Chômage partiel : quel salaire pendant le confinement ?

Chômage partiel : quel salaire pendant le confinement ? CHOMAGE PARTIEL. Les conditions d'indemnisation du chômage partiel vont rester strictement identiques au premier confinement. Les salariés percevront une indemnité représentant 84% de la rémunération nette.

[Mis à jour le 30 octobre 2020 à 09h19] Le reconfinement aura poussé le gouvernement à revoir sa copie. Alors que les conditions de l'activité partielle de droit commun devaient évoluer au 1er novembre, et se traduire par une baisse de l'indemnisation des salariés, l'exécutif a décidé de maintenir le niveau actuel d'indemnisation. Les salariés qui seront donc placés au chômage partiel durant le confinement toucheront une indemnité représentant 84% de leur rémunération nette, quel que soit leur secteur. Quid du reste à charge pour les entreprises ? "Tous les secteurs faisant l'objet d'une fermeture administrative pourront bénéficier du dispositif de l'activité partielle avec 0% de reste à charge pour l'entreprise", a fait savoir Élisabeth Borne, lors de la conférence de presse du 29 octobrePour rappel, les secteurs protégés (tourisme, sport, culture et événementiel) bénéficient d'ores et déjà d'une prise en charge à 100%, et ce, jusqu'au 31 décembre. Pour les autres secteurs, qui ne sont pas soumis à une fermeture administrative, les conditions de l'activité partielle reste identique à aujourd'hui : le reste à charge sera de 15%. 

En parallèle de l'activité partielle de droit commun, le chômage partiel de longue durée (APLD) a été mis en place à l'été. Elle permet aux entreprises, qui signent un accord collectif majoritaire, de réduire leur activité jusqu'à 40% pendant deux ans, en échange de contreparties sur l'emploi. Les salariés concernés, eux, perçoivent une indemnité représentant 84% de leur salaire net. Retrouvez tous les détails sur le chômage partiel dans notre article dédié. 

Le chômage partiel de droit commun, c'est quoi ? Définition et conditions

L'activité partielle permet de soutenir les entreprises qui doivent réduire, voire cesser leur activité pour l'un des motifs mentionnés à l'article R5122-1 du Code du Travail : 

  • la conjoncture économique
  • un sinistre ou des intempéries "à caractère exceptionnel" ; 
  • des difficultés d'approvisionnement en matières premières ou énergie
  • ltransformation, 
  • restructuration de l'entreprise ; 
  • toute autre circonstance de caractère exceptionnel. 

L'employeur doit faire la demande sur le site dédié, auprès de l'Unité départementale de la Direccte. Pour rappel, des contrôles sont effectués a posteriori. Une fausse déclaration est passible de 2 ans de prison et de 30 000 euros d'amende. L'entreprise fraudeuse devra rembourser les sommes accordées par l'Etat. L'Etat prend en charge 85% de l'indemnité versée aux salariés, dans la limite de 4,5 Smic, depuis le 1er juin (100% durant le confinement). 

Quel chômage partiel pour la restauration et le tourisme ?

Jusqu'à présent, seuls certains secteurs continuent à bénéficier d'une prise en charge totale de l'activité partielle par l'Etat. Il s'agit notamment du tourisme, de l'hôtellerie-restauration, du secteur sportif et culturel. Un décret publié au Journal officiel mercredi 30 juin a confirmé l'abaissement du taux horaire de l'activité partielle depuis le "1er juin 2020 et jusqu'au 30 septembre 2020". 

"Par dérogation (...), le taux horaire de l'allocation d'activité partielle est fixé à 60 % de la rémunération horaire brute (...), limitée à 4,5 fois le taux horaire du salaire minimum interprofessionnel de croissance", peut-on lire. "(...) Le taux horaire de l'allocation d'activité partielle est fixé à 70 % pour [les secteurs du tourisme, de l'hôtellerie, de la restauration, du sport, de la culture, du transport aérien et de l'événementiel qui sont très affectés par la crise sanitaire]". 

Qui est considéré comme personne vulnérable ?

Le Conseil d'Etat a fait part de sa décision de suspendre un décret qui est entré en vigueur en août dernier. L'objet de la suspension ? Un texte législatif qui a entraîné la réduction du nombre de personnes considérées comme vulnérables et qui pouvaient donc, à ce titre, bénéficier du chômage partiel de droit commun. "La restriction des pathologies éligibles par rapport à mai dernier n'est pas cohérente ni suffisamment justifiée", tacle le juge des référés dans sa décision, rendue après une demande de la Ligue nationale contre l'obésité. "Le Gouvernement ne peut pas exclure des pathologies ou situations qui présentent un risque équivalent ou supérieur à celles maintenues dans le décret qui permettent toujours de bénéficier du chômage partiel. Le juge des référés du Conseil d'Etat prononce donc la suspension des articles du décret du 29 août 2020 relatifs aux critères de vulnérabilité".

