Jean-Paul Delevoye : au gouvernement, prêt à jouer des coudes avec Macron ?

Jean-Paul Delevoye : au gouvernement, prêt à jouer des coudes avec Macron ? Le haut commissaire à la réforme des retraites intègre le gouvernement. Jean-Paul Delevoye l'a lui-même confirmé à La Voix du Nord, en donnant quelques pistes sur son futur travail.

[Mis à jour le 3 septembre 2019 à 14h47] Il faudra bien s'y atteler un jour... La réforme des retraites promise par Emmanuel Macron n'est pas pour tout de suite, le président et le Premier ministre ont convenu qu'il fallait prendre le temps nécessaire d'une nouvelle consultation et reporter l'échéancier. Le texte de loi qui modifiera les régimes de retraites ne sera présenté qu'après les élections municipales. Et pour porter une telle réforme, il faut manifestement repenser le cadre actuel et donner plus d'épaisseur et de moyens aux personnes qui en auront la charge. Le président et son Premier ministre pensent donc décharger Agnès Buzyn, ministre des Solidarités, de cet épineux dossier et créer un périmètre propre.

Pour prendre la tête de ces nouvelles fonctions gouvernementales, c'est un nouveau poste qui se crée. Et celui-ci doit être confié à l'actuel haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, qui a remis son rapport sur le sujet mi-juillet au gouvernement. Le principal intéressé n'a pas entendu la communication de Matignon pour confirmer son entrée dans l'exécutif. A la Voix du Nord, il se projette déjà dans ses nouvelles fonctions, indique qu'il garde son titre et ne devient pas "ministre". "Il était logique qu'ayant commencé comme haut-commissaire, je poursuive mon travail comme tel. Je garde la même équipe, le même lieu, pour être l'interlocuteur privilégié des partenaires et écrire la future loi", dit-il.

Jean-Paul Delevoye donne aussi son sentiment sur les récents propos d'Emmanuel Macron, qui semblait remettre en cause l'idée forte de ses préconisations, à savoir la création d'un "âge pivot" (64 ans) permettant d'obtenir un taux plein. Le président a fait savoir qu'il préférait que la variable d'ajustement soit la durée de cotisation, ce qui promet d'intenses conversations. "La position d'Emmanuel Macron fait partie du débat. La loi s'écrit en marchant. Il faut considérer que la solution est à trouver entre deux", dit-il, laissant entendre qu'il tentera de défendre ses positions et de convaincre le chef de l'Etat d'avancer sur ses recommandations. Quitte à jouer un peu des coudes avec ses interlocuteurs, avec l'Elysée et Matignon ? "La confiance que me montre le président par ma nomination montre en réalité qu'il nous faut réapprendre en France la culture de la controverse. Le président n'est pas lié par mon rapport. Il apporte sa clarification", assure Jean-Paul Delevoye à La Voix du Nord.

Un homme de dialogue pour la grande réforme du quinquennat

Jean-Paul Delevoye est un grand habitué des arcanes du pouvoir. Cet ancien maire de Bapaume, dans le Pas-de-Calais, fut député, sénateur et ministre de la Fonction publique sous le quinquennat de Jacques Chirac, entre 2002 et 2004. Le septuagénaire est présenté comme un homme de compromis, qui sait convaincre, synthétiser et imposer une décision. Des qualités qui lui ont permis de présider l'Association des Maires de France pendant 10 ans. Cet ancien négociant en aliments pour bétail a aussi pris la tête du Conseil économique, social et environnemental de 2010 à 2015. Ce médiateur professionnel n'en a pas oublié de faire une carrière politique, militant depuis les années 1980 pour un gaullisme social qu'il a toujours revendiqué incarner. C'est sur ces convictions qu'il s'engagera aux côtés d'Alain Juppé lorsque celui-ci briguait l'Elysée. Une fois battu par François Fillon, il fera néanmoins le choix de rejoindre l'équipe d'Emmanuel Macron.

Pour le candidat d'En Marche, cette démarche ne passe pas inaperçue. Au contraire : Jean-Paul Delevoye a choisi de se détourner de François Fillon, qu'il connaît bien pour avoir porté avec lui au gouvernement, en 2003, la réforme des retraites des fonctionnaires. Emmanuel Macron apprécie l'homme, qu'il estime droit dans ses bottes autant que dans ses convictions, et lui confie alors le soin de diriger la Commission nationale d'investiture de LREM pour les législatives. Quelques semaines plus tard, le président disposera d'une majorité à l'Assemblée nationale...

Jean-Paul Delevoye était depuis le "monsieur retraites" sur lequel s'appuyait le gouvernement pour préparer la future réforme : après avoir mené des consultations avec les organisations syndicales et patronales, il a officiellement présenté ses recommandations le 18 juillet. Dans ses nouvelles fonctions, il devra défendre son rapport, lancer une nouvelle phase de concertations et faire valoir ses arbitrages. Une mission à haut-risque, bien plus politique, qui devrait changer la nature de ses relations avec les partenaires sociaux.

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