Marine Le Pen : fini la présidence RN ? Législatives, nouveau rôle... Quel avenir politique ?

"Marine Le Pen : fini la présidence RN ? Législatives, nouveau rôle... Quel avenir politique ?"

Marine Le Pen : fini la présidence RN ? Législatives, nouveau rôle... Quel avenir politique ? LE PEN. Avec 41,5% des votes au 2e tour de la présidentielle, Marine Le Pen a essuyé une sévère défaite. Pour autant, c'est le plus haut score jamais réalisé par son parti. Au RN, l'heure est à la construction d'un projet pour les législatives.

Le résultat de Marine Le Pen à l'élection présidentielle 2022 est très exactement de 41,5% des suffrages exprimés, selon les chiffres définitifs du ministère de l'intérieur. C'est de loin le meilleur score jamais réalisé par son parti, le RN (ancien FN) : sa progression est de près de 8 points par rapport à la présidentielle de 2017 (33,60% au 2e tour) : dans son discours du 24 avril au soir, elle a parlé de ce résultat comme d'une "victoire éclatante", assurant que les idées de son parti "progressaient". La leader de l'extrême droite française souhaite désormais porter la campagne des élections législatives du 12 et 19 juin prochains. Si Marine Le Pen a assuré vouloir rassembler davantage pour ce "troisième tour", son parti ne semble pas enclin à rejoindre la "coalition des droites" proposée par Eric Zemmour et les cadres de Reconquête!, comme l'expliquait le président du RN par intérim, Jordan Bardella, au micro de TF1 le 24 avril. Marine Le Pen devrait plutôt procéder à des alliances avec des élus locaux de Reconquête!. A quelle suite s'attendre pour la figure féminine de l'extrême-droite française ?

Marine Le Pen acceptera-t-elle la proposition d'Eric Zemmour pour les législatives?

Un accord avec le parti Reconquête ! d'Eric Zemmour est-il possible ? Après avoir taclé Marine Le Pen au début de son discours dimanche soir, soulignant notamment la 8e défaite frappant "le nom de Le Pen", le patron de Reconquête! a tendu la main et appelé à une alliance dans une allocution en réaction aux résultats du 2e tour transformée en un "appel à l'union nationale". Derrière la défaite de Marine Le Pen, il voit l'urgence de rassembler leurs formations souverainistes en vue de peser comme une force d'opposition aux législatives. "J'appelle à l'union nationale en vue des législatives. Nous devons oublier nos querelles et unir nos forces. C'est possible, c'est indispensable, c'est notre devoir", a-t-il débuté, avant d'expliciter son propos. "Bâtissons au plus vite la première coalition des droites et des patriotes pour que les élus de Reconquête !, du RN, de Debout la France et ceux des Républicains qui ne veulent pas se rallier au président aient une chance dominer dans la prochaine Assemblée."

La "coalition des droites". C'est la mélodie entonnée par nombre d'élus et de politiciens zemmouristes au lendemain du 2e tour. D'une seule voix, ils interpellent Marine Le Pen pour l'inviter à rejoindre cette union en vue des législatives. A l'heure où LREM va tenter de conserver sa majorité aux législatives et où Jean-Luc Mélenchon a débuté sa campagne pour le "troisième tour" en appelant même les Français à l'élire Premier ministre, le RN est en effet dans une position délicate, et doit rassembler davantage pour obtenir un nombre de députés suffisants. C'est en tout cas ce qu'ont analysé et demandé les représentants de Reconquête!. A ce titre, Marion Maréchal, la vice-présidente, regrette que le formation politique de Marine Le Pen refuse de s'allier : "L'objectif maintenant c'est d'essayer de faire en sorte que nous ne restions pas sur une défaite mais que nous puissions reconstituer un bloc national en vue des législatives pour pouvoir peser", a-t-elle expliqué au micro RTL ce 26 avril, se disant "déçue du résultat" de la présidentielle. 

Sur son compte Twitter, Éric Zemmour a lui aussi renouvelé son appel : "Marine Le Pen, en acceptant la main que je vous tends, vous avez l'occasion de mettre fin au cordon sanitaire qui stérilise les chances du camp national depuis 40 ans. Saisissez-la, pas pour nous, pour la France. Faisons-le. Ensemble". On citera encore le député du Loir-et-Cher Guillaume Peltier, vice-président exécutif de Reconquête! qui, aux côtés de Marion Maréchal et Nicolas Bay, a lancé cette coalition il y a quelques jours : "Seule l'union des droites et de tous les patriotes pourra nous faire gagner.", a-t-il expliqué dans un entretien accordé au Parisien le 25 avril. Revenant sur le score de Marine Le Pen, il a affirmé : "Ce qui est certain ce soir, c'est que seul, on ne gagne pas", voulant montrer à la candidate déchue que "l'union fait la force" et qu'il est urgent de "dépasser toutes nos querelles pour pouvoir bâtir cette union des droites et de tous les patriotes". 

