Mediator : 25 prévenus, les enjeux du procès

Mediator : 25 prévenus, les enjeux du procès Le procès dit du Mediator, du nom de ce médicament commercialisé par les laboratoires Servier et dont l'enquête a prouvé sa dangerosité, s'ouvre ce lundi 23 septembre.

Vingt-cinq prévenus comparaissent à partir de ce lundi dans le cadre du procès du Mediator, médicament à l'origine de graves lésions cardiaques, vendu jusqu'en 2009 en France par les laboratoires Servier comme antidiabétique, permettant ainsi d'être en partie remboursé. Essentiellement des cadres du groupe, mais aussi des sociétés lui appartenant et des hauts fonctionnaires de l'Agence du médicament, tous sont soupçonnés d'avoir profité ou d'avoir permis et facilité la commercialisation de ce "coupe-faim", qui a fait l'objet de premières alertes en 1997. Cette année-là, l'hôpital Antoine-Béclère de Clamart (Haut-de-Seine) s'inquiète d'une substance contenue dans le Mediator, la fenfluramine, qui provoquerait de l'hypertension artérielle pulmonaire.

Une étude viendra confirmer ces affirmations, provoquant l'arrêt de la commercialisation de l'Isoméride et le Pondéral, cousins du Mediator, qui restera quant à lui bel et bien dans les placards des pharmacies. Les années suivantes, d'autres alertes sont lancées, non seulement en France mais aussi en Espagne, pays qui interdira le médicament dès 2003. "En France, aucune autorité n'en tire les conséquences qui s'imposent, parce que Servier dissimule des données, mais aussi parce que des experts de l'Agence du médicament ont des liens d'intérêt avec lui", explique Charles Joseph-Oudin, avocat de 250 victimes du Mediator, cité par Le Parisien.

Il faut attendre 2009 donc, et l'alerte d'Irène Frachon, pneumologue du CHU de Brest (Finistère), auteure d'un livre sur le sujet, pour que Servier ne puisse plus commercialiser son produit en France, et pour que l'opinion publique se saisisse réellement d'un sujet qui a tout du scandale sanitaire d'ampleur. "J'ai passé énormément de temps à analyser des dossiers. Et cela m'a sauté aux yeux. Il était totalement incroyable que ce poison soit encore en circulation ! Je voyais des gens mourants, et j'ai vu le coupable", explique-t-elle au Parisien. Dix ans plus tard, après des années d'enquête sur les agissements des laboratoires Servier, mais aussi sur ceux de l'Agence du médicament dont plusieurs cadres travaillaient pour le groupe pharmaceutique, le procès doit durer sept mois. Il regroupe, en plus des 25 prévenus - dont 11 personnes morales-, 5 000 victimes présumées et 376 avocats.

Le Mediator à l'origine de 2 100 décès en France ?

Les laboratoires Servier, dont le patron Jacques Servier, mis en examen dans l'affaire mais décédé depuis, sont accusés de "tromperie aggravée, escroquerie, blessures et homicides involontaires et trafic d'influence" et l'Agence nationale de sécurité du médicament de "blessures et homicides involontaires". L'un des enjeux majeurs du procès, qui doit durer sept mois, consistera à démontrer si les prévenus, en voulant surfer sur la vague du marché de l'amaigrissement, ont sciemment dissimulé la dangerosité du Mediator, occultant de ce fait de très nuisibles effets secondaires.

L'une des victimes présumées, Mehrnaz, a témoigné au micro de LCI en rapportant avoir pris trois doses quotidiennes du médicament entre 2002 et 2007 pour traiter son diabète. En 2009, on lui diagnostique une insuffisance cardiaque et ses difficultés à marcher lui rendent la vie très difficile, encore aujourd'hui. L'expertise judiciaire a démontré qu'en France, cinq millions de personnes avaient fait usage du Mediator, pendant les 33 ans de sa commercialisation. Les lésions sur les valves cardiaques (valvulopathies) et l'hypertension artérielle pulmonaire (HTAP), une pathologie rare et mortelle, qu'il aurait provoquées, ont pu conduire au décès de 2 100 personnes sur le long-terme, toujours selon l'expertise judiciaire.

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