Labellisation des médias : la vidéo de l'Elysée qui se moque de Pascal Praud, et qui enflamme CNews et Europe 1

Labellisation des médias : la vidéo de l'Elysée qui se moque de Pascal Praud, et qui enflamme CNews et Europe 1 Dans une vidéo publiée lundi soir, l'Elysée se moque des propos de Pascal Praud à l'encontre du projet de régulation des réseaux sociaux via un label pour distinguer information et contenus commerciaux.

Depuis les déclarations du président de la République, vendredi dernier, lors d'un échange avec les lecteurs du groupe de presse Ebra dans les Vosges, la polémique ne cesse d'enfler. Emmanuel Macron disait vouloir instaurer la possibilité d'une action judiciaire "en référé" pour bloquer les "fausses informations" ou les informations "attentatoires" à la dignité d'une personne diffusées sur les réseaux sociaux.

Face aux lecteurs de La Voix du Nord, à Arras, il a ensuite mis en avant la création d'un "label" porté "par des professionnels" des médias, de manière à "distinguer les réseaux et les sites qui font de l'argent avec de la pub personnalisée et les réseaux et les sites d'information". Une idée rapidement fustigée par les médias de la sphère Bolloré ainsi que par plusieurs personnalités politiques, positionnées à droite.

"Ce n'est pas à l'État de vérifier, sinon ça deviendrait une dictature"

Dans son éditorial du lundi 1er décembre, Pascal Praud, présentateur phare de la chaîne CNews, parlait de "tentation autoritaire d'un président mécontent du traitement médiatique et qui souhaite imposer un récit unique", après les propos du chef de l'Etat. Pascal Praud a même évoqué les termes de "Pravda" et de "ministère de la vérité", pour qualifier l'idée du président.

Le soir-même, l'Elysée a riposté avec une vidéo publiée sur X, déplorant que "parler de lutte contre la désinformation suscite la désinformation", se moquant de l'animateur vedette de la chaîne du groupe Canal+. "On nous taxe de totalitarisme en déformant totalement ce qu'on a dit", peste de son côté, un proche d'Emmanuel Macron auprès de l'AFP.

Des critiques du président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, de son homologue des Républicains, Bruno Retailleau, et du président de l'AMF et maire de Cannes, David Lisnard, tous les trois dressant un parallèle avec le "ministère de la Vérité" du roman 1984 de George Orwell, font aussi partie de la réponse élyséenne.

"Ce n'est pas à l'État de vérifier, sinon ça deviendrait une dictature", affirmait le président de la République le 29 novembre dernier. Il a bien affirmé que cette labellisation ne pouvait en aucun cas être pilotée par le pouvoir politique. Son but est de "faire comprendre et inciter les jeunes à aller vers des médias avec des journalistes", en insistant sur la responsabilité juridique et déontologique des rédactions, absente selon lui de nombreux sites ou réseaux sociaux.

"Macron ne supporte plus les critiques", estime Praud

Désormais, les réactions se succèdent chez les médias Bolloré, et Pascal Praud lui-même en a remis une couche ce mardi 2 décembre sur CNews. "Quand Philippe de Villiers dit 'jamais la menace totalitaire n'a jamais été aussi présente qu'avec la Macronie finissante', ce n'est pas de la désinformation. C'est un commentaire. Et le commentaire est libre. Nous voici au coeur de la stratégie de l'Elysée : faire passer des commentaires pour de la désinformation. Emmanuel Macron ne supporte plus les critiques, et pour cause, sous sa présidence la France apparaît ruinée", a-t-il déclaré. La veille, il indiquait voir une "tentation autoritaire" de la part du président de la République, "c'est un commentaire" dit-il, ce mardi.

"Que le compte officiel de l'Élysée s'attaque à un média privé en dit long sur la dérive de la présidence macroniste, et sur le détournement des institutions. Voilà pourquoi la 'labellisation des médias' est une idée dangereuse combattue par tous les démocrates cohérents", lance de son côté le président du RN, Jordan Bardella, sur X. Pour l'ancien ministre de l'Intérieur sous la présidence d'Emmanuel Macron, Bruno Retailleau, "nul gouvernement n'a à trier les médias ni à dicter la vérité". Ce mardi, il a lancé une pétition pour dénoncer une "dérive aussi scandaleuse que dangereuse (...) Ce n'est pas cela la démocratie", explique-t-il, dans un document consulté par Le Figaro. "Sous couvert de lutter contre les fake news, c'est à la liberté d'information et d'expression qu'on s'en prend", déplore-t-il.

Europe 1 n'en démord pas non plus. Lundi, l'entrepreneur spécialiste du numérique et des médias sociaux Fabrice Epelboin était l'invité de la chaîne. Il estime que l'idée d'Emmanuel Macron traduit la volonté de "resserrer la liberté de l'information" comme chez "son homologue anglais ou espagnol". "Et ça traduit au niveau du continent européen presque entier une régression de la liberté d'information (...) On est en train de saper les bases de ce qu'on peut appeler une démocratie", estime-t-il.