Affaire Grégory : cette fois, Murielle Bolle interpelle les parents Villemin

Affaire Grégory : cette fois, Murielle Bolle interpelle les parents Villemin AFFAIRE GREGORY - Murielle Bolle, l'une des protagonistes de l'affaire Grégory, a accepté de s'exprimer dans le documentaire "La Malédiction de la Vologne". Elle parle notamment des parents de l'enfant mort en 1984.

[Mis à jour le 6 décembre 2018 à 16h46] Ce jeudi 6 décembre, France 3 diffuse la deuxième partie du documentaire consacré à la mort du petit Grégory Villemin, qui retrace une affaire vieille de 34 ans, qui demeure l'un des plus grands mystères dans l'histoire criminelle du pays. Murielle Bolle, l'unes des principales protagonistes de ce grand dossier judiciaire, a décidé en cette fin d'année 2018 de sortir de son silence. Elle a rédigé et publié un ouvrage, dans lequel elle donne sa version des faits. Et elle accepte des interviews, des entretiens, avec des journalistes, et répond aux questions avec une émotion non dissimulée.

Murielle Bolle avait 15 ans lorsque a éclaté l'affaire. Celle qui avait témoigné contre son beau-frère, Bernard Laroche, avant de finalement se rétracter quelques jours plus tard, est encore marquée par ce drame, qui l'aura poursuivi toute sa vie. Elle affirme avoir un regret : avoir ciblé Bernard Laroche. Considéré comme le principal suspect, il se fera assassiné par Jean-Marie Villemin, le père du petit Grégory.

Murielle Bolle donne une réponse aux parents du petit Grégory

Dans "La Malédiction de la Vologne", Murielle Bolle redit ce qu'elle a clamé sur TF1 il y a quelques semaines déjà : non, malgré ce qu'elle a avoué aux gendarmes à l'époque, elle n'a rien à voir avec l'enlèvement et le meurtre de Grégory Villemin en ce mois d'octobre 1984. Pas plus que Bernard Laroche. Ses aveux avaient été soustraits selon elle par des gendarmes qui avaient poussé à bout la jeune adolescente qu'elle était.

Mais sur France 3, Murielle Bolle en dit encore un peu plus et donne cette fois une réponse aux parents du petit Grégory, qui continuent de chercher la vérité sur la mort de leur fils et semblent persuadés depuis le début de la culpabilité de Laroche. "Ils s'acharnent sur Bernard... C'est pas Bernard, c'est pas moi", martèle Murielle Bolle, poussée par le journaliste dans un extrait du documentaire "La Malédiction de la Vologne". "Je comprends leur douleur. Eux aussi qu'ils se mettent à notre place. Ma famille aussi, ils ont souffert autant qu'eux", bredouille-t-elle dans un nouveau sanglot. Murielle Bolle témoigne aussi de son incapacité à faire le deuil de Bernard Laroche, tué en mars 1985 par Jean-Marie Villemin, le père du petit Grégory, persuadé de sa culpabilité. "Je me sens responsable de ce qu'i lui est arrivé."

Murielle Bolle s'était déjà exprimée sur TF1, dans l'émission Sept à Huit, le dimanche 4 novembre dans laquelle elle s'était montrée très émue et touchée. "La vérité, c'est que j'ai bien pris le bus scolaire ce jour-là, et Bernard était là quand je suis rentrée de l'école… ", a-t-elle confié. "Si je n'avais pas eu la peur des gendarmes et dit ce que, eux, m'avaient dit, Bernard serait peut-être encore là." Elle y exprimait également ses regrets, après des dizaines années de tourmente : "Je m'en voudrai toute ma vie de toute façon. Tous les jours je pense à lui."

Un appel au "vrai coupable" de l'affaire Grégory

Depuis début novembre, Murielle Bolle ose d'ailleurs pour la première fois à la télévision revenir sur ce qu'elle a ressenti pendant toutes ces années : "On m'a fait passer pour un monstre, on m'a jeté en pâture. J'en ai marre (...). Personne ne veut m'entendre. Ils n'écoutent pas ce que je leur dis." Elle est revenue également lors de son passage sur TF1 sur sa première audition avec les gendarmes et assure "avoir eu peur" d'eux. "Peut-être que si je n'avais pas eu si peur des gendarmes, Bernard (Laroche NDLR.) serait encore là", ajoutait-elle, avant de fondre en larmes.

Et finalement de donner son souhait le plus cher sur cette affaire criminelle qui a bouleversé toute sa vie : "Il faut qu'ils trouvent vraiment le vrai coupable. Si le vrai coupable voit cette interview, qu'enfin il dise que c'est lui et qu'il nous laisse tranquilles. Je crois qu'il a fait assez de mal, maintenant. Il a détruit plusieurs familles". Le 7 novembre est sorti le livre de Murielle Bolle, "Briser le silence", rédigé à la première personne et coécrit par Pauline Guéna. Murielle Bolle y retrace la chronologie des événements depuis 1984 et confirme donc sa version selon laquelle elle n'était pas dans la voiture de son beau-frère le jour de l'enlèvement. découvrez ci-dessous notre résumé des événements et un focus sur ces personnages clés.