Des cris d'alarme qui confirment, comme l'ont assuré plusieurs cadres du RN, qu'aucune discussion n'est en cours avec le parti d'Eric Zemmour. "Je ne m'attendais pas à une attaque de sa part le soir du deuxième tour", a par exemple répondu le maire RN de Perpignan Louis Aliot, au micro de France Inter le 25 avril, à propos de la déclaration d'Eric Zemmour. Remonté, il a même demandé à ce dernier de se montrer "plus humble" et d'"arrêter d'insulter les gens", avant de conclure : "Je ne vois pas comment on pourrait faire une alliance en bonne et due forme avec Reconquête ! aujourd'hui". Même positionnement pour Sébastien Chenu, le porte-parole du RN, qui affirme que son parti n'est "pas du tout sur l'idée de l'union des droites, comme Éric Zemmour", mais plutôt pour "une grande union patriote qui dépasse la gauche et la droite", rappelant que "ce concept de gauche et droite ça ne fonctionne pas". Il s'est même montré un peu offensif, appelant le polémiste à "l'humilité, lorsqu'il dispense aujourd'hui ses conseils, ses réflexions désobligeantes". 

Pour quelles raisons le RN ne souhaite-t-il pas se rallier à Eric Zemmour?

Faire concourir le plus de députés RN possibles permettrait au parti de bénéficier de davantage de financements publics : dès qu'un parti récolte au moins 1% des suffrages dans 50 circonscriptions au premier tour, chaque voix lui rapporte 1,42 euros. Chaque élection de député ajoute 37 000 euros de dotations. Et ces sommes sont versés l'année de l'élection et les 4 années suivantes.

Certaines régions sont des terres à haut potentiel électoral pour les législatives, comme dans le nord de la France là où, au second tour de la présidentielle, le RN a maintenu ses scores élevés de 2017, en les augmentant même dans certains secteurs comme dans le Pas-de-Calais, avec 5,44 points de pourcentage supplémentaires, et en Moselle, avec une progression de 7 points. Marine Le Pen a progressé de dix points de pourcentage dans le Finistère et les Côtes-d'Armor, et dans le Sud, avec des progressions de 12 points de pourcentage en moyenne, de la Dordogne à la Corrèze. Le département le plus teinté de ses couleurs est les Hautes-Alpes, avec une augmentation de 19,18 points de pourcentage par rapport à 2017 : il représente ainsi un territoire de circonscriptions intéressantes pour la candidate.

S'appuyer sur Reconquête! n'est pas non plus une évidence ni une nécessité lorsqu'on analyse les reports des 2,5 millions de voix d'Eric Zemmour vers Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, comme le décrypte Le Parisien. C'est un constat valable dans diverses communes françaises, comme à Châteauneuf-d'Entraunes, dans les Alpes-Maritimes, où Eric Zemmour avait recueilli 27,59 % des suffrages, et où Emmanuel Macron l'a finalement emporté avec 56,92 % des suffrages hier soir. Mais c'est encore plus vrais pour les ressortissants français en Israël qui avaient voté à 50% pour Eric Zemmour au premier tour et qui ont reporté leur voix sur le président sortant plutôt que sur la candidate RN. Dans la circonscription de la métropole de Tel-Aviv surtout, Emmanuel Macron a obtenu 85,8% des suffrages, contre 30% au premier tour, puisque c'était bien Eric Zemmour qui avait convaincu avec 55% des votes. Selon Philippe Velilla, consultant politique, expert en vote des minorités, "Le Pen a une trop mauvaise image dans la communauté juive", tandis que le "vote Zemmour était communautariste" (propos rapportés par Le Figaro). Enfin, on peut estimer que Reconquête! a bien plus besoin de cette alliance, sans laquelle il ne remporterait que très peu de députés, que le RN, bien implanté et capable de s'imposer seul. Pour le RN, freiner le parti de Zemmour l'année même de son ascension permettrait de tuer les velléités de l'adversaire dans l'oeuf. 

