Ligne Azur : qu'est-ce que c'est ?

Ligne Azur : qu'est-ce que c'est ? Un piratage a frappé cette semaine le site Internet de Ligne Azur. Un dispositif contre l'homophobie au cœur de la polémique sur la théorie du genre à l'école. Entre pro et anti-Ligne Azur, difficile de démêler le vrai du faux.

Le site Internet de Ligne Azur a été indisponible pendant près d'une semaine. Depuis le 3 février, l'URL (ligneazur.org) envoyait vers une page d'erreur. Une fois rétablie, la page d'accueil affichait un message "a minima", les dirigeants pointant des "attaques" qui auraient "endommagé" un certain nombre de "données". Ligne Azur, hébergée aujourd'hui par l'association Sida info service, annonce depuis sa migration vers un nouvel hébergeur pour mieux expliquer sa mission. Il faut dire que ce dispositif est au cœur d'une énorme polémique depuis les premières rumeurs sur la théorie du genre à l'école. La ligne a été l'objet de nombreux fantasmes depuis le début de l'année.

Qu'est-ce exactement que la Ligne Azur ? Il s'agit d'une ligne téléphonique doublée d'un site Internet mis en place en 1997. Ceux-ci ont pour vocation d'informer sur l'orientation sexuelle et les discriminations, mais surtout de lutter contre l'homophobie et de prévenir contre le mal être et le suicide de jeunes homosexuels confrontés au regard des autres. Un mal être reconnu dès 2008, pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, par le ministre de l'Education Xavier Darcos. Ce dernier voulait alors "faire connaître la Ligne Azur" pour permettre "aux jeunes qui ne sont pas bien, ou qui ont le sentiment d'être embarrassés par autrui, de trouver une écoute d'une manière anonyme" auprès de spécialistes.

Un site "incitatif" voire "pornographique" ?

Dès septembre 2008, un parrainage du ministère de l'Education a donc été accordé à cette ligne d'écoute et une campagne d'affichage a été lancée dans les infirmeries des établissements scolaires pour la faire connaître. Luc Chatel reprendra le dossier à son arrivée au ministère en renouvelant le partenariat, avec un discours fort sur "la souffrance de celles et ceux qui s'interrogent sur leur sexualité". Dès 2010, le ministre relance la campagne d'information pour lutter contre "le repli sur soi, l'isolement et la peur du regard des autres" et veiller au "bien-être et à l'équilibre psychique des adolescents". Après l'alternance de 2012, Vincent Peillon ne fera que s'inscrire dans la continuité. Alain Miguet, le responsable de la Ligne Azur, explique que celle-ci est financée par l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé publique (INPES), mais reste néanmoins indépendante dans son contenu.

Et c'est là que la Ligne Azur est la plus attaquée. Selon ses détracteurs, qui comptent nombre de militants catholiques et membres de la Manif pour tous, le contenu du site serait "incitatif" et renverrait même à des "contenus pornographiques". Parmi les principales critiques : un tableau incitant les jeunes "à se positionner" sexuellement en s'identifiant à des "pratiques sexuelles" explicites et "présentées comme étant de même valeur". Le député UMP Sébastien Huygues s'est récemment associé à ces critiques, dénonçant, capture d'écran à l'appui, une grille où les ados doivent déclarer s'ils se sentent "homme, femme, homo, bi, hétéro, trans..." ou encore s'ils ont déjà pratiqué "masturbation, pénétration buccale, pénétration anale, vaginale, autre, aucune, etc." Les Associations Familiales Catholiques (AFC) ont annoncé avoir lancé un recours devant le Conseil d'Etat contre le soutien gouvernemental et scolaire du programme. Circonstance aggravante selon eux : la promotion de la ligne Azur et de ses contenus se fait dès le collège, à un moment où la reproduction est évoquée dans les cours de biologie.

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La capture du tableaux sur "l'orientation sexuelle" publiée dans un communiqué de l'UMP par Sébastien Huygues. © Capture u-m-p.org

Ce que dit précisément le site de Ligne Azur

Le responsable du site Alain Miguet a tenté de rétablir les faits dans les médias. Selon lui, le tableau pointé n'est pas un "questionnaire" mais plutôt un "schéma" dont la vocation est de "lutter contre l'homophobie". Le but : expliquer que "l'on peut par exemple naître homme et être néanmoins attiré par des hommes". Le tableau serait en outre adressé à un public adolescent et adulte. Et il martèle qu'en "aucun cas, il ne s'agit de demander à des enfants de onze ans de déterminer leur identité sexuelle", comme cela a pu être avancé par les opposants. La grille était en outre en ligne depuis plus de deux ans, soit bien avant les débats sur le mariage pour tous ou sur l'extension de la PMA aux couples homosexuels. Alain Miguet répond à Sébastien Huygues que les termes critiqués étaient déjà en ligne quand son parti était au pouvoir.

Quant aux accusations de "pornographie" du site, elles visaient une brochure intitulée "Tomber la culotte !" et destinée aux lesbiennes. Celle-ci donne "informations", "conseils", "témoignages" et "ressources pour s'informer, s'affirmer, s'amuser et prendre soin de soi quand on est une femme qui a des rapports sexuels avec des femmes" selon sa propre présentation. "Tomber la culotte !" n'a en revanche jamais été publié sur le site de Ligne Azur, mais sur celui de Sida Info Service.

Depuis le 3 février, les opposants à la Ligne Azur ont aussi affirmé que le piratage du site n'était qu'une manipulation pour permettre à ses dirigeants de "nettoyer" le site de toute preuve de l'implication du gouvernement dans la théorie du genre. Une accusation reprise par des membres de l'UMP, mais aussi par le Figaro dans un édito de Guillaume Tabard. "C'est faux", répond encore une fois Alain Miguet. "La page a minima", mise en place en urgence après le piratage n'est que "provisoire" selon lui. Et il promet que "l'intégralité des contenus" seront bientôt de retour. Il annonce aussi avoir porté plainte auprès du procureur de la République de Paris pour "attaque contre le site Internet" et "injures homophobes" postées sur la plateforme.

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La page de la Ligne Azur en ligne après le piratage. © Capture Ligneazur.org

EN VIDÉO - Le ministre de l'Éducation nationale avait demandé le 29 janvier aux responsables d'établissements scolaires de convoquer les parents boycottant un prétendu enseignement de la "théorie du genre".