Pourquoi Royal ne supprimera pas l'heure d'été

Pourquoi Royal ne supprimera pas l'heure d'été HEURE ETE - Samedi soir, la ministre de l'Ecologie a annoncé qu'elle allait lancer des études sur l'impact du changement horaire. Ségolène Royal a laissé la porte ouverte à une abrogation dès 2016. Mais ce retour à une heure unique pourrait bien être impossible.

[Mis à jour le dimanche 29 mars 2015 à 13h00] C'est une annonce qui tombe pile au bon moment pour ceux qui goûtent peu au changement d'heure. Hier soir, la ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, a annoncé sur son compte Twitter qu'elle allait lancer une série d'études sur l'impact de l'heure d'été. Objectif : voir si le changement d'heure 2015 a une réelle utilité en matière d'économie d'énergie. Elle écrit : "Changement d'heure : les Français doutent de l'impact sur les économies d'énergie qui en était la raison d'être, le ministère va les vérifier. [...] Le ministère va vérifier la justification et rendra publics les résultats pour décider de l'opportunité l'année prochaine". Elle laisse ainsi ouverte la possibilité d'une abrogation du changement d'heure dès 2016. Néanmoins, plusieurs arguments importants laissent envisager un maintien du changement d'heure. 

D'abord, parce que les résultats pourraient effectivement montrer que le changement d'heure permet de réaliser des économies d'énergie. L'étude demandée par Ségolène Royal pourrait être confiée à l'ADEME. Cette agence de l'Etat est spécialisée dans la mise en place de solutions pour alléger la facture énergétique. Or, cette organisation estime jusqu'ici que les effets du changement d'heure sont positifs : dans ses derniers chiffres, elle estime que les économies d'énergie générées par l'heure d'été sont équivalents à la consommation et aux émissions de gaz à effet de serre d'une ville de 800 000 ménages. EDF, de son côté, estime que le changement d'heure fait baisser la consommation d'électricité de 4 %. Si ces résultats sont confirmée, il sera impossible à la ministre de l'Ecologie de "vendre" une abrogation, certes populaire (une étude dévoilée cette semaine assurait que 19 % des Français sont en faveur de l'heure d'été), mais énergivore. Surtout à quelques mois de la conférence mondiale sur le climat de Paris...

Ensuite, la mesure se heurterait à plusieurs groupes d'intérêts. Depuis la mise en place du changement d'heure, en 1976, les industries du tourisme, des loisirs, du sport bénéficient d'un ensoleillement favorable en fin de journée. Les commerçants, clubs de football ou villes touristiques pourraient protester contre un retour à l'heure d'hiver permanente (GMT+1). Les cafetiers et restaurants, qui mettent des terrasses à disposition de leurs clients, pourraient également grogner en voyant le soleil se coucher à 20h58 au solstice d'été (à Paris) plutôt qu'à 21h58. 

Enfin, la France ferait cavalier seul sur ce sujet. Depuis 1998, c'est une directive européenne qui fixe les dates et modalités du changement d'heure dans les 28 Etats-membres. Si la France décidait l'abrogation du changement d'heure, ses voisins n'ont pris aucun engagement sur la question. Comme dans les années 1970, les frontaliers pourraient peu goûter au changement. Quant à la SNCF ou aux aéroports, ils devraient engager de nouveaux coûts afin d'adapter leurs procédures (franchissement d'un fuseau horaire en été pour atteindre les pays voisins, etc.). Le plus simple, c'est donc de ne rien changer...

En vidéo : Ségolène Royal s'interroge sur l'avenir du changement d'heure :