Eric Drouet, Maxime Nicolle, Xavier Mathieu : mais qui est le gilet jaune en chef ?

Eric Drouet, Maxime Nicolle, Xavier Mathieu : mais qui est le gilet jaune en chef ? Les gilets jaunes bouleversent la France depuis des semaines, sans leader et sans organisation identifiés. Un gilet jaune s'illustre pourtant ici et là, chaque semaine, dans les médias. Parmi eux, Eric Drouet, Jacline Mouraud, Benjamin Cauchy, Maxime Nicolle ou Jean-François Barnaba émergent comme des porte-voix contestés...

[Mis à jour le 7 décembre 2018 à 19h21] C'est un mouvement soudain, éruptif, surprenant, sans connexion avec les corps intermédiaires et les syndicats, sans organisation, qui a pris à la fois le monde politique et les médias de court. Les gilets jaunes secouent le pays depuis le 17 novembre, avec la première manifestation contre la hausse des taxes sur l'essence. Quatre semaines plus tard, la colère est devenue plus puissante et a gagné de nouveaux salariés, sans-emploi, retraités, jeunes... Les gilets jaunes ont élargi leurs revendications, mais, pour certains, se sont aussi radicalisés et ont été à l'origine de nombreux débordements. Pourtant, aucun gilet jaune ne semble avoir réellement revêtu le costume du porte-parole ou de leader du mouvement à ce jour. La faute certainement à la multiplicité des actions, des revendications et même des chapelles.

Alors qui est le "gilet jaune en chef", celui qui saura apparaître comme la figure de ces manifestations tous azimuts ? Le 26 novembre dernier une délégation de huit "communicants officiels" a été créée. Cette délégation a été mise en place dans le but "d'engager une prise de conscience sérieuse et nécessaire" avec les représentants de l'Etat. Aussitôt désignée, cette délégation a néanmoins fait polémique. Les gilets jaunes se voulaient en effet comme étant "hors de tout cadre politique ou syndical". Certains ont voulu négocier avec le gouvernement et ont été menacés de mort, d'autre on refusé d'engager tout dialogue.

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Un gilet jaune sur le dos mais plusieurs chapelles

Comment en effet fédérer le gilet jaune membre du groupe "La France en colère !!!" animé par Eric Drouet, l'un des premiers à avoir initié le mouvement sur le Web et toujours très vindicatif, du gilet jaune dit "libre", comme Benjamin Cauchy, désormais favorable au dialogue avec les autorités ? Comment, aussi, fédérer les dizaines de groupes estampillés "gilets jaunes" qui pullulent sur le Web depuis des semaines ? Par la force du jeu médiatique, quelques gilets jaunes sont apparus comme des incarnations du mouvement. Eric Drouet, Jacline Mouraud, Benjamin Cauchy, Maxime Nicolle ou Jean-François Barnaba... Tous sont sur un siège éjectable et pourraient avoir été oubliés dans quelques jours. Tous, pourtant, inquiètent pour leurs propos ou font polémique, parfois même au sein du mouvement lui même.

Eric Drouet, gilet jaune à l'origine du 17 novembre

Eric Drouet est chauffeur routier à Melun. Membre de la délégation nationale des gilets jaunes, il est l'initiateur de la journée du 17 novembre. Ce gilet jaune passionné d'automobile est membre d'un club le Munster Crew family. C'est avec un collègue et ami membre de ce club qu'il crée l'événement du 17 novembre sur Facebook le 10 octobre dernier. 10 jours plus tard, l'événement comptait plus de 54000 participants et 189 000 étaient intéressés. Au lendemain de la seconde mobilisation des gilets jaunes, il crée également une page Facebook, "La France énervée" dans laquelle il partage des vidéos tournées depuis son camion.