En savoir plus

Résumé de l'affaire Grégory

Acte 1 - Ce drame commence dans les Vosges. Le 16 octobre 1984, le corps de Gregory Villemin, âgé de 4 ans, est retrouvé dans une rivière, La Vologne. Ses pieds et ses mains sont liés par des cordelettes. L'oncle du petit garçon déclare alors avoir répondu le jour même à un appel téléphonique anonyme revendiquant l'assassinat. Le lendemain, ce sont les parents de Gregory Villemin qui reçoivent une lettre, elle aussi anonyme, sur laquelle il est écrit : "Ton fils est mort. Je me suis vengé." On parle alors d'un "corbeau", qui serait responsable du meurtre. Les époux Villemin étaient déjà harcelés depuis plusieurs années via les mêmes procédés.

Acte 2 - La justice pense d'abord que le "corbeau" responsable du meurtre du petit Gregory est Bernard Laroche, le cousin du père de l'enfant. Il est alors inculpé d'assassinat et écroué, le 5 novembre 1984. Mais Murielle Bolle, le témoin principal qui affirmait l'avoir vu en compagnie de l'enfant quelques heures avant sa disparition finit par se rétracter, et les expertises graphologiques sont annulées pour vice de forme. Bernard Laroche est libéré en février 1985.

Acte 3 - Un mois plus tard, le 29 mars 1985, le père du petit Grégory, Jean-Marie Villemin, assassine son propre cousin Bernard Laroche, persuadé qu'il est coupable de la mort de son fils.

Acte 4 - La mère du petit Grégory, Christine Villemin, est inculpée à son tour pour la mort de son propre fils, le 5 juillet 1985. Les graphologues pensent qu'elle est le "corbeau" auteur de la lettre anonyme revendiquant le meurtre de son enfant. Elle bénéficie d'un non-lieu pour " absence totale de charges" le 3 février 1993.

Acte 5 - Le 16 décembre 1993, le père du petit Grégory, Jean-Marie Villemin, est condamné à cinq ans de prison, dont un avec sursis, pour le meurtre de Bernard Laroche, l'oncle de l'enfant assassiné.

Acte 6 - Cordelettes, vêtements, lettres... Les époux Villemin demandent que de nouvelles recherches ADN soient effectuées pour connaître la vérité sur la mort de leur fils. La cour d'appel de Dijon ordonne la réouverture de l'enquête. Les recherches ADN commencent en 2008 et sont abandonnées en 2013, les résultats étant jugés insatisfaisants.

Acte 7 - Coup de tonnerre, le 14 juin 2017. L'enquête avance de nouveau grâce aux progrès des techniques graphologiques, qui permettent d'identifier un ou des nouveaux "corbeaux". Alors qu'un seul coupable était jusqu'ici recherché, le procureur général de Dijon a annoncé que "plusieurs personnes ont concouru à la réalisation du crime ". L'oncle et la tante du père du petit Grégory, Marcel et Jacqueline Jacob, sont interpellés. Ginette Villemin, une belle sœur, est elle aussi interpellée. Les grands-parents de Grégory sont également entendus en audition libre. Le vendredi 16 juin, Jacqueline et Marcel Jacob, la tante et l'oncle du père du petit Grégory, sont mis en examen pour enlèvement et séquestration suivis de mort. Ils n'ont jamais été soupçonnés de quoi que se soit jusqu'ici.

Acte 8 - Mercredi 28 juin 2017, Murielle Bolle a été placée elle aussi en garde à vue. Elle est entendue pour "complicité d'assassinat et non-dénonciation de crime", puis mise en examen pour enlèvement de mineur suivi de mort. Cet autre protagoniste de l'affaire revient au premier plan : âgée de 15 ans au moment des faits, Murielle Bolle avait accusé son beau-frère Bernard Laroche avant de se rétracter quelques jours plus tard. Le témoignage d'un cousin, qui affirme avoir vu la jeune femme se faire "lyncher" par sa famille à cause de ses premiers aveux est évoqué. C'est ce "lynchage" qui aurait pu la contraindre à changer de version en 1984. Mardi 4 juillet, Murielle Bolle est maintenue en détention. Elle est remise en liberté le 4 août, mais reste placée sous contrôle judiciaire.

Acte 9 - Le tout premier juge d'instruction a être saisi en 1984 de l'affaire Grégory, Jean-Michel Lambert, se suicide mardi 11 juillet 2017, à l'aide d'un sac plastique. Il était accusé par son successeur qui pointait "les carences, les irrégularités, les fautes […] ou le désordre intellectuel du juge Lambert", et constaté : "je suis en présence de l'erreur judiciaire dans toute son horreur". Le juge Jean-Michel Lambert, âgé de 65 ans, se disait traumatisé par l'affaire Grégory. Il aurait été, selon les premiers éléments de l'enquête, bouleversé par ses derniers rebondissements judiciaires.

