Procès Nordahl Lelandais : la nuit de la mort d'Arthur Noyer au coeur des débats

Procès Nordahl Lelandais : la nuit de la mort d'Arthur Noyer au coeur des débats Le procès de Nordahl Lelandais, jugé pour meurtre dans l'affaire Arthur Noyer, se poursuit à Chambéry. La cour est revenue ce mercredi sur la nuit du drame, entre le 11 et le 12 avril 2017.

[Mis à jour le 5 mai 2021 à 12h58] Après la vie sexuelle et amoureuse de Nordahl Lelandais, largement détaillée ce mardi avec l'audition de plusieurs compagnes de l'accusé, il s'agissait, ce mercredi matin pour la cour, de faire la lumière sur les moments qui ont entouré la mort d'Arthur Noyer, dans la nuit du 11 au 12 avril 2017, en Savoie. Parmi les éléments avérés, il y a cette soirée dans des bars de Chambéry passée par la victime en compagnie de plusieurs de ses camarades du 13ème bataillon de chasseurs alpins, lesquels se sont succédé à la barre. Il est ressorti de ces témoignages une certaine affection pour Arthur, décrit unanimement comme un jeune caporal affable et pas du tout porté sur la violence. Ce soir-là, tous avaient consommé de l'alcool et pour certains, de la drogue, de la cocaïne en l'occurrence.

Selon Vincent, l'un des témoins interrogés, la soirée s'est achevée dans une boite de nuit de la préfecture savoyarde. "A un moment, je perds Arthur de vue. Je le retrouve dehors, un des videurs l'avait sorti. Il était pas ivre. Joyeux mais pas au point de faire des bêtises. Je dis à Arthur : 'Je prends ma veste et je reviens'. Quand je ressors, il n'est plus là", a restitué Vincent qui, à ce moment-là, n'est pas inquiet, pensant son ami rentré avec un autre de leurs camarades. Ont suivi des questions de la cour, puis des avocats, sur la relation d'Arthur Noyer aux femmes, à l'alcool, ainsi que sur sa personnalité. "Arthur était jovial. Pas agressif. Je l'ai jamais vu agresser quelqu'un ni même parler mal à quelqu'un", a expliqué Vincent, toujours.

C'est sur ce point précis, justement, que la version de Nordahl Lelandais, bloque, l'accusé ayant répété au début du procès que c'est bien Arthur Noyer, qu'il a reconnu avoir pris en stop à la sortie de la boite de nuit, qui l'aurait agressé après l'avoir accusé de vouloir lui subtiliser son téléphone portable. L'ancien maître-chien assure toujours avoir provoqué la mort du caporal, mais accidentellement, à la suite d'une bagarre.

Retour sur la deuxième journée du procès Lelandais

Aux assises de Chambéry, la journée de mardi a été consacrée à la version des faits de l'accusé, qui avait promis, la veille, de dire "la vérité" à la demande de sa mère. Réitérant sa version initiale, à savoir qu'il aurait donné la mort du jeune caporal de 23 ans mais accidentellement, Nordahl Lelandais a restitué cette nuit funeste. Selon lui, c'est bien Arthur Noyer, après l'avoir sollicité pour être pris en stop en centre-ville de Chambéry à la suite d'une soirée en discothèque, qui aurait déclenché une bagarre.

La victime aurait reproché à Lelandais d'avoir voulu lui subtiliser son téléphone alors qu'il sortait du véhicule, à Saint-Baldoph. "Là, il me donne un coup de poing, puis un second coup de poing. Alors là, je réplique", raconte-t-il. Et de détailler la suite de sa version : "Quand il tombe à terre, je ne réalise pas tout de suite. Au bout d'un petit moment, je sens qu'il n'y a plus de mouvement. Je mets mes doigts au niveau de sa carotide. Il n'y a plus de pouls". Nordahl Lelandais aurait alors tenté de ranimer le militaire avec un massage cardiaque, mais en vain. S'en serait alors suivi un moment de flottement, avant de reprendre la route, le corps d'Arthur Noyer dans le coffre. "J'ai roulé, sans savoir où j'allais. J'ai pris des petites routes pour trouver un endroit où je pouvais déposer le corps", restitue-t-il. Puis, depuis le box des accusés, Nordahl Lelandais s'est directement adressé au portrait de la victime, une large photo que la famille Noyer a décidé d'afficher durant le procès. "Je suis désolé pour ta famille. Je dis la vérité", promet-il.

Un peu plus tôt dans la journée, ce sont les relations amoureuses de cet homme de 38 ans qui ont intéressé la cour. Plusieurs de ses anciennes compagnes se sont succédé à la barre, toutes relatant des relations compliquées, voire violentes. L'une d'elles a même affirmé que Nordahl Lelandais aurait tenté de la "tuer". "Il a été mon compagnon mais c'était aussi mon agresseur, il m'a harcelée durant cinq mois, il a cherché à me tuer. (...) Il se met en colère pour tout, il est impulsif", a-t-elle témoigné, avant d'insister sur un autre point. "Mais surtout il est menteur, menteur, menteur. Même la main dans le sac, il ment", a déclaré cette femme de 41 ans, qui a prétendu avoir été en couple plusieurs mois avec l'accusé, entre 2015 et 2016, soit "la plus longue relation de Nordahl". En fin de matinée ce mardi, c'est un homme, également amant de Lelandais, qui s'est présenté à la barre.

