Election du président de LR : Retailleau, Ciotti... ou Pradié ? Qui pour diriger la droite ?

Election du président de LR : Retailleau, Ciotti... ou Pradié ? Qui pour diriger la droite ? PRESIDENT LR. Faute d'une candidature de Laurent Wauquiez, le président des sénateurs LR, Bruno Retailleau, a annoncé vendredi 2 septembre sa candidature en vue de l'élection du président des Républicains, affirmant ne pas être "homme à [se] dérober".

[Mise à jour le 2 septembre à 18h10] La rumeur courait depuis plusieurs jours déjà. C'est désormais officiel. Après Éric Ciotti et Serge Grouard, maire d'Orléans, le patron des sénateurs Les Républicains, Bruno Retailleau, a annoncé sa candidature à la présidence du parti vendredi 2 septembre, dans une interview accordée au Figaro. "Oui, je serai candidat à la présidence des Républicains", a très explicitement déclaré Bruno Retailleau, qui a justifié sa candidature par l'absence de celle de Laurent Wauquiez. "Laurent Wauquiez avait toutes les qualités pour présider notre mouvement mais, en son absence, beaucoup m'ont demandé de me présenter. Je ne suis pas en manque de responsabilités, mais je ne suis pas homme à me dérober." Le match entre les candidats, dont le résultat sera connu début décembre, ne se jouera-t-il qu'à trois ou à davantage ? Qui a ses chances pour succéder à Nicolas Sarkozy, Laurent Wauquiez et Christian Jacob ? On fait le point.

Quelle est la date de l'élection du nouveau président LR ?

Les candidats potentiels à l'élection ont jusqu'au 3 octobre 2022 à 18h au plus tard pour effectuer le dépôt des parrainages requis auprès de la Haute Autorité, laquelle publiera la liste officielle des candidats le 18 octobre. Après une campagne qui pourra s'étaler sur deux mois, le premier tour du congrès se tiendra du 3 décembre 2022 à 18h au dimanche 4 décembre 2022 à 18h. Si aucun des candidats n'a obtenu la majorité des suffrages exprimés lors de ce premier vote, un second tour sera organisé les 10 et 11 décembre 2022.

Si le congrès d'octobre 2019 s'était déroulé sans surprises, Christian Jacob, candidat largement favori, l'ayant emporté dès le premier tour avec plus de 62% des voix, cette fois, le suspense devrait être au rendez-vous. D'autant plus que le futur président aura peut-être un avenir présidentiel : "Nous devons nous débarrasser définitivement des primaires, que j'ai d'ailleurs sorties des statuts LR, et mon successeur doit avoir vocation à être candidat en 2027", expliquait Christian Jacob lors d'une interview disponible sur le site des Républicains.

Avant le congrès, une recomposition en cours au sein du parti

La démission de Christian Jacob a fait quelques vagues. Ancien ministre, ancien maire de Provins et ex-président du groupe UMP puis LR à l'Assemblée (de 2010 à 2019), il avait pris la tête du parti en octobre 2019. Connu pour sa capacité à fédérer, il avait rassemblé le parti en vue de la période électorale de 2022. Pour autant, la formation, affaiblie par les scores des élections, est aujourd'hui traversée par des lignées politiques et idéologiques assez diverses, menaçant son unité. Peu de sujets y font l'unanimité, à commencer par l'héritage laissé par Christian Jacob. Le Monde citait à ce titre l'admiration d'Aurélien Pradié pour son ancien président "chiraquien", qui a su transmettre son expérience à la nouvelle garde. Mais le média citait aussi le député européen Brice Hortefeux qui se montre plus nuancé sur l'ancien patron, évoquant son manque d'incarnation de la fonction et son côté "non présidentiable".

En outre, ce départ de la rue Vaugirard intervient alors que le président de la République était en pleine phase de négociations avec les chefs de parti de l'opposition. Le groupe LR occupe de fait un rôle de choix au sein de cette nouvelle Assemblée sans majorité, tiraillée entre deux oppositions on ne peut plus divergentes (à savoir la Nupes et le RN). Avec quelques 70 députés, la droite républicaine pourrait être l'alliée adéquate d'un camp présidentiel en difficulté depuis la perte de la majorité absolue le 19 juin dernier. Le choix de son leader sera donc crucial dans l'avenir de la vie politique française et déterminera une partie des rapports de force au sein de l'hémicycle. 