En conséquence, les conditions ultérieures pour bénéficier du chômage partiel en tant que personne vulnérable sont rétablies. Voici donc les personnes considérées comme vulnérables, jusqu'à nouvel ordre : 

  • Être âgé de 65 ans et plus ;
  • Avoir des antécédents (ATCD) cardiovasculaires : hypertension artérielle compliquée (avec complications cardiaques, rénales et vasculo-cérébrales), ATCD d'accident vasculaire cérébral ou de coronaropathie, de chirurgie cardiaque, insuffisance cardiaque stade NYHA III ou IV ;
  • Avoir un diabète non équilibré ou présentant des complications ;
  • Présenter une pathologie chronique respiratoire susceptible de décompenser lors d'une infection virale : broncho pneumopathie obstructive, asthme sévère, fibrose pulmonaire, syndrome d'apnées du sommeil, mucoviscidose notamment ;
  • Présenter une insuffisance rénale chronique dialysée ;
  • Être atteint de cancer évolutif sous traitement (hors hormonothérapie) ;
  • Présenter une obésité (indice de masse corporelle (IMC) > 30 kgm2) ;
  • Être atteint de cirrhose au stade B du score de Child Pugh au moins ;
  • Présenter un syndrome drépanocytaire majeur ou ayant un antécédent de splénectomie ;
  • Être au troisième trimestre de la grossesse.
  • Être atteint d'une immunodépression congénitale ou acquise : médicamenteuse (chimiothérapie anticancéreuse, traitement immunosuppresseur, biothérapie et/ou corticothérapie à dose immunosuppressive) ; infection à VIH non contrôlée ou avec des CD4 < 200/mm3 ; consécutive à une greffe d'organe solide ou de cellules souches hématopoïétiques ; liée à une hémopathie maligne en cours de traitement.

Quel salaire au chômage partiel ? Quelle indemnisation ?

Seuls les salariés au Smic (CDD ou CDI), les salariés au Smic à temps partiel et les salariés en formation perçoivent la totalité de leur rémunération habituelle au chômage partiel. Si vous n'êtes pas dans ce cas, vos revenus vont diminuerVous ne percevez pas votre rémunération, mais une indemnité.

Elle représente 70% de votre salaire brut et 84% de votre rémunération netteLes primes, lorsqu'elles sont ponctuelles, ne sont pas incluses dans le calcul de l'indemnité. Votre convention collective peut, dans certains cas, être plus avantageuse et porter le plafond au-delà de 84%. "Dans tous les cas, un minimum de 8,03 € par heure [chômée] est respecté", indiquait le ministère du Travail dans son document dédié.

Quel calcul pour évaluer le montant de l'indemnité de chômage partiel ?

Un simulateur a été mis à disposition sur le site du ministère du Travail, ici. Vous devrez alors renseignez plusieurs informations : le taux de votre salaire horaire brut, le nombre d'heures chômées, et la durée de temps de travail de votre contrat (en heure). Vous obtenez une estimation de votre rémunération brute, comprenant votre part de salaire classique et votre indemnité, en fonction du nombre d'heures non travaillées. 

Qui paye quoi au chômage technique ?

L'employeur reste en charge du versement de l'indemnité. L'Etat intervient a posteriori pour verser une allocation à l'employeur. En tant que salarié, vous touchez l'indemnité aux mêmes dates que votre salaire en temps normal. Tous les mois, vous obtenez un récapitulatif, qui pourra éventuellement être sur votre fiche de paie. Interrogé par Money Vox, un expert a indiqué que l'indemnité est visible sur le bulletin de salaire, via une ligne "allocation d'activité partielle pour les heures non travaillées", au-dessus de la ligne "net à payer avant impôt sur le revenu".

Quid du régime social qui s'applique à cette indemnité de chômage partiel ? Comme le précise l'Urssaf sur son site dédié, l'indemnité de chômage partiel n'est pas soumise aux "cotisations et contributions de Sécurité sociale", mais elle est assujettie à la CSG et à la CRDS. Un taux unique de 6,2% s'applique pour la CSG et de 0,5% pour la CRDS, nous a-t-on précisé. Ayez à l'esprit que le prélèvement à la source continue à s'appliquer

Quel chômage partiel pour un apprenti ?

