Abdelaziz Bouteflika : de nouvelles images du président après son retrait

Abdelaziz Bouteflika : de nouvelles images du président après son retrait BOUTEFLIKA - La télévision algérienne a diffusé des rares images d'Abdelaziz Bouteflika. Âgé de 82 ans, le chef de l'État a finalement renoncé à briguer un cinquième mandat.

[Mis à jour le 12 mars 2019 à 11h58] Le président algérien n'avait pas été aperçu publiquement depuis avril 2018. Avant cela, il ne s'était pas adressé lui-même à son peuple depuis son AVC en 2013. Pourtant, la télévision algérienne a diffusé lundi 11 mars au soir des images d'Abdelaziz Bouteflika. Il recevait alors la démission d'Ahmed Ouyahia, le Premier ministre, quelques heures après avoir lui-même annoncé qu'il refusait finalement de se présenter à un cinquième mandat présidentiel. Une décision "saluée" par le gouvernement français.

Dans un message écrit relayé par l'agence officielle APS le lundi 11 mars, Abdelaziz Bouteflika a annoncé qu'il renonçait finalement à briguer un cinquième mandat. Hospitalisé pendant un temps à Genève, le président est revenu en Algérie dimanche 10 mars. Les images télévisées, diffusées ce lundi, le montrent en train de recevoir la démission officielle de son Premier ministre, avant de saluer les membres de son nouveau gouvernement et de quelques diplomates. Ces nouvelles images, dont la date fait néanmoins l'objet de doutes, ont pu calmer les rumeurs les plus folles sur le président. Certains opposants décrivaient Abdelaziz Bouteflika sous perfusion constante voire déjà mort. Si Abdelaziz Bouteflika est bien vivant, ces images diffusées notamment par la chaîne Canal Algérie le montrent dans un état affaibli et fragile.

Bouteflika : un président à la santé fragile

Au pouvoir depuis 1999 et âgé de 82 ans, Abdelaziz Bouteflika a vu ces dernières années se multiplier les "empêchements" liés à son état de santé. En 2005, il a réalisé un séjour de trois semaines à l'hôpital du Val-de-Grâce, à Paris. Cet hôpital accueille périodiquement de hauts responsables français et étrangers. Le président Algérien y a été opéré d'un "ulcère hémorragique au niveau de l'estomac". Il est rentré à nouveau au Val-de-Grâce en 2006, pour des examens postopératoires.

Abdelaziz Bouteflika a de nouveau effectué un long séjour à Paris en 2013, suite à un AVC survenu le 27 avril. D'abord hospitalisé à l'hôpital parisien, il a ensuite été pris en charge par l'Institution nationales des Invalides. Un bulletin de santé rendu public indiquait qu'il observait alors une "période de réadaptation fonctionnelle". Le 17 avril 2014, lors de sa première apparition publique après cet AVC, Abdelaziz Bouteflika est apparu en fauteuil roulant. Il s'est rendu à l'élection présidentielle en fauteuil ; élection qu'il remporte en dépit de son état de santé. Abdelaziz Bouteflika effectue depuis des contrôles médicaux périodiques dans des hôpitaux français et suisses. Son dernier séjour de deux semaines à Genève, en pleine manifestation contre sa candidature, avait suscité de nombreuses rumeurs. La Tribune de Genève, avait alors annoncé qu'Abdelaziz Bouteflika était "sous menace vitale permanente". Selon les journalistes, il ne peut plus s'exprimer à cause d'une aphasie et présente des risques d'infection des poumons. Toujours selon ce média, Abdelaziz Bouteflika semble comprendre ce qu'on lui dit, mais est incapable de répondre de manière autonome.

