Affaire Balkany : réactions, soutiens... Retour sur un week-end agité

Affaire Balkany : réactions, soutiens... Retour sur un week-end agité BALKANY - Des soutiens aux critiques, la situation d'Isabelle et Patrick Balkany, incarcéré ce vendredi, n'a laissé presque personne insensible dans l'échiquier politique...

[Mis à jour le 16 septembre 2019 à 11h57] Patrick Balkany a passé son premier week-end derrière les barreaux de la prison de la Santé et pendant ce temps-là, la machine à réactions politiques s'est agitée de tous côtés. Libre de parole, Isabelle Balkany, condamnée à trois ans de prison ferme mais pas incarcérée pour raisons médicales, a réalisé une tournée médiatique en bonne et due forme. Alors que beaucoup remettent en question l'intérim que la première adjointe à la mairie de Levallois assure à la tête de la ville, ses différentes interventions ont traduit l'image d'une femme inquiète et bien sûr, vindicative envers cette décision de justice de placer son mari Patrick sous mandat de dépôt. "Je suis bouleversée, meurtrie, triste et inquiète pour l'homme que j'aime depuis 43 ans", a-t-elle réagi sur BFM TV.

Isabelle Balkany a également salué le soutien de Nicolas Sarkozy, très proche du couple de Levallois. "J'ai de la peine pour lui, je pense à lui. Ce n'est certainement pas quand les gens sont dans la difficulté qu'il faut les abandonner", a confié l'ancien chef de l'Etat, appelant à "un peu d'humanité" pour son "ami d'enfance". D'autres personnalités de droite, voire d'extrême-droite, à l'image de Nicolas Bay du Rassemblement national, ont fait part non pas de leur soutien mais d'un certain scepticisme envers la sentence infligée à Patrick Balkany.

Etre incarcéré pour fraude fiscale "n'est pas exceptionnel"

A gauche, on s'est voulu naturellement moins conciliant, voire parfois ouvertement satisfait du jugement. Vendredi après-midi, alors que le "baron des Hauts-de-Seine" venait d'être condamné et que la Fête de l'Humanité débutait, le Parti communiste s'est fendu d'un tweet assez piquant. "Balkany en prison, début de la Fête de l'Humanite : Bien belle journée !", pouvait-on lire. Julien Bayou, le porte-parole d'EELV, s'est réjouit sur Twitter devant "une belle journée pour l'égalité devant l'impôt et la justice".

Et quid du gouvernement et de ses membres ? C'est Nicole Belloubet, ministre de la Justice, qui s'est chargée de donner le point de vue de l'exécutif. Invitée ce dimanche du "Grand Jury" RTL-LCI-Le Figaro, la Garde des Sceaux a estimé qu'être incarcéré pour fraude fiscale n'était "pas exceptionnel". Et de réagir sur l'intérim assuré par Isabelle Balkany à la mairie de Levallois : "On peut trouver que c'est choquant du point de vue politique. (...) Je trouve que c'est choquant, mais comment faire ?". La ministre est loin d'être la seule à s'interroger sur le fait qu'une femme soit exemptée d'incarcération mais libre de diriger une ville.

L'affaire Balkany : plus de 5 ans d'enquête

Le procès Balkany fait suite à cinq années d'enquête sur la dissimulation présumée de plusieurs millions d'euros au fisc de la part des deux époux qui règnent sans partage depuis 1983 sur la ville de Levallois-Perret. L'affaire Balkany a débuté en 2013, quand Didier Schuller, homme politique sulfureux des Hauts-de-Seine, et ancien proche des Balkany, a fait parvenir au juge Renaud van Ruymbeke des éléments sur le patrimoine du couple. Il livrera par la suite un témoignage à charge contre Patrick Balkany sur un potentiel "enrichissement personnel". 

Placée en garde à vue puis en examen en mai 2014 pour "blanchiment de fraude fiscale", Isabelle Balkany va d'abord avouer détenir avec son mari une villa de 3 millions d'euros non déclarée au fisc français, la villa Pamplemousse de Saint-Martin, détenue par le biais d'une société écran. Un an plus tard, c'est la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, renforcée après l'affaire Cahuzac, qui saisira le procureur financier, soupçonnant Patrick Balkany, d'avoir fourni une déclaration de patrimoine mensongère. Le mari d'Isabelle Balkany sera finalement mis en examen à son tour en janvier 2016 pour déclarations mensongères sur son patrimoine. 

