Edouard Philippe : nouvelles annonces sur les retraites, qu'est-ce qui change ?

Edouard Philippe : nouvelles annonces sur les retraites, qu'est-ce qui change ? EDOUARD PHILIPPE - Après la réunion décisive qui s'est tenue jeudi 19 décembre entre le gouvernement et les partenaires sociaux, le Premier ministre Édouard Philippe a fait part "d'avancées concrètes", sans nier toutefois la persistance de désaccords.

[Mis à jour le 19 décembre 2019 à 20h] Au 15e jour de grève SNCF et RATP, Édouard Philippe a rencontré ce jeudi 19 décembre les partenaires sociaux à Matignon, à Paris. Entre autres négociations autour de la réforme des retraites, s'est posée la question d'une trêve pour les fêtes de Noël, encore incertaine. À l'issue de la rencontre, le Premier ministre a assuré que les discussions ont permis des "avancées concrètes", notamment sur le sujet de la pénibilité.  Alors qu'il fallait jusqu'à présent travailler 120 nuits par an pour bénéficier des points de pénibilité relatifs au travail de nuit, le gouvernement a proposé d'abaisser ce seuil à 110 nuits. Édouard Philippe a également mis en avant la reconnaissance d'un droit à la reconversion pour celles et ceux qui sont exposés de manière durable à une activité pénible sur le plan physique.

La deuxième avancée concerne les fins de carrière.  Une concertation sur l'élargissement du dispositif de retraite progressive à la fonction publique, demandé par de nombreux syndicats, sera ainsi lancée en janvier. Autre sujet abordé, le minimum de pension.  Deux pistes d'amélioration ont été identifiées avec les partenaires sociaux, à savoir augmenter le minimum de pension garanti au-delà de 85% du Smic, pour celles et ceux qui ont travaillé à ce niveau pendant toute leur carrière, et offrir cette protection aux travailleurs à temps partiel. Édouard Philippe a en outre réaffirmé l'intention du gouvernement de supprimer les régimes spéciaux de retraite, mais a évoqué une suppression "sans brutalité". En ce qui concerne les agents SNCF, le gouvernement mettra en place des mesures favorisant la progressivité de la mise en oeuvre de la réforme des retraites et le respect des droits acquis.

Le Premier ministre s'est engagé à revaloriser les revenus des professeurs et des chercheurs, pour leur garantir un niveau de pension égal à celui d'agents de corps équivalents. Elle débutera début janvier 2021. Nœud de la discorde, l'âge d'équilibre, ou âge pivot, qui serait fixé à 64 ans, a été remis sur la table des négociations. Édouard Philippe a défendu cette mesure, en évoquant un "âge du taux plein qui doit être l'âge correspondant à l'équilibre financier global du système, avec un malus et un bonus". Le chef de l'exécutif a expliqué que les discussions avec les partenaires sociaux doivent permettre en outre de "personnaliser les trajectoires de départ à la retraite". Le Premier ministre a enfin rappelé son souhait que le projet de réforme des retraites soit voté avant l'été.

Les revendications des partenaires sociaux

A l'exception de la CFDT, l'ensemble des syndicats ne voulaient pas entendre parler d'une trêve pendant les fêtes, permettant à bon nombre de Français de circuler plus sereinement en cette période de vacances scolaires. Leurs actions ont continuent, y compris ce jeudi 19 décembre, avec de multiples rassemblements locaux, au surlendemain seulement d'une mobilisation nationale ayant réuni 615 000 (chiffres de l'Intérieur) personnes dans les rues de France.

La CGT, Force ouvrière, la CFE-CGC, Solidaires et la FSU demandaient purement et simplement le retrait du projet de système universel de retraite à point, quand la CFDT bloquait sur le fameux âge pivot. "On est très, très loin, encore, d'être accord", confirmait mercredi soir Laurent Berger, le leader cédétiste, en sortie de réunion avec Edouard Philippe, déjà, lors d'une rencontre uniquement réservée au syndicats.

Edouard Philippe et les retraites

Depuis le début de la grève contre la réforme des retraites, c'est Edouard Philippe qui représente le gouvernement. Le Premier ministre est en première ligne, alors qu'Emmanuel Macron n'intervient pas en façade. Cette stratégie bien identifiée permet à l'exécutif de gagner en clarté : à l'Elysée le calendrier international et à Matignon les affaires domestiques. En deux semaines, l'impact de la crise des retraites a été réel sur Edouard Philippe puisque le Premier ministre a perdu quatre points d'opinion favorable, selon le baromètre Ipsos/Le Point du jeudi 19 décembre.

Edouard Philippe et les syndicats

Edouard Philippe, depuis le début de la grève contre la réforme des retraites, a rencontré plusieurs fois les syndicats. Ces derniers jours, les rendez-vous se sont organisés selon un tempo bien établi. Mercredi, c'est tour à tour que les organisations syndicales, mais aussi patronales, se sont succédé auprès d'Edouard Philippe, dans des réunions de travail "bilatérales". Ce jeudi, le programme est quelque peu différent : tous, patronat et syndicats, sont réunis depuis 16 heures pour des rencontres "multilatérales".

Pour l'instant, les deux camps semblent figés dans leur position. A des degrés différents, les syndicats ne veulent pas de la retraites à points, et le gouvernement n'entend pas céder, malgré la pression de la grève. Ce jeudi soir, à l'issue des nouvelles réunions avec les syndicats, il ne s'agira a priori pas de trancher. "Ce ne sera pas un point final… mais des points de suspension", confie un conseiller ministériel au Parisien.

Discours d'Edouard Philippe

Ce jeudi 19 décembre, c'est la deuxième fois en moins de dix jours qu'Edouard Philippe prend la parole pour parler de la grève contre la réforme des retraites. La première fois, le 11 décembre dernier, c'était pour détailler les annonces du gouvernement quant à la réforme et apporter de la clarté à un texte très technique. Fin des régimes spéciaux, valeur du point, transition, mesure de pénibilité et bien sûr âge pivot : Edouard Philippe avait détaillé les axes forts de la réforme... mais sans convaincre les syndicats. Au contraire.

Cette intervention du Premier ministre avait abouti à la création de deux nouvelles dates de mobilisations sociales. D'abord le 12, avec des actions locales, mais surtout le 17, jour de nouvelles manifestations monstres, similaires au 5 décembre. Cette fois, ce jeudi 19 décembre, il ne s'agissait plus pour Edouard Philippe d'évoquer la réforme à proprement dite, mais de faire savoir si les discussions cruciales avec les partenaires sociaux ont évolué ou non.