"Bouteflika est en permanence sous perfusion"

Alors que la santé de Bouteflika est de nouveau particulièrement scrutée, six ans après son AVC, l'ambassadeur d'Algérie en France, Abdelkader Mesdoua, s'est prononcé de manière plutôt positive sur la situation. Abdelaziz Bouteflika "n'a pas la santé de ses 20 ans, mais il a toute la tête de ses 20 ans", a-t-il assuré début mars 2019 sur CNews. Et d'ajouter : "C'est lui qui décide, ce n'est pas le système qui le désigne".  "Bien entendu il est diminué physiquement, mais je pense que ce sera certainement son dernier combat", a conclu Abdelkader Mesdoua. Des propos en totale contradiction avec ceux d'Ali Benouari, ancien ministre algérien des Finances et candidat à l'élection présidentielle de 2014. Il confiait récemment au Point qu'Abdelaziz Bouteflika était "à bout de souffle". "Il ne parle plus. Il est en permanence sous perfusion", avait-il déclaré.

Bouteflika face aux manifestations en Algérie

Depuis le 16 février, le peuple algérien manifeste contre la candidature de Bouteflika à un cinquième mandat. La chaîne privée Dzaïr News évoquait le chiffre d'un million de manifestants à travers le pays pour les manifestations du 1er mars. Un mouvement de protestation historique que le pays n'avait pas connu depuis celles de 2011 lors du Printemps arabe. Malgré l'annonce du retrait de la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, la décision de reporter l'élection présidentielle pourrait susciter de nouvelles revendications. Les étudiants d'Alger se sont déjà donné rendez-vous mardi 12 pour la troisième semaine consécutive.

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika avait de plus enregistré un nombre croissant de critiques et défections ces dernières semaines. L'Organisation Nationale des Moudjahidines a surpris, le 5 mars, en apportant son soutien aux manifestations contre un cinquième mandat du président sortant. Les moudjahidines avaient pourtant rencontré Abdelmalek Sellal, le directeur de campagne du candidat et affirmé dans un communiqué leur fidélité à leur "frère" il y a quelques mois. Ils dénoncent maintenant une "collusion entre et des parties influentes au sein du pouvoir et des hommes d'affaires véreux qui ont bénéficié de manière illicite de l'argent public". Cela voudrait-il dire qu'une partie de ses fidèles envisagent d'abandonner la candidature de Bouteflika ? Le général et chef d'état-major de l'armée et vice-ministre de la défense Ahmed Gaïd Salah s'est exprimé sur la question. Il a assuré mercredi 6 mars que l'armée et les forces de sécurité du pays étaient "résolument engagées à garantir" la sécurité de l'élection présidentielle.

Un message et le retrait de la candidature de Bouteflika

A l'issue de deux semaines d'examens médicaux, le président algérien a regagné son pays dimanche 10 mars. Après un long silence médiatique sur son état de santé et sur les manifestations, il s'est donc exprimé lundi 11 mars. Il a finalement annoncé qu'il se refuse finalement à briguer un nouveau mandat. "Il n'y aura pas de cinquième mandat et il n'en a jamais été question pour moi" a-t-il expliqué, faisant part de " [son] état de santé et [son] âge". Il a également annoncé le report de l'élection présidentielle initialement prévue le 18 avril. Une décision qui ne fait pas l'unanimité. Beaucoup y voient une tentative du clan au pouvoir de se maintenir quelques semaines de plus. Le quotidien algérien El Watan titrait par exemple ce mardi 12 mars : "La dernière ruse de Bouteflika : il annule la présidentielle mais reste au pouvoir".

Cette décision a été reconnue par le gouvernement français. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian "salue" la décision d'Abdelaziz Bouteflika. Le Président Emmanuel Macron  ajoute que cela "signe une nouvelle page" dans l'histoire de l'Algérie. Le président a aussi appelé à "une transition d'une durée raisonnable". Le Conseil constitutionnel devait annoncer le 13 mars la liste officielle des candidats à l'élection présidentielle, avant d'ouvrir la campagne le 25 mars. Face au report, de nouvelles manifestations sont à prévoir en attendant plus d'informations du gouvernement algérien.

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