Affaire Gregory : tout comprendre au dossier, date par date

Affaire Gregory : tout comprendre au dossier, date par date AFFAIRE GREGORY - 35 ans après le meurtre du petit Grégory, l'affaire reste non résolue. Avec son nouveau documentaire, Netflix se focalise sur le harcèlement subi par les parents de Grégory entre 1981 et 1984. Retour sur la chronologie de cette affaire hors normes

De nombreux documentaires et déjà dix-huit livres ont été consacrés à cette affaire sordide et toujours non résolue, 35 ans après les faits. Ce 20 novembre, Netflix a mis en ligne un nouveau documentaire sur l'affaire du meurtre du petit Grégory Villemin, âgé de 4 ans en 1984. Le journaliste Thibaut Solano, auteur d'un livre intitulé La Voix rauque, est l'un des intervenants de cette série documentaire en cinq épisodes. Il faisait partie à l'époque des journalistes ayant couvert "l'affaire avant l'affaire", c'est-à-dire les faits de harcèlement dont les parents de Grégory, Christine et Jean-Marie Villemin, ont été victimes durant trois ans jusqu'au meurtre de l'enfant : la voix rauque, c'est celle du corbeau de Vologne.

Dans une interview accordée au Populaire, Thibaut Solano est revenu sur l'enquête n'ayant jamais permis de découvrir l'identité du corbeau, qui avait pourtant annoncé le drame qui allait survenir. Selon lui,  "si le corbeau avait été démasqué à ce moment-là, la suite ne serait pas arrivée. L'enquête a été menée avec des moyens un peu artisanaux. Un gendarme s'est appuyé sur les lettres anonymes en organisant lui-même les dictées, en faisant passer ces tests à plusieurs personnes de la famille. Mais pour comparer les écritures, c'était à l'œil nu. Il n'y a pas eu d'expertise scientifique."

Un couple de corbeaux très proche de la famille

Les faits de harcèlement en question avaient débuté par des coups de téléphone anonymes : d'abord des canulars ou des chansons, puis des insultes et enfin des menaces, qui ont divisé une famille dores et déjà fragile, sur la période allant de 1981 à 1984. L'enquête se poursuit, presque quarante ans après les faits. Selon Thibaut Solano, "il y a des choses désormais établies, comme le fait qu'il n'y avait pas un corbeau, mais un couple de corbeaux, que ce couple connaissait trop de choses sur le quotidien de cette famille pour que ce soit quelqu'un de trop extérieur à cette famille. Je pense que les suspects se comptent sur les doigts d'une seule main..." S'il n'affirme pas que l'enquête sera un jour résolue, le journaliste estime que l'espoir reste permis, avec les avancées scientifiques ou le recueillement de nouveaux témoignages.

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Résumé de l'affaire Grégory

Acte 1 - Ce drame commence dans les Vosges. Le 16 octobre 1984, le corps de Gregory Villemin, âgé de 4 ans, est retrouvé dans une rivière, La Vologne. Ses pieds et ses mains sont liés par des cordelettes. L'oncle du petit garçon déclare alors avoir répondu le jour même à un appel téléphonique anonyme revendiquant l'assassinat. Le lendemain, ce sont les parents de Gregory Villemin qui reçoivent une lettre, elle aussi anonyme, sur laquelle il est écrit : "Ton fils est mort. Je me suis vengé." On parle alors d'un "corbeau", qui serait responsable du meurtre. Les époux Villemin étaient déjà harcelés depuis plusieurs années via les mêmes procédés.

Acte 2 - La justice pense d'abord que le "corbeau" responsable du meurtre du petit Gregory est Bernard Laroche, le cousin du père de l'enfant. Il est alors inculpé d'assassinat et écroué, le 5 novembre 1984. Mais Murielle Bolle, le témoin principal qui affirmait l'avoir vu en compagnie de l'enfant quelques heures avant sa disparition finit par se rétracter, et les expertises graphologiques sont annulées pour vice de forme. Bernard Laroche est libéré en février 1985.

Acte 3 - Un mois plus tard, le 29 mars 1985, le père du petit Grégory, Jean-Marie Villemin, assassine son propre cousin Bernard Laroche, persuadé qu'il est coupable de la mort de son fils.

Acte 4 - La mère du petit Grégory, Christine Villemin, est inculpée à son tour pour la mort de son propre fils, le 5 juillet 1985. Les graphologues pensent qu'elle est le "corbeau" auteur de la lettre anonyme revendiquant le meurtre de son enfant. Elle bénéficie d'un non-lieu pour " absence totale de charges" le 3 février 1993.

Acte 5 - Le 16 décembre 1993, le père du petit Grégory, Jean-Marie Villemin, est condamné à cinq ans de prison, dont un avec sursis, pour le meurtre de Bernard Laroche, l'oncle de l'enfant assassiné.

