L214 : la vidéo sur des "vaches à hublot" révèle-t-elle un scandale ?

L214 : la vidéo sur des "vaches à hublot" révèle-t-elle un scandale ? L214 a mis en ligne des images saisissantes sur une pratique effectuée dans un centre d'expérimentation de la Sarthe, montrant des "vaches hublot". Le groupe incriminé dénonce une "manipulation".

[Mis à jour le 20 juin 2019 à 15h41] L'association de défense des animaux L214 a dévoilé jeudi 6 mai de nouvelles images choquantes. L'ONG, spécialisée dans la dénonciation des mauvais traitements infligés aux animaux en publiant des images parfois choquante a cette fois ci filmé un centre de recherche en nutrition animale dans la Sarthe. Celui-ci appartient à l'entreprise Sanders, une marque du groupe Avril, leader français dans le secteur. Dans ces nouvelles images, L214 dénonce les conditions de vie de poulets qui "ne tiennent plus sur leurs pattes du fait de la croissance toujours plus rapide" mais aussi des cochons, des lapins et des poussins "détenus dans des cages vides de tout aménagement tandis que de jeunes veaux sont enfermés dans des cases individuelles aux parois opaques" dans ce centre.

Des "vaches à hublot, c'est quoi ?"

Mais le plus stupéfiant est sans doute la vidéo et les images montrant une pratique étrange sur des vaches. Celles-ci sont marquées par un trou d'une quinzaine de centimètres sur leur flanc, au niveau de l'estomac, équipé d'une sorte de hublot. Dans la vidéo, on voit clairement ces appareillages fermés par une sorte de clapet, qui donnent accès à l'appareil digestif des animaux, et notamment le rumen, l'un de leurs quatre estomacs. Des opérateurs y plongent même le bras jusqu'au coude, à priori pour y déposer ou retirer des aliments, et nettoient l'ouverture au jet d'eau à haute pression. Cette pratique, appelée fistulation, permet d'étudier la digestion de ces animaux.

Vidéo de L214 sur les vaches à hublot

Vaches à hublot : L214 dénonce une expérimentation dans la Sarthe

Ces images ont été filmées dans un centre d'expérimentation de Sourches, dans la Sarthe, appartenant à Sanders, une marque du groupe Avril. Dans un communiqué, celui-ci se défend en dénonçant une "manipulation d'images montées, tournées de nuit à des fins sensationnalistes". Il explique également qu'il s'agit "actuellement l'unique solution permettant d'étudier la rumination animale" et que la pratique "s'accompagne d'un suivi vétérinaire rigoureux et est considérée comme indolore pour l'animal". La fistulation "est essentielle à de nombreux progrès en élevage et permet notamment d'améliorer la santé digestive de millions d'animaux, de réduire l'usage d'antibiotiques en élevage et de réduire les émissions de nitrates et de méthane lié à l'élevage" avance le groupe. Interrogé par le magazine spécialisé Usine Nouvelle, Avril reconnaît le caractère invasif de ces hublots pour l'animal. Mais assure avoir "recours à des méthodes pour limiter toute douleur, angoisse ou stress éventuels des animaux durant l'essai" comme "une mise à l'herbe de deux mois chaque année". Le porte-parole révèle que le groupe se donne comme objectif de mettre fin aux tests sur animaux d'ici à 2025.

L'association de défense des animaux a cependant décidé de porter plainte ce mercredi contre Avril. "Le Code rural prévoit que l'expérimentation animale n'est licite qu'en cas de stricte nécessité. Rendre des vaches laitières plus productives ne nous semble pas relevé de cette catégorie ", explique au Parisien Hélène Thouy, l'avocate de L214 et ancienne tête de liste du parti animaliste aux élections européennes.

L214 : c'est quoi au juste cette association ?