Eric Drouet défend dans ses vidéos l'objectif que s'est fixé la délégation nationale des gilets jaunes et relaie parfois des thèses complotistes . En quelques semaines, le routier de 33 ans est également devenu un habitué des plateaux télé. Invité de l'émission proposée par BFM TV "gilets jaunes : sortir de la crise", il n'a pas hésité à appeler les gilets jaunes, lors de la 4ème journée de mobilisation prévue samedi 8 décembre, à "entrer dans  l'Elysée". Une phrase qui lui vaut depuis ce vendredi une enquête des chefs de "provocation à la commission d'un crime ou d'un délit" et "organisation d'une manifestation illicite" par le parquet de Paris.

Jacline Mouraud, égérie des gilets jaunes

Elle a été, elle aussi, la première figure connue des gilets jaunes, en tout cas à la télévision. Quand Eric Drouet était encore cantonné sur les réseaux sociaux, Jacline Mouraud faisait déjà le tour des plateaux TV, dès la mi-novembre, pour évoquer le mouvement. A l'origine d'une vidéo publiée le 18 octobre sur Facebook et vue des millions de fois, la Bretonne Jacline Mouraud a vite séduit les médias avec un franc parler pas piqué des hannetons, quitte à débiter quelques fake news en direct sur petit écran.  Accordéoniste musette, hypnothérapeuthe et agent de sécurité incendie pour les "fins de mois difficiles", comme l'écrit notamment le Dauphiné Libéré, Jacline Mouraud se présente comme une mère de trois enfants de 51 ans, née à Guérande, qui ne possède rien d'autre que son véhicule et vivant avec moins de 1000 euros par mois. 

Mais les médias, notamment la presse locale, n'ont pas manqué d'exhumer son passé sur les réseaux sociaux et quelques lubies, comme des sorties très poujadistes sur les réseaux sociaux, un attrait certain pour les théories du complot ou même le paranormal. Très virulente dans les premiers jours du conflit, à tel point quelle recevra des menaces (voir le tweet ci-dessous), Jacline Mouraud semble pourtant avoir mis un peu d'eau dans son vin en adhérent aux "gilets jaunes libres", ce groupe ouvert à la négociation, invité plusieurs fois à Matignon (avec des rendez-vous manqués) et qui a appelé à ne pas manifester le samedi 8 décembre (lire notre article sur Jacline Mouraud).

​​​​​​​​​​​​​Benjamin Cauchy, le "gilet jaune libre"

Très médiatisé, Benjamin Cauchy est très vite devenu, dès le début de la mobilisation des gilets jaunes, le porte-parole du mouvement citoyen dans la région de la Haute-Garonne. Malgré les contestations liées à sa désignation comme étant les porte-parole des gilets jaunes, ce cadre commercial avait réussi à s'imposer malgré tout parmi eux comme étant leur interlocuteur dans les médias. Etudiant, Benjamin Cauchy a été très actif au sein du syndicat de l'UNI à l'université de Lille. Il reste flou sur son appartenance à Debout la France, parti de Nicolas Dupont-Aignan. Selon France 3 Occitanie, l'homme de 38 ans fréquente des membres de l'Union Corporative pour la défense et l'entraide languedocienne (UCODEL). L'UCODEL se définit comme étant un groupuscule nationaliste. Le gilet jaune  a démenti les connaître mais " avoir peut être consulté leur site ".

La présence de Benjamin Cauchy étant de plus en plus contestée sur les barrages, il ne représente plus les gilets jaunes depuis le 26 novembre dernier. La députée LREM Brigitte Bourguignon a évoqué "son affiliation à l'ultra droite" comme le motif de son éviction des gilets jaunes. "Ce mouvement n'a pas envie d'être récupéré" avait-elle affirmé. L'ancien conseiller municipal de Laon avait alors annoncé sur RTL la création d'un mouvement "Les Citrons", groupe de réflexion des "gilets jaunes libres" qu'il a fondé.

Avec plusieurs autres "gilets jaunes libres", il a pris la parole dans le JDD  dimanche 2 décembre pour condamner "toute forme de violences". Le Toulousain avait par la suite expliqué avoir reçu une trentaine de menaces de mort à la suite de cet appel (voir le tweet ci-dessous). Benjamin Cauchy s'affiche également, comme Jacline Mouraud, comme un gilet jaune "modéré", ouvert à la discussion avec le gouvernement. Avant la manifestation du 8 décembre à Paris ses "gilets jaunes libres" ont appelé à ne pas aller manifester.