Acte 6 - Cordelettes, vêtements, lettres... Les époux Villemin demandent que de nouvelles recherches ADN soient effectuées pour connaître la vérité sur la mort de leur fils. La cour d'appel de Dijon ordonne la réouverture de l'enquête. Les recherches ADN commencent en 2008 et sont abandonnées en 2013, les résultats étant jugés insatisfaisants.

Acte 7 - Coup de tonnerre, le 14 juin 2017. L'enquête avance de nouveau grâce aux progrès des techniques graphologiques, qui permettent d'identifier un ou des nouveaux "corbeaux". Alors qu'un seul coupable était jusqu'ici recherché, le procureur général de Dijon a annoncé que "plusieurs personnes ont concouru à la réalisation du crime ". L'oncle et la tante du père du petit Grégory, Marcel et Jacqueline Jacob, sont interpellés. Ginette Villemin, une belle sœur, est elle aussi interpellée. Les grands-parents de Grégory sont également entendus en audition libre. Le vendredi 16 juin, Jacqueline et Marcel Jacob, la tante et l'oncle du père du petit Grégory, sont mis en examen pour enlèvement et séquestration suivis de mort. Ils n'ont jamais été soupçonnés de quoi que se soit jusqu'ici.

Acte 8 - Mercredi 28 juin 2017, Murielle Bolle a été placée elle aussi en garde à vue. Elle est entendue pour "complicité d'assassinat et non-dénonciation de crime", puis mise en examen pour enlèvement de mineur suivi de mort. Cet autre protagoniste de l'affaire revient au premier plan : âgée de 15 ans au moment des faits, Murielle Bolle avait accusé son beau-frère Bernard Laroche avant de se rétracter quelques jours plus tard. Le témoignage d'un cousin, qui affirme avoir vu la jeune femme se faire "lyncher" par sa famille à cause de ses premiers aveux est évoqué. C'est ce "lynchage" qui aurait pu la contraindre à changer de version en 1984. Mardi 4 juillet, Murielle Bolle est maintenue en détention. Elle est remise en liberté le 4 août, mais reste placée sous contrôle judiciaire.

Acte 9 - Le tout premier juge d'instruction a être saisi en 1984 de l'affaire Grégory, Jean-Michel Lambert, se suicide mardi 11 juillet 2017, à l'aide d'un sac plastique. Il était accusé par son successeur qui pointait "les carences, les irrégularités, les fautes […] ou le désordre intellectuel du juge Lambert", et constaté : "je suis en présence de l'erreur judiciaire dans toute son horreur". Le juge Jean-Michel Lambert, âgé de 65 ans, se disait traumatisé par l'affaire Grégory. Il aurait été, selon les premiers éléments de l'enquête, bouleversé par ses derniers rebondissements judiciaires.

Acte 10 - 11 août 2017, le Monde dévoile des extraits de la confrontation entre Murielle Bolle et son cousin Patrick F. au sujet de la soirée du 5 novembre 1984. Il affirme que Murielle a été "lynchée" par sa famille pour qu'elle retire son témoignage contre Bernard Laroche, elle assure qu'il ne s'est rien passé ou dit ne pas s'en souvenir. Au final, chacun a maintenu sa version des faits.

Acte 11 - Le 16 mai 2018, la chambre de l'instruction de Dijon annule les trois mises en examen de Murielle Bolle, de Marcel et Jacqueline Jacob. Après une série d'expertises et de rebondissement depuis plusieurs mois, la chambre de l'instruction renonce à se prononcer sur le fond, mais invoque un vice de procédure technique.

Acte 12 - Le 16 novembre 2018, la garde à vue de Murielle Bolle en 1984 est jugée inconstitutionnelle. Le Conseil constitutionnel estime que cette dernière n'aurait pas dû être interrogée seule par les gendarmes à l'époque, car cela ne respectait pas ses droit

Bernard Laroche

Quels sont les liens familiaux entre Bernard Laroche et le Petit Gregory ? Bernard Laroche est le cousin germain de Jean-Marie Villemin, le père du petit Grégory. Sa mère est Thérèse Jacob, la sœur de la mère de Jean-Marie Villemin, Monique Jacob. Il ferait partie de ce qu'on a appelé le "clan des envieux" à l'époque du meurtre. Un groupe hétéroclite regroupant des frères de Jean-Marie Villemin, mais aussi des oncles et tantes ainsi que des membres de la famille plus éloignée, jaloux du succès professionnel du père de Gregory.