La fortune des Balkany cachée dans deux villas

Concrètement, la fortune des Balkany a été, selon le fisc et l'accusation confortés par le jugement du 13 septembre, en partie dissimulée dans deux biens immobiliers, qui sont au centre de l'affaire. La villa Pamplemousse de Saint-Martin, qu'Isabelle Balkany a tardivement reconnue posséder, a été évaluée à 3 millions d'euros par le couple, mais sous-estimée selon le fisc. Jusqu'à sa saisie en 2015, Patrick et Isabelle Balkany y auraient mené grand train, invitant des stars lors de d'anniversaires ou autres célébrations fastueuses. Toutefois, les époux se présentaient comme de simples locataires. L'affaire porte également sur un somptueux riad à Marrakech, que le couple Balkany nie avoir acheté et qui aurait lui aussi été caché au fisc. Cette demeure était détenue depuis 2010 par une SCI marocaine, propriété d'une société panaméenne. Le prix de vente officiel de la villa, 2,75 millions d'euros, aurait été réglé par un homme d'affaires saoudien et complété de versements occultes d'un montant équivalent selon les enquêteurs. Enfin, les Balkany ont aussi été condamnés pour avoir sous-évalué la valeur du moulin de Giverny, dans l'Eure. D'importantes dépenses en espèce sont aussi pesé dans le verdict.

Le verdict du procès Balkany en détail

Patrick et Isabelle Balkany ont été condamnés pour une fraude fiscale estimée à 4,3 millions d'euros, soit 3 millions d'euros au titre de l'impôt sur les revenus non déclarés entre 2009 et 2014, et 1,3 million d'impôt sur la fortune, entre 2010 et 2015. Les deux époux ont été condamnés tous les deux à la prison, 4 ans pour Patrick Balkany et 3 ans pour Isabelle Balkany. Pour le premier, cette peine a été assortie d'un mandat de dépôt, autrement dit d'une incarcération immédiate. Les juges motivent cette décision par le fait que Patrick Balkany possède toujours des avoirs à l'étranger, pouvant justifier sa fuite hors de France. Les deux élus de Levallois-Perret sont en outre condamnés à 10 ans d'inéligibilité.

Le tribunal a souligné dans son verdict un "lourd dommage à la solidarité nationale et à la confiance publique", évoquant la "volonté résolue des époux Balkany de dissimuler méthodiquement à l'administration fiscale l'étendue réelle de leur patrimoine". Outre le procès en appel qui va suivre son cours désormais, le couple Balkany sera de nouveau jugé le 18 octobre dans un second volet de l'affaire, cette fois pour "corruption passive, blanchiment de fraude fiscale aggravé et prise illégale d'intérêt".

Biographie express de Patrick et Isabelle Balkany

Patrick Balkany est né le 16 août 1948, à Neuilly-sur-Seine. Impliqué dans la politique française, il est l'un des membres fondateurs du RPR et à présent membre de l'UMP. Après avoir suivi des études de commerce à l'Ecole Internationale de Genève, il reprend l'entreprise de prêt-à-porter de son père. Acteur à l'occasion pour des séries françaises, il a transmis la fibre de l'entrepreneuriat à ses deux enfants, Vanessa et Alexandre.

Isabelle Balkany, née Isabelle Smadja le 20 septembre 1947 à Boulogne-Billancourt, est issue d'un milieu aisé puisque son père et ses oncles étaient des hommes d'affaires. En 1968, elle entame une carrière de journaliste au journal Combat, propriété de l'un de ses oncles. Elle travaillera également plus tard au service communication d'Europe 1. En 1975, Isabelle Smadja rencontre Patrick Balkany et l'épouse un an plus tard. La carrière politique du couple est lancée.

En 1978, Patrick Balkany convoite un siège de député dans la première circonscription de l'Yonne, qu'il n'obtient pas. Il va donc ouvrir une permanence à Levallois-Perret, et remporte en 1982 un siège de conseiller général dans le canton de Levallois-Perret-Sud et devient vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine. L'année suivante, il est élu Maire de Levallois-Perret. Cette ville va devenir le bastion des Balkany, puisqu'Isabelle Balkany trouvera une place auprès de son époux, élue première adjointe au maire de Levallois-Perret, chargée de l'enfance, des affaires scolaires et de la communication. En 1988, elle sera aussi élue dans le canton de Levallois-Perret-Sud et entre au conseil général des Hauts-de-Seine, que quitte son mari la même année. Elle en sera vice-présidente de 2007 à 2011.

Isabelle Balkany et son mari Patrick sont des proches de Nicolas Sarkozy, un ami d'enfance du maire de Levallois, fils d'un immigré Hongrois comme lui, qu'il aidera dans sa conquête du pouvoir. Les deux hommes deviendront maires tous les deux en 1983, l'un à Levallois, l'autre juste à côté à Neuilly-sur-Seine. Nicolas Sarkozy pourra compter sur l'entregent de Patrick Balkany pour gravir les échelons du pouvoir. Les deux soutiendront ardemment Edouard Balladur lors de la présidentielle de 1995. Patrick Balkany, perdra par la suite son fauteuil de maire face à Olivier de Chazeaux, mais sera réélu en 2002 et 2008. Lors des élections municipales 2014, Patrick Balkany est une nouvelle fois élu maire de Levallois-Perret. Il a aussi été député de la 5e circonscription des Hauts-de-Seine de 2002 à 2017 et ce malgré les critiques récurrentes sur sa gestion de la ville et les affaires dans lesquelles le couple est cité.

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