Le parti se réorganise d'ailleurs dans son ensemble. L'élection d'Olivier Marleix à la tête du groupe parlementaire le 22 juin dernier aura marqué un tournant, peu après le départ de Damien Abad, conquis par la macronie. Et les changements ne s'arrêtent pas là. Cécile Richez, jusqu'alors directrice de communication du parti, sera remplacée par Marie-Eve Malouines, l'actuelle chargée de communication de Anne Genevard. Pour sa part, Cécile Richez devrait devenir secrétaire générale à partir de septembre. Elle succèdera à ce titre à Jean-François Verdier, qui sera pour sa part placé dans l'administration du parti. 

Laurent Wauquiez renonce à se présenter à la présidence du parti

Le premier tour de l'élection à la Présidence des Républicains aura donc  lieu cet hiver, et sera précédé par une campagne qui débutera à l'automne, comme l'a précisé Annie Genevard, la présidente par intérim. Occupant le poste depuis le départ de Christian Jacob au mois de juin, cette dernière se retirera pour laisser la place au futur désigné par le vote du congrès du parti. Oui, mais qui ? Laurent Wauquiez, le grand favori des barons du parti, s'est rapidement retiré au profit d'autres ambitions, plus... Présidentielles. Dans une lettre publiée sur ses réseaux sociaux, Laurent Wauquiez, l'ex-ministre et actuel président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a annoncé renoncer à briguer la présidence LR dont l'élection aura lieu à l'automne. A la place, il entend "consacrer toute son énergie" à la "refondation" qu'il pense indispensable au pays. Se disant déterminer à "dépasser les questions d'appareil", il dit vouloir être au "rendez-vous du grand choix démocratique de 2027", de quoi laisser penser qu'il aspire à la plus haute des présidences, celle de la République.

Aurélien Pradié concourra-t-il à la présidence LR ?

Vice-présidente déléguée des Républicains depuis 2021, Annie Genevard occupe la présidence du parti par intérim depuis le 1er juillet. Cette mission, elle devrait l'assurer au moins pendant cinq mois, le temps que se tiennent les élections désignant le président officiel à l'automne. Cette élection tant attendue sera l'occasion idéale de resserrer les rangs. Mais sans Laurent Wauquiez dans l'équation, qui peut prétendre au poste ? 

Il "y pense sérieusement". Représentant de la nouvelle génération du parti, Aurélien Pradié est l'un des potentiels candidats les plus crédibles. Proche de Christian Jacob, il devint secrétaire général des Républicains après l'élection de ce dernier à la présidence du parti en octobre 2019. Très actif sur le terrain en Occitanie, il a été successivement conseiller général du Lot, maire de Cœur de Causse et conseiller régional d'Occitanie. Dès ses débuts en politique, il a mêlé son attachement au territoire à ses ambitions de carrière en devenant président des Jeunes UMP du Lot. En 2022, il est réélu député de la 1ere circonscription du Lot à l'issue d'une campagne remarquée dans la région.

Sur le plan idéologique, il se revendique de l'aile sociale du parti, celle de George Pompidou, et s'est souvent engagé sur des thématiques sociales comme la pauvreté, le handicap ou les violences faites aux femmes. Il interroge la prépondérance du libéralisme économique dans la société et estime que les questions sociales doivent compter autant que l'aspect régalien de la gouvernance. Cette aile sociale existe plus que jamais à l'heure où les Français ont besoin de justice", a-t-il d'ailleurs affirmé lors de l'interview qu'il a accordée à Linternaute. Interrogé par MidiLibre, il évoquait le "message national" envoyé par les électeurs aux législatives : "Parmi ceux qui font les meilleurs scores chez Les Républicains, ce sont des candidats de la nouvelle génération ou ceux qui portent un message politique populaire et de justice sociale". Défendant ainsi sa lignée politique, il affirmait : "C'est le chemin de la reconstruction politique que l'on doit prendre". Pour Aurélien Pradié et la jeunesse républicaine qu'il incarne, l'idée de la fin d'une époque est "une réalité", et il est temps de "prendre le relais".

