FaceApp : photos aspirées, danger et conspiration russe... Attention à la paranoïa

FaceApp : photos aspirées, danger et conspiration russe... Attention à la paranoïa L'application de filtres photos FaceApp fait l'objet de plusieurs interrogations. Si se montrer méfiant sur le devenir de ses données personnelles est important, attention aux raccourcis et aux exagérations.

[Mis à jour le 19 juillet 2019 à 12h14] Depuis 2017, FaceApp permet aux utilisateurs de changer l'apparence d'un visage en photo grâce à plusieurs filtres : vieux, passage d'un sexe à l'autre ou encore ajout d'un sourire. Face à un regain de popularité, de nombreux influenceurs, célébrités ou de simples internautes participent au "FaceApp challenge" et publient des selfies modifiés sur les réseaux sociaux. Disponible sur iOS et Android, le logiciel s'est même classé en tête des téléchargements mercredi 17 juillet. Mais beaucoup se demandent comment l'application fonctionne et s'interrogent - à raison - sur l'utilisation des données personnelles qui sont collectées.

Pour modifier une photo, FaceApp la met tout d'abord en ligne. En effet, l'application des filtres a lieu sur un "cloud", un serveur distant : c'est la raison pour laquelle l'application ne fonctionne que lorsque l'appareil est connecté à Internet. Les images peuvent provenir d'une photo prise en direct, de la galerie d'images du téléphone ou des résultats d'un moteur de recherche intégré à l'application, détaille le Monde. Mais le fonctionnement de l'application et les permissions demandées ont soulevé plusieurs questions.

Comment FaceApp utilise les données personnelles

Tout d'abord, le média anglophone TechCrunch ou encore le chercheur Baptiste Robert ont étudié FaceApp, et assurent que celle-ci n'a pas un accès inconditionnel à toutes les photos d'un téléphone. Les seules photos traitées et mises en ligne par l'application sont celles que l'utilisateur fournit explicitement. Cependant, selon les conditions d'utilisation, les utilisateurs abandonnent tous leurs droits sur les photos qu'ils utilisent. Selon celles-ci, les utilisateurs donnent en effet à FaceApp "une licence perpétuelle, irrévocable, non-exclusive, libre de droits, mondiale, transférable pour utiliser, reproduire, modifier, adapter, publier, traduire [...] [leur] contenu utilisateur [les photos] et n'importe quel nom, nom d'utilisateur ou assimilé fourni en lien avec [leur] contenu dans tous les formats et canaux actuellement connus ou développés ultérieurement et sans compensation". De plus, FaceApp se réserve le droit de faire un usage commercial de certaines données personnelles : "Vous donnez à FaceApp votre consentement pour utiliser le contenu, peu importe s'il inclut votre nom, votre voix ou un élément de votre personnalité suffisant à indiquer votre identité personnelle. En utilisant les services, vous acceptez que le contenu soit utilisé à des fins commerciales", peut on lire. Enfin, vos photos servent directement à améliorer les algorithmes responsables des filtres de l'application. Cependant, la firme responsable de FaceApp affirme que les photos ne sont pas conservées plus de 48h sur leurs serveurs.

Malgré tout, l'équipe de FaceApp laisse la possibilité aux utilisateurs de faire supprimer leurs données personnelles. Il faut pour cela aller dans le formulaire "signaler un bogue" et écrire "privacy" [vie privée] dans le début de votre demande. En attendant, FaceApp ne serait pas en conformité avec le règlement européen des données personnelles (RGPD) selon Le Figaro. Les conditions d'utilisation de l'application n'ont pas été mises à jour après l'entrée en vigueur du règlement en mai 2018. Les données de ses utilisateurs européens ne sont donc pas garanties d'être protégées en fonction des lois européennes. D'autant que l'entreprise derrière FaceApp, Wireless Lab OOO, est basée en Russie.

L'application FaceApp présente-t-elle des risques ?

Wireless Lab OOO, créatrice de FaceApp est une entreprise fondée à Saint-Pétersbourg par le russe Yaroslav Goncharov. Celui-ci a portant assuré que les serveurs utilisés par l'application ne se trouvait pas dans ce pays. La nationalité de l'application et son utilisation des données ont cependant inquiété outre-Atlantique. Le sénateur américain Chuck Schumer a demandé une enquête du FBI pour enquêter sur les risques en matière de "vie privée" et de "sécurité nationale".

Concrètement, l'application FaceApp présente-t-elle un risque ? Le chercheur Baptiste Robert a répondu à France 3 Occitanie. Selon lui, "il n'y a pas d'abus majeurs de la part de Face App. Ils ne vous volent pas toutes vos photos". "Par contre, il y a des problèmes de vie privée inhérents à cette application, puisque vous allez envoyer sur des serveurs à l'étranger, qui appartiennent à des compagnies étrangères que vous ne connaissez pas, votre visage. C'est à dire des données biométriques personnelles et vous n'avez aucune idée comment elles vont être utilisées après coup" explique-t-il. Si les images de visage sont conservées ou transmises, celles-ci pourraient par exemple servir à créer de grandes bases de données d'images. Bases de données qui peuvent ensuite entraîner des logiciels de reconnaissance faciale ou des caméras de surveillance. "Ce n'est pas un problème d'utiliser ce type d'application mais faites-le en connaissance de causes, en connaissant les données qui vous seront prélevées. Amusez-vous si vous le souhaitez mais ayez conscience que lorsque vous utilisez ce service gratuit, vous donnez une partie de vous-même" avertit Baptiste Robert.

"En soi FaceApp n'est pas plus malicieuse que d'autres"

Suite à la popularité de FaceApp, de nombreux internautes s'inquiètent de l'utilisation des données par l'application, voire la déconseille. Pourtant, d'autres rappellent qu'elle est loin d'être la seule à demander énormément de permissions et d'informations à ses utilisateurs. "Il ne faut pas stigmatiser FaceApp, énormément d'applications recourent aux mêmes procédés", explique à l'AFP Sylvain Staub, avocat spécialisé en droit de la donnée. Selon l'article, l'origine russe de l'application alimenterait également les fantasmes, en particulier aux Etats-Unis.

Si "l'indignation qui sort de cette histoire est bonne, car les gens s'intéressent à leur vie privée" selon Baptiste Robert, "en soi FaceApp n'est pas plus malicieuse que d'autres". "Dans les CGU de la plupart des sites internet tels que Twitter ou Snapchat, vous allez retrouver exactement la même chose" avance-t-il. "Il n'y a pas de comparaison à faire entre FaceApp et des géants comme Facebook, qui posent des questions autrement plus importantes" confirme quant à lui Constantin Pavléas, avocat spécialisé dans le droit des nouvelles technologies. Si les plus vigilants sur leurs données personnelles ne voudront donc probablement pas utiliser l'application, FaceApp n'est définitivement pas la seule de ce genre : Snapchat avait par exemple été accusé de détourner illégalement des données personnelles en mai 2019.

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