La jeunesse des présidents de la République Charles de Gaulle, enfant autoritaire et rebelle

 Dans "Je serai Président", Robert Schneider a rassemblé des témoignages historiques, comme celui de la soeur de Charles de Gaulle, Marie-Agnès, qui a raconté son frère, enfant, à Jean Mauriac. Elle décrit un bambin autoritaire et rebelle.

charles de gaulle, 1er président de la ve république.
Charles de Gaulle, 1er Président de la Ve République. © Commission européenne

"Il devait avoir dans les sept ans. Charles s'était adressé à notre mère :

- Maman, je voudrais monter à poney.

- Non, tu es monté hier, tu ne monteras pas aujourd'hui.

- Alors, je vais être méchant !

Et aussitôt il jetait ses jouets par terre, criait, pleurait, tapait du pied."

"Une autre fois, Charles lançait des livres à la tête de Pierre [son plus jeune frère qui avait six ans de moins que lui]. La porte de la chambre était fermée à clé et il ne voulait pas ouvrir à notre mère qui, inquiète des pleurs de Pierre, désirait entrer. Ce n'est que longtemps après que Charles se résolut à libérer son frère."

Cette propension à imposer sa volonté à ses frères inquiétait Henri de Gaulle, comme en témoigne cette scène racontée par sa fille.

"Un jour que Charles jouait avec nous, mon père l'appelle :

- Charles, tu es sage ?

- Oui, papa.

- Tu n'opprimes pas Jacques ?

- Non, papa.

- Ni Pierre ?

- Non, papa.

- Tiens, voilà deux sous pour que tu continues à être gentil avec tes frères."

"Charles était alors le seul à ne pas avoir de jouets. Il en était mortifié et humilié."

Marie-Agnès affirme que sa mère, malgré son caractère très affirmé, n'avait aucune autorité sur Charles : "Il ne lui obéissait jamais." En revanche, son père savait punir : "Je me souviens spécialement d'une Saint Nicolas. Charles venait d'avoir cinq ans. Je n'en avais pas encore sept. Il avait demandé ce que nous appelions un "cheval-jupon" (dans un trou pratiqué dans les flancs du cheval, l'enfant passait ses jambes qui étaient dissimulées par un volant). [...] A la place du cheval-jupon, il avait trouvé, sur un fauteuil, une lettre de Saint Nicolas lui expliquant qu'il ne l'avait pas mérité [...] Charles était alors le seul à ne pas avoir de jouets. Il en était mortifié et humilié." Grâce à Marie-Agnès on apprend encore que le petit Charles aimait les jeux : le diabolo, le croquet, le cerf-volant, le bâillon, colin-maillard. Mais il jouait surtout aux soldats de plomb, manifestant d'emblée une propension certaine au commandement. "Charles était toujours le roi de France. Il avait toujours sous ses ordres l'armée française. Il n'était pas question qu'il en fût autrement." Son frère Xavier, qui avait pourtant trois ans de plus que lui, devait se contenter d'être le roi d'Angleterre. Et Jean de Corbie, son cousin, l'empereur de Russie. C'est naturellement le chef des armées françaises qui gagnait. A l'instar d'un autre cadet célèbre, Napoléon Bonaparte, Charles est déjà un rebelle imposant son autorité."

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