Eric Ciotti candidat à la présidence du parti LR

La nouvelle garde s'organise... Mais c'est sans compter sur la ténacité des anciens. En face aussi, on se sent prêt à "relever le défi", pour reprendre les propos d'un Eric Ciotti qui s'est dit "très déterminé" à participer à la reconstruction de la maison, comme il le confiait au JDD le 24 juillet... Avant de confirmer sa candidature ce 26 juillet. "Je travaille à la constitution d'une équipe de rassemblement", a-t-il indiqué à l'AFP, officialisant l'annonce faite au quotidien Nice-Matin. Actuellement questeur de l'Assemblée nationale et personnage emblématique de sa région, les Alpes-Maritimes, il pourrait bientôt devenir un personnage incontournable de la vie politique du pays. Il a d'ailleurs assuré avoir déjà engagé "un travail pour proposer à la fois un rassemblement large et une offre politique modernisée, en phase avec les attentes des Français". Candidat déchu de la primaire de la droite, il souhaite rebondir sur le "succès inattendu" qu'a représenté à ses yeux ce dernier scrutin. "Pour redresser notre pays, a-t-il ajouté dans le quotidien sudiste, il n'y a qu'une voie: celle de la réforme". Avec la date du 3 décembre dans le viseur, il entend plus que jamais compter dans l'avenir d'un parti qu'il n'a jamais quitté malgré les appels extérieurs (notamment ceux d'Eric Zemmour).

Qui sont les candidats à la présidence ?

Après Eric Ciotti et Serge Grouard, maire d'Orléans qui a annoncé sa candidature, Bruno Retailleau leur a emboîté le pas vendredi 2 septembre. Le patron des sénateurs LR s'est officiellement lancé dans la course à la présidence du parti. Plusieurs cadres, à commencer par le président du Sénat Gérard Larcher, le soutiennent. Mais la tâche ne sera pas facile pour l'élu de 61 ans qui, s'il est apprécié en interne, devra tenter de peser face à un électorat qui a notamment permis à Eric Ciotti d'arriver au 2e tour de la primaire interne pour la présidentielle, aidé par la plus grosse formation locale du parti, celle des Alpes-Maritimes avec ses 10 000 adhérents.

Aurélien Pradié, secrétaire général du parti, pourrait également entrer dans la danse, tout comme Michel Barnier. L'ancien commissaire européen et ex-ministre a admis à nos confrères du Figaro qu'il n'excluait pas l'idée d'une candidature. Connu pour sa casquette d'ex-négociateur du Brexit, il a insisté sur la nécessité de l'adhésion à un "objectif collectif" pour pouvoir se présenter. "Je veux être utile à ma famille politique et je suis prêt à participer à la reconstruction du parti. Qu'on ne sous-estime pas ma propre capacité à relever ce défi", a-t-il prévenu

Le nom du maire de Troyes François Baroin circule également. L'ex-président de l'Association des maires de France et grand soutien de François Fillon à la présidentielle 2017 pourrait bien être le second sur la liste des personnalités les plus pressenties. On pense aussi au président du conseil régional des Hauts-de-France Xavier Bertrand, qui revient sur le devant de la scène malgré sa lourde défaite à la primaire du parti en décembre 2021 (donné favori, il a fini quatrième avec 22,4% des voix au premier tour). Grand opposant à Laurent Wauquiez, il avait même quitté le parti en 2017, lorsque ce dernier en avait pris la tête ; il pourrait cette fois le défier dans cette course à la présidence. Enfin, David Lisnard, maire de Cannes et président de l'Association des maires de France, aurait également quelques ambitions pour la rentée, et nombreux sont ceux qui l'imaginent faire campagne dès septembre. 

De son côté, Virginie Calmels avait annoncé sa candidature fin août. Ex-numéro 2 du parti et ancienne première adjointe d'Alain Juppé lorsqu'il était maire de Bordeaux (Gironde), cette dirigeante d'entreprises a finalement vu son dossier être retoqué par la direction du parti. Tout candidat devait être à jour de cotisation au 22 juillet 2022. Or, selon la Haute autorité des Républicains, ce n'était pas le cas, rendant caduque son ambition.