Discours du chef des armées : Fabien Mandon ne parle pas d'enfants en disant qu'il faut être "prêts à perdre nos enfants"
Mais qu'a donc voulu dire le général Fabien Mandon, chef d'état-major des Armées, devant les maires de France ? Mercredi 19 novembre, il a surpris et suscité une polémique en déclarant que la France devait être prête à "perdre ses enfants" face à une menace militaire russe grandissante.
Lors de son intervention au Congrès annuel des maires de France, il a affirmé exactement ceci : "Si, pour dissuader le régime de Moscou, notre pays flanche parce qu'il n'est pas prêt à accepter de perdre ses enfants - parce qu'il faut dire les choses -, de souffrir économiquement parce que les priorités iront à de la production défense, alors on est en risque".
De qui parle-t-il lorsqu'il évoque les "enfants" ? Dans le contexte de son discours, il ne s'agit manifestement pas d'enfants dans l'acceptions de "personnes mineures", mais des jeunes adultes servant sous les drapeaux, qui sont aussi, comme tout adulte, les enfants d'adultes plus âgés : les soldats déjà engagés ou potentiellement mobilisables, que la France pourrait être amenée à envoyer au combat en cas de conflit de haute intensité.
Fabien Mandon, avant de prononcer cette phrase qui a heurté de nombreuses personnalités politiques, avait déclaré devant les maires : "On a tout le savoir, toute la force économique et démographique. Ce qu'il nous manque, et c'est là où vous avez un rôle majeur, c'est la force d'âme pour accepter de nous faire mal pour protéger ce que l'on est. Les armées c'est un extrait de la nation. Les femmes et les hommes qui sont aujourd'hui employés partout dans le monde, ont entre 18 et 27 ans, sur le terrain. Ils sont jeunes, ils viennent de vos communes, ils ont les mêmes aspirations. Ils tiendront dans leurs mission s'ils sentent que le pays tient avec eux". C'est donc bien spécifiquement de ces jeunes engagés dans l'armée qu'il parle en évoquant "les enfants".
"Il faut accepter de perdre nos enfants" : le chef d'État-major des armées demande aux maires de préparer la population aux futurs conflits pic.twitter.com/cJyIgTt1F9
— BFMTV (@BFMTV) November 19, 2025
Il faut aussi bien avoir en tête que cette mise en garde s'inscrit dans une réflexion stratégique plus large. Le général Mandon a considéré à Ouest-France fin octobre que l'armée française devait se tenir prête à un "choc" avec la Russie d'ici trois à quatre ans. Le chef d'état major ne semble pas glorifier la perte de vies, mais plutôt préparer mentalement le pays à un scénario extrême où des pertes humaines seraient possibles.
L'amiral Nicolas Vaujour, chef d'état-major de la Marine nationale, a d'ailleurs jugé ces propos tout à fait légitimes, estimant qu'il est normal pour un chef militaire d'explorer tous les scénarios, même les plus sombres.