Après avoir rencontré ce dernier via un site de rencontres, ce témoin âgé de 30 ans a raconté avoir développé des jeux de rôles sexuels avec son ancien partenaire, en simulant par exemple de faux enlèvements suivis de relations sexuelles. Selon lui, le jour du meurtre d'Arthur Noyer, Nordahl Lelandais l'aurait sollicité pour mettre en pratique ces jeux de rôles, mais aurait refusé, prétextant être déjà occupé. "J'aurais très bien pu finir comme le caporal Noyer", a conclu le jeune homme, en sanglots.

Retour sur la première journée du procès Lelandais

"Oui j'ai donné la mort à Arthur Noyer, mais sans vouloir la lui donner". Les mots sont lancés lors du premier jour de procès, ce lundi, aux assises de Savoie. Dans le box des accusés, Nordahl Lelandais a reconnu son implication dans le meurtre du militaire de 23 ans, mais soutient : il n'en a jamais eu la volonté. Et en face de lui, une famille Noyer endeuillée qui ne croit plus à cette version des faits. Mais alors que s'est-il réellement passé entre les deux hommes la nuit du 12 avril 2017, avant le meurtre d'Arthur Noyer ? 

"Je n'ai pas voulu donner la mort à Arthur Noyer", maintient Nordahl Lelandais, ce lundi 3 mai. Ces mots suivent le témoignage de sa mère, Christine Lelandais, qui devant le tribunal de Chambéry appelle son fils à "dire la vérité et uniquement la vérité". Et lui de répondre : "Je vais le faire". À la barre, la mère de l'accusé raconte également l'enfance de Nordahl Lelandais, qui ne lui paraissait alors pas déviant : "C'était un enfant désiré, doux et gentil". Pour elle, il n'y avait ni problème d'alcool, ni de drogue. Face aux jurés, la question de l'année 2017 survient. Dans le passé trouble de l'accusé, c'est la date à laquelle disparaissent Arthur Noyer, mais aussi la petite Maëlys, dont il est aussi suspecté. Pourtant, pour sa mère, le comportement de son fils n'avait rien de dangereux à l'époque et le pensait seulement en dépression à cause de problèmes amoureux. 

Qu'en est-il de l'expertise psychiatrique de Nordahl Lelandais ? Lors de ce premier jour de procès, l'avocat de l'accusé, maître Alain Jacubowicz, a obtenu la nullité d'une expertise psychiatrique réalisée sur son client sur la base d'un "doute légitime" concernant l'impartialité de l'un des experts. L'avocat a insisté sur la nécessité pour les jurés, selon lui, de s'affranchir du caractère médiatique de l'affaire, soutenant que l'ombre du tueur en série, qui plane au-dessus du profil de son client, ne devait en aucun cas obstruer la neutralité des débats.

Les enjeux du procès Lelandais

Alors qu'il avait donc initialement démenti tout lien avec cette affaire, l'ancien maître-chien de 38 ans a fini par reconnaître, en mars 2018, avoir participé involontairement au décès, devant les preuves de sa présence, la nuit de la mort du militaire de 23 ans, aux mêmes endroits que ce dernier, grâce au bornage des deux téléphones. Nordahl Lelandais avait alors expliqué avoir pris en stop le jeune homme, qui sortait de discothèque à Chambéry (Savoie). Il l'aurait ensuite conduit à Saint-Baldoph, sans qu'une raison particulière n'explique cette direction. Une dispute aurait éclaté entre les deux hommes et Nordahl Lelandais, toujours selon sa version, aurait porté involontairement un coup fatal à Arthur Noyer, avant de déposer le corps sur le bas-côté. 

À l'occasion de l'audience, l'un des enjeux doit consister à faire la lumière sur les faits de cette nuit funeste, alors que les dires de l'accusé n'ont pas convaincu la défense, en l'occurrence les parents du défunt, selon qui ce récit "n'apparaît pas vraisemblable", car il comporterait "de fortes incohérences par rapport aux éléments du dossier". La thèse d'un différend sexuel apparaît davantage crédible pour la famille Noyer, la bisexualité établie de Lelandais, ainsi que sa supposée suractivité sexuelle, faisant figure d'arguments. Lors de son procès, on lui parle de ses relations avec les femmes, ses infidélités, mais aussi de son homosexualité. Une "curiosité", sans "attirance", répond l'accusé. "Pour moi, c'est impossible d'embrasser un homme", ajoute-t-il.

Des fuites sur les rapports des enquêteurs et des experts psychiatres indiquent aussi que l'accusé, qui consommait alors beaucoup de drogues et d'alcool, avait pour habitude de s'adonner à des ébats sexuels dans des recoins escarpés de la commune de Saint-Baldoph. Problème toutefois, l'examen légiste du crâne d'Arthur Noyer, retrouvé en septembre par des promeneurs près du col de Marocaz, en Savoie, ne permet pas de conclure avec certitude des causes du décès. Acharnement ou coup involontairement fatal ? 

Le procès tentera de le déterminer, alors que planera, évidemment, l'ombre de l'affaire Maëlys - dont le procès est attendu pour 2022 -, point de départ de la thèse du tueur en série et de la mise en place de la cellule Ariane, chargée d'enquêter sur la possibilité que d'autres disparition aient pour responsable Nordahl Lelandais. Également mis en cause pour des agressions sexuelles sur trois de ses petites-cousines, âgées de 5, 6 et 14 ans, il est apparu ce lundi matin pour la première fois depuis son incarcération au centre pénitentiaire de Saint-Quentin-Fallavier, en Isère, affichant un physique affuté et une barbe poivre et sel de trois jours. Le verdict est attendu pour le 12 mai.