Surpopulation carcérale : les prisons françaises franchissent un nouveau record

Noélie Legrand
Noélie Legrand

Surpopulation carcérale : les prisons françaises franchissent un nouveau record Les établissements pénitentiaires n'ont jamais accueilli autant de personnes. Avec 90 020 détenus pour 63 348 places, le taux d'occupation global atteint 142,1 %.

Le record est de nouveau battu dans les prisons françaises. Selon les statistiques du ministère de la Justice rendues publiques samedi 3 octobre et relayées par Libération, au 1er septembre, elles hébergeaient 90 020 détenus pour 63 348 places opérationnelles. En un an, la population carcérale a ainsi bondi de 6,8 %, alors que le nombre de places n'a progressé, de son côté, que de 1,2 %.

Pour pallier le manque de lits, 8 347 matelas étaient posés à même le sol, soit 51,8 % de plus qu'au 1er septembre 2025. Le taux de suroccupation global s'élève à 142,1 %. Il grimpe à 176,1 % dans les maisons d'arrêt, qui accueillent des condamnés à de courtes peines, mais aussi des personnes en attente de jugement, donc présumées innocentes. À l'échelle du continent, la France se classe parmi les plus mauvais élèves et partage avec la Turquie la tête du classement, avec 131 détenus pour 100 places, devant la Croatie et l'Italie, d'après les chiffres 2025 du Conseil de l'Europe.

"Un entrepôt humain" : le Conseil de l'Europe sonne l'alerte

En début d'année 2026, le Conseil de l'Europe avait déjà tiré la sonnette d'alarme dans un rapport, évoquant le risque de voir les prisons françaises devenir un "entrepôt humain". La contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, déplorait de son côté l'absence de "mesure d'envergure nationale", dans un avis publié au Journal officiel début juillet.

Le ministère de la Justice indique avoir prévu d'ouvrir 3 000 places dans des prisons modulaires, présentées comme moins coûteuses et plus rapides à bâtir, dont la moitié dès 2027. Un plan national lancé en 2018 promettait pourtant 15 000 places supplémentaires, dont moins d'un tiers ont été livrées, précise Franceinfo.

Dominique Simonnot doute, de son côté, que construire suffise. Au rythme actuel, il faudrait selon elle "mettre en service un centre pénitentiaire toutes les six semaines" pour absorber la hausse. Elle ajoute que les aménagements de peine et les alternatives à l'incarcération, "bien qu'indispensables", demeurent "sous-utilisés ou entravés par des conditions de mise en œuvre restrictives".