Marine Le Pen se prépare pour les élections législatives

Comment le parti s'organise-t-il dans son ensemble pour cette prochaine étape? Le porte-parole du RN, Sébastien Chenu, a donné quelques pistes le 25 avril. "On va regarder un peu les idées, les enjeux, les programmes", a-t-il expliqué à nos confrères du Figaro. Selon lui, la vraie question est de savoir "comment incarner au mieux l'opposition", puisqu'il estime que les Français ont décidé de "choisir Marine Le Pen comme chef de l'opposition" lorsqu'ils l'ont portée au second tour. Il a expliqué que viendrait ensuite "le choix des hommes", confessant que le RN était "ouvert à soutenir des candidats qui ne sont pas forcément de son mouvement", avant de lâcher : "Les alliances de parti c'est autre chose, je crois que c'est peut-être en réalité moins intéressant", en réponse indirecte aux multiples interpellations des élus de Reconquête! qui plaident pour une coalition des droites. "C'est le bureau exécutif du RN qui décidera d'éventuelles alliances avec Reconquête! pour les législatives", a expliqué le député. La stratégie du RN serait plutôt celle d'alliances ciblées avec des élus locaux de Reconquête!, sans grande coalition.

Au RN, on accorde donc beaucoup d'importance à la préparation de ce dernier duel : Philippe Ballard, l'autre porte-parole, résumait ces législatives comme un "match entre les mondialistes, incarnés par Emmanuel Macron, et les nationaux", entre "cette France qui va bien, cette France des villes, des métropoles" et "la France des zones rurales qui souffre et qui vote Marine Le Pen", tel qu'il l'expliquait sur RMC le 26 avril. Pour lui, "il n'y a plus de droite ni de gauche, il faut sortir de ces schémas.". Il estime ainsi ces élections "fondamentales" : "Il faut absolument qu'il y ait une majorité RN pour éviter la casse sociale et la saignée fiscale qui s'annoncent.". D'autant plus que les membres du parti partagent l'enthousiasme de cette "victoire éclatante" : ils y voient la progression fulgurante de leurs idées. Interrogé par BFMTV le 25 avril, le président par intérim du RN Jordan Bardella s'est exprimé sur le score de Marine Le Pen :  "Plus 3 millions d'électeurs pour nous, deux millions de moins pour Emmanuel Macron, le mouvement que nous avons créé n'en n'est qu'au début du commencement", s'est-il réjoui, répétant : "En réalité tout commence". Il a tenu à rappeler que le parti revenait de très loin, voyant ainsi d'un œil très positif cette ascension : "C'est un nombre de voix que nous n'étions jamais parvenus à engendrer dans l'histoire de notre famille politique". Le jeune député européen a conclu en se projetant : "Si on prend dix points tous les cinq ans, la prochaine fois sera la bonne".

Cet optimisme est-il réaliste ? Si l'argument du vote barrage est utilisé par les détracteurs d'Emmanuel Macron pour lui rappeler qu'il n'a pas écopé uniquement de votes d'adhésion (un problème qu'il a lui-même reconnu lors de son allocution du 24 avril au soir), il peut également s'appliquer à Marine Le Pen. C'est en tout cas ce qu'appuie un sondage réalisé par Ipsos Sopra Steria pour France bleu et Radio France (décryptage du vote des Français): plus de deux électeurs de Marine Le Pen sur cinq disent s'être prononcés pour faire barrage à Emmanuel Macron. En outre, si le parti RN améliore ses scores à chaque élection, on peut aussi considérer que cette progression est très lente, à l'aune de la lancée et de l'essor très rapides d'autres partis, comme LFI qui a passé la barre des 20% en trois élections, ou LREM, parti qui a fait irruption dans la vie politique en 2016 avant de décrocher le pouvoir en 2017. Il convient ainsi de garder à l'esprit que le RN, anciennement FN, est un parti ancien, qui avait déjà accédé à l'élection présidentielle en 2022, lorsque Jean-Marie Le Pen avait concouru au second tour face à Jacques Chirac. Si ce parti était alors impopulaire dans une majorité du camp politique et qu'il a aujourd'hui davantage conquis le champ des idées, il ne passe toujours pas la barre des 50%. Et rien ne dit qu'il verra sa notoriété croître cinq années de plus, en particulier si sa leader, qui l'a portée aux trois précédentes élections et qui a créé un engouement autour de sa personne, laisse sa place. 

Marine Le Pen va-t-elle récupérer la présidence du RN ?