Xavier Mathieu : l'ancien Conti devenu comédien

Xavier Mathieu est un ancien délégué syndical de la CGT, au sein de l'usine Continental de Clairoix. Avant de devenir gilet jaune, cet ancien Conti s'est illustré comme comédien, dans la série "Baron Noir", où il campe un délégué syndical d'une usine en lutte du nord de la France. Le mercredi 5 décembre, ce gilet jaune très éloquent s'est illustré dans une émission spéciale proposée par BFMTV.  L'ex-syndicaliste a notamment assuré que le président de la République allait "dégager", avant de s'en prendre à Ruth Elkrief, pointée pour son "mépris de classe" après avoir souligné ses talents de comédien.

Pendant et après son intervention sur BFMTV, Xavier Mathieu a été appelé par de nombreux gilets jaunes sur les réseaux sociaux à devenir leur représentant. Ce gilet jaune avait défendu avec ardeur sur le plateau le fait qu'il était "le seul parmi les huit personnes" à avoir vécu la précarité (lire notre portrait de Xavier Mathieu).

Maxime Nicolle, alias "Fly Rider"

A 31 ans, Maxime Nicolle est l'un des 8 membres de la délégation nationale des gilets jaunes. Il se distingue des autres membres par son franc-parler. Sur Facebook, il partage ses posts et ses directs sous le surnom de Fly Rider. Il gère actuellement une page "Fly Rider infos blocage" qui compte plus de 43000 membres. Dans une de ses vidéos assez déconcertante, le porte-parole évoquait l'idée de "destituer le gouvernement" puisque il n'est pas possible "d'enlever le président, le Sénat  et d'enlever l'Assemblée nationale" au profit d'une Assemblée "populaire".

Le 3 décembre dernier, un colporteur de fake news apparenté à l'extrême droite, Salim Laïbi, a mis en ligne sur son site une vidéo dans laquelle on voit Maxime Nicolle, dont le visage a été flouté, affirmer qu'une personnalité l'a contacté et que cette dernière possédait "des documents mystérieux". La scène a été tournée le dimanche 2 décembre. Le gilet jaune était alors présent à un rassemblement auquel il était arrivé en retard et qu'il justifiait devant les membres présents. "Un homme m'a proposé de signer une clause de confidentialité avant de me montrer des documents. [...] J'en ai vu ce soir qui font de moi le deuxième Coluche. Ils peuvent faire en sorte qu'on essaie de me tuer. Sur les 30 feuilles que j'ai vu ce soir, si vous en voyez une seule, la troisième guerre mondiale pourrait être déclenchée, en même pas une heure. Et je suis véritablement sérieux" a déclaré l'intérimaire de 31 ans. La vidéo a suscité de vives réactions, il a dû s'expliquer en direct sur sa page Facebook. 

Jean-François Barnaba, le gilet jaune aux 2600 euros net par mois

Gilet jaune dans l'Indre, Jean-François Barnaba a été sollicité depuis plusieurs semaines par les médias. Sans travail depuis 10 ans, cette figure du mouvement suscite la polémique puisqu'il gagne malgré tout 2600 euros net par mois. Ce jeudi , il a justifié sa situation professionnelle aux micros de France Bleu Berry "Je suis rémunéré par le centre départemental de gestion, qui est un organisme chargé de reclasser les fonctionnaires privés d'emploi" a t-il précisé.

Le gilet jaune a par la suite détaillé son parcours professionnel, indiquant qu'il avait été directeur de la culture, du tourisme et du patrimoine jusqu'à fin 2007.  Jean-François Barnaba déplore depuis de "ne pas avoir reçu d'offres depuis 10 ans" et avoue "souffrir" de la situation, lui qui est père de 7 enfants dont trois à charge.

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