François de Rugy : écolo Macron-compatible, mais écolo mal-aimé

François de Rugy : écolo Macron-compatible, mais écolo mal-aimé DE RUGY - Les convictions de François de Rugy semblent sincères, difficile de ne pas en convenir. Mais le nouveau ministre est durement jugé par la plupart des écologistes, qui ciblent son "opportunisme".

[Mis à jour le 5 septembre 2018 à 12h25] "Ecolo-responsable", "réformiste pragmatique", "raisonnable"... François de Rugy a toujours défendu une vision du combat pour l'environnement qui puisse - et qui doive - s'inscrire dans la real politique. Sa carrière, le nouveau ministre de la Transition écologique, l'a d'ailleurs faite en portant, constamment, ses convictions écologistes et sa vision d'une économie de marché qu'il faut mieux réguler afin que soient pris en compte les enjeux environnementaux. Sa conversion au macronisme, début 2017, peut apparaître logique, le président s'inscrivant dans un social-libéralisme qui lui sied bien. Mais elle apparaît aussi, aux yeux de ses anciens collègues d'EELV, comme incroyablement opportuniste. "C'est quelqu'un qui rêvait de responsabilités, il doit être au septième ciel d'avoir ce poste", estime par exemple Isabelle Attard auprès de France Info, qui poursuit : "C'est quelqu'un qui a besoin des caméras, des flashs, il aime ça et a envie d'être dans la lumière".

Il faut dire que depuis son départ d'EELV, François de Rugy est très sévèrement jugé. Nombreux sont ceux qui ne gardent par un très bon souvenir de son action, lorsqu'il était président du groupe des députés écolos. "C'était quelqu'un d'isolé, qui n'avait pas d'entourage", confie un autre parlementaire à France Info. "lI n'œuvrait pas pour le collectif des députés, [...] est un peu la caricature du professionnel de la politique", ajoute Laurence Abeille. Et c'est, finalement, sur ses marges de manoeuvre à venir que les doutes s'expriment le plus. Le porte-parole d'EELV, Julien Bayrou, a qualifié sa nomination de "jeu de chaises musicales", qui "sans changement de cap, ne changera rien".

Un ministre au parcours très singulier

Aujourd'hui numéro 3 du gouvernement, François de Rugy a une carrière marquée par des ruptures importantes avec ses précédentes familles politiques. Son choix de participer à la primaire socialiste puis de ne pas soutenir Benoît Hamon avait généré quelques incompréhensions et virulentes critiques. Son choix de s'engager à En Marche quelques mois plus tard avait marqué la fin de son cheminement. Lui l'assure : c'est comme écologiste responsable et pragmatique, comme social-libéral convaincu des bienfaits de l'économie de marché, qu'il articule et développe sa pensée et qu'il a construit son parcours. Jusqu'à devenir l'un des hommes de confiance du président de la République, qui apprécie tant son positionnement en matière d'écologie que sa vision de la confrontation politique.

Issu d'une famille nantaise d'enseignants, François de Rugy, se destine très tôt à l'activité politique. Diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris en 1995, de fibre écologiste, il rejoint deux ans plus tard le groupe radical, citoyen et vert (RCV) de l'Assemblée nationale, en tant que secrétaire général adjoint. S'investissant localement, élu adjoint au maire de Nantes en 2001, il devient l'un des plus jeunes députés de France en 2007, à 34 ans. Malgré son échec aux municipales d'Orvault, il siège à son Conseil municipal et, partisan d'un retour de la région Loire-Atlantique dans le giron administratif breton, s'implique fortement au sein de la communauté Nantes-Métropole, dont il fut notamment vice-président de 2001 à 2008. Réélu député en juin 2012, François de Rugy copréside le groupe écologiste à l'Assemblée nationale avec Barbara Pompili jusqu'en janvier 2013. En 2015, il quitte EELV pour créer son propre parti écologiste avec Jean-Vincent Placé.

François de Rugy, soutien de Macron depuis février 2017

En parallèle, François de Rugy co-fonde le parti Écologistes !, accusant le parti EELV de Cécile Duflot de "dérive gauchiste". On pense un temps que comme Barbara Pompili, Emmanuelle Cosse ou Jean-Vincent Placé, autres écologistes en rupture de ban, François de Rugy va faire campagne pour François Hollande. Après le retrait du président sortant, il s'engage d'ailleurs à soutenir le vainqueur de la primaire de la gauche, organisée début 2017 pour l'élection présidentielle.

Mais nouveau revirement : Benoît Hamon, qui est désigné lors de cette primaire, n'est pas vraiment l'homme idoine pour François de Rugy et surtout, la bourrasque Macron a déjà changé la donne. Le 22 février 2017, François de Rugy se dédit et apporte son soutien au favori des sondages, alors que quelques mois plus tôt, il avait eu des mots durs envers le futur président. "Emmanuel Macron ne parle d'écologie. Je ne sais pas quel est son programme écologique", avait regretté François de Rugy, qui ajoutait alors : "Quand il était ministre de l'Economie, non seulement il n'allait pas dans le sens de l'écologie, mais il était plutôt dans l'ancien monde. Lui qui se veut moderne, c'était le nucléaire, c'était le diesel, c'était l'extraction des sables dans la baie de Lannion, même si depuis qu'il n'est plus ministre il est contre". Et d'évoquer des "ralliements" improbables, incapable selon lui de porter le projet du candidat : "Emmanuel Macron président, quel est le gouvernement ? Quelle est la majorité parlementaire ? Quelle est la coalition ? Avec qui il travaille ? Personne ne le sait. Et là ce ne sont pas les ralliements, sans vouloir être désagréable à l'égard de telle ou telle personne, qui vont construire l'ossature d'un gouvernement ou d'une majorité parlementaire". Mais ça, c'était avant.

En apportant son soutien au candidat Macron, il devient dès lors l'un des multiples prétendants à un poste clé en 2017.  Cette année là, François de Rugy est réélu député dans la 1ère circonscription de Loire-Atlantique sous l'étiquette En Marche. Il sera finalement élu président de l'Assemblée nationale, avec l'appui de la majorité macroniste. Un poste qu'il a occupé jusqu'à aujourd'hui et dont on devrait connaître le nouveau titulaire d'ici peu.

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