Mais Marine Le Pen pourrait ne pas reprendre la présidence du Rassemblement national. L'hypothèse a été soulevée par le parlementaire RN Sébastien Chenu le 25 avril; au micro de BFMTV. "Je ne suis pas sûr que ce soit le choix de Marine Le Pen au moment où nous nous parlons de redevenir présidente d'un parti politique qu'elle a mené à un niveau jamais atteint" à la présidentielle, a-t-il souligné. Partant du constat qu'elle soir parvenue à rassembler "millions de Français bien au-delà d'une étiquette politique" et qu'elle soit "reconnue comme étant une immense femme politique", il a estimé qu'elle ne se "renfermerait pas sur un parti politique" quand bien même ce serait le Rassemblement national. Pour sa part, Sébastien Chenu trouverait préférable qu'elle "puisse reprendre son mandat de députée du Pas-de-Calais à Hénin-Beaumont ", une circonscription dans laquelle elle est "très attendue", a-t-il affirmé. Et de fait, le même jour, c'est le Monde qui confirmait que Marine Le Pen serait bien candidate aux élections législatives de juin prochain. D'après le quotidien national, elle devrait se représenter dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais dans laquelle elle a été élue député en 2017. Elle a tenu un bureau exécutif et un bureau national le 25 avril afin de de préparer les législatives des 12 et 19 juin. Son avenir serait donc celui d'une députée. 

Marine Le Pen se livrerait donc à une nouvelle bataille, celle des législatives, se focalisant sur un objectif : devenir la cheffe de l'opposition. Soit en obtenant une majorité parlementaire pour imposer une cohabitation au gouvernement d'Emmanuel Macron, ce qui semble peu probable. Si en revanche ses députés échouaient à récolter une majorité de voix aux législatives, Marine Le Pen vise tout de même être à la tête du principal parti d'opposition.

Le discours de Marine Le Pen à l'annonce des résultats 

Le 24 avril au soir, Marine Le Pen a tenu un discours depuis le pavillon d'Armenonville à Paris. Avec 13 297 760 des voix, elle arrive loin derrière le président sortant Emmanuel Macron, qui s'approche de 19 millions. Pour autant, son discours était empreint d'optimisme, et tourné vers l'avenir du parti. "Un grand vent de liberté aurait pu se lever sur le pays", a-t-elle débuté, regrettant que malgré les "méthodes déloyales et choquantes" qu'Emmanuel Macron aurait "utilisées" durant cette campagne, il soit arrivé en tête. Elle s'est réjouie de l'ascension de son parti, le RN : "les idées que nous représentons sont portées au sommet". Pour elle, "la partie n'est pas encore jouée", et le rassemblement des forces politiques de son camp est de bonne augure pour la suite. Sa profonde gratitude pour ce résultat, elle l'a adressée en particulier aux "compatriotes des campagnes et des outre-mer", insistant sur son souci d'inclure tous les Français : "La France trop oubliée, nous, nous ne l'oublions pas". Ce que la candidate du RN retire de son score, c'est donc qu'il "n'y a pas de fatalité". Et qu'il est temps de se focaliser sur l'avenir "prometteur" qui attend son parti au lendemain de cette "éclatante victoire".

Et cet avenir, c'est le "troisième tour", comme l'appelle son adversaire Jean-Luc Mélenchon ; celui des législatives. Elle a d'abord tenu à rappeler sa méfiance vis-à-vis du "mode de scrutin" qui "fausse la représentativité parlementaire", prévenant ses soutiens du "risque de le voir Emmanuel Macron s'emparer de tous les pouvoirs", insistant : "personne ne peut l'accepter tant son projet sur le régalien et le social est clivant'. La solution, elle dit l'avoir avec sa candidature de juin prochain : "Nous lançons ce soir la grande bataille pour les législatives, je la mènerai avec Jordan Bardella, et avec tous ceux qui ont la nation chevillée au cœur". Le combat politique ne s'arrête donc pas là : c'est ce qu'elle a martelé dimanche soir, lors de son discours de réaction aux résultats. Elle a assuré n'avoir "aucun ressentiment ni rancœur", précisant que son parti, s'il a déjà été "enterré 1000 fois", est très résistant, l'histoire ayant "donné tort" à ceux qui "voulaient l'écarter". Marine Le Pen a donc souhaité se montrer confiante pour la suite : "Nous sommes déjà dans une position très favorable", a-t-elle fait remarquer, en écho à la progression notable du RN dans les scores. "Notre force nous la mettons au profit de la seule ambition qui vaille. Je le redis : jamais je n'abandonnerai les Français : vive la République, vive la France!", a-t-elle scandé, avant d'entonner la Marseillaise, suivie par ses soutiens. 

Résultat de Marine Le Pen par département

Marine Le Pen réalise ses meilleurs scores dans le nord-est de la France et dans le sud-est. La carte ci-dessous permet de visualiser son résultat précis dans chacun des départements. Le moteur de recherche ci-dessus permet de rechercher les résultats de l'élection présidentielle dans une ville.

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