Acte 10 - 11 août 2017, le Monde dévoile des extraits de la confrontation entre Murielle Bolle et son cousin Patrick F. au sujet de la soirée du 5 novembre 1984. Il affirme que Murielle a été "lynchée" par sa famille pour qu'elle retire son témoignage contre Bernard Laroche, elle assure qu'il ne s'est rien passé ou dit ne pas s'en souvenir. Au final, chacun a maintenu sa version des faits.

Acte 11 - Le 16 mai 2018, la chambre de l'instruction de Dijon annule les trois mises en examen de Murielle Bolle, de Marcel et Jacqueline Jacob. Après une série d'expertises et de rebondissement depuis plusieurs mois, la chambre de l'instruction renonce à se prononcer sur le fond, mais invoque un vice de procédure technique.

Acte 12 - Le 16 novembre 2018, la garde à vue de Murielle Bolle en 1984 est jugée inconstitutionnelle. Le Conseil constitutionnel estime que cette dernière n'aurait pas dû être interrogée seule par les gendarmes à l'époque, car cela ne respectait pas ses droit

Bernard Laroche

Quels sont les liens familiaux entre Bernard Laroche et le Petit Gregory ? Bernard Laroche est le cousin germain de Jean-Marie Villemin, le père du petit Grégory. Sa mère est Thérèse Jacob, la sœur de la mère de Jean-Marie Villemin, Monique Jacob. Il ferait partie de ce qu'on a appelé le "clan des envieux" à l'époque du meurtre. Un groupe hétéroclite regroupant des frères de Jean-Marie Villemin, mais aussi des oncles et tantes ainsi que des membres de la famille plus éloignée, jaloux du succès professionnel du père de Gregory.

Pourquoi Bernard Laroche est un personnage clé de l'enquête sur la mort du petit Grégory ? Suite au témoignage de sa belle-sœur Murielle Bolle, qui l'accuse d'avoir enlevé le petit Grégory, Bernard Laroche est inculpé d'assassinat et écroué, le 5 novembre 1984. Il est libéré en 1985, après que la petite sœur de sa femme se soit rétractée. Il est assassiné un mois plus tard par Jean-Marie Villemin, le père du petit Grégory, persuadé que c'est bien son cousin Bernard Laroche qui a tué son fils.

Murielle Bolle

Quels sont les liens familiaux entre Murielle Bolle et le Petit Gregory ? Murielle Bolle est la belle-sœur de Bernard Laroche, le cousin germain de Jean-Marie Villemin, qui est lui-même le père du petit Grégory. Âgée de 15 ans au moment du meurtre, elle a aujourd'hui 48 ans. Elle a eu des enfants et vit toujours dans les Vosges, à 20 kilomètres de Docelles, village où les gendarmes ont retrouvé le corps de Grégory Villemin. Selon Le Parisien, elle partage sa vie avec un fromager.

Pourquoi Murielle Bolle est un personnage clé de l'enquête sur la mort du petit Grégory ? A l'époque de la mort du petit Grégory, il y a 32 ans, Murielle Bolle vit chez sa grande sœur, Marie-Ange, qui est mariée. Sa mère est en effet hospitalisée et ne peut plus s'en occuper. Interrogée par les gendarmes et le juge d'instruction suite au meurtre du petit Grégory, elle affirme une première fois avoir vu son beau-frère, Bernard Laroche, enlever l'enfant. Un témoignage accablant qui conduit à la mise en examen de ce dernier. Au lendemain de son interrogatoire, Murielle Bolle change de version et se rétracte. "Bernard Laroche est innocent", clame-t-elle alors devant la presse.

Christine et Jean-Marie Villemin

Quels sont les liens familiaux entre Christine et Jean-Marie Villemin et le Petit Gregory ? Christine et Jean-Marie Villemin sont les parents du petit Grégory. Depuis la mort de leur fils, le couple a eu trois autres enfants, et a quitté la région pour s'installer dans l'Essonne. Ils demandent toujours activement à la justice de trouver qui a assassiné leur enfant de quatre ans.

Pourquoi Christine et Jean-Marie Villemin sont des personnages clés de l'enquête sur la mort du petit Grégory ? C'est la réussite professionnelle et sociale de Jean-Marie Villemin, le père du petit Grégory, qui serait à l'origine du crime. Il est notamment surnommé "le chef" dans des lettres de menaces et de revendication, parce-qu'il a été nommé contremaître quelques mois avant le meurtre. Persuadé de la culpabilité de son cousin Bernard Laroche, un temps inculpé puis remis en liberté par la justice, il le tue à bout portant en 1985. Christine Villemin, la mère du petit Grégory, a quant à elle été inculpée pour la mort de son propre fils le 5 juillet 1985, sur la foi d'analyses graphologiques. Elle a bénéficié d'un non-lieu pour "absence totale de charges" le 3 février 1993.

Arbre généalogique de l'affaire Gregory

Les principaux protagonistes de l'affaire © AFP

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Affaire Grégory : cette fois, Murielle Bolle interpelle les parents Villemin

Sommaire Résumé de l'affaire Gregory Bernard Laroche Murielle Bolle Christine et Jean-Marie Villemin [Mis à jour le 6 décembre 2018 à 16h46]  Ce jeudi 6 décembre, France 3 diffuse la deuxième partie du documentaire consacré...

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