c'est entre le président et moi. [...] Tout cela est très réfléchi depuis le début", aurait-il déclaré. Cette stratégie consiste entre autres à une alliance avec Agir, le mouvement de centre-droite, comme il l'explique dans un langage assez cru : "Qui tient Bournazel [élu parisien membre d'Agir et candidat pour 2020] par les c... depuis le début, si ce n'est moi ? Pourquoi est-ce qu'on fait entrer Riester (Agir) au gouvernement ? Pour tenir les mecs d'Agir, tout cela n'est pas le fruit du hasard !", cite Le Point. Plus généralement, Frank Riester vise l'électorat de droite pour tenter de remporter la capitale, à la différence de ses concurrents, y compris chez LREM. "Contrairement à ce que racontent tous les abrutis depuis vingt ans, Paris ne se gagne pas à gauche, mais ça se gagne au centre. Et pour gagner au centre, il faut prendre des voix à droite" aurait-il affirmé. Il cite plusieurs exemples pour étayer ses propos : Bertrand Delanoë, et Philippe Grangeon, "qui ont vaguement gagné des campagnes à Paris".

Malaise au premier meeting de Benjamin Griveaux

Le premier meeting de Benjamin Griveaux pour la campagne des élections municipales a eu lieu jeudi 18 juillet. Le candidat LREM a listé une série de projets autour des axes de l'écologie, la solidarité, ou de la sécurité : "chèque babysitting de 50 heures par an" pour "les parents qui n'ont plus le temps de rien", création d'"une mutuelle municipale" dans la capitale, création d'un "Conseil parisien de défense écologique" directement attaché au maire de Paris... Cette première réunion était également l'occasion pour Benjamin Griveaux d'afficher ses soutiens : la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, les ministres Marlène Schiappa, Julien Denormandie, le chef du groupe LREM à l'Assemblée nationale Gilles Le Gendre ainsi que plusieurs députés. "Ce lancement de campagne est important. Il faut marquer notre soutien, rassembler les marcheurs et les Parisiens", a commenté Laetitia Avia à Europe 1, ajoutant qu'elle était "convaincue" que les candidats recalés à l'investiture "se rallieront" à Benjamin Griveaux.

Mais dans la salle, les récents propos polémiques de Benjamin Griveaux ont laissé quelques militants perplexes. Une militante interrogée par franceinfo estime que Benjamin Griveaux "n'avait pas à dire ça". "C'est arrogant, ce n'est pas très malin". "Maintenant, il faut qu'il se débrouille pour les récupérer", affirme une autre. Mais certains sont plus optimistes. "On peut démarrer très mal et arriver au bout", pense ainsi un autre marcheur interrogé par Europe 1. Benjamin Griveaux a quant à lui voulu poursuivre la réconciliation depuis la scène de son meeting : "Cédric, Hugues et Mounir votre place est ici, avec votre famille. Comme dans toutes les familles, parfois on s'engueule et surtout on se réconcilie et ensemble on gravit les montagnes", a-t-il appelé.

Qui est Benjamin Griveaux ?

Désigné comme tête de liste du parti majoritaire la République en Marche pour les élections municipales à Paris, Benjamin Griveaux est un "marcheur" de la première heure. Diplômé de Sciences Po Paris et de HEC, il rejoint en 2000 les cercles "rocardo-strauss-kahnien" comme les appelle Le Monde. Il devient délégué national du mouvement "A gauche en Europe" créé par Dominique Strauss-Kahn et Michel Rocard. En 2006, il fait partie de l'équipe de campagne de "DSK" aux côtés d'autres figures connues à LREM aujourd'hui : Cédric O, Stanislas Guerini, Sibeth Ndiaye et Ismaël Emelin. Il devient ensuite conseiller municipal  de Chalon-sur-Saône en 2008, mais démissionne en 2015 malgré sa réélection. Il est brièvement directeur de la communication et des affaires publiques d'Unibail-Rodamco de 2014 à octobre 2016.

Fin 2015, il se rapproche d'Emmanuel Macron par l'intermédiaire d'Ismaël Emelin. Il sera l'un des artisans de la création d'En marche, dont il est le principal porte-parole avant la campagne présidentielle. Il est élu dans la 5e circonscription de Paris lors des élections législatives, avant de rejoindre le second gouvernement d'Edouard Philippe un mois plus tard en tant que porte-parole. Le 27 mars 2019, il démissionne afin de préparer sa candidature aux élections municipales.

Article le plus lu - Des messages moqueurs sur la mort de Steve ? › Voir les actualités

Benjamin Griveaux : un lancement de campagne parasité par des insultes
Benjamin Griveaux : un lancement de campagne parasité par des insultes

Sommaire Griveaux : des insultes rapportées par le Point Benjamin Griveaux : des excuses et après ? Benjamin Griveaux et les municipales à Paris Meeting de Benjamin Griveaux à Paris Qui est Benjamin Griveaux ? [Mis à jour le...