Notre-Dame de Paris : la cathédrale reconstruite à l'identique ?

Notre-Dame de Paris : la cathédrale reconstruite à l'identique ? Huit mois après l'incendie ravageur qu'a subi Notre-Dame de Paris, où en sont les chantiers de reconstruction ? Quelles sont les échéances ? La cathédrale sera-t-elle reconstruite à l'identique ?

[Mis à jour le 18 décembre 2019 à 21h48] Le 15 avril dernier, des millions de personnes ont suivi en direct, complètement effarés, à Paris ou à la télévision, l'évolution de l'incendie qui a ravagé la célèbre cathédrale parisienne. Après la catastrophe, de nombreuses questions ont émergé et certaines restent ouvertes : quelle est l'ampleur des dégâts ? Comment reconstruire ? A quel coût ? En combien de temps ? Avec quelle source de financement ? Au total, les grandes fortunes du pays s'étaient engagés à verser plus de 850 millions d'euros pour la reconstruction. Un chantier titanesque, au sujet duquel Emmanuel Macron avait déclaré :  "Je veux que cela soit achevé d'ici cinq années," avant d'annoncer l'ouverture d'une souscription nationale pour rebâtir la cathédrale. Au terme de l'incendie, la flèche de l'édifice, son toit, ainsi qu'une partie de la voûte, percée en trois endroits, ont été réduits en cendre et doivent être reconstruits.

Le 14 décembre, TF1 proposait un documentaire intitulé "La bataille de Notre-Dame", revenant sur l'incendie. Ce 18 décembre, le film Notre-Dame, de Valérie Donzelli, sort au cinéma. Tourné bien avant le 15 avril 2019, cette comédie propose au spectateur de suivre la trajectoire de vie d'une femme, architecte, à qui on a confié la rénovation du parvis de Notre-Dame. A l'occasion de la sortie du film, c'est au tour de France 2 de proposer un documentaire sur la cathédrale, sous un angle historique, retraçant grâce à des photographies et des animations en 3D la construction de cet édifice religieux. Un chantier colossal, étalé sur près de 200 ans, entre 1163 et 1345. Si ce n'est pas la première fois que la cathédrale Notre-Dame de Paris subit un incendie, comme en 1836, la reconstruction implique des considérations techniques et patrimoniales. Pas loin d'un millénaire après le début de la construction de cette cathédrale mythique, qu'en est-il de l'évolution des travaux de réhabilitation ?

Première étape : démonter l'échafaudage

Du choix des techniques et matériaux utilisés pour la reconstruction dépend la durée des travaux. Selon les experts, pour tenir le délai annoncé par Emmanuel Macron de cinq ans, il est impossible de restaurer à l'identique la charpente en bois. Seule l'utilisation de matériaux modernes, comme l'acier ou le béton, permettrait de respecter le délai de livraison annoncé. En outre, l'ex-ministre de la Culture Jack Lang avait appelé sur RTBF à un délai encore plus court "comme on l'a fait dans le passé pour des chantiers d'exception". Les possibilités architecturales offertes par le chantier monumental de la cathédrale ont inspiré les plus grands maîtres mondiaux du domaine, qui ont soumis divers projets, plus ou moins modernes, proches de l'originale ou complètement futuristes. Mais avant d'en arriver là, les trois priorités énoncées par le ministère de la Culture étaient les suivantes : mettre l'édifice "hors d'eau", sauver les voûtes, et démonter l'échafaudage.

Sécuriser les abords de la cathédrale et consolider la structure

Dans un premier temps, il a fallu évacuer les déblais, représentant des quantités énormes, et consolider l'ensemble de la structure pour empêcher qu'elle ne s'effondre, notamment en cas de vent ou de pluie. La voie fluviale est privilégiée afin d'approvisionner le chantier en matériaux et engins, afin de limiter le nombre de poids-lourds circulant en ville mais aussi en réseau de la taille des ponts de l'île de la Cité. Une bâche a rapidement été installée pour protéger l'intérieur de la cathédrale de la pluie, ainsi que des filets de protection sur les rosaces en cas de chute de pierres. Un plancher temporaire recouvre à présent la nef, le chœur et les deux transepts. Une charpente provisoire a également été installée.

En outre, diverses opérations de dépollution ont été indispensables, en raison des 300 tonnes de plomb fondu de la flèche, à l'origine de taux de plomb 400 à 700 fois supérieurs au seuil autorisé relevés sur les sols à l'intérieur et aux alentours de la cathédrale, selon des documents confidentiels consultés par Mediapart. L'exposition à de pareils niveaux de pollution limite notamment le nombre d'ouvriers à l'oeuvre sur le chantier. En outre, selon le site Construction Cayola, "un sas d'entrée, des zones de décontamination avec douches, des vestiaires et équipements de sécurité ont été mis en place cet été," à cause de la pollution au plomb et pour limiter le risque pris par les ouvriers.

Le recteur de la cathédrale Patrick Chauvet a présenté à de LCI les étapes suivantes, une fois ces mesures de sécurisation terminées, probablement début 2020. Celles-ci sont indispensables avant le début du gros oeuvre : "La deuxième phase consacrée à l'étude de l'état des lieux, impliquant le diagnostic et le coût véritable de la restauration, devrait débuter d'ici le mois de mars ou d'avril, une fois l'échafaudage, maintenant la façade, retiré. Une fois le devis réalisé, les travaux de restauration devraient commencer en 2021."

Évaluation des dégâts et projet de reconstruction

L'ingénieur Pablo Vannucci, du CNRS, estime que la structure a perdu 60% de sa résistance au vent, en raison des éléments effondrés mais aussi de la surchauffe subie par les pierres, et du choc thermique important sous les jets d'eau des pompiers. L'expert estime que des études complémentaires doivent être menées pour déterminer si la voûte peut être simplement restaurée ou doit être reconstruite dans son ensemble. Quatre architectes en chef ont été nommés pour déterminer les plans de la reconstruction.

Le gigantesque échafaudage qui avait été mis en place pour les travaux en cours dans la toiture au moment de l'incendie doit être démonté, comme l'ont expliqué les acteurs de ce chantier dans une vidéo du ministère de la Culture. S'il tient toujours debout malgré l'incendie et la chute de la flèche dessus, il a toutefois été déformé et risque encore de s'écrouler. Une partie de mikado géante en quelques sortes, impliquant la construction d'un nouvel échafaudage au-dessus du premier, et la mobilisation de cordistes de l'entreprise Jarnas, pour démontant un ensemble de 500 tonnes de ferraille. Cette opération de démontage a débuté en décembre, grâce à l'installation d'une grue de 94 mètres de haut, nécessitant de creuser des fondations dans le sol pour assurer sa stabilité.

Quels projets de reconstruction de Notre-Dame sont sur la table ?

Qui est Philippe Villeneuve, l'architecte qui supervise la restauration de Notre-Dame ?

Philippe Villeneuve est chevalier des Arts et des Lettres, et dirige la restauration de la cathédrale de Notre-Dame depuis 2013, date à laquelle il a succédé à Benjamin Mouton. Au moment de l'incendie, c'est lui qui était en charge des travaux concernant la flèche de Viollet-le-Duc, qui a totalement disparu dans les flammes. Depuis, le ministre de la Culture lui a renouvelé sa confiance, et il mène désormais les travaux de sécurisation de l'édifice, avant que les travaux de restauration proprement dite puissent débuter. Auparavant, Philippe Villeneuve s'était illustré dans la restauration de plusieurs musées, mais surtout pour son travail au château de Chambord, où il était responsable des jardins et de la restauration du donjon, ainsi que de la construction de la halle d'accueil.