Pourquoi Bernard Laroche est un personnage clé de l'enquête sur la mort du petit Grégory ? Suite au témoignage de sa belle-sœur Murielle Bolle, qui l'accuse d'avoir enlevé le petit Grégory, Bernard Laroche est inculpé d'assassinat et écroué, le 5 novembre 1984. Il est libéré en 1985, après que la petite sœur de sa femme se soit rétractée. Il est assassiné un mois plus tard par Jean-Marie Villemin, le père du petit Grégory, persuadé que c'est bien son cousin Bernard Laroche qui a tué son fils.

Murielle Bolle

Quels sont les liens familiaux entre Murielle Bolle et le Petit Gregory ? Murielle Bolle est la belle-sœur de Bernard Laroche, le cousin germain de Jean-Marie Villemin, qui est lui-même le père du petit Grégory. Âgée de 15 ans au moment du meurtre, elle a aujourd'hui 48 ans. Elle a eu des enfants et vit toujours dans les Vosges, à 20 kilomètres de Docelles, village où les gendarmes ont retrouvé le corps de Grégory Villemin. Selon Le Parisien, elle partage sa vie avec un fromager.

Pourquoi Murielle Bolle est un personnage clé de l'enquête sur la mort du petit Grégory ? A l'époque de la mort du petit Grégory, il y a 32 ans, Murielle Bolle vit chez sa grande sœur, Marie-Ange, qui est mariée. Sa mère est en effet hospitalisée et ne peut plus s'occuper d'elle. Interrogée par les gendarmes et le juge d'instruction suite au meurtre du petit Grégory, elle affirme une première fois avoir vu son beau-frère, Bernard Laroche, enlever l'enfant. Un témoignage accablant qui conduit à la mise en examen de ce dernier. Au lendemain de son interrogatoire, Murielle Bolle change de version et se rétracte. "Bernard Laroche est innocent", clame-t-elle alors devant la presse.

Mise en examen puis libérée, Murielle Bolle s'est exprimée sur l'affaire du petit Grégory au cours de diverses apparitions télévisées. Le 7 novembre 2018, elle a également sorti un livre, "Briser le silence", rédigé à la première personne et coécrit par Pauline Guéna, dans lequel elle donne sa version des faits. Mise en examen en 2017 et soupçonnée du meurtre de Grégory, elle sera finalement libérée en 2018, sa garde à vue étant jugée inconstitutionnelle. Parmi ses déclarations récurrentes, Murielle Bolle explique que malgré ce qu'elle a avoué aux gendarmes à l'époque, elle n'a rien à voir avec l'enlèvement et le meurtre de Grégory Villemin en 1984, pas plus que Bernard Laroche. Ses aveux avaient été soustraits selon elle par des gendarmes qui avaient poussé à bout la jeune adolescente qu'elle était.

"La vérité, c'est que j'ai bien pris le bus scolaire ce jour-là, et Bernard était là quand je suis rentrée de l'école… ", a-t-elle confié. "Si je n'avais pas eu la peur des gendarmes et dit ce que, eux, m'avaient dit, Bernard serait peut-être encore là." Elle y exprimait également ses regrets, après des dizaines années de tourmente : "Je m'en voudrai toute ma vie de toute façon. Tous les jours je pense à lui." Et finalement de donner son souhait le plus cher sur cette affaire criminelle qui a bouleversé toute sa vie : "Il faut qu'ils trouvent vraiment le vrai coupable. Si le vrai coupable voit cette interview, qu'enfin il dise que c'est lui et qu'il nous laisse tranquilles."

Christine et Jean-Marie Villemin

Quels sont les liens familiaux entre Christine et Jean-Marie Villemin et le Petit Gregory ? Christine et Jean-Marie Villemin sont les parents du petit Grégory. Depuis la mort de leur fils, le couple a eu trois autres enfants, et a quitté la région pour s'installer dans l'Essonne. Ils demandent toujours activement à la justice de trouver qui a assassiné leur enfant de quatre ans.

Pourquoi Christine et Jean-Marie Villemin sont des personnages clés de l'enquête sur la mort du petit Grégory ? C'est la réussite professionnelle et sociale de Jean-Marie Villemin, le père du petit Grégory, qui serait à l'origine du crime. Il est notamment surnommé "le chef" dans des lettres de menaces et de revendication, parce-qu'il a été nommé contremaître quelques mois avant le meurtre. Persuadé de la culpabilité de son cousin Bernard Laroche, un temps inculpé puis remis en liberté par la justice, il le tue à bout portant en 1985. Christine Villemin, la mère du petit Grégory, a quant à elle été inculpée pour la mort de son propre fils le 5 juillet 1985, sur la foi d'analyses graphologiques. Elle a bénéficié d'un non-lieu pour "absence totale de charges" le 3 février 1993.

Arbre généalogique de l'affaire Gregory

Les principaux protagonistes de l'affaire © AFP