L'association L214 n'en est pas à son coup d'essai. Lente agonie des porcs gazés au CO2 ou des canards à fois gras gavés, lapins jetés dans la fosse à lisier encore vivants ou chevreaux transportés dans des cages à dindes : elle s'est spécialisée dans la diffusion d'images dénonçant les mauvais traitements animaux dans les élevages et abattoir. "L214 ne produit pas des 'images choc'. C'est bien la réalité qui produit ces images terrifiantes. L214 se contente de les capturer et de les rendre publiques afin que chacun se confronte à ce qu'il refuse de voir", précisent les militants sur leur site Internet. L'association est cependant régulièrement décriée par les exploitants et syndicats d'éleveurs et d'abattoirs. Confrontez-vous, vous aussi, à ce qui se passe derrière le mur de nombreux élevages industriels et abattoirs en France, en cliquant sur l'image ci-dessous :

Fondée en 2008, l'association L214 tire son nom de l'article L214-1 du Code rural, qui a reconnu en 1976 les animaux comme des êtres sensibles pour la première fois. La méthode assumée des militants de L214 consiste à filmer en caméra cachée dans les abattoirs et les élevages industriels des scènes de maltraitance animale. Leurs images sont choquantes voire insoutenables et leur credo, radical : mettre fin à toute exploitation animale. L'association se compose d'une quarantaine de salariés, d'une dizaine de bénévoles et de centaines de militants. Elle dénonce des infractions aux règlements dans certains établissements, qui font, selon elle, subir de graves sévices aux animaux. ONG de l'environnement parmi les plus populaires de l'Hexagone, son compte Facebook affiche près de 700 000 abonnés et de nombreuses pétitions initiées par l'association sont en circulation.

De nombreuses infractions aux réglementations en vigueur sont constatées via les vidéos tournées par L214, en particulier dans les abattoirs. Ainsi, selon le code rural français et un règlement européen de 2009 (voir ici), "toutes douleur, détresse ou souffrance évitables sont épargnées aux animaux lors de la mise à mort". C'est pourquoi les abattages conventionnels sont censés mettre en place un étourdissement maximal des bêtes (à l'aide de pistolet d'abattage, de pince à électronarcose ou de CO2), voire un double étourdissement si la bête a repris conscience, pour lui éviter d'assister à sa propre mort. L'abattage rituel, comme celui pratiqué lors de l'Aïd el-Kébir par les musulmans, bénéficie quant à lui de dérogations, qu'il soit halal ou casher : les bêtes peuvent alors être égorgées en pleine conscience, mais en un seul geste. Quel que soit le type d'abattage, la loi impose un strict contrôle des pratiques d'abattage par les services vétérinaires, autrement dit en continu. Selon L214, images à l'appui, c'est loin d'être toujours le cas.

Que font les abattoirs et le gouvernement ?

Plaintes en cours d'instruction, enquêtes ouvertes, fermetures provisoires... C'est ce qui se passe pour la plupart des abattoirs pointés du doigt par L214. Nombre d'entre eux cherchent à investir pour améliorer les pratiques et le matériel, comme le décrit Le Monde dans cet article (voir ici). Certains abattoirs se portent même volontaires pour l'expérimentation de la vidéosurveillance.

En septembre 2016, une commission d'enquête parlementaire a fait des propositions pour améliorer le traitement animal dans les abattoirs français (lire ici). L'Assemblée nationale a voté l'obligation de caméras dans les abattoirs à partir du 1er janvier 2018, mais cette obligation s'est depuis transformée en expérimentation dans les abattoirs volontaires. Si la France est le premier pays européen à légiférer sur ce point, L214 regrette par ailleurs que les images des caméras vidéos soient "seulement destinées aux services vétérinaires et non aux associations ou au grand public. Or, nos enquêtes ont prouvé leurs carences répétées." N'ont finalement pas été adoptées non plus l'interdiction de broyer des poussins mâles ou l'interdiction totale des élevages de poules pondeuses en batterie à la fin du quinquennat ou encore l'interdiction des cages pour l'élevage des lapins. Les sénateurs ont en revanche "adopté l'article 13 qui permet aux associations de se porter partie civile en cas de maltraitance animale constatée. Les peines d'emprisonnement et les amendes sanctionnant les mauvais traitements envers les animaux ont été doublées. Ce délit de maltraitance animale a été étendu aux abattoirs et au transport.", précisait Public Sénat le 2 juillet 2018. Enfin, le Conseil National de l'Alimentation comporte dorénavant un "Comité national d'éthique des abattoirs", créé par la proposition de loi relative au respect de l'animal en abattoir, suite au travail de la Commission d'enquête parlementaire présidée par Olivier Falorni. Un groupe de concertation chargé de débattre quant à l'évolution de la législation et de la réglementation sur la protection animale en abattoir.

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