Port du voile dans le sport : Macron tranche... mais peut-il vraiment décider ?

Port du voile dans le sport : Macron tranche... mais peut-il vraiment décider ? Emmanuel Macron a tranché concernant le port du voile dans les compétitions sportives, lors de sa grande interview ce mardi. En revanche, est-il le réel décideur en la matière ?

Dans sa longue interview accordée à TF1 mari soir, Emmanuel Macron s'est prononcé contre le port de signes religieux dans les compétitions sportives. Interpellé par Sylvie Eberena - championne de France d'haltérophilie 2024 - sur le port du voile dans le sport, le président de la République a été clair : "Je suis pour la charte olympique, qui interdit le port de tout signe religieux en compétition. Je suis pour qu'on applique la charte olympique dans les compétitions. Pour la pratique du sport (hors compétition), c'est aux fédérations de décider", a-t-il déclaré.

Avant de préciser : "Je distinguerais la pratique sportive dans les infrastructures et les compétitions. C'est à chaque fédération de voir. Quand on est dans une compétition, ce n'est pas la place d'un signe religieux, quel qu'il soit, parce que c'est l'égalité entre les femmes et les hommes, l'égalité entre chacun. Dans les infrastructures sportives, pour aller s'entraîner, il faut du pragmatisme et notre loi ne l'empêche pas", abonde le chef de l'Etat. 

En effet, la charte olympique n'autorise "aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale (...) dans un lieu, site ou autre emplacement olympique", selon les termes utilisés dans sa règle 50.2. En revanche, le Comité international olympique (CIO) considère, lui, le voile comme un objet culturel et non cultuel et en autorise de facto le port lors des Jeux olympiques. En France, chaque fédération est libre d'interdire ou non le port du voile en compétition officielle, peu importe le niveau. Le football, le rugby, le basket et le volley ont justement décidé de l'interdire dans le cadre des rencontres officielles.

Le gouvernement français divisé

Le 5 mars 2024, une proposition de loi a été déposée par le sénateur LR de l'Isère, Michel Savin pour assurer le respect du principe de laïcité dans le sport. "La proposition de loi interdit le port de signes ou tenues manifestant ostensiblement une appartenance politique ou religieuse lors des compétitions organisées par les fédérations sportives, leurs ligues professionnelles et leurs associations affiliées", développe le site du Sénat.

La proposition de loi - qui doit encore atterrir à l'Assemblée nationale - contient également une obligation pour les piscines d'inscrire dans leur règlement intérieur de prohiber le port de tenues susceptibles de "contrevenir" aux principes de "neutralité des services publics" et de laïcité. Si le Premier ministre François Bayrou se positionne sur la même ligne que le sénateur de l'Isère, le sujet du port du voile a toutefois fait du grabuge au sein du gouvernement.

La ministre des Sports Marie Barsacq mettait notamment en garde contre les "amalgames" entre le port du voile et la radicalisation dans le sport. Reste que, pour l'instant, les fédérations sportives et les clubs sont quelque peu livrés à eux-mêmes et décident en la matière, d'autant plus après le "pragmatisme", réclamé par Emmanuel Macron, mardi soir, lors de sa grande interview. Le président de la République n'est donc pas le décideur dans ce cas de figure.