Affaire Alexis Kohler : perquisition à Bercy, l'enquête avance

Affaire Alexis Kohler : perquisition à Bercy, l'enquête avance ALEXIS KOHLER - La police judiciaire parisienne a mené une perquisition au ministère de l'Economie et des Finances. Les agents ont cherché des éléments dans le cadre de l'enquête ouverte par le parquet financier.

[Mis à jour le 6 juin 2018 à 17h29] Une perquisition a eu lieu ce mercredi 6 juin dans des locaux du ministère de l'Economie et des finances, dans le cadre de l'enquête ouverte par le parquet national financier sur Alexis Kohler. Dans un communiqué, le PNF indique que les fonctionnaires dépêchés sur place ont procédé à des opérations pour "vérifier si les règles relatives à la mise en disponibilité des agents publics ont bien été respectées". L'objectif de ce travail entamé ce mercredi est de déterminer si l'actuel secrétaire général de l'Elysée "aurait pu traiter des dossiers intéressant" le groupe italien MSC.

Pour l'association de lutte contre la corruption Anticor, la justice doit clarifier la situation d'Alexis Kohler, le plus proche conseiller d'Emmanuel Macron, quant aux relations qu'il entretient avec le groupe italien MSC, un armateur avec lequel l'Etat a beaucoup discuté ces dernières années au sujet des activités des chantiers navals de Saint-Nazaire. Une plainte pour "prise illégale d'intérêts" et "trafic d'influence" a été déposée au parquet national financier par Anticor, qui met en avant les révélations de Mediapart sur les liens familiaux d'Alexis Kohler : sa mère n'est autre que la cousine germaine de la co-fondatrice du groupe MSC. L'actuel secrétaire général de l'Elysée a d'ailleurs passé plusieurs mois au sein de l'entreprise, en 2016, employé comme directeur financier.

Des soupçons portent donc sur la possibilité qu'Alexis Kohler ait pu intervenir dans les négociations passées entre MSC et l'Etat. A-t-il joué de son influence lorsqu'il était à Bercy, dans le cabinet ministériel du ministre de l'Economie (Pierre Moscovici puis Emmanuel Macron) ? Les services du ministère ont déjà fait savoir qu'Alexis Kohler, qui n'a jamais caché à ses collaborateurs ses liens familiaux, n'a jamais participé aux tractations. Autre élément que le secrétaire d'Etat fera valoir : MSC n'a semble-t-il pas bénéficié de traitements de faveur de la part de l'Etat, MSC n'est jamais entré dans le capital des chantiers navals. Mais pour l'avocat d'Anticor, Jean-Baptiste Soufron, cela ne suffit pas à le dédouaner : "Dès 2010, M.  Kohler aurait dû renoncer à ses positions et passé ce cap, il aurait dû prendre des mesures objectives afin de régler son conflit d'intérêts. S'il l'a fait, il doit les présenter à la justice", indique-t-il au Monde.

Les services de l'Elysée n'ont pas tardé à réagir. "C'est bien volontiers qu'Alexis Kohler communiquera au parquet l'ensemble des documents prouvant sa conduite respectueuse du droit dans toutes les circonstances de son parcours professionnel", peut-on lire dans un communiqué diffusé ce lundi matin. "Alexis Kohler a toujours tenu sa hiérarchie informée de ses liens personnels avec l'entreprise MSC. Il s'est systématiquement déporté de toutes les décisions ayant trait à cette entreprise et sa hiérarchie informée a naturellement veillé au conflit d'intérêt potentiel. Dans toutes les fonctions qu'il a occupées à l'Agence des participations de l'Etat (APE), à Bercy et à l'Elysée", poursuit la présidence de la République.

Alexis Kohler, énarque originaire de Strasbourg

De Claude Guéant à Jean-Pierre Jouyet, la fonction de secrétaire général de l'Elysée a été, ces dernières années, particulièrement observée. Rôle clé en coulisse, il est aussi devenu un rôle public pour des proches parmi les proches de chef de l'Etat. Emmanuel Macron lui-même aura commencé son ascension en étant secrétaire général adjoint de François Hollande, de mai 2012 à l'été 2014. Alexis Kohler semblait se prémunir de l'attention des médias, ne s'exprimant que très peu dans la presse et préférant rester dans l'ombre du pouvoir. Le voilà désormais très exposé.

Alexis Kohler fut directeur du cabinet d'Emmanuel Macron quand ce dernier était ministre de l'Economie. Auparavant, il avait dirigé le même cabinet, à Bercy, sous les ordres de Pierre Moscovici. A ce poste, il sera, dit-on, l'un des artisans de la loi Macron. Avant ces premiers postes clés, il a gravi les échelons à la direction générale du Trésor, puis au Fonds monétaire international et à l'Agence des participations de l'Etat. Mais surtout, Alexis Kohler est, comme Emmanuel Macron, "une tête bien faite", aidé il est vrai par une famille d'apparence aisée : une mère avocate et un père haut fonctionnaire.

Sans doute soucieux de suivre les traces de ce dernier, Alexis Kohler est passé par Science-Po en 1993, l'ESSEC, et par l'incontournable Ecole Nationale d'Administration (ENA). Il y étudie dans la promotion "Aver­roès", de 1998 à 2000. Bien avant Emmanuel Macron, Gaspard Gantzer et autres Boris Vallaud (qui furent ensemble à l'ENA de 2002 à 2004), mais en même temps que Fleur Pellerin et Audrey Azoulay. D'une discrétion absolue, d'une fidélité sans faille et d'une capacité de travail hors normes selon les divers témoignages recueillis dans la presse, Alexis Kohler est l'homme idéal pour Emmanuel Macron à l'Elysée. Un "haut-fonctionnaire qui a le sens régalien", résumaient lors de sa nomination plusieurs titres de presse, dont Paris Match.

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