Pour les alternants, le calcul de l'indemnité est adapté pour prévoir un reste à charge nul pour l'employeur, au titre des heures chômées, entre le 1er novembre et le 31 décembre. Pour les salariés en contrat d'apprentissage ou de professionnalisation, dont le taux de rémunération est inférieur au Smic, l'indemnité équivaut au taux de rémunération horaire (taux réglementaire ou conventionnel). "Par exemple : un apprenti gagne 4,36 € de l'heure, ce qui équivaut à 43 % du Smic. Son employeur lui versera une indemnité du même montant pour chaque heure prise en compte par l'activité partielle. Son employeur percevra de l'État une allocation horaire du même montant, soit 4,36 €", explique-t-on sur le site service public. 

Mon employeur peut-il me forcer à faire du télétravail au chômage partiel ?

Non. Comme l'a répété le ministère du Travail, une telle pratique s'apparente à du "travail illégal". Un employeur reconnu coupable de telles pratiques doit rembourser les sommes perçues par l'Etat. Il est également "interdit de bénéficier pendant une durée maximale de 5 ans d'aides publiques en matière d'emploi ou de formation professionnelle", avait-on précisé.

Je suis encore au chômage partiel, puis-je travailleur pour une autre entreprise ? 

En chômage partiel, votre contrat de travail est seulement suspendu. Cela signifie que vous restez lié à votre employeur. Si, en principe, rien ne s'oppose à ce que vous travaillez pour une autre entreprise cet été aux heures chômées, vous devez respecter un principe de loyauté vis-à-vis de votre employeur, qui découle de l'article L1222-1 du Code du travail. Cela signifie que vous devez l'en informer si vous entamez une autre activité durant cette période. Vous ne pouvez pas travailler pour un concurrent si votre contrat de travail contient une clause de non-concurrence. Il est donc plus qu'impératif que vous mettiez la main sur votre contrat de travail pour éviter tout contentieux avec votre employeur. 

A noter : quelle que soit votre situation, vous devrez également veiller à ne pas dépasser la durée maximale de travail autorisée (10 heures par jour - sauf dérogation -, ou 48 heures sur une même semaine). "En cas de cumul d'emplois, le salarié perçoit l'indemnité d'activité partielle versée par son employeur habituel et le salaire perçu chez l'autre employeur", indique-t-on sur le site service-public.fr. 

Je suis encore au chômage partiel, quid de mes congés payés ?

Oui, rassurez-vous. L'activité partielle n'entraîne pas de modification de votre contrat de travail, mais sa seule suspension. Vous conservez donc vos droits à des congés payés. "Les heures chômées sont prises en compte pour le calcul des droits à congés payés", rappelle à titre indicatif le site service-public.fr. Attention toutefois : ayez à l'esprit que, depuis l'ordonnance du 26 mars 2020, votre employeur peut vous imposer les périodes durant lesquelles vous pouvez prendre ses congés.

Que change le chômage partiel pour le calcul de mon allocation chômage ? 

Votre entreprise est actuellement en activité partielle, et votre contrat se termine bientôt ? Une période de chômage technique n'est pas sans incidence sur le calcul de l'allocation de retour à l'emploi (ARE). Interrogé par Le HuffPost, un avocat spécialiste en droit du travail indique en effet que c'est l'indemnité de chômage partiel qui devrait servir de base au calcul du montant de votre l'allocation chômage.

Qui va bénéficier de la prise en charge de la formation en chômage partiel ? 

L'aide à la formation du Fonds national de l'Emploi ("FNE-Formation") est adaptée en cette période de confinement liée à la crise sanitaire du coronavirus. Elle pourra désormais être demandée par des entreprises pour leurs salariés au chômage partiel. Attention, les jeunes en contrats d'apprentissage ou de professionnalisation sont exclus du dispositif. Dans le détail, l'Etat prendra en charge "100% des coûts".

Vous vous interrogez sur les formations éligibles au dispositif ? Bonne nouvelle, elles le sont toutes, y compris les actions de validations des acquis de l'expérience et les bilans de compétences, à l'exception des formations obligatoires. Il peut s'agir "d'un titre ou diplôme à finalité professionnelle inscrit au répertoire national des certifications professionnelles, d'une qualification reconnue dans les classifications d'une convention collective nationale de branche ou d'un certificat de qualification professionnelle". Ces formations devront évidemment être compatibles avec le respect des règles de confinement.

Quid de mes droits à la retraite au chômage partiel ?

L'exécutif a annoncé au mois de mai qu'il allait présenter "une disposition législative qui permettra l'acquisition des droits à la retraite de base pendant les périodes d'activité partielle". "Jusqu'ici cela avait peu d'importance puisque l'activité partielle était peu utilisée, pour des périodes courtes, et donc cela ne pénalisait pas les personnes concernées", avait expliqué Muriel Pénicaud devant le Sénat. "Nous sommes dans une situation tout à fait exceptionnelle (...)".

Pour rappel, l'indemnité de chômage technique n'est pas soumise aux cotisations sociales, et n'ouvre donc pas de droits, contrairement à une période de chômage classique. Jusqu'à présent, le sujet ne constituait pas un motif d'inquiétude, du moins pour les salariés en contrat à durée indéterminée. "Autant rassurer tout de suite : pour la plupart des salariés, les conséquences sur la retraite de quelques semaines de chômage partiel seront inexistantes ou faibles", expliquait ainsi Dominique Prévert du cabinet Optimaretraite au Monde. Pour rappel, il faut avoir cotisé sur la base de 600 heures de Smic pour acquérir 4 trimestres. A ce titre, un salaire de 6 090 euros engrangé sur l'année 2020 est donc suffisant. L'équation peut toutefois se révéler compliquée si le chômage se prolonge et en particulier pour les salariés ayant des contrats courts.

Dans ce contexte, plusieurs syndicats craignent que de nombreux salariés perdent des trimestres. "Si ça se prolonge six mois, on va avoir un problème", car "ça va jouer sur la décote en fin de carrière", avait ainsi indiqué Dominique Corona, de l'Unsa, à l'AFP. Plusieurs syndicats ont estimé donc qu'il est plus que nécessaire que cette période soit prise en compte et puisse donner des trimestres. "On n'est pas encore dans la zone de danger, mais il faudra reconsidérer la question", avait souligné Frédéric Sève, de la CFDT, à l'AFP. "L'effet trimestres pourrait devenir important", surtout pour "ceux qui font des petits volumes horaires, comme les aides à domicile".

Quid des hauts revenus ? Ils sont, a priori, à l'abri. En effet, depuis le 1er mai, les indemnités de chômage partiel au-delà de 3.840 euros net par mois sont soumises à cotisations, ce qui crée automatiquement des droits à la retraite. Du côté de la retraite complémentaire, si un salarié du privé est mis au chômage partiel plus de 60 heures par an, l'Agirc-Arrco peut lui attribuer des points, ce qui "bénéficie davantage aux revenus les plus élevés", relève la note du Groupe Alpha. 

Le chômage partiel longue durée (APLD), c'est pour qui ?

Les entreprises sont autorisées à réduire le temps de travail, jusqu'à 40%, pour une durée maximale de deux ans, en échange de garanties sur l'emploi, et ce, jusqu'au 30 juin 2022. Pour ce faire, elles devront conclure en amont un accord collectif majoritaire (branche ou d'entreprise).

"L'accord définit : 1° La date de début et la durée d'application du dispositif spécifique d'activité partielle ; 2° Les activités et salariés auxquels s'applique ce dispositif ; 3° La réduction maximale de l'horaire de travail en deçà de la durée légale ; 4° Les engagements en matière d'emploi et de formation professionnelle ; 5° Les modalités d'information des organisations syndicales de salariés signataires et des institutions représentatives du personnel sur la mise en œuvre de l'accord. Cette information a lieu au moins tous les trois mois", peut-on lire dans le décret du 30 juillet. "L'employeur adresse à l'autorité administrative (Direccte), avant l'échéance de chaque période d'autorisation d'activité partielle spécifique, un bilan portant sur le respect des engagements (...). Ce bilan est accompagné d'un diagnostic actualisé de la situation économique et des perspectives d'activité de l'établissement, de l'entreprise ou du groupe, ainsi que du procès-verbal de la dernière réunion au cours de laquelle le comité social et économique, s'il existe, a été informé sur la mise en œuvre de l'activité partielle spécifique".

Quid des petites entreprises, sans délégué syndical ? L'accord pourra passer par un référendum. Attention, l'APLD n'est pas incompatible avec la mise en place d'un plan social. L'activité partielle de longue durée "est accordé dans la limite de vingt-quatre mois, consécutifs ou non, sur une période de référence de trente-six mois consécutifs". Le salarié, lui, est indemnisé à hauteur de 84% de sa rémunération nette. L'entreprise, elle, doit assumer un reste à charge de 15%. Les frais de formation peuvent être pris en charge à